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Stéphane Ruffier : la fin des privilèges à l’ASSE

Récemment, l’AS Saint-Étienne a fait les gros titres de la presse sportive française, mais pas vraiment pour ce qu’il se passe sur le terrain. Depuis plus d’une semaine maintenant, les tensions entre Claude Puel et une partie de son effectif ne sont plus tenues secrètes et un joueur en particulier symbolise cette rupture : Stéphane Ruffier. Historique gardien des Verts depuis 2011, Stéphane Ruffier n’a pas joué les deux derniers matchs de l’ASSE. Écarté par Claude Puel, lui et son agent livrent une guerre ouverte au club. Que cet épisode révèle-t-il sur l’évolution de l’individualisme dans le football ?

Un refus de la concurrence

A l’origine de ce clash entre Stéphane Ruffier et Claude Puel, il y a une décision : celle d’écarter du onze titulaire un gardien de but moins performant depuis quelques semaines (voire mois). Une décision sportive donc et qui respecte une certaine logique. Lorsqu’un joueur est moins bon, un autre prend sa place ; le jeu de la concurrence tire une équipe vers le haut. Oui mais voilà, il faut que la concurrence soit saine. Et ce n’est pas le cas précisément. Jessy Moulin, historique numéro 2 de l’ASSE ne jouait jusqu’alors que lorsque Ruffier était absent, pour blessures ou pour suspensions. Et il le faisait plutôt (très) bien. Mais à l’approche de la réception du Stade de Reims le 23 février dernier, Stéphane Ruffier a appris sa mise à l’écart alors qu’il était opérationnel. Dès lors, la rupture était consommée. Furieux, Stéphane Ruffier a quitté l’entraînement. Les médias l’apprennent, le relaie : la grenade est dégoupillée.

Peut-on parler d’une guerre d’ego entre Claude Puel et Stéphane Ruffier ? En réalité pas vraiment puisque Claude Puel n’a pas écarté Ruffier à cause de son caractère, ou du moins, pas seulement. Le réel problème dans cette histoire est le refus de Ruffier de subir la concurrence de celui qui jusque là n’a jamais pris sa place. Or s’il y a bien une caractéristique propre au sport collectif, c’est la concurrence au sein d’un effectif qui se doit compétitif et concerné. Certes, Stéphane Ruffier est un monument de l’ASSE, et personne ne peut nier le rôle capital joué par Ruffier dans les belles saisons stéphanoises récentes, mais il n’est en aucun cas au dessus du collectif. Même mis sur le banc, Loïc Perrin n’a jamais fait de vagues. Qu’est-ce qui différencie ces deux joueurs ? La dévotion et le respect de l’essence même du sport. En manque cruel de résultat, l’ASSE doit trouver des solutions, et l’une d’elles est d’écarter, provisoirement ou non, les joueurs moins performants ou moins impliqués.

Venu à Saint-Etienne pour redresser le club, Claude Puel fait ses choix (Photo by Anthony Dibon/Icon Sport)

Une communication cinglante

Pour ne rien arranger à la situation déjà incendiaire, l’agent de Stéphane Ruffier, Patrick Glanz a pris publiquement la parole pour défendre son protégé. Ou plutôt pour attaquer frontalement le régicide Claude Puel. Pour L’Equipe, Glanz affirme que Puel « crache au visage d’une légende de Saint-Étienne ». Une déclaration choc, destinée à attirer l’attention et à placer Claude Puel en position de faiblesse. Mais les supporters stéphanois ne sont pas dupes. Ce n’est pas l’entraîneur des Verts qui devient coupable, mais plutôt le « clan Ruffier ». Glanz ne s’arrête pas là et révèle l’existence de tensions entre Puel et d’autres joueurs, allant même jusqu’à évoquer des secrets de vestiaire et des disputes musclées. Immédiatement, le club du Forez réagit et condamne les propos de l’agent de son gardien de but ainsi que l’attitude déplacée de Stéphane Ruffier.

