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Martin Fourcade peut-il faire de 2020 sa plus belle année ?

Après une saison 2019 très compliquée remplie de doutes c’est un Martin Fourcade revanchard qui retrouvait le circuit le 30 novembre dernier à Östersund (Suède). Des débuts en demi teinte, une reprise en dent de scie mais, depuis janvier et la tournée en Allemagne c’est un biathlète impérial, en tête du classement de la coupe du monde que l’on retrouve tout sourire. Peut-il poursuivre sur sa lancée et réaliser une année 2020 exceptionnelle?

Préparation et reconstruction

Mars 2019, c’est un Martin touché mais soulagé qui annonce la fin de sa saison refermant derrière lui un hiver loin de ses standards, avec un bilan famélique de seulement 3 podiums et 2 petites victoires. Il termine à une modique 8e place du classement général dominé par l’ogre et rival norvégien Johannes Boe, qui n’a laissé que des miettes à ses adversaires. Pire il n’est que troisième français devancé par ses coéquipiers Simon Desthieux (2e) et Quentin Fillon Maillet (4e). Mais loin d’être abattu le quintuple champion olympique lucide, pense déjà à la saison suivante :«Je vais profiter d’un mois et demi de repos pour repartir sur des bases saines. Ensuite, je vais reprendre un programme que sera proche de celui de cette année en essayant d’être plus attentif à tous les détails pour ne pas reconnaître la même saison. Ce que j’ai vécu peut être une force. Mais encore faut-il réussir à la digérer et à la surmonter. Mais si j’arrive à m’en servir et à reprendre le dessus, forcément ce sera un atout supplémentaire.»

La préparation estivale suit son cours avec une reprise en douceur après Corrençon à la fin du mois de juin, c’est en Norvège à Sandnes que les Bleus se retrouvent. Direction ensuite le Biathlon Summer Tour. Après Bessans et Antholz, les Bleus font un passage dans les chambres hypoxies de Prémanon. Martin Fourcade ne les accompagne pas. Il a préféré se rendre à Font Romeu. Novembre marque la dernière ligne droite de la préparation. Les Bleus filent à Sjusjoen le 7 novembre pour leur premier stage sur neige.

Nouvelle saison

Nous voilà donc à Östersund pour la rentrée des biathlètes, avec un relais mixte décevant et un sprint encourageant (5e place), avant de signer un exploit historique sur le premier long format l’individuel. En effet le catalan remporte la course devant trois autres français. Oui vous ne rêvez pas il s’agit bien du premier quadruplé tricolore de l’histoire. Le ton est donné et la saison des Français en Coupe du monde de biathlon, officiellement lancée. « C’est une victoire qui me fait beaucoup de bien. Ça a été tellement dur l’hiver dernier, c’est une des plus grosses satisfactions de ma carrière d’être revenu à ce niveau-là», a réagi Martin, qui ne s’était plus imposé sur le circuit depuis le 15 décembre 2018. Une éternité.

Martin Fourcade a survolé l’individuel 20 km, s’imposant devant ses compatriotes Simon Desthieux et Quentin Fillon Maillet. Emilien Jacquelin a, lui, pris la 4e place. Fredrik Sandberg / AP

Après la Suède direction Hochfilzen en Autriche. Dur retour à la réalité avec une désillusion d’entrée sur la poursuite : 2 fautes sur son tir debout, une 10e place à prêt de 40s de Boe, qui lui reprend le dossard jaune de leader de la coupe du monde. La poursuite est du même acabit avec un 18/20 au tir et encore une 10e place. Un weekend délicat symbolisé par son petit accrochage dans le dernier virage avec son équipier Fillon Maillet.

Pour se relancer rien de tel qu’une étape à domicile en France à Annecy-Le Grand-Bornand. C’est dans une ambiance de feu devant prêt de 12000 spectateurs que s’élancent les biathlètes. Le Pyrénéen loupe 2 balles sur son tir debout (une nouvelle fois) sur le sprint et la poursuite. Encore une déception. La première mass start sous la pluie n’offrira pas d’éclaircie pour un Fourcade 5e, devancé sur la ligne par son compatriote Quentin.

La mini-trêve tombe à point nommé et permet de se ressourcer en famille, recharger les accus, refaire une petite préparation en vue du triptyque déterminant du mois de janvier. Pour cela Martin n’hésite pas à bousculer ses habitudes. Le manque de neige dans les Pyrénées le convainc d’emmener ses filles et sa femme dans les Alpes, à la Féclaz sur le plateau du Revard, afin de se préparer dans des conditions optimales.

La résurrection

Rendez-vous donc à Oberhof, étape cruciale pour l’avenir du Catalan, car elle orientera sa réflexion quant à la poursuite ou non de sa carrière en fin de saison. Détail important et non des moindre l’absence durant les deux semaines en Allemagne du norvégien Johannes Boe, intouchable leader du classement général, pour cause de paternité. Idéal donc pour se relancer. Le moins que l’on puisse dire c’est que Martin saute sur l’occasion non seulement pour retrouver des couleurs mais surtout pour briller de mille feux. Trois courses deux victoires et une deuxième place (sur le relais). Appliqué au tir sérieux sur les skis on retrouve un Martin tout en maîtrise qui fait coup double. Sa victoire sur la Mass Start lui offre le dossard jaune de leader.

