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NBA – Milwaukee Bucks : Middleton/Bledsoe, les parfaits lieutenants de Giannis

Il y a trois jours, le 24 février 2020, les Bucks de Milwaukee ont assuré leur participation aux Playoffs après une défaite de Washington contre les Bulls. Jamais dans l’histoire une franchise n’avait validé son billet pour les Playoffs à cette date, dépassant ainsi les Warriors de 2017 qui l’avaient fait le 25 février. Un fait bien loin d’être anecdotique qui en dit long sur la domination outrageante des Bucks sur la Conférence Est.

Si Giannis Antetokounmpo attire la lumière lorsque l’on évoque la réussite Milwaukee, il serait injuste de laisser à l’écart les performances précieuses de ses coéquipiers, à commencer par le tandem Khris Middleton/Eric Bledsoe. À l’heure où les franchises NBA construisent leur présent et leur avenir sur des duos de superstars parfois plus attractifs que complémentaires, les Bucks préfèrent miser sur un collectif harmonieux capable de faire briller son Greek Freak. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela fonctionne.

Avec une victoire hier soir sur leurs principaux rivaux à l’Est, les Raptors, Milwaukee affiche un bilan de 50 succès pour 8 revers. Sur les bases d’une saison à plus de 70 victoires, la réussite des Bucks ne peut pas être mise seulement au crédit du favori au titre de MVP. Analyse de ces lieutenants de l’ombre qui apportent la lumière dans le Wisconsin.

Point de départ pour le trio : le traumatisme des Playoffs 2019

Source : The Undefeated

Pour commencer, il est bon de revenir sur cette Finale de la Conférence Est qui a laissé tant d’amertume aux Bucks et à leurs fans. Tous les voyants étaient au vert : un Giannis MVP, une première place de la Conférence en saison régulière et une machine bien huilée sous les ordres de Mike Budenholzer. La campagne débute par une écrasante victoire sur les Pistons (4-1) et une belle démonstration face aux Celtics de Kyrie Irving en demi-finale de Conférence (4-1). Se dresse alors devant les Bucks, l’équipe énigmatique des Raptors dont on avait encore du mal à saisir le plafond. Milwaukee débute par une deux succès sur leur parquet puis arrive ce fameux Game 3 à la Scotiabank Arena : victoire 118-112 de Toronto en double prolongation. Une défaite synonyme d’effondrement pour les Bucks qui perdront les trois matchs suivants et verront leurs adversaires terrasser les Warriors en Finales NBA.

Au cours de cette série face aux Raptors, c’est surtout le sentiment de voir un Giannis Antetokounmpo bien esseulé qui a dominé chez les observateurs. Un sentiment loin d’être une simple illusion puisqu’en 231 minutes de présence, le Greek Freak laisse son équipe avec une évaluation nette de +2,5. Un chiffre satisfaisant même si on pouvait attendre plus au niveau de l’impact du MVP de la saison régulière. Il faut dire que les systèmes défensifs élaborés par Nick Nurse ont largement atténué l’influence du Grec. Lorsqu’il n’était pas là, les Bucks étaient orphelins, laissant une évaluation de -10,3 en 67 minutes. Qu’en est-il de Khris Middleton ? Au cours de ces 221 minutes de présence, celui qui a honoré sa première sélection au All-Star Game affiche un évaluation nette de -5.  Et lors des 77 minutes où il fût sur le banc ? Les Bucks tournaient à +11,5 au cours de la série face aux Raptors ! De son côté, Eric Bledsoe a livré une copie tout aussi inquiétante lors de cette série avec ses 10,7 pts à 29,4% au tir dont un catastrophique 17,2% à 3pts. Au-delà des stats générales et loin d’être anecdotiques, c’est le constat d’impuissance des lieutenants de Giannis qui a conduit beaucoup d’observateurs à identifier les Bucks comme une équipe capable uniquement de briller en saison régulière. Une impuissance qui s’est illustrée par le manque de vitesse dans l’exécution des schémas offensifs, par une pression peut-être trop grande dans les 1 v 1 proposés par les Raptors et par un manque criant d’application défensive face à l’expérience de Toronto.

Voilà donc les éléments sur lesquels les Bucks devaient retrouver confiance pour aborder la saison 2019-2020. Loin d’être évident. Alors qu’on attendait des prises de décisions catégoriques lors de la Free Agency 2019, le board a opté pour la continuité avec la re-signature pour quasiment le max de Khris Middleton. Une décision qui, au vue de ses performances en Playoffs, a laissé dubitatif un grand nombre d’analystes surtout lorsque ce choix s’est accompagné du départ de Malcolm Brogdon pour Indiana. Mais aujourd’hui, au regard de la saison historique réalisée par les Bucks, tous les sceptiques semblent s’être murés dans le silence.  

