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NBA – Russell Westbrook : nouveau rôle, nouvelle dimension

Rares sont ceux qui pensaient voir les Rockets afficher un tel niveau sur ce mois de février. Dès cet été, le scepticisme était de rigueur après le transfert de Russell Westbrook et de son utilisation aux côtés de James Harden. Les mois se sont écoulés et les deux All-Stars ont fait le job pour maintenir Houston dans les premières places de la Conférence Ouest. Et puis, il y a eu ce transfert énigmatique mais non sans intérêt de Clint Capela vers les Hawks d’Atlanta. Une incompréhension générale a envahi le monde du basket, mais les intentions de Mike d’Antoni et sa bande étaient claires : Houston jouera sans pivot de formation et poussera à l’extrême le small-ball.

Rires, stupéfaction, moqueries ou éloge du génie d’Antoni… Le moins que l’on puisse dire c’est que la décision de transférer le pivot suisse n’a laissé personne indifférent. Nous sommes au début de mois de mars et les Rockets surprennent : depuis le départ de Capela, Houston affiche un bilan de 10 victoires pour 3 défaites en comptant la dernière en date, sur le parquet des Knicks. Au cœur de cette réussite, un homme : Russell Westbrook. Brodie s’épanoui dans le nouveau système des Rockets et semble enfin devenir, à 31 ans, la meilleure version de lui-même. Focus sur le Beastbrook du moment.

Le nouveau système des Rockets optimise l’utilisation de Brodie

  • Du spacing pour faire parler la puissance de Westbrook

Le cinq le plus régulièrement aligné par les Rockets depuis le départ de Clint Capela se compose des joueurs suivants : James Harden – Russell Westbrook – Danuel House Jr. – Robert Covinghton – PJ Tucker. C’est donc avec ces noms que les Rockets rendent l’un des meilleurs bilans de la Ligue en février. Surprenant ? Peut-être pas tant que ça.

Cette formation a un objectif précis : augmenter la vitesse des transitions, espacer le jeu pour permettre de meilleures pénétrations, faciliter les tirs à trois points. Le choix des Rockets est donc simple puisqu’ils décident d’abandonner les rebonds pour favoriser la vitesse et construire une attaque digne des meilleures fusées du Texas.

Dans leur quête d’obtenir un nouveau joueur capable d’écarter, l’équipe a acquis Robert Covington dans le commerce Clint Capela. Il a très bien pris ses marques avec Houston et se classe déjà deuxième au nombre de tentatives à 3pts avec 8,6 tirs longue distance par match. Sa précision, cependant, est à la traîne à 33,8%. De même pour Eric Gordon, qui imite presque le volume de Covington (8,5/match) et la précision (32,6%). Les autres principales menaces extérieures sont Ben McLemore, Danuel House et PJ Tucker. Heureusement, ces trois-là sont plutôt adroit sur le dernier mois de compétition : McLemore à 39,5%, suivi de Tucker à 37,8 et House à 37,1.

Russell Westbrook possède un grand espace de travail pour faire parler ses qualités physiques et il le maximise à merveille en attaquant le panier et faisant de réels dégâts.

  • Le cas PJ Tucker : le pivot idéal pour Brodie

Ce système convient parfaitement aux forces de Westbrook. Lui qui n’a joué au Thunder qu’en présence d’un Steven Adams encombrant dans la raquette, se retrouvait en début saison avec un Clint Capela au profil similaire. Incapable de s’écarter tous les deux (et ce n’est pas une critique, un simple constat), ces pivots bloquaient l’accès au panier. Plus encore, les pivots adverses défendant sur Adams et Capela étaient plus rapidement disponibles pour aider sur les pénétrations de Westbrook.

Avec le départ de Capela, c’est PJ Tucker qui s’est vu attribué le poste de pivot chez les Rockets. Comme expliqué précédemment, lorsque Capela est dans la peinture, il est simple pour le pivot adverse de venir aider et contester les tentatives de Westbrook. Mais lorsque le pivot est obligé d’être complètement à l’écart pour garder Tucker sur la ligne à 3pts, il n’est pas aussi facile pour lui d’aider. Et s’il lâche Tucker, c’est un tir à 3 points ouvert dans le coin pour l’un des tireurs de coin les plus efficaces de la ligue.

Non seulement PJ Tucker aide Westbrook sur le côté offensif, mais il lui facilite également la tâche en défense. Lorsque les équipes exécutent un pick and roll contre Russ et Capela, Russ est obligé de combattre l’écran parce que Capela n’est pas assez mobile pour switcher. Cependant, si une équipe effectue un pick and roll contre Westbrook et Tucker, le duo peut permuter presque à chaque occasion.

