Foot Ligue 1

Les coachs français manquent-ils d’ambition ?

« L’important c’est les trois points. On a été solides sans encaisser de but, et on a réussi à marquer ce petit but qui fait la différence. » Cette phrase, vous l’avez probablement entendu maintes et maintes fois à l’issue d’un match de football, que ce soit de la part d’un joueur, ou plus souvent de l’entraineur. Apologie de la défense, jouer pour ne pas perdre plutôt que pour gagner, cette mentalité très française est source de critiques et force est de constater qu’elle ne semble pas être LA solution.

Une action, et des questions

Il y a une dizaine de jours de cela, une vidéo est devenue virale sur Twitter. Il s’agit d’une action de jeu menant à un but. Cette action, c’est celle des Chamois Niortais, club de Ligue 2, lors de son match à Caen. Onze passes, jamais plus de trois touches de balle, une frappe sur le poteau et enfin Thibaut Vion bien placé pour reprendre dans le but vide.

Comme vous pouvez le voir, cette vidéo a été posté en réponse aux paroles du coach du Stade Malherbes de Caen: Pascal Dupraz. Bien connu pour ses sorties médiatiques, force est de constater que ses propos ne sont pas justifiés. Mais alors quel est le problème? Une mauvaise foi volontaire, ou alors ce qui serait plus grave, des lacunes tactiques et une méconnaissance du football? Difficile d’y répondre. Cependant, si Niort, club de Ligue 2 qui lutte pour le maintien est capable de produire du jeu de la sorte, comment expliquer que la majorité des équipes de l’élite n’y parviennent pas? Il ne s’agit pas non plus de faire de Niort le Barça français, cette action pouvant être vue comme un épiphénomène, mais il est indéniable que l’on ne voit jamais cela chez ces mêmes clubs de Ligue 1. Ce match s’est terminé sur le score de 4-3 pour les Normands. Les Deux-Sèvriens quand à eux sortaient d’un match nul à domicile sur le score de 4-4. Sept buts marqués pour huit encaissés, le tout en simplement deux matches, on est bien loin des standards hexagonaux. Mais nous reviendrons plus tard sur cette notion de spectacle.

Le calendrier comme excuse

Satané calendrier. À en croire nos entraineurs français, il est le principal responsable du manque de résultats, et surtout de jeu. Deux matches par semaine, cela obligerait à faire d’avantage tourner l’effectif, générant un manque de cohésion globale entre des coéquipiers qui ne passent pas assez de temps ensembles sur le terrain. Pourtant, on trouve un parfait contre exemple outre-Manche. Liverpool, équipe Championne d’Europe en titre, bien partie pour remporter la Premier League, est une formation avec très peu de turnover. L’entraineur Jürgen Klopp s’appuie essentiellement sur son onze type et va parfois faire un ou deux changements ponctuels mais cela reste rare. À noter que cette équipe a d’ores et déjà disputé cette saison la bagatelle de…41 rencontres ! C’est colossal, le premier match ayant eu lieu le 4 aout 2019 lors du Community Shield, nous sommes donc sur une moyenne d’un match tous les 4,5 jours. Prenons l’exemple d’un club français comme Lille, lui aussi Européen, il a disputé jusque là 36 rencontres, soit 5 de moins. Christophe Galtier, entraineur en chef, déclarait il n’y a pas plus tard que deux semaines de cela: « On a un calendrier vraiment difficile. On joue tous les trois jours. On a peu de temps de récupération. » Ou comment se chercher des excuses en cas de contre performance avant même le début du match. Et pourtant cela n’a pas empêché les Dogues de s’imposer face à Rennes. Pendant ce temps là du côté de la Mersey, le tacticien Allemand a du composer quelques jours plus tôt avec deux matches en…24 heures.. Des excuses? Non aucune, juste un parti pris d’aligner une équipe de jeune pour la Coupe de la Ligue anglaise pendant que les autres disputaient la Coupe du Monde des Clubs. Au Qatar…Et malgré la défaite, les jeunes ont JOUÉ au football, respectant les consignes et les idéaux de Klopp. En parallèle, les stars remportaient la compétition mondiale.