Khris Middleton, le Mr. Perfect des Bucks passe un cap

Source ; The Daily Dunk

Cette saison, les tourments des derniers playoffs sont loin pour Khris Middleton. Plus encore, l’ailier All-Star semble avoir capitalisé sur sa contre-performance et éclabousse les parquets NBA par sa maturité. Dernier exemple en date, lundi soir face aux Wizards, « Khash Money » a inscrit 40 points à 15/28, 5 passes et 3 interceptions en 41 minutes pour venir à bout d’une équipe de Washington en feu sous l’égide d’un Bradley Beal en mode « Black Mamba » : 53 points, record en carrière.

Khris Middleton excelle à scorer sans effort, et cette année, il a clairement passé un cap. Middleton est le seul joueur cette saison a tiré à 50%, tout en rentrant 40% de ses tentatives lointaines et 90% de ses lancers. Le club des 50-40-90 est à portée de shoot pour l’ailier. Une arme comme Middleton dans les mains de Mike Budenholzer avec un Giannis Antetokounmpo dans la raquette, c’est comme donner la bombe nucléaire à la plus puissante armée du monde. Encore plus que la saison dernière, Khris Middleton s’inscrit parfaitement dans les systèmes collectifs de Coach Bud mettant un point d’honneur à faire circuler le ballon. Pourquoi ? Tout simplement parce que le numéro 22 des Bucks est un véritable tueur en catch-and-shoot cette saison. Sur ces phases de jeu, Middleton mène son équipe avec 4,9 points et surtout converti 67,9% des tirs lorsqu’il est dans de telles conditions. Et lorsque l’on voit que Giannis donne 17,8% de ses passes en direction de Middleton, il est compréhensible que ce duo est d’une efficacité redoutable.

« Khash Money » a notamment développé un aspect de son jeu qui le rende encore plus efficace que la saison dernière : il partage parfaitement le ballon et surtout, il excelle dans son ratio scoring/passe. L’ailier des Bucks délivre 21,6% des passes de son équipe. Parmi les joueurs NBA avec un taux de passe de 20% ou plus, prenant au minimum 15 tirs par match, Khris Middleton est le meilleur marqueur.

Ces deux aspects du jeu permettent à Middleton de faire le plein de confiance et lui donne une toute nouvelle dimension : il est capable de porter les Bucks en l’absence de Giannis. Une idée inimaginable la saison dernière et notamment après le match contre les Raptors. Lorsque Middleton est seul sur le parquet, sans Giannis, les Bucks affichent un différentiel de +9,5 pour 100 possessions. Surtout, Middleton est plus responsabilisé puisque son taux d’utilisation du ballon passe à 32,2% lorsque le Grec est sur le banc. Dans ses conditions, Middleton excelle avec des stats impressionnantes : 49,7% FG, 40% à 3pts et 94,7% au lancer-franc. Grâce à un meilleur jeu en isolation et une excellente entente avec la seconde unité des Bucks, Khris Middleton endosse parfaitement le rôle de lieutenant de luxe en l’absence de Giannis. L’ailier de Milwaukee est plus indépendant, lit beaucoup mieux les pick n’ roll et semble aussi plus agressif lorsqu’il s’agit d’attaquer le cercle. Tous ces éléments révèlent simplement une prise de confiance rassurante et un gain en maturité pouvant peut-être, enfin, conduire, les Bucks au sommet. Derrière le Greek Freak et Khris Middleton, un autre homme travail en silence et développe son jeu pour contribuer largement à la réussite des Bucks.

Eric Bledsoe, le Soldat devient-t-il la meilleure version de lui-même ?

Source : Sports Illustrated

Au cours des deux dernières campagnes de Playoffs des Bucks, Eric Bledsoe a été tenu comme l’un des principaux responsables de son équipe. Dominé par Terry Rozier en 2018 et disparu des radars contre les Raptors l’été dernier, Bledsoe avait de quoi aborder l’exercice 2019-2020 avec de l’appréhension. Mais tout comme son coéquipier Khris Middleton, le meneur semble avoir laissé le passé loin derrière lui et capitalisé sur ses forces.

