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A la découverte de Sasha Zhoya

Presque deux mois après avoir choisi de courir pour les couleurs bleu blanc rouge, Sasha Zhoya a une nouvelle fois démontré son incroyable talent pour l’athlétisme. Ce week-end, A Liévin, lors des championnats de France juniors, il ne lui aura fallu qu’une seule journée pour s’adjuger le record d’Europe puis du monde sur 60m haies (7″34). De quoi en dire long sur le potentiel de ce jeune homme de 17 ans. Retour sur son parcours.

Si sa victoire de ce week-end lui permet d’ajouter sixième titre de champion de France à sa collection après sa razia chez les cadets, ses racines ne sont pas toutes en France, ni même en Europe. En effet, si son père est Zimbabwéen et sa mère française, Sasha est lui né à Perth, en Australie. C’est la bas qu’il grandit et connait ses premiers pas sur la piste. Son histoire avec la France s’écrit donc d’abord durant les vacances d’été où il vient dans la famille de sa mère en Auvergne. Mais après une saison époustouflante chez les cadets, il a fallu faire un choix.

En effet, ses performances tout au long de l’année dernière ont propulsé Sasha comme l’un des plus gros espoirs de l’athlétisme mondial. Détenteur des records du monde cadet du 60m haies (7″48) et 110m haies (12″87), il brille aussi dans une autre épreuve. En passant une barre à 5.56m à Sydney en Mars 2019, Sasha est devenu recordman du monde du saut à la perche dans cette catégorie, faisant mieux qu’un certain Armand Duplantis à son âge. A cela il faut ajouter une excellente pointe de vitesse. Il détient les records de France cadets du 100m (10″41) et 200m (20.91). Ainsi, à la fin de 2019, il ne fait plus de doutes que l’avenir de Sasha s’inscrira sur les pistes d’athlétisme au niveau professionnel. Reste à voir quel pays il représentera.

L’omniprésence de Sasha sur le tableau des records de France cadets en plein air (source : FFA)

Tiraillé entre ses attaches australiennes et la qualité de l’école française, Sasha et sa mère ont pris leur temps pour faire leur choix. Comme cette dernière le disait au parisien « [ils ont] analysé tous les paramètres », et ont fait le choix « [d’une] stratégie assez pragmatique avec les pour, les contre, le côté émotionnel, l’organisation, les perspectives financières, la famille, les amis… ». Ainsi, deux choses ont fait pencher la balance en faveur de la France : la perspective de disputer un plus grand nombre de compétions de haut niveau en Europe et l’encadrement offert à Sasha en tant qu’athlète.

En effet, en intégrant l’INSEP, il va pouvoir continuer son développement avec des entraîneurs de renoms dans chacune de ses disciplines. Pour le sprint, c’est Dimitri Demonière, ancien entraîneur de Jimmy Vicaut, qui sera chargé de polir la technique de Sasha. S’il dispose déjà d’une excellente pointe de vitesse, son entraîneur affirmait à l’équipe qu’il « est doué mais reste encore perfectible ». C’est aussi lui qui sera là pour coordonner les relations entre les différents entraîneurs du garçon, car c’est bien un trio qui l’encadrera.

Sasha entouré de Ladji Doucouré (à gauche) et Wilhem Belocian (à droite) (source : Youtube)

Sur les haies, c’est Ladji Doucouré, champion du monde en 2005 de la discipline, qui s’occupera de Sasha. Il lui apportera une expertise technique, mais aussi un précieux soutien mental grâce à son expérience personnelle. Sans compter qu’il participera régulièrement à des séances avec la crème de la crème des hurdlers français. La partie perche est confiée à Philippe d’Encausse, l’emblématique entraîneur de Renaud Lavillenie. Quoi de mieux pour Sasha qui porte lui même les couleurs du club de l’ancien recordman du monde lors des compétitions nationales ?

Mais si la fédération française a fait le forcing pour mettre Sasha dans les meilleures conditions, c’est qu’en plus d’avoir d’énormes dispositions pour l’Athlétisme, il a la mentalité d’un champion. Bien conscient du chemin qu’il lui reste à parcourir afin d’exploiter son potentiel, le gamin garde la tête froide. En témoigne l’analyse de sa course de ce week-end pour le quotidien la montagne: « Sur les haies, le départ n’est pas le domaine où je suis le plus fort. Sur certains passages de haies, mon dos était également un peu levé. Je suis content de ma perf mais dans ma tête, je me dis que je peux aller plus vite. » De plus, il sait aussi s’échapper des pistes en consacrant du temps à son autre passion, la danse. Il suit même une formation par correspondance sur les arts de la scène en Australie et compte bien valider son diplôme.

4ème au meeting de Sotteville dans une course remportée par Lemaitre (source: FFA)

En bref, Sasha Zhoya a tout ce qu’il faut pour espérer devenir un jour un des tous meilleurs athlètes du monde : le talent, le mental et un encadrement de qualité. Suffisant pour espérer le voir très prochainement chez les grands ? Non. Sa pointe de vitesse est telle qu’il lui est déjà possible de participer à des meetings nationaux seniors. On l’avait par exemple vu battre le record de France cadet du 200m (20″91), à Sotteville cet été, dans une course remportée par Christophe Lemaitre. Mais pour les haies c’est plus compliqué. Sasha vient tout juste d’être junior où les obstacles sont plus hauts qu’en cadet (0.99m contre 0.91m). S’il semble déjà en avoir pris la mesure sur 60m il va devoir encore travailler sur 110m, et les haies senior culminent 7cm plus haut (1.06m). C’est d’ailleurs en grande partie pour cela que Sasha et son camp ont choisi de délaisser quelque peu la perche pour 2020. L’objectif est d’abord de s’habituer aux nouvelles haies et battre le record du monde junior du 110mH de son occasionnel compère d’entrainement Wilhem Belocian (12″99). Les points culminants de sa saison seront donc les championnats du monde junior en Juillet et peut être la découverte des championnats d’Europe seniors en Août. Ce sont des étapes très importantes dans l’optique de sa progression vers le très haut niveau et son « rêve numéro un », les JO de Paris 2024. Alors soyons encore patient avec Sasha Zhoya, mais au vu des derniers résultats de la délégation française dans les grandes compétitions, nous pouvons tout de même nous réjouir de voir q’un si grand talent portera nos couleurs.

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