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Pourquoi les grands clubs anglais connaissent tous une période de crise depuis 2010?

Mai 2017. Leicester est sacré champion d’Angleterre. Emmené par Claudio Ranieri, Riyad Mahrez, Jamie Vardy ou Ngolo Kanté, Leicester est le premier club hors du fameux « top 6 » a être sacré champion depuis 1995, et le titre remporté par les Blackburn Rovers. Si certains ont analysé cette performance par le prisme de la chance, il ne faut ni nier le talent de cette équipe, ni nier le fait que certaines des grosses écuries étaient en crise.
D’ailleurs, force est de constater que chaque équipe du top 6 a traversé une période de crise depuis 2010. Pourquoi ? C’est ce que nous allons essayer de détailler dans cette article consacré à la Premier League.

Avant tout, il paraît essentiel de souligner que chaque argument qui sera soulevé n’est qu’un élément de réponse tentant d’expliquer cette tendance de crise des grands clubs anglais. En aucun cas cet article prétend détenir la bonne parole ou la vérité absolue, mais tente en revanche d’apporter une explication rationnelle à ce phénomène.

Ne pas céder au phénomène de cycle

Premièrement, votre prof de philo a déjà du prononcer ces mots, mais afin de définir quelque chose par ce qu’il est, il faut d’abord le définir par ce qu’il n’est pas. Et donc, une crise n’est pas un phénomène de cycle. Par exemple, Tottenham n’est pas aujourd’hui en crise mais arrive sur une fin de cycle. Que ce soit l’entraîneur qui n’arrive pas à renouveler son message, ou des joueurs qui ne se parviennent plus à s’améliorer (Alli, Rose, Alderweireld), le cycle se termine et c’est au club de réagir afin de ne pas sombrer dans une crise. En revanche, lorsqu’un cycle se termine, il est essentiel de trouver les clés pour retourner la situation, ce que n’a pas fait le club ennemi, Arsenal.

Le spectre de grands entraîneurs

Deux entraîneurs ayant marqué l’histoire de leurs clubs. (Photo:Eurosport)

En effet, chez les Gunners, l’histoire est complexe. Ne sachant mettre fin au bon moment à l’ère Wenger, le club s’est doucement installé dans la crise et a perdu son statut de prétendant au titre en Premier League. En revanche, Alex Ferguson a quant à lui décidé de mettre un terme à son aventure avec le club de Manchester au bon moment, avant d’être dépassé. Dans ce cas, c’est la transition qui fut mal gérée: aucun des successeurs du Sir n’as su se mettre au niveau, souffrant aussi beaucoup de la comparaison avec l’Écossais. A un degré moindre, c’est un phénomène qu’on peut retrouver à Liverpool, ou l’on a pas su remplacer immédiatement Rafael Benitez en 2010. Ces longues périodes de prise en charge d’un club par un seul et même entraîneur enclenchent certaines conséquences qui feront du mal au club par la suite: le club va prendre le style de l’entraîneur, ses habitudes (tant en termes d’entraînements, de managements, de mercatos). Et l’on ne parle pas ici des entraîneurs à « cycle courts », tels que Conte ou Mourinho qui usent leurs joueurs de manière si forte qu’ils ne peuvent produire des résultats sur le très long terme.

Des erreurs de recrutement

Sanchez à Manchester United : une des plus grosses et plus coûteuses erreurs de recrutement de la Premier League. (Photo:SkySports)

Les crises se matérialisent toujours par les résultats, qui sont inévitablement liés aux joueurs qui produisent ces résultats. Et, à étudier ce phénomène, deux tendances se dégagent.
Premièrement, des joueurs qui s’accrochent à des clubs et inversement. Arsenal en est l’exemple le plus flagrant: les Gibbs, Wilshere, Cazorla (en raison des blessures, pas de son niveau) auraient du quitter le club plus tôt.
Dans un second temps, certains clubs ont « bâti leurs crises » sur leurs mercatos. La liste des derniers achats de Manchester United (hors 2019): Fred, Diogo Dalot, Matic, Lindelof, Alexis Sanchez, Romelu Lukaku, Bailly, Mkhitaryan. Hormis Ibrahimovic, et Pogba (et encore), United ne sait plus recruter.
Malgré les deux titres Européens de 2012-2013, on ne peut nier de Chelsea qu’on attendait mieux des Londoniens dans cette période (2011-2014). A la ramasse en championnat, changeant d’entraîneur tous les 6 mois, les Blues décevaient. En étudiant les transferts de ces années là, on comprend pourquoi: au hasard, Oscar, Moses, Schurrle, Demba Ba, Salah. En bref, des joueurs qui ne s’imposeront pas comme de vértitables stars à Chelsea.
On s’aperçoit donc, en étudiant ces différentes crises qu’elles sont souvent liées à des erreurs de recrutement. On peut l’expliquer par plusieurs choses: changements de managers fréquents, entraîneur qui s’accroche à son poste, ou cellule de recrutement qui fonctionne mal.