Du haut de ses 30 ans, Bledsoe aborde sa 10ème saison comme un produit fini. Tout le monde connaît ses points forts : pour sa taille, sa musculature est impressionnante ce qui fait de lui une réelle menace lorsqu’il attaque le cercle. Bledsoe, dès ses années à Phoenix, a montré qu’il était un très bon passeur capable de mettre en lumière ses coéquipiers. Et surtout, ses qualités athlétiques lui permettent d’être un excellent défenseur extérieur, aussi bien sur le porteur de balle que sur les joueurs en mouvement sans ballon. Si son surnom de « Mini-LeBron » a longtemps été un poids pour lui, Bledsoe semble enfin s’épanouir en troisième option derrière Giannis et Middleton. Cette pression n’étant plus la même qu’à ses débuts en NBA, Bledsoe prend enfin confiance et exploite ses forces à merveille, devenant un joueur déterminant pour les Bucks. Un impact dans l’organisation et dans le scoring qui a été mis en valeur lors de sa blessure au mois de décembre, le laissant loin des parquets pour six matchs.

Avant le 13 décembre, Eric Bledsoe tournait à 15 points de moyenne, 4,9 rebonds et 5,7 passes par match. Si son scoring a manqué aux Bucks, c’est surtout son rôle d’organisateur qui a été préjudiciable pour Milwaukee lors de cette période. En effet, Giannis mène son équipe au nombre de passes décisives avec 176 passes, derrière, on retrouve Eric Bledsoe avec 147 en 32 matchs. La marge avec les autres est très importantes, puisque le troisième, George Hill n’affiche qu’un total de 90 caviars. Matthews, Korver, DiVincenzo peuvent assurer au scoring, mais difficile pour eux de combler l’apport organisationnel de Bledsoe. Lors de son absence, les Bucks affichent un bilan de 4 victoires pour 2 défaites : une contre les Mavs et une contre les Sixers. Rien d’alarmant, mais ces défaites ont été face des équipes où les extérieurs ont brillé : 26 points pour Seth Curry, 16 et 18 pour Richardson et Korkmaz.

Si Eric Bledsoe se concentre de plus en plus sur ses forces, il demeure quelques secteurs où le meneur reste faible. Son jump-shot est loin d’être un atout pour l’ex meneur des Wildcats de Kentucky et lorsque l’on connait sa puissance quand il agresse le cercle, il est bien dommage de le voir prendre des shoots mi-distance à répétition. De même, si sa lecture du jeu est très bonne, sa prise de décision peut être améliorée. Il arrive souvent que Bledsoe cherche la passe spectaculaire en début de possession et gâche les 24 secondes. Des pertes de balles évitables qui peuvent encore être perfectionnées. Mais voilà, ses faiblesses ne sont pas nouvelles et il sera difficile pour lui de gommer ces difficultés. Pourtant, il existe un domaine dans lequel Bledsoe s’est nettement amélioré et c’est tout bénéfique pour les Bucks. Son adresse à 3pts était largement pointée du doigt par ses détracteurs à la suite des Playoffs. Et bien grâce au conseil de l’entraîneur adjoint des Bucks, Ben Sullivan et l’expérience partagée par Kyle Kover, Bledsoe est devenu une menace suffisante derrière l’arc. Lui qui tourne à 33,7% à 3pts en carrière, affiche un 35,3% dans cette catégorie cette saison. La clé pour Bledsoe réside son tir en sortie de dribble. Parmi les joueurs ayant tenté 90 tirs à 3pts ou plus en sortie de dribble cette saison, Eric Bledsoe possède le troisième meilleur pourcentage avec 40%, juste derrière JJ Reddick et Marcus Smart.

Bien évidemment, son tir extérieur n’est pas sa meilleure arme offensive, mais cette nouvelle corde à son arc permet aux Bucks de pouvoir espacer le jeu davantage et ainsi laisser de la place pour le travail de destruction de Giannis dans la raquette. Bledsoe défenseur, Bledsoe agresseur, Bledsoe organisateur et maintenant Bledsoe shooteur ? S’il existe toujours des secteurs perfectibles dans le jeu d’Eric Bledsoe, il n’en demeure pas moins que son rôle au sein des Bucks est de plus en plus crucial et complète parfaitement celui de Khris Middleton et de Giannis Antetokounmpo.

La machine Bucks marche actuellement sur la Conférence Est et même sur la NBA. Giannis Antetokounmpo est évidemment LA superstar de cette équipe, mais derrière, la confiance et la remise en question de ses deux lieutenants à la suite de cette terrible défaite en Finale de Conférence est plus que déterminante dans le succès de la franchise. Khris Middleton est d’une propreté quasi historique et Eric Bledsoe endosse de mieux en mieux son rôle d’organisateur. Si cette alchimie est bien partie pour écraser la saison régulière, les Bucks seront surtout attendus dès le mois d’avril où ils devront prouver qu’ils peuvent aller chercher la première bague de la franchise depuis 1971.

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