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Portland, pourquoi ça ne va pas mieux

Avec six saisons consécutives en Playoffs, Portland montre une belle régularité dans cette Conférence Ouest qui se fortifie d’année en année. Ainsi la campagne 2018-2019 a vu cette équipe des Blazers atteindre les Finales de conférence, l’ambition de la franchise est clairement de rester parmi les meilleurs à l’Ouest si ce n’est être un véritable contender au titre. Pourtant à mi-saison, le bilan est négatif (18 victoires, 24 défaites) et malgré l’ajout de Carmelo Anthony, les Blazers se retrouve dans une lutte à la 8ème place qui risque d’être acharnée. Quels éléments expliquent les difficultés de Portland cette saison ?

Il y a eu beaucoup de rebondissements dans la sphère NBA cet été. Dans tout ce chambardement estival, Portland a stabilisé son backcourt pour les prochaines années. Damian Lillard a vu son leadership et sa loyauté récompensées par une prolongation à 196 millions de dollars sur 4 ans. Particulièrement décisif la saison passée et notamment lors du Game 7 face aux Nuggets, CJ McCollum se lie à l’équipe jusqu’en 2025 et une prolongation à 100 millions de dollars sur les trois dernières années. Après avoir scellé l’avenir de leur binôme, les Blazers ne sont pas restés statiques pour autant. Après de nombreuses saisons sous le signe de la stabilité, Neil Olshey (GM de Portland) a décidé de changer les habitudes.

Des changements cet été remis en question ?

De très nombreux cadres ont été sacrifiés sur l’autel du changement (et du salary cap). Le précieux Al-Farouq Aminu est parti en Floride à Orlando. Véritable joueur de devoir, son apport défensif était indéniable. Mo Harkless a lui rejoint l’armada des Clips. Inclut dans le deal énorme entre le Heat et les Sixers, il est un joueur très solide pouvant jouer au poste 3 ou 4. De plus Evan Turner a lui été envoyé aux Hawks d’Atlanta. Du haut de ses 31 ans c’était l’un des animateurs du vestiaire et un 6ème homme précieux.  Trois éléments qui jouaient en moyenne plus de 23 minutes par match et dont l’apport combiné était une force dans l’équipe : 24 pts de moyenne et 16,5 rebonds en saison régulière l’an dernier. Si on ajoute à cela, les départs de joueurs d’importance dans la rotation, et notamment lors des Playoffs, comme Seth Curry (parti aux Dallas Mavericks), Meyers Leoanard (parti aux Heat de Miami) et Enes Kanter (parti aux Boston Celtics), Portland a perdu des cadres et des joueurs précieux dans le bon fonctionnement du collectif.

Mo Harkless et Al Farouq Aminu: de véritables guerriers aux services du collectif (Photo by Steve Dykes/Getty Images)

Ces différents départs ont laissé place à des arrivées. La première d’entre elles c’est la venue d’Hassan Whiteside. Véritable énigme car de nombreuses rumeurs font état d’un caractère et d’un comportement parfois douteux (Erik Spoelstra n’a pas hésité l’an dernier à le bencher, notamment lors du 1er tour des Playoffs face aux Sixers de Joël Embiid), Whiteside fait ses statistiques: 15,6 pts de moyenne à 59%, 14 rebonds et 2,9 contres par match. Il comble le manque de taille de cette équipe en l’absence de Collins et Nurkic. La deuxième arrivée de « choix » est celle de Kent Bazemore, un joueur de réputation coriace et courageuse pour amener un peu de points et de la défense à l’aile. Malheureusement, la saison de Bazemore est décevante, ses pourcentages aux shoots sont médiocre moins de 35% et donc son apport offensif est insuffisant et inconstant. Anthony Tolliver et toute son expérience a aussi débarqué dans l’Oregon. Vieux briscard, son pourcentage à 3pts en carrière est très correct (37,4%) mais pour le moment on ressent plus le poids de l’âge et son apport reste faible.

Le chamboulement de cet été n’apparaît pas forcément gagnant-gagnant. Il est toujours difficile de toucher à la cohésion et une certaine stabilité après une telle saison 2018-2019. En plus de ces nombreux changements, des joueurs composants la colonne vertébrale de l’équipe sont actuellement sur le carreau.