La transition au football moderne

Ces dernières années, de nouvelles stats sont arrivées dans le monde du football: le nombre de maillots vendus, dans combien de pays ont-ils été vendus, les bénéfices du club. A l’heure du foot business, certains clubs ont eu du mal à gérer cette transition. Manchester United a peut-être -sans doute- trop misé sur son image, sur ses partenariats avec Adidas ou Chevrolet, sur ses transferts (cf.Pogba), en oubliant peut être de se focaliser sur le terrain. Du côté d’Arsenal, ce sont les places et les abonnements à l’Emirates Stadium qui sont hors de prix, ce qui fait d’ailleurs énormément râler -à juste titre- les supporters.
Et à gérer un club de football comme une entreprise, lorsque le profit n’est plus présent, on revend le club. Et lorsqu’un club est vendu, il y a souvent une période de flou pour les personnes salariées, ce qui n’exclut pas les joueurs, et donc s’en ressent sur les performances. C’est ce qui s’est passé au début des années 2010, à Liverpool, ce qui a durant quelques mois plongé le club dans une crise dont il aura du mal à se sortir.

Manchester City et Tottenham, les exceptions ?

Dans le top 6 de la Premier League, seules deux équipes n’ont pas connu de véritables périodes de crise. La seule explication rationnelle à ce phénomène est la suivante: ce sont les deux dernières équipes à avoir intégré le top 6. En effet, Tottenham doit en partie sa réussite à Pochettino, bien que le club fut bien structuré avant lui. Manchester City doit aussi peut-être cette absence de crise à sa relative jeunesse au top du football anglais, mais aussi a sa fortune qui permet d’acheter les solutions à tous les problèmes: Guardiola, De Bruyne, Aguero, Sterling, etc… qui gomment les erreurs de casting: Mangala, Danilo, Nolito…

La compétitivité de la Premier League lui fait-elle du mal ?

Le championnat le plus disputé du monde. (Photo:Wikipédia)

Que ce soit en Italie, en France ou en Allemagne, on connaît presque les champions avant même le début de la saison. Ce qui fait que même quand le Bayern n’est pas au top, comme sur la dernière saison par exemple, il remporte quand même le championnat. En Angleterre, encore plus qu’en Espagne, les prétendants au titre sont nombreux. Cette compétitivité surligne les équipes qui traversent des périodes de moins bien, puisque celles-ci sont très souvent complètement dépassées au classement et sortent certaines fois du top 6 voire du top 10.
De plus, le championnat Anglais est aussi le championnat qui paraît comme le plus demandant physiquement: l’intensité, la charge physique imposée par le calendrier, et notamment au Boxing Day et à la période de Noël/Nouvel An en général, abîment les joueurs et les équipes. Résultat: lorsqu’une équipe a un coup de moins bien, il est encore plus dur d’en revenir et de relancer une dynamique positive. Enfin, la Premier League est un monstre économique. Et cela permet aux clubs une grande liberté financière. Si les investissements ne fonctionnet pas, comme c’est le cas à Manchester United depuis quelques années, d’autres équipes prennent de l’avance puisque leur argent est bien investi, à l’instar de Manchester City.

Finalement, les différents clubs anglais possèdent des caractéristiques en commun qui constituent ces périodes de crise: une adaptation partielle au football moderne, des fins de « règnes » d’entraîneurs, des mercatos décevants, ainsi que la compétitivité de la Premier League . Il doit sûrement y avoir, aussi, d’autres éléments de réponses, plus individuels, plus personnels à chaque club.
Mais, alors que la fin de la décennie approche, une question se pose désormais: Tottenham et Manchester City vont-ils être les prochains? Ou la bonne gestion et/ou l’argent d’un club permettent de ne jamais connaître de périodes de crises? Rendez vous en 2029.

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