Cyclisme

Remco Evenepoel : Qui va t’il devenir ?

20 ans. Un âge très jeune dans le sport de haut niveau. Encore plus dans le cyclisme. A cet âge là, on court généralement encore avec les espoirs, on se découvre, on peut légitimement envisager de passer professionnel selon les résultats. Rouler chez les pros est une anomalie, encore plus dans une équipe Pro Tour. Mais lever les bras régulièrement, qui plus est sur des courses majeurs du calendrier, au nez et à la barbe des cadors du peloton, cela devient exceptionnel. Exceptionnel, un mot qui convient parfaitement à Remco Evenepoel.

Monstre physique, ultra dominateur en junior , le jeune belge de 20 ans (il les a eu en Janvier) devait découvrir lentement le monde des « grands » la saison dernière. Mais qu’on est un talent aussi spécial, découverte rime avec réussite. Champion d’Europe du contre la montre, vice champion du monde, vainqueur de la Classica San Sebastián, le prodige a remporté 5 bouquets, pas mal pour un coureur de 19 ans. Mais, alors que seulement 2 mois de la saison 2020 sont passés, Evenepoel a déjà égalé ce total.

Vainqueur du tour de San Juan, il a enchaîné sur le tour d’Algarve. Sur les routes portugaises, il a remporté une étape vallonnée en coiffant au poteaux des coureurs comme Dan Martin, Maximilian Schachmann ou encore Vincenzo Nibali. Il a limité la casse sur l’étape de montagne, finissant sur la boîte, avant de sur-dominer le chrono, devançant ni plus ni moins que Rohann Dennis, le champion du monde de la spécialité. Adoubé par tous, à commencer par Eddy Merckx, le « mini cannibale » cristallise toutes les attentions dans une génération pourtant très talentueuses. Car contrairement à Tadej Pogacar ou Egan Bernal, pour ne citer qu’eux, personne ne sait vraiment à quoi ressemblera la carrière de Evenepoel. Si les 2 autres noms cités brilleront dans les grands tours et surtout dans les cols les plus mythiques d’Europe, le double champion du monde espoir 2018 ne semble pas encore avoir choisi sa voie. Une voie qui, quelque soit, risque d’être royale.

La première certitude que nous avons au sujet du belge, c’est que c’est une formidable machine à rouler. Gros moteur, il possède une caisse hors norme, encore plus pour un gamin de 20 ans. Être capable de rivaliser avec les meilleurs rouleurs de la planète sur des longs chronos relativement plats à cet âge est du jamais vu dans l’histoire du cyclisme moderne. Sur les longues sections de plat, rien ne bouge et la machine est bien huilé. Patrick Lefevre, le mythique directeur sportif de la Deuceunink Quick Step, qui suivait son poulain pour la première fois sur le Contre la montre en Algarve, s’est dit bluffé, notant des vitesses démentielles sur des portions en faux plat descendant. Même lorsque l’on sort de l’effort chronométré, il est capable de raid solitaire colossal, comme il l’avait démontré sur le dernier tour de Belgique. Mais si ses qualités de rouleurs ne sont plus à démontrer, et qu’il semble parti pour être un des meilleurs de l’exercice dans la prochaine décennie, est il capable d’être plus qu’une machine à gagner des chronos ?

Sur les montées sèches et courtes, sur les monts vallonnés, Remco Evenepoel était encore une interrogation. Mais il a apporté un gros début de réponse l’an dernier. Pour sa première classique World Tour, alors qu’il était le plus jeune participant, il a remporté de façon magistrale la Classica San Sebastián. Lâché, il est revenu, puis est parti avec Tom Skujins, avant de le lâcher dans la dernière ascension et de gérer, en spécialiste, les quelques kilomètres de plat restant. Si la classique espagnole n’est pas la flèche Wallone ou Liège Bastogne Liège, si aucun cador n’axe sa saison dessus, cela n’en reste pas moins une course ou brille les acteurs du Tour, et où la concurrence est de classe mondial.


