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C’était le… 17 mars 1955 : Raymond Kopa se révèle aux yeux du monde

Avec Platini et Zidane, Raymond Kopa est considéré comme l'un des trois meilleurs joueurs de l'histoire du football tricolore. Chacun ayant porté sa génération lors d'une épopée en Coupe du monde. En cette année 1955, la France est pourtant loin d'imaginer son équipe nationale, capable d'atteindre la demi-finale du mondial suédois qui arrive dans 3 ans. Inconstante malgré des joueurs talentueux, l'Equipe de France se cherche un leader. En ce 17 mars 1955, elle l'obtient en la personne d'un fils d'ouvrier polonais, d'abord électricien, qui illuminera l'Estadio Chamartin de son talent au point d'obtenir le surnom de "Napoléon du football". Retour sur ce Espagne-France historique.

Avec Platini et Zidane, Raymond Kopa est considéré comme l’un des trois meilleurs joueurs de l’histoire du football tricolore. Chacun ayant porté sa génération lors d’une épopée en Coupe du monde. En cette année 1955, la France est pourtant loin d’imaginer son équipe nationale, capable d’atteindre la demi-finale du mondial suédois qui arrive dans 3 ans. Inconstante malgré des joueurs talentueux, l’Equipe de France se cherche un leader. En ce 17 mars 1955, elle l’obtient en la personne d’un fils d’ouvrier polonais, d’abord électricien, qui illuminera l’Estadio Chamartin de son talent au point d’obtenir le surnom de « Napoléon du football ». Retour sur ce Espagne-France historique.

Les années 50 marquent l’émergence des équipes des pays de l’Est européen. Notamment la Hongrie et ses artistes flamboyants. Entre 1950 et 1953, l’équipe nationale fait parler d’elle avec 28 victoires accumulées grâce notamment à un avant-centre d’exception, Ferenc Puskas, 85 buts en 84 sélections entre 1946 et 1956. Cette dernière devient la première nation à battre l’équipe d’Angleterre (3-6), sur son sol, le 25 novembre 1953. En France, le football d’après-guerre est dominé par les nordistes du LOSC et les aiglons de l’OGC Nice.

Le symbole de la nouvelle génération

L’équipe de France A, elle, a failli, seulement « failli », battre les Anglais chez eux, le 3 octobre 1951 (match nul 2-2). Cependant elle est loin de représenter une nation forte du football mondial. Mais les Espoirs, eux, emmenés par leur entraineur Albert Batteux, terrassent au Havre leurs homologues britanniques, par sept buts à deux, le 22 mai 1952. Le tout récent entraineur de Reims possède une génération exceptionnelle qui, plus tard, fera la grande équipe de France de la Coupe du monde 1958. Dans les buts, il y a François Remetter, qui joue à Metz. Mais il y a, surtout, deux intérieurs, Roger Piantoni (Nancy) et Raymond Kopa, qui termine sa première saison à Reims. Batteux, qui a reconnu en lui un grand talent, a décidé de le prouver à la France entière. Et Kopa n’attendra que quatre mois pour connaitre sa première sélection en A.

Raymond Kopa joue encore à Angers quand Albert Batteux lui propose d’intégrer le Stade de Reims. Angers n’est qu’une étape intermédiaire pour ce fils d’émigré polonais qui est parti y apprendre le métier d’électricien. Kopa a débuté à Noeux les Mines, où il a connu la mine, y perdant même une phalange à l’index gauche. Recalé par Lens et Lille, en raison de