Tous les feux sont au vert du côté de Houston pour voir Westbrook exprimer toute sa puissance et cela passe par plus de pragmatisme et des choix offensifs beaucoup plus naturels.

Russell Westbrook enfin lui-même ?

  • Réduire les shoots extérieurs pour réduire le déchet

Le shoot à 3pts de Russell Westbrook est loin d’être de sa plus grosse qualité. À l’heure où les meneurs peuvent planter de loin à chaque instant, sur n’importe qui et n’importe quelle distance, Russ est l’exception, pas la règle.

Depuis son arrivée dans la ligue en 2008, Brodie affiche un pourcentage en carrière à 3pts de 30,4% soit le septième pire total parmi les joueurs ayant pris plus de 1000 tirs longue distance. Le facteur aggravant pour Westbrook a clairement été sa sélection de tir, très souvent suspecte. Mais voilà, à OKC, depuis le départ de Kevin, les trois points étaient un secteur très compliqué pour la franchise et Russell Westbrook a dû prendre ses responsabilités, forçant sa nature.

Une nature qu’il a eu du mal à gommer lorsque Capela était encore à Houston. Jusqu’au 19 janvier et le match contre les Lakers où Brodie n’a pris aucun tir à trois points, le « meneur » avait tenté 165 tirs longue distance pour un taux de conversion de 23,63%… Depuis ce match contre LAL, Brodie n’a tenté que 6 trois points en 7 matchs et sur le mois de février il tourne à 40% de loin avec un 8/20 ! Le plus important réside surtout dans le fait que sa sélection de tir est beaucoup plus juste qu’auparavant. Sur son volume de tir total, les tirs longue distance ne représente que 17,1% des tirs pris par Russ.

S’appuyer moins sur les tirs lointains signifie que Westbrook met plus d’énergie à trouver des tirs à plus fort pourcentage dans les zones où il est radicalement plus efficace. La raison principale de ce changement de sélection de tir vient d’une prise de conscience de la part du meneur qui accompagne la nouvelle stratégie des Rockets : il peut attaquer le cercle quand il le souhaite.

Westbrook est l’un des joueurs NBA possédant le meilleur rapport vitesse/puissance et il est très difficile à gérer pour les défenses adverses lorsqu’il arrive lancé, pleine puissance, vers le cercle.

  • L’efficacité d’un pivot : « Russell Westbrook O’Neil » – Kendrick Perkins

Au premier rang des secteurs affectés par cette diminution des tentatives longue distance, c’est l’efficacité de Russ qui a atteint des niveaux exceptionnels depuis quelques semaines. Cette saison, 59,6% des tirs de Westbrook sont entrés depuis la peinture. Ce pourcentage est nettement plus élevé que lors des trois dernières saisons de Russ. Mais en février, Beastbrook est entré dans une nouvelle dimension : près des deux tiers (65,6) de ses tentatives sont venues dans la peinture, et il a tiré 61,2% dans cette zone. Si ce pourcentage s’étendait sur la saison entière, Westbrook serait le 6ème joueur le plus efficace au tir de la Ligue, derrière… que des pivots. Il y a deux jours, l’ancien coéquipier de Westbrook à OKC, Kendrick Perkins déclarait sur ESPN qu’il voulait qu’on rebaptise Westbrook en « Russell Westbrook O’Neil » tant il n’avait jamais vu quelqu’un accomplir un travail si extraordinaire dans la peinture depuis le Shaq.

Au-delà de son rôle de matraqueur dans la raquette, Westbrook donne une nouvelle dimension au jeu des Rockets. Utilisés à minima par beaucoup d’équipes car jugés pas assez rentables, les tirs à mi-distance sont le mouton noir de la NBA depuis quelques années. Pourtant, chez certains joueurs, c’est une arme qui peut être très efficace. Russell Westbrook possède un jeu intermédiaire respectable. Sur sa saison, Russ tourne à 41,5% à mi-distance, pas incroyable, mais suffisant. Sur son magnifique mois de février, le pourcentage monte à 44%. Une arme que les Rockets n’utilisent absolument pas depuis que d’Antoni a pris les rênes de l’équipe. Grâce à son jeu, Westbrook apporte d’autres opportunités à l’attaque des Rockets. Pour rendre cela plus parlant, regarder la shoot chart des Rockets lors de leurs deux matchs du mois de février sans Russell Westbrook :

Vs Charlotte Hornets
Vs Phoenix Suns

Et maintenant, voici celle de Brodie sur deux matchs du mois de février :

Russ vs Grizzlies
Russ vs. Jazz

Alors que les Rockets ne prennent quasiment aucun tir mi-distance sans Russell Westbrook. Dès que le MVP 2017 est sur le terrain, Houston peut être dangereux de n’importe quel endroit du terrain. Si son efficacité à l’intérieur est favorisée par l’absence de pivot de métiers, Russ excelle dans la diversité offensive qu’il apporte à une équipe de Houston souvent stéréotypée en attaque.

