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Les postes oubliés par le football moderne. (Libéro, Numéro 10, etc…)

Herbe grasse, fraîchement coupée, main courante et poteaux rouillés, pluie fine sous 9°C, ces dimanches après midi qui rythment nos vies ont souvent des choses intéressantes du point de vue de la tactique. En effet, on retrouve souvent des vestiges, notamment au niveau du positionnement des joueurs. Maillot un peu trop petit, barbe de 3 jours, crâne à moitié dégarni, on peut souvent trouver un libéro, qui joue « dans son canapé » selon l’entraîneur adverse. Ou alors, chaussettes hautes, maillot dans le short et cheveux cirés à la Joey Barton, on peut apercevoir un n°6 « caresseur de chevilles ». Retour sur ces postes, ou ces rôles, oubliés par la science tactique du football moderne.

Franz Beckenbaueur, l’incarnation du rôle de libéro. (Photo: Scoopnest)

Aujourd’hui complètement oublié, le poste de libéro a pourtant connu ses heures de gloire dans les années 70/80. Incarné par Beckenbaueur, ce poste était, de base, à vocation défensive. En jouant derrière la défense, et devant le gardien, il couvrait les ouvertures adverses, n’ayant pas de marquage à effectuer. Cette liberté de marquage lui donnait par conséquent une liberté offensive, et Beckenbaeur l’incarnait parfaitement. Son coffre physique, allié à sa qualité technique, lui a permis d’inscrire énormément de buts pour un « défenseur ». Dans les lignes de défense actuelles, le libéro ne pourrai exister car serai sous pression du n°9 qui viendrait se coller à lui de manière constante. D’où les lignes de défense hautes que l’on aperçoit aujourd’hui.

Outre le libéro, les postes défensifs ont aussi oubliés le demi centre. Désignant dans un premier temps le défenseur central, il a aussi pu désigné un milieu entre les défenseurs centraux et les milieux. Le demi centre, devait occuper selon les phases offensives/défensives soit une place entre les défenseurs centraux, soit monter au milieu de terrain. Le seul exemple récemment aperçu est celui de Marquinhos. Sa polyvalence a donné des idées à Tuchel, qui en phase défensive utilisait Marquinhos entre Thiago Silva et Kimpembe/Diallo, et en phase offensive profitait de sa qualité technique pour créer du jeu au milieu de terrain aux côtés de Veratti et/où Gueye.

Citez moi le nom des meilleurs latéraux du monde: certains diront Robertson, Alexander Arnold, Cancelo, Marcelo, d’autres Alex Sandro, Carvajal, Alba, Kimmich, etc… Le point communs de tous ces joueurs: ce sont des latéraux offensifs. Les latéraux défensifs ont quasi-disparus du football moderne, et pour cause: un latéral offensif offre des solutions, créé des décalages, en plus d’apporter le surnombre. Seul Sylvinho, dans les équipes Européennes dites de « premier plan », a récemment utilisé ses latéraux comme défensifs, ceux-ci ne dépassant que très très rarement le milieu de terrain.

Joey Barton, l’un des derniers vestiges de ces milieux de terrains, souvent de Premier League, à avoir cet ADN « violent », dans la lignée du Crazy Gang des années 80. (Source: Lasueur.com)

Roy Keane, Nigel De Jong, Gennaro Gattuso, ce type de joueurs violents, agressifs, disparaissent peu à peu de nos terrains de football. Laissant place à un football plus lisse, les milieux défensifs dont la principale mission était de contrer, voire casser le numéro 10 adverse, quittent peu à peu nos terrains.N’étant pas un poste à part entière, cela restait tout de même un rôle, que certains entraîneurs recherchaient. Ces joueurs possédaient, intrinsèquement, de grosses qualités physiques, couplés à leur agressivité et à leurs qualités défensives, en faisaient des joueurs à part.

Faire vibrer les supporters Parisiens fut sa mission. Surprenant, amusant, impressionnant, talentueux, Pastore reste un des derniers numéros 10 à l’ancienne. (Photo: Culture PSG)

Ces fameux numéros 6 se sont longtemps battu contre le n°10. Au coeur du jeu, le milieu offensif « à l’ancienne » jouissait d’une liberté totale. Incarné parfaitement par des joueurs comme Riquelme, cette âme Sud-Américaine qui habite ce poste. Récemment, c’est Pastore, ou Javier Banega, qui se rapprochent le plus de cette tradition. Roulettes, contrôles orientés de l’intérieur du pied, enroulés pleine lucarne, ce sont des joueurs « frissons ». Irréguliers oui, mais magiques. Pastore se livrait d’ailleurs sur ce rôle il y a quelques semaines dans France Football: « C’est vrai qu’il n’y a plus beaucoup de numéros 10 ou de joueurs qui sont plus élégants que massifs. » Les numéros 10 actuels, dans un 4-2-3-1 par exemple, ne jouissent pas d’une liberté (quasi) totale. Griezmann en EDF, Neymar à Paris, Reus à Dortmund, sont intégrés dans une tactique huilée, dans laquelle ils ont une part intégrante. Pastore confie: « A Palerme, […] je pouvais bouger ou je voulais. Je n’avais pas de poste à proprement parler ». Je n’étais pas assigné à un rôle précis. » Pastore, Banega, voire Ronaldinho, ont été trimbalés à beaucoup de postes. En brillant à certains moments, en s’effaçant aussi fréquemment. Peut être parce que le football moderne ne les a pas complètement compris, eux comme d’autres d’ailleurs… D’ailleurs, tous les plus grands clubs actuels ou presque jouent sans n°10: Real, Barca, Liverpool, Manchester City, Bayern….

Du fameux WM au football total, au 3-4-3 de Conte, au pressing de Marcelo Bielsa, le football reste une science inexacte qui ne cesse de se renouveler, au grand dam de certains postes qui disparaissent pour laisser place à de nouveaux: gardien-libéro, attaquant intérieur, le box to box, qui n’existe que depuis le début des années 2000 etc… Dans l’invention continuelle, dans l’idée de contrer l’adversaire, la tactique n’es pas prête d’arrêter de nous émerveiller, et possède de jeunes coachs capables de réaliser cela: Nagelsmann, Ten Hag, Stéphan, Tuchel… Pour le plaisir des yeux.

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