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Patrick Mahomes : Prédestiné à devenir le GOAT de la NFL ?

Bien que juvénile, Patrick Mahomes incarne à 24 ans le nouveau visage de la NFL. Vainqueur du Superbowl en février, il bat tous les records de préciosité depuis son arrivée dans la ligue il y a à peine 3 ans. Un constat qui amène à se questionner sur son avenir alors qu’il a déjà été élu MVP, MVP du Superbowl et vainqueur d’une bague. Peut-il, à l’instar de Jordan en NBA, incarner son sport et le populariser au-delà des Etats-Unis ?

Drafté en 10ème choix par les Chiefs de Kansas City, en 2017, il suscite des interrogations en commençant avec un statut de remplaçant d’Alex Smith lors de sa première saison. Propulsé titulaire dès la suivante, il effectue un exercice record en rejoignant Peyton Manning dans le club des 50 touchdowns et 5000 yards à la passe en saison régulière et est élu meilleur joueur de la Ligue à seulement 23 ans. II devient le plus jeune MVP depuis la saison 1984 de Dan Marino. Une performance qu’il prolonge en remportant le Superbowl pour sa troisième saison, un doublé que personne n’avait réalisé aussi jeune.

MVP du Superbowl, vraiment ?

Pourtant sa performance contre les Niners suscite un vrai débat au pays de l’oncle Sam. À proprement parler, c’est surtout son titre de MVP du Superbowl qui soulève une polémique. Intercepté à deux reprises, sacké par quatre fois et cadenassé par la solide défense de San Francisco pendant les ¾ du match (26/42, 286 yards à la passe), d’autre lui aurait préféré la performance de Damien Williams (17 courses, 104 yards, 1 TD, 4 réceptions, 29 yards, 1 TD). C’est en effet, ce dernier qui a inscrit les deux touchdowns qui ont permis aux Chiefs de réaliser un incroyable comeback dans le quatrième quart.

Patrick Mahomes soulevant le trophée Lombardi (Photo : AFP)

Mais n’est-ce pas oublier un peu vite que celui-ci a commercé avec une réception phénoménale de 44 yards de Tyreek Hill, sur une troisième down et 15 yards, à un peu plus de 6 minutes de la fin ? Que malgré la pression adverse, Mahomes a su maintenir ses coéquipiers dans le match pour finalement inscrire 21 points en 6 minutes ? Qu’il a inscrit lui-même le premier touchdown du match, à la course ?

« On a continué d’y croire. C’est ce que nous avons fait durant ces playoffs. Les gars ont cru en moi et on a fini par trouver un moyen de gagner ».

Oui Mahomes est bien l’artisan principal de ce succès. Il a usé Nick Bosa et les siens (2ème défense de saison régulière) pour les faire craquer au meilleur des moments, se montrant clutch comme on l’espérait (rating de 130,2 dans les 8 dernières minutes), malgré 10 points à rattraper. Car avant tout cela il a su mener les siens jusqu’à Miami, et que ce soit face aux Texans ou aux Titans, la tache n’a pas été simple.

À chaque fois, ses entames n’ont pas été à la hauteur et à chaque fois les Chiefs se sont retrouvé menés, de 24 points contre Houston, puis de 10 contre Tennessee. Un retard à l’allumage d’un quart-temps que Mahomes à su corriger, et avec la manière. 5 touchdowns contre les Texans et un score de 51 à 7 quand Kansas City a scoré. Scénario similaire face aux Titans et une victoire finale, 35-24, avec un TD incroyable à la course pour lui. Dès que le rouleau compresseur est en marche, rien, ni personne ne peut le stopper. Au-delà des statistiques, il influx sa volonté de gagner à tout son groupe, créant une alchimie collective invincible.

Doit-il incarner le rôle de patron de la ligue ?

De part par ses performances, Mahomes peut endosser ce rôle de visage de la NFL. La médiatisation autour du poste de quarterback, probablement surexposé aujourd’hui, légitime cette possibilité. Est-il le seul à pouvoir y prétendre ? Non. Les futurs Hall of Famers, Brady, Rivers, Brees sont, pour le moment, encore présents mais ils ne peuvent incarner le futur de la ligue à plus de 40 ans ou presque. Un peu plus jeune, le duo Rodgers – Roethlisberger perdurera encore quelques années mais il semble difficile d’imaginer l’un des deux, réussir à concurrencer Brady au nombre de bague ou Brees, dans sa popularité. Enfin Prescott ou Wentz malgré leur bon niveau, ne peuvent rivaliser avec Mahomes sur le plan de la production statistique et de l’image.

Apparait dès lors trois noms : Lamar Jackson, Deshaun Watson et Russell Wilson. Le premier a récemment rejoint Brady au panthéon des MVP unanimes, en ayant réalisé cette performance à 22 ans et pour sa deuxième saison en NFL. Si son leadership reste perfectible, notamment en post-season, il incarne le principal concurrent de Mahomes dans le futur. Watson possède également un certain potentiel mais il devra rendre son jeu un peu plus spectaculaire pour vraiment faire valoir ses chances comme concurrent notoire. Enfin Wilson représente un candidat plus expérimenté et a déjà porté plusieurs fois les Seahawks au Superbowl. À 30 ans passé, c’est à la manière d’un Peyton Manning qu’il devra se comporter pour maintenir son statut de Top 5 quauterback.