Une infirmerie bien remplie

C’est l’un des gros points qui justifient la saison galère du côté de l’Oregon. Des blessures en pagaille sur des joueurs et des postes importants . Victime d’une double fracture tibia-péroné en mars dernier, le pivot bosnien manque terriblement dans la raquette. Car en plus de sa dimension physique (2m13, 130 kg), le natif de Tuzla apportait une vraie variété au jeu de Portland avec sa capacité à marquer au poste bas mais aussi sanctionner à mi-distance. Une aptitude avantageuse lorsque vous avez un backcourt Lillard-McCollum qui polarise les défenses adverses.

Un retour de Nurkic est-il envisageable dans la course aux Playoffs ?

Son retour n’est pas du tout acté mais il ferait le plus grand bien à Portland. Avant sa blessure, ses statistiques parlaient pour lui: 15,6 pts à 51%, 10,5 reb, 3,2 pds et 1,4 contres. Récemment, il expliquait que sa blessure n’était pas un coup d’arrêt mais une opportunité pour progresser sur tous les points.

« Je suis affamé. Chaque jour, un peu plus J’ai perdu du poids et je me sens bien, plus explosif, plus rapide, et quand le jour viendra, je serai le ‘Double Beast’ «  confié t-il à The Athletic

Les deux autres joueurs qui manquent cruellement au roster de Portland sont Zach Collins et Rodney Hood. Le premier s’est blessé à l’épaule le 27 Octobre dernier. Une dislocation qui doit le tenir éloigné des parquets au moins 4 mois. Joueur athlétique à la fois mobile et agile, il possède une bonne vitesse latérale et un bon timing qui lui permet d’être un bon rebondeur et un défenseur décent. Des facultés intéressantes au poste 4. Le deuxième s’est lui blessé au tendon d’achille, une déchirure qui l’écarte des terrains pour le reste de la saison. Un véritable coup dur pour la franchise car Hood est un joueur très fiable derrière l’arc (49% à 3 pts) à 11 pts de moyenne avant sa blessure. Toutes ces absences expliquent les débuts compliqués de Portland car ce sont des joueurs qui devaient être les lieutenants du duo Lillard-McCollum. Lorsqu’on couple ces aléas avec les changements de cet été, un déséquilibre s’est crée à Rip City.

Une défense douteuse et un apport du banc insuffisant

On l’a déjà évoqué précédemment mais la perte de Mo Harkless et Al-Farouq Aminu est fondamentale. Portland a perdu deux très bon défenseurs de périmètre. Ils apportaient une stabilité défensive et permettaient à toute l’équipe de se transcender dans cet aspect du jeu. Lillard et McCollum ont des grosses lacunes à ce niveau là mais l’efficacité individuelle repose en grande partie sur la cohésion d’équipe. L’an dernier, Portland faisait bloc comme une unité. Alors que cette année, l’équipe semble fragilisé car il n’y a plus des joueurs comme Aminu ou Harkless pour veiller sur eux. Les équipes arrivent à prospérer en défense lorsque des joueurs de rotations compensent et protègent les scoreurs vedettes. Portland est actuellement 24ème au defensive rating avec 112 pts/100 possessions.

Bien qu’il fasse des statistiques, Whiteside montre dans son placement défensif des lacunes et une certaine nonchalance. Désirant aligner un frontcourt de grandes tailles en début de saison avec Collins, la blessure de ce dernier à obliger Terry Stotts à s’adapter. Par conséquent, la protection du cercle et l’intimidation ne sont pas au rendez-vous. Car l’autre problème défensif de Portland c’est bien la raquette. Whiteside est focalisé par le ballon et oublie un aspect fondamental du jeu dans la zone restrictive: les box-out. Portland est la pire équipe en termes de points concédés sur seconde chance (15,8 pts par match). Trop de rebonds offensifs et en général trop de rebonds laisser à leurs adversaires (48,1 rebonds/match en moyenne). La difficulté à sécuriser la peinture amène les Blazers à commettre trop de fautes (près de 22 fautes par match) donnant des points faciles (25 lancers francs de moyenne concédés par matchs).