Le Récital du boss à Ruhpolding

La question se pose à l’amorce de l’étape N°1 du circuit mondial, la Mecque du biathlon, Ruhpolding : Martin va-t’il confirmer ses débuts tonitruants? La réponse ne se fait pas attendre. Libéré, une confiance retrouvée un tir précis et impeccable, il remporte le sprint avec 3s d’avance sur le jurassien Quentin. Victoire au goût particulier car il s’agit du 80e succès de sa somptueuse carrière. Un chiffre qui donne le tournis. Mais il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Le relais est une formalité pour l’équipe de France qui s’impose avec plus d’une minute d’avance sur la Norvège et l’Autriche mettant fin à une disette de presque 3 ans ( Pyeongchang en mars 2017). Le récital se termine sur un grand chelem qu’il acquière au terme d’une poursuite sans aucune erreur au tir. Le bosse est de retour il signe un 4e succès d’affilée, une 81e victoire. Il n’aura laissé que des miettes à ses adversaires. « Je suis très heureux de mon niveau sur ces superbes courses du mois de janvier, a savouré Martin Fourcade à l’arrivée. Avec un très beau niveau de tir qu’il faudra conserver par la suite. »

Faut-il redouter le retour de Johannes Boe?

Père d’un petit Gustav né en début de semaine, le norvégien sera de retour à la compétition dès aujourd’hui à Pokljuka, en Slovénie. Si les deux athlètes conservent leur niveau, on peut s’attendre à un duel titanesque dans les semaines à venir. Le Français a fait le plein de points en l’absence de son rival. Il en compte désormais 133 d’avance (73 unités en prenant en compte le retrait des deux moins bons résultats). Le cadet de la fratrie Boe devra impérativement marquer des gros points dès son retour s’il ne veut pas voir Martin s’échapper définitivement.« Tout le monde s’attend à ce que la vérité d’aujourd’hui soit challengée demain et ce sera le cas parce qu’on fait du biathlon », a expliqué le Français. « Enchaîner un 60/60 (au tir, ndlr) comme je l’ai fait cette semaine, sur le papier c’est joli mais ce n’est pas facile à reproduire. Donc au-delà du retour de Johannes, il va falloir que l’équipe de France et moi on arrive à conserver le même niveau de performance. Si on arrive à le faire, on lui donnera beaucoup de fil à retordre. » Les deux courses individuelles prévues à Pokljuka seront déterminantes et donneront le ton pour la suite de la saison. La pression reposera sur les épaules du norvégien, c’est un élément à prendre en compte. Revenir après une coupure d’un mois n’est pas chose aisée et s’il souhaite réellement encore jouer le général, il n’a plus droit au moindre joker.

Il reste 5 étapes nous en sommes donc à la moitié de la saison. Beaucoup de choses peuvent encore se passer. Le catalan part avec une longueur d’avance non négligeable, mais rien n’est fait. S’il semble retrouver son allant sur les skis, Martin est moins dominateur qu’avant et le norvégien est vraiment plus rapide sur la piste. La clé réside notamment sur le pas de tir. Il reste sur une série impressionnante de 2 fautes sur les 80 dernières cibles. Une cadence qu’il aura du mal à tenir, mais il va vraiment falloir essayer de continuer d’être précis, posé, calme, et ne plus faire de cadeaux qui l’ont énormément pénalisé au mois de décembre. Il faut capitaliser sur la confiance retrouvée et ne pas trop se focaliser sur Johannes. « Cela m’a permis de me faire confiance et plaisir. D’agir plus librement, de caler ma course sur mes repères et pas sur quelqu’un.» Des propos corroborés par l’entraîneur de l’équipe de france Vincent Vittoz « Ces victoires vont lui montrer qu’il ne doit pas trop regarder Boe mais faire ce qu’il sait faire ».

En résumé l’année 2020 va être riche en émotions, le duel va être palpitant. Martin a toutes les cartes en main pour atteindre ses nombreux objectifs et étoffer son impressionnant palmarès. Ce compétiteur a en tête bien évidemment la conquête d’un huitième globe de cristal qui marquerait le retour du roi du biathlon. Mais il y a également les petits globes et les championnats du monde à Anterselva en Italie où il voudra y faire bonne figure. Il est redevenu le leader d’une équipe de France époustouflante qui truste les podiums à chaque course. Cela se traduit par 3 français au 3 premières place du classement général. Johannes n’est pas son seul rival, Quentin Fillon Maillet et Simon Desthieux poussent fortement. Alors oui 2020 ne sera pas à mettre au même niveau que les titres olympiques, mais revenir de cette manière prouve s’il le fallait, le moral d’acier de notre champion. Pour finir, Martin a gagné sa 81e victoire individuelle. Le record de la légende Ole Einar Bjørndalen (nouvel entraîneur de la Chine) est de 95. Pourra-t-il combler ce retard et rejoindre le norvégien au firmament du biathlon mondial?

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