La domination de Mahomes sur son sport est déjà avancée et on peut s’attendre à ce qu’elle s’améliore avec le temps. Il n’a que 24 ans, soit l’âge de Joe Namath lorsqu’il remporta le Superbowl avec ses Colts de Baltimore et de Brady pour sa première bague avec les Patriots. Joe Montana en avait 25 pour son premier des quatre sacres avec les Niners et Terry Bradshaw et Troy Aikman en avaient 26. Seul Ben Roethlisberger est parvenu à faire mieux en remportant le Superbowl à 23 ans seulement.

Certes, Kansas City est un petit marché, mais elle est essentiellement une ville à deux sports, et les Chiefs sont bien mieux placés pour remporter un Super Bowl ou plus avant que les Royals puissent concurrencer les équipes de MLB à grand marché. Inscrire la cité du Missouri au palmarès du Superbowl est déjà un exploit en soit (50 ans après le premier titre), mais la maintenir sur le long terme permettrait à Mahomes d’écrire sa legacy. Pour preuve, il vient de détrôner Brady comme meilleur vendeur de produit dérivé de la NFL sur l’année 2019. Le jeune homme en à la capacité et l’état d’esprit, lui que l’on décrit comme précoce dans la maturité, travailleur acharné, cherchant toujours à s’améliorer. Un joueur qui a confiance en lui sans basculer dans l’arrogance ou la suffisance, à l’égal de Jordan ou Kobe dans ce domaine.

Peut-il révolutionner la NFL ?

C’est celui que nous voulons regarder, celui que nous ne pouvons pas quitter des yeux, à cause de ce qu’il peut faire avec un ballon de football, des choses que même les légendes qui l’ont précédé n’ont rêvé de faire.

« On apprend aux quaterbacks à déplacer la défense avec leurs yeux. Et ensuite, en une demi-seconde, il faut revenir de l’autre côté et lancer. Lui n’a pas besoin de prendre cette demi-seconde. Normalement, c’est tu lis, tu manipules, tu relis et tu lances. Lui, c’est tu lis, tu manipules et tu lances. Il a créé un niveau de lecture supplémentaire, où il n’y a que lui. » Décrypte Marc-Angelo Soumah, un des rares joueurs français à être passé en NFL.

Mahomes, en remportant son premier Superbowl il y a quelques semaines, a réussi, là où d’autre Wonderkid n’ont pas su saisir les opportunités. Dan Marino a perdu le Superbowl lors de sa deuxième saison contre Joe Montana et n’a jamais pu y retourner par la suite, malgré une carrière longue de 17 ans dans la grande ligue. En NBA, l’exemple de Lebron James est quelque peu similaire. Pour ses premières finales en NBA en 2007, il s’incline face aux Spurs de San Antonio et doit attendre 2012 pour inscrire son nom au palmarès, sous les couleurs du Heat de Miami avec Dwayne Wade et Chris Bosh comme coéquipiers. En son temps, en NFL, John Elway a également connu de nombreux échecs avant de finalement connaitre la consécration à 37 puis 38 ans.

À l’instar de Brees ou Brady, il est de plus en plus courant de voir des quarterbacks être performants jusqu’à 40 ans ou plus, résultant d’une meilleure protection par le Front Seven et d’une réduction significative des placages sur le long terme. Si Mahomes s’inscrit dans cette longévité, il peut, comme l’imagine Archie Manning, (père de Peyton et Eli) arriver au total record de 100 000 yards en carrière. Pour cela, il lui faut enchainer 20 saisons de suite à 5000 yards (un exploit réaliser par 7 quarterbacks sur une saison dans l’histoire). Cependant son jeu et sa mentalité, laisse à penser qu’il soit capable d’attendre les 6000 yards sur une saison.

Patrick Mahomes en 2018, distribuant une « No look pass » contre les Broncos de Denver. (Photo : AFP)

Ses qualités premières sont sa créativité, son imprévisibilité, il est capable de lancer de la main gauche ou en mode « no-look », c’est à dire à l’aveugle. D’autant qu’il n’est pas catalogué comme un QB extraordinaire à la course et pourtant… c’est en personne qu’il a inscrit un touchdown de 27 yards face aux Titans en finale de conférence. Mais surtout il a un bras exceptionnel, capable de réussir une passe de 83 yards lors de la draft combine (étape préliminaire où les candidats à la draft réalisent des tests physiques en amont de la sélection), au point d’être également courtisé par la MLB, son père Patrick Mahomes Sr y a été lanceur de 1992 à 2003.

C’est dans ce milieu que son enfance a été bercée et qu’il a appris l’excellence. Choisi au 37ème tour lors de la Draft MLB en 2014, il opte finalement pour le Foot US et Texas Tech en NCAA. Plus jeune, il était aussi un basketteur prometteur. Un parcours et des influences qui lui confèrent une idée nouvelle du football américain, celle du tout pour l’attaque, à l’image du football total prôné par les Pays-Bas de Johan Cruyff.

Comparé à Messi et Magic Johnson pour style de jeu, à Michael Jordan pour son leadership, Patrick Mahomes reste un jeune homme prodigieux de seulement 24 ans à qui tout réussi jusqu’ici. À la question de savoir, s’il peut bouleverser l’univers de la NFL comme Jordan l’a fait avec la NBA ou Messi avec le football, la réponse reste en suspens. Il lui faudra maintenir son niveau d’exigence au maximum ainsi que sa volonté de gagner pour espérer atteindre une tel aura. Alors autant profiter du spectacle qui, sur la décennie à venir, promet d’être excitant.

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