Les Reds brandissent le trophée de Champions du Monde.
Source: L’Equipe

Ce fameux calendrier est aussi la première excuse pour justifier les (très) mauvais résultats des clubs français en coupes d’Europe. Rappelons rapidement la palmarès dérisoire: une victoire en C1 (Marseille 1993), une victoire en C2 (PSG en 1996). Depuis de nombreuses années nos représentants font pâle figure notamment en Europa League. Éliminations dès le premier tour, des défaites face à des clubs totalement inconnus au budget jusqu’à 10 fois inférieur, les occasions ne manquent pas pour ressentir une véritable honte. Qui n’a jamais entendu un technicien français dire: « On a pas le choix, on doit faire tourner, le calendrier est trop dense. » Envoyant ainsi au charbon des gamins de 17 ans au fin fond du Kazakhstan. À les écouter, il est tout simplement impossible de jouer sur tous les tableaux. Mais comment font les clubs comme le FC Séville qui a remporté cette compétition trois années d’affilée (2014, 2015, 2016)? Peut-être qu’ils jouent cette compétition pour la gagner, tout simplement. Malheureusement de notre côté il semble évident que l’on préfère faire impasse sur ces compétitions européennes afin de se concentrer sur le championnat et ainsi…se qualifier pour la prochaine édition de la coupe d’Europe. Ou quand l’aspect financier passe avant le désir d’étoffer son palmarès. Quel message passez-vous à vos supporters? Et si on avait tout simplement pas cette culture de la gagne?

Un microcosme formaté

Galtier, Kombouare, Courbis, Gourvennec, Gourcuff, etc…, oui ceux-ci ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres, et force est de constater que les clubs français font systématiquement appel aux mêmes hommes, quand bien même ils n’ont pu performer que dans la médiocrité lors de leurs aventures précédentes. Les fameux « pompiers de service » , douce expression aussi invraisemblable que dramatique. Si demain un club de Ligue 1 se sépare de son entraineur, c’est vers cette fameuse liste qu’il va se tourner, parfois même au détriment de la logique. Bruno Genesio non reconduit, l’Olympique Lyonnais se tourne vers Rudi Garcia, qui six mois auparavant entrainait encore l’un des ennemis jurés, l’OM, à coup de déclarations coup de poing à l’encontre de son futur employeur. Essayez de vous justifier auprès de vos supporters après ça… N’y avait-il pas d’autres profils compatibles? Quand on voit ce que réalise un Lucien Favre depuis des années par exemple, ou même d’autres entraineurs qui ont fait leurs preuves, il y a de quoi se poser des questions. Aujourd’hui, sur les 20 clubs de l’élite, 16 ont un entraineur français. En Angleterre, seulement la moitié est du royaume. Peur de bousculer les habitudes? De se jeter dans l’inconnu? Il existe forcément des raisons mais encore une fois en faisant le bilan on ne peut que constater que ce système ne fonctionne pas. Il faut bien comprendre qu’en France, on joue pour ne pas perdre plutôt que pour gagner. Cette frilosité est un fléau et génère chaque week-end des rencontres indignes du niveau professionnel à base de déchets techniques perpétuels. Comme si on demandait aux joueurs de bien défendre avant d’attaquer. Et le plus paradoxal dans tout cela, c’est que nos entraineurs justifient le manque de jeu par cette même faiblesse technique. Cocasse non? Pour reprendre l’exemple du premier paragraphe, si le dix-huitième de Ligue 2 est capable de produire un jeu chatoyant à base de combinaisons, de déplacements, pourquoi les clubs de Ligue 1 n’y parviendraient pas? Ou quand ce que l’on qualifie de cause n’est en fait que la conséquence du discours en amont. Mais visiblement tout tourne parfaitement depuis des années, la France n’a rien à apprendre de ses voisins. Ajoutez à cela un traitement médiatique totalement disproportionné et la coupe est pleine. L’indulgence de la presse spécialisée à l’égard des entraineurs français n’a d’égal que sa sévérité envers leurs homologues étrangers. Surprotection inconsciente? Attitude volontaire dans le but de protéger ce fameux microcosme local? Difficile de répondre précisément, toujours est-il que la question mérite d’être posée.

