Omnisport

Histoire : le lancer de renard (XVIIe-XVIIIe s.)

Retrospective historique sur un sport que vous ne connaissez peut-être pas mais qui a connu une grande notoriété il y a plus de 300 ans : le lancer de renard.

Le sport est une façon de se défouler, de permettre à son corps de se sentir exister. D’un moyen ludique et compétitif, nous pouvons très rapidement franchir la barrière de l’incompréhension. Le quidditch, le chessboxing ou encore l’octopush ne sont rien comparés aux sports que nos lointains aïeux pratiquèrent. En effet, parmi ces sports figure le très populaire lancer de renard qui, en plus de faire fureur à l’époque, cassaient – comme beaucoup d’autres pratiques archaïques – les codes moraux animaliers. Retrospective historique sur un sport que vous ne connaissez peut-être pas mais qui a fait fureur il y a plus de trois siècles.

L’animal comme moyen de divertissement

Fut une époque où les animaux n’étaient pas autant protégés qu’aujourd’hui. Il faut attendre la deuxième moitié du XIXe siècle pour voir émerger les plus importantes manifestations de défense pour les animaux. Victor Hugo en est un parfait exemple, écrivant un certain nombre de poèmes au titre d’animaux comme Le Crapaud ou La Vache. Il est donc logique de déduire que si des « intellectuels » sont montés au créneau pour défendre la cause animale, c’est qu’il y avait quelque chose qui attaquait l’intégrité de ces animaux. Revenons au moins deux siècles auparavant, dans une société d’époque moderne où les divertissements ne sont le luxe que d’une certaine classe. Ca y est ? Vous êtes installés ? Ici, dans ce monde, les animaux ne servent pas seulement à être mangés. Ils sont l’objet d’une chasse sans relâche et d’une utilisation en tant que loisirs. L’animal n’est pas une entité vivante mais surtout une façon pour l’homme de se divertir. Dans certaines régions occidentales de l’Europe, on s’adonnait à un jeu qui serait aujourd’hui condamnable : le jeu de l’Oie. Non, il n’est ici pas question du jeu de plateau mais plutôt de celui dans lequel il s’agit de trancher la tête d’une oie de diverses manières.

(Source : carte postale non datée. Représentation du Moyen-Âge)

Ici, nous pouvons apercevoir le joueur aux yeux bandés qui doit réussir à trancher la tête d’une oie, aidé d’un autre homme qui empêche l’animal de courir.

Le lancer de renard

Revenons à notre propos principal, maintenant que les présentations d’époque sont faites. Le lancer de renard s’inscrit dans une pratique large du lancer d’animal vivant. Oui, vous avez bien lu, les animaux jetés étaient vivants. Fort d’une popularité grandissante entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, le lancer de renard s’est installé dans toute l’Europe. On organisait même des tournois. Le but de ce « sport » ? Deux personnes tenaient une corde ou une sorte de drap à environ six mètres de distance, les renards étaient lâchés dans une arène et les joueurs devaient attendre qu’un des renards passe au dessus de la corde. Une fois l’animal en place, les deux joueurs tiraient instantanément la corde pour faire s’envoler le renard. Des mesures précises étaient établies pour donner le vainqueur. Parfois, l’animal volait jusqu’à plus de sept mètres de haut.

(Source : magazine illustré, v. 1880)

Ces pratiques envers les animaux étaient, comme en témoigne l’illustration ci-dessus, réservées aux plus hautes classes de la société. Néanmoins, outre le divertissement que cela leur procurait, lancer des animaux était très souvent dangereux pour les lanceurs – il l’était évidemment pour les animaux puisque la plupart des lancers étaient mortels. Les animaux pouvaient en effet se retourner contre les joueurs. Leur instinct ne les décevait parfois pas et ils comprenaient qu’il valait mieux se venger une dernière fois plutôt que souffrir après une chute. Il est intéressant d’étudier le siècle qui a suivi ce genre de pratiques. Comme énoncé plus haut, le XIXe siècle ouvre la porte aux droits des animaux. Des associations sont créées, des intellectuels haussent le ton – même si parler d’intellectuel au sens qu’on donnerait aujourd’hui est presque anachronique -, tout est fait pour que l’animal ne soit plus l’acteur d’un système de loisirs mais le domestiqué qu’on chérit.

Nous pouvons dire que le sport a évolué avec la société dans laquelle il vivait. Trancher la tête de volatiles et jeter des animaux en l’air étaient, fut un temps, des pratiques « normales ». Après des politiques fortes à l’égard de ceux qui utilisaient l’animal comme moyen de se défouler, il est devenu impensable de reproduire ce genre de pratiques de nos jours.

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