Quel avenir à court terme pour les Rockets ?

  • Harden/Westbrook : la naissance d’un véritable duo ?

Une information simple est à prendre en compte pour comprendre déjà l’augmentation (et surtout l’amélioration) statistiques de Russell Westbrook depuis le début de l’année : son utilisation. Elle n’a fait que progressée à mesure qu’il se sentait plus à l’aise dans cette attaque des Rockets.

Selon les statistiques avancées de NBA.com, l’utilisation de RussWest en octobre, novembre et décembre ne dépasse pas les 32,6%. Mais depuis janvier, ce pourcentage est passé à 36,4%. L’intégration est toujours un facteur difficile à cerner, surtout dans une équipe aussi particulière que les Rockets, mais il semble que Russ ait bien trouvé sa place aux côtés de ses coéquipiers et notamment James Harden. C’était l’une des grosses interrogations qui planaient autour du transfert de Brodie dans le Texas cet été.

Outre les éléments que nous avons analysés en amont sur les raisons de l’explosion de Westbrook, il y en a un autre qui se révèle comme primordiale : le recul de James Harden. Évidemment, avec des statistiques comme seul lui peut en produire, il est difficile de mesurer ce « recul » pour The Beard. Il semble pourtant que le statut de Harden soit passé de star autonome des Rockets à celui de co-leader avec Russell Westbrook. Revenons avec ce critère de l’utilisation : en début de saison, Harden plafonnait à 38,4% d’utilisation, en février il est passé à 34,2%. Moins de responsabilité, plus de confiance dans son coéquipier et une équipe des Rockets qui sortent de leur côté unidimensionnel et ultra-dépendant de la réussite de James Harden.

Naturellement, Harden a vu une diminution de ses deux points et de ses passes décisives depuis ce retour en arrière, mais son efficacité est restée relativement inchangée. Sur les 10 derniers matchs, Harden tourne en 30.1 pts/match contre 34,9 cette saison. Harden s’est quelque peu éloigné de la conversation MVP depuis l’émergence de Russell Westbook, mais il ne semble pas dérangé par cela. Harden joue chaque soir, est dur des deux côtés du parquet et obtient simplement ses points dans le flux offensif et collectif au lieu d’être le seul de l’équipe capable de marquer.

Une attitude mature de la part de Harden qui semble être bonnes augures pour la post-season des Rockets. Une entente qui pourrait bien faire mal en Playoffs même si beaucoup d’interrogations demeurent autour de cette équipe des Rockets.

  • Un système qui brille en régulière : quel espoir pour les Playoffs ?

Conséquence du paragraphe précédent, James Harden pourrait-il enfin arriver à 100% en Playoffs ? Lui qui portait sur ses épaules la réussite des Rockets lors des dernières années, peut prendre un peu plus de repos, du moins sur le terrain, avec un Westbrook à ce niveau de jeu. Avons-nous déjà vu James Harden arriver en PO avec autant d’énergie ? C’est une question qui pourrait avoir de grandes répercussions sur le tournoi estivale.

Mais si la forme de Harden reste un paramètre aléatoire, c’est surtout la question de l’efficacité de l’ultra small-ball qui est questionnée du côté de Houston. En saison régulière, le jeu des Rockets est létal. Il permet d’insister sur les faiblesses adverses et d’exploiter au maximum chaque maladresse et manque de concentration de leurs adversaires. Mais voilà, on le sait en Playoffs, le jeu est considérablement ralenti et les défenses au maximum de leur potentiel. Quelle sera l’attitude des Rockets face à un pivot dominant usant et abusant du jeu au poste ? Comment Westbrook développera son jeu de percussion sur demi-terrain face à des raquettes resserrées ? Même si c’est probablement dans ces conditions que James Harden reprendra son leadership, il n’en demeure pas moins que les limites physiques du roster des Rockets nous laissent sceptique sur leur avenir en Playoffs.

Tout cela est hypothétique, mais il n’est pas à écarter que le duo James Harden/Russell Westbrook continue sa marche en avant et en surprennent plus d’un en Playoffs. Si Russ trouve le moyen de maintenir son rythme incroyable et poursuit ses efforts en Séries, les Rockets seront assurément un prétendant au titre cette saison.

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