Cette saison, en Argentine et au Portugal, il a montré que la moyenne montagne ne lui faisait pas peur. Avec une confiance aveugle de ses coéquipiers, il assure avec brio son statut de, déjà, très grand coureur. Si sa vitesse de pointe n’est pas dévastatrice, il possède une capacité d’accélération et une résistance à haute intensité qui lui permet de devancer les sprints en côtes et de résister aux autres coureurs. Rouleur de classe mondiale, puncheur de qualité, il reste désormais LA grande question que l’on se pose pour chaque jeune coureur talentueux : Est il taillé pour les courses de 3 semaines ?

Par définition, il faut avoir couru un grand tour pour savoir si on n’est fait pour ça. 3 semaines d’effort, avec des leaders en pic de forme, cela change d’autre tours prestigieux qui ne dépassent que rarement les 7 jours. La tension est présente tout les jours, il faut éviter les pièges, et surtout, ne pas connaître de jour sans. Il faut être de la race des plus grands pour espérer remporter un grand tour, et compter sur une équipe dévoué.

En haute montagne, ses qualités reste un gros point d’interrogation. Excepté sur le tour de Romandie, il a peu de référence à haut niveau dans le domaine. Il n’avait pas joué la gagne sur les routes suisses, et n’avait par conséquent pas réellement briller. Il devait se tester sur les routes du tirreno Adriatico, malheureusement annulé. Sa préparation modifiée ne change son gros objectif de la saison : le Giro. Si l’équipe autour de lui ne sera pas d’un gros calibre, il aura en revanche carte blanche pour le général, une chose pas si commune pour un premier grand tour à l’âge de 20 ans. Malgré son petit gabarit, Evenepoel ne semble pas avoir le potentiel, du moins à court terme, pour être aérien dans les cols au dessus de 1500m. Cependant, ses qualités physiques et sa masse rappellent celles des rouleurs grimpeurs comme Tom Dumoulin ou encore Geraint Thomas. Des coureurs solides en montagne et qui construisent leur succès sur les épreuves chronométrés. Le Belge peut être à même de devenir ce type de coureur capable de triompher sur les courses d’une semaine et sur les grands tours.

Dans un futur proche ? Il semble tout de même utopique d’imaginer Evenepoel jouer les premiers rôles sur le Giro. Dans une équipe taillé pour les classiques, il ne pourra compter sur un gros soutien. De plus, la pression maximale posée sur ses épaules pourrait le rattraper. Comme l’a récemment dit son manager, les suiveurs s’attendent à le voir tout gagner. Aussi prodigieux soit il, il n’a encore que 20 ans et aborde seulement sa deuxième saison pro. Si il a une bonne tête de premier maillot rose, la première étape étant un chrono dans les rues de Budapest, il faudra ensuite gérer la pression gigantesque qui risque de peser sur ses épaules.

A 20 ans, Remco Evenepoel a surtout le temps d’être plusieurs coureurs, possédant au bas mot 15 ans de carrière devant lui. Va t’il privilégier les ardennaises et les classiques dans leurs ensemble tant qu’il est dans une équipe taillé pour ? Difficile à imaginer alors que le meilleur puncheur du monde, en la personne de Julian Alaphillipe, fait lui aussi parti du Wolfpack. Mais dans le même temps, gagner un grand tour sans une équipe tailler pour semble impossible à l’heure actuelle. Le jeune homme de 20 ans ne risque pourtant pas de quitter son équipe de si tôt, la Deceunick étant bien trop heureuse d’avoir signé le meilleur espoir du cyclisme mondial. Il y’aura alors une foultitude de dilemme à résoudre pour Evenepoel. Dans un cyclisme tout de même axé sur les courses de 3 semaines, avec, en vitrine mondial, le tour de France, il est certain que, un jour où l’autre, il mettra toutes les choses de son côté pour revêtir le maillot jaune en Juillet. Toutes ses questions posséderont un début de réponse sur les routes italiennes lors du mois de Mai. 

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