« Quelles que soient ses compétences et son expérience, aucun salarié ne peut se prévaloir d’un statut particulier qui le placerait au-dessus de l’institution et l’affranchirait du respect des valeurs collectives. L’ASSE n'accepte pas que des décisions sportives soient ainsi dénigrées et bafouées au nom d’un individualisme forcené, a fortiori avant un match important. Ses dirigeants veilleront toujours à préserver l’esprit d’équipe, fondement de tout projet de club. L’ASSE est un monument riche d’une histoire et d’un palmarès exceptionnels que plusieurs générations de joueurs et de supporters ont construit de manière solidaire. Les intérêts individuels n’ont pas leur place dans la légende. » (Communiqué officiel de l’ASSE)

Claude Puel lui aussi a pris la parole, devant les nombreuses sollicitations des journalistes intrigués par cette affaire. Sans s’étaler sur le sujet, le technicien castrais a regretté l’entourage nocif de Stéphane Ruffier. Pour ne pas fermer irrémédiablement la porte à un retour de l’ancien portier monégasque, Puel a afirmé attendre des excuses du principal intéressé. Ces excuses, Puel les attend devant lui ainsi qu’en face du groupe tout entier impacté par cette affaire dont se seraient bien passé tous ceux qui vivent pour l’ASSE. Ces excuses arriveront-elles ?

Un avenir en suspens

Tout semble reposer sur la volonté de Stéphane Ruffier de rejouer sous le maillot vert désormais. S’il le désire réellement, il fera marche arrière, s’excusera et pourra espérer retrouver sa place. Mais Claude Puel lui aussi a un caractère bien trempé. Rancunier, il peut l’être. Une chose est sûre : il ne fera pas de cadeau à celui qui a publiquement remis en cause ses décisions. Jessy Moulin a occupé les cages stéphanoises face à Reims avec plus ou moins de réussite (il a encaissé un penalty à la dernière minute) et face à l’OL de Moussa Dembélé intraitable face aux Verts (doublé du buteur français). Un match d’une importance énorme s’avance jeudi prochain pour l’ASSE : la réception du Stade Rennais en demi-finale de Coupe de France. Jessy Moulin devrait une fois de plus défendre les buts de Saint-Étienne face aux assauts de Niang, Raphinha et consorts. Dans une opération maintien désormais engagée, il faudra compter sur des hommes impliqués. Stéphane saura-t-il redevenir cet homme ? Ou bien continuera-t-il sa crise d’adolescence ? Que faire lorsque l’on est écarté pour des raisons sportives ?

Ecarté par Puel, Stéphane Ruffier doit-il tout faire pour partir? (Photo : Le10sport)

Qu’avait fait Iker Casillas lorsqu’il avait été écarté ? Parti à Porto. Qu’a fait Steve Mandanda en manque de temps de jeu à Crystal Palace ? Revenu à l’OM. Alors si Stéphane Ruffier est mécontent de sa situation, il n’a qu’à partir. Mais où pourra-t-il rebondir ? A 33 ans, il a encore quelques belles années devant lui, mais il ne pourra apporter une plus-value sportive que sur un court terme. Ses prétentions salariales et sportives sont élevées, son caractère parle pour lui, et sa carrière internationale ne plaide pas en sa faveur. A l’ASSE, Stéphane Ruffier avait tout pour laisser une trace dans l’histoire du championnat français. Tout n’est pas encore perdu pour lui, loin de là, mais il faut qu’il mette de l’eau dans son vin. Patrick Glanz ne l’aidera pas à se racheter une image auprès du peuple vert, c’est à lui de faire le boulot.

L’ASSE doit-elle se passer de Stéphane Ruffier jusqu’à la fin de la saison ? La question brûle les lèvres de tous les suiveurs du foot stéphanois, et elle est bien légitime. Sportivement, Ruffier a un niveau supérieur à beaucoup de gardien en Ligue 1 théoriquement. Mais le sport a d’autres vérités que la simple théorie. Dans une mission maintien laborieuse, la cohésion, la loyauté et l’auto-critique priment sur le statut et l’orgueil. Claude Puel réclame des excuses. D’aucun dirait qu’il a bien raison. Si Stéphane Ruffier veut rester une légende du club du Forez, il devra s’y plier rapidement. Si rien ne change, ses belles années et son importance aux yeux des Verts seront balayées, au profit d’un Jessy Moulin toujours exemplaire et performant. Faut-il le rappeler Monsieur Ruffier, votre « doublure » a plus de qualités que vous ne lui en prêtez.

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