Le secteur défensif explique de nombreuses difficultés mais l’apport offensif du banc est là aussi un défaut pour Portland cette saison. Certes l’arrivée de Carmelo Anthony a donné une bouffée d’oxygène au début de saison chaotique des Blazers. Il comble tout d’abord le manque au poste 4, et par son expérience et ses qualités offensives, il amène du scoring supplémentaire aux côtés du backcourt: 16,3 pts à 39% à pts et 6,3 rebonds. Mais au delà, l’équipe pâtit d’une certaine inconstance venant des joueurs de rotation. Bazemore est à peine à 8 pts par match et un pourcentage aux tirs catastrophiques de 34%. Mario Henzonja confirme qu’il est une véritable déception depuis son arrivée en NBA. L’ancien #5 de draft n’a qu’un apport anecdotique en attaque et il est même sorti totalement de la rotation par moment. Malgré son expérience, le poids de l’âge pour Anthony Tolliver est de plus en plus palpable. Censé apporter une certaine efficacité derrière l’arc, le vétéran n’y arrive pas cette saison (33,3%). Le sophomore Anfernee Simons est une satisfaction du côté de Portland avec plus de 9 pts par match en 22 minutes de jeu. Mais il est encore perfectible et inconsistant d’un match à l’autre. L’ancien de North Carolina, Nassir Little a montré son potentiel avec son activité et sa fraîcheur mais son apport demeure trop faible pour revigorer la second unit des Blazers. Portland se retrouve 29ème banc de la ligue avec une moyenne de 27 pts par match et seulement 16 minutes de temps de jeu. Le roster est beaucoup trop sollicité car il manque une véritable profondeur. Lillard-McCollum combine 72 minutes de jeu de moyenne (4 minutes de plus que la saison passée).

Du mouvement d’ici la trade deadline ? Une lutte féroce pour la 8ème place à l’Ouest ?

La lutte pour la 8 ème place risque d’être intense dans cette deuxième partie de saison. Actuellement Portland pointe à la 10ème place avec un bilan de 18 victoires pour 24 défaites. Elle n’est qu’à une victoire et demie de la 8ème place détenu par les surprenant Grizzlies mais les Kings 14ème pour le moment sont à deux victoires et demies des Blazers.

Les prochains matchs avant le All Star Game vont avoir leur poids à la fin de la saison. Le programme des Blazers est plutôt gratiné à ce niveau là (voir ci-dessous).

S’il souhaite assurer leur deuxième partie de saison et une place en Playoffs, Neil Olshey va devoir sûrement bouger d’ici le 6 février. En proie à des difficultés et partie pour terminer la saison en mode tanking, les Cavs de Kevin Love souhaite (surtout lui personellement) trouver une nouvelle franchise. Un trade de Kevin Love dans l’Oregon serait une plus value incroyable. Bien qu’il ne soit pas un grand défenseur, Love apporterait toute son expérience, sa capacité à capter du rebond et du scoring fiable. Un joueur calibre All-Star dans la course aux Playoffs ne peut que les aider. Suite à la blessure de Rodney Hood, les Blazers ont obtenu une Disabled Player Exception de 2,8 millions de dollars leur permettant de signer un joueur hors du salary cap. Récemment coupé par les Nets, Iman Shumpert serait un atout intéressant en sortie de banc. Une chose est sûr c’est que Portland ne peut pas rester dans cette situation bancale et aussi incertaine. Le roster a changé, l’équipe est miné par les blessures mais si elle souhaite faire une 7ème campagne de Playoffs consécutives, il est impératif que ça bouge dans l’Oregon dans les 3 prochaines semaines.

Après une saison 2018-2019 exceptionelle, on attendait Portland confirmer leur rang. Malgré une Conférence Ouest toujours plus dense, l’objectif d’avant saison était élevé. Seulement Portland vient d’enregistrer sa 25ème défaite cette nuit face aux Mavs. Toujours 10ème, la lutte pour une place en Playoffs sera rude. La venue de Melo a octroyé une petite éclaircie dans l’Oregon mais les Blazers reste dans la tourmente et n’arrive pas à enchaîner positivement. Des mouvements risquent d’être opérer d’ici la trade deadline pour tenter de faire bouger les choses. Ensuite la culture de cette franchise tentera de solidariser et fédérer de nouveau pour repartir de l’avant et ne pas rater complètement cette année. Réponse dans la deuxième partie de saison.

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