Lucien Favre lors de son passage à Nice.
Source: nicematin.com

Et le spectacle dans tout ça?

Jusqu’au début du 21ème siècle, les affluences dans les stades de Ligue 1 n’ont cessé d’augmenter. Depuis c’est une stagnation perpétuelle. À l’heure actuelle la moyenne est de 20 000 spectateurs par rencontre. En Italie 25 000, en Espagne 27 000, en Angleterre 38 000 et en Allemagne 48 000. On peut mettre cela sur le dos de la notion de « culture footballistique ». Cependant en croisant ces données, il est logique de supposer que c’est le manque de spectacle, d’attractivité, qui restreint les gens à venir au stade. Qu’il est triste de voir le Matmut Atlantique de Bordeaux sonner si creux les soirs de match. Et pourtant il faut reconnaitre que les clubs français font énormément d’efforts pour générer de l’attractivité, renforcer les expérience spectateurs. Mais cela ne suffit pas. Lorsque vous préférez gagner 1-0 difficilement plutôt que 4-3, alors tout est dit. Nos voisins outre-Rhin ont depuis des années la mentalité opposée, et bizarrement si on fait le lien avec les affluences, tout concorde. Sur cette saison 2019/2020, nombreux sont les spécialistes qui s’accordent à dire que le niveau technique est d’une faiblesse rarement vue, que l’on s’ennuie. Est-il trop tôt pour tirer la sonnette d’alarme? Au contraire, il serait temps de se poser les réelles questions quand au danger qui guette le football français. Les instances se renferment dans leurs propres convictions faisant preuve d’une condescendance unique à l’égard de leurs voisins étrangers. Le BEPF (Brevet d’Entraineur de Football Professionnel) est le Saint-Graal permettant d’entrainer un club professionnel. Un club qui alignera sur la feuille de match un entraineur non titulaire de ce diplôme se verra sanctionné de plusieurs milliers d’euros d’amende. Brevet qui soit dit en passant devient de plus en plus élitiste fermant la porte à de nombreux postulants. Rien de tel pour renforcer l’hégémonie des diplômés actuels qui savent pertinemment que quelque soient leurs résultats ils seront rapidement de nouveau sollicités, laissant ainsi la notion de spectacle de côté comme c’est le cas depuis si longtemps, risquant à terme de faire disparaitre la passion qui anime un pays champion du monde.

Le Matmut Atlantique de Bordeaux désespérément vide lors d’un match face à Nice en 2017.
Source: Eurosport

Il n’est nullement question de dire qu’en France tout est mal fait et que l’herbe est plus verte ailleurs. Julien Stéphan en place à Rennes depuis un peu plus d’un an réalise de superbes choses. Et il est français. Mais on ne peut pas omettre le fait que c’est un jeune entraineur différent de la caste des vieux loups cités précédemment. On a trop tendance à oublier que le football est un JEU avant tout. Et que pour gagner, il faut JOUER, de l’audace, des prises de risques. Calculer avant même de penser à ce qu’est l’essence même de ce sport, c’est se tirer une balle dans le pied. Si le football français veut progresser, perdurer, il se doit d’être un peu plus avant-gardiste et arrêter de se renfermer dans ces certitudes archaïques à base de complaisance mal placée, au risque de voir définitivement disparaitre la passion.

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