Café Crème Sport

Théo Hernandez à l’Euro : c’est oui ou bien c’est non?

L’histoire des frères en équipe de France commence avec les frères Laurent, dont Lucien, le cadet, est l’auteur du premier but en Coupe du Monde, en 1930. Elle se poursuit bien plus tard avec les frères Cheyrou, dans les années 2000, preuve de la rareté de deux frères en sélection nationale. Benoît sera d’ailleurs sélectionné une seule fois, sans pour autant disputer de match. Son frère Bruno quant à lui, jouera 3 fois sous la tunique bleue. Et si cette histoire continuait, dès cette année, avec les frères Hernandez ? Lucas est déjà installé, champion du monde, et Théo, en grande forme avec le Milan cette saison, pourrait s’inviter dans le groupe. Mais mérite-t-il pour vraiment d’être convoqué chez les bleus pour le grand rendez vous de l’été, l’Euro?

Après des débuts prometteurs à l’Atlético Madrid en 2015, où il a été formé avec son frère, Théo Hernandez est prêté une saison à Alaves. Prometteur, le Real Madrid achète le latéral gauche, et malgré un temps de jeu plutôt correct, est prêté la saison suivante à la Real Sociedad. Été 2019, le cadet des Hernandez veut changer d’air. Ca tombe plutôt bien, il croule sous les propositions. Angleterre, Espagne, Italie, il a l’embarras du choix. Son choix portera finalement sur l’AC Milan. Sa rencontre avec Maldini est déterminante. « On a tout de suite accroché. Maldini, c’est un mythe, probablement le plus grand joueur à mon poste. Nos discussions m’ont montré qu’il me connaissait bien. Quand Paolo Maldini vous recrute, ça vous file quand même de la confiance !  »
Hernandez va alors, au fil des mois, prendre de plus en plus de place au sein du club lombard. Apport offensif, détermination, endurance, les supporters apprécient énormément le francese. 2e meilleur buteur et 2e meilleur passeur ex-aequo de l’effectif milanais, il est une véritable plus-value pour Pioli. Mais cela suffira-t-il pour rejoindre les Bleus? Peut-il être une plus value équivalente pour Didier Deschamps ?

2 frères, 2 fauves.

Les frères Hernandez bientôt réunis sous la même tunique? (Photo: RMC Sport)

Lucas, formé dans l’axe, est surtout connu pour ses qualités défensives. Bien que capable d’avoir un apport offensif, il n’est en aucun cas comparable à son frère. Théo possède, sur le volet offensif, de très grosses capacités, bien supérieures à son frère, formé dans l’axe. Ludovic Batelli, qui l’as entraîné dans les sélections de jeunes, le décrit de cette manière : »Il adore attaquer et contre-attaquer. Il est doté d’un très bon pied gauche pour centrer ou frapper au but. » Et, à la vue de sa saison, il est difficile de lui donner tort. Theo se retrouve très souvent dans la surface adverse grâce à ses très nombreuses projections vers l’avant. Il faut d’ailleurs lui reconnaître cette adresse dans la finition. Beaucoup de latéraux, dans sa position, paniquent et n’arrivent pas à marquer. Le français possède ce sang froid nécessaire, ainsi que la qualité technique pour emmener le ballon où il le souhaite. S’il aime beaucoup partir balle au pied et donner le ballon très tard, il est aussi capable de donner et de redemander, de dédoubler sur l’aile avant de centrer. Dans ces situations là, sa vitesse, sa vivacité dans les petits espaces et sa première touche de balle le rendent quasi intouchable. Les différents styles de jeu de ses équipes (Atlético, Alavès, Real Madrid, Real Sociedad, Milan) lui ont permis de s’adapter à beaucoup de schémas offensifs différents, ce qui lui offre une palette tactique élargie. Il a aussi l’oeil et l’intelligence de se dire, si beaucoup de ses coéquipiers sont déjà dans le camp adverse, qu’il doit rester derrière ou en retrait.

Théo Hernandez, défenseur moyen? (Photo:goal.com)

Ces courses incessantes vers l’avant pourraient nous faire penser à un manque de lucidité, un manque de souffle en fin de match lors des retours défensifs. Ce serai une erreur. Très endurant, il court énormément et ne lésigne pas à faire les efforts. Cette vélocité, avec son agressivité, lui permet d’être très bon pour rattraper un joueur parti en contre et le tacler afin qui son équipe puisse se replacer. Et cela se voit dans les stats: il remporte 67,2% de ses duels défensifs, quand Robertson n’est qu’à 65,9 %, et Lucas Hernandez 61,9%. Hernandez est donc un meilleur défenseur que ce que l’ont peut souvent entendre, et force est de constater que le danger ne s’infiltre que rarement de son côté. Le n°19 de Milan est tout de même certaines fois un peu naïf, et sur les 1 contre 1 « à l’arrêt », se fait souvent passer contre un ailier vif, explosif. Heureusement, sa grande envergure lui permet de placer son pied ou sa jambe afin de contrer un centre ou une frappe au dernier moment. Enfin, son agressivité, sa grinta est comparable à celle de son frère, tant louée par les observateurs à la coupe du monde 2018. En bref, Hernandez est un défenseur plus que correct qui, de plus, progresse au fil des saisons. Suffisant pour l’Equipe de France ?

Deux Hernandez pour le prix d’un?

Théo sous le maillots des espoirs. (Photo: foot01)

La force des deux frères, c’est de posséder des profils différents, tout en ayant des caractéristiques similaires. Lucas est plus défensif, moins créatif offensivement mais plus sûr, donnant plus d’équilibre à son équipe. Théo, lui, est un formidable apport offensif. Brillant contre-attaquant, il pourrait plaire à Deschamps qui aime avoir des profils brillants en contre attaque dans son équipe (Mbappé, Griezmann). DD aime aussi avoir deux profils différents au même poste: Hernandez et Mendy, Sidibé et Pavard, Matuidi et Coman, etc. En bref, il apprécie d’avoir un latéral plus offensif que l’autre afin d’être plus libre tactiquement et de pouvoir varier ses schémas et ses plans de jeu.
Lucas semblant être en pôle position pour le premier rôle, Ferland Mendy, dans le même profil, pourrait dores et déjà être hors course. Benjamin Mendy, meilleur centreur que Théo, habitué de l’équipe de France, est un concurrent sérieux mais n’est pas en forme du tout. Cependant, Mendy est un joueur qui contrôle les matchs sans prises de risques, quand Théo n’hésite pas à aller provoquer balle au pied, ce qui pourrait être utile si la France se frotte à un bloc bas. Digne est un profil hybride, très complet, et surtout habitué de l’équipe de France, très costaud cette saison.
Ait Nouri semble encore très tendre pour prétendre aux bleus, même si son profil très offensif est similaire à Théo. Roussillon est encore loin des bleus, ne bénéficiant pas d’une couverture médiatique mettant en exergue des performances correctes en Allemagne cette saison.

Quoi qu’il en soit, le poste de latéral gauche, décimé il y a quelques années, est aujord’hui fourni et varié. DD va devoir faire des choix, en fonction de l’équilibre qu’il souhaite donner à son équipe et des profils qu’il va vouloir associer. En tout cas, le joueur de Milan à son mot à dire, et son profil alliant puissance, vitesse, duels défensifs et déséquilibre offensif est très intéressant. En cas de convocation, on éspère que le cadet des Hernandez nous surprenne par ses performances autant qu’il nous avait surpriss avec cette photo, à une époque qui semble désormais bien loin.

Photo: as.com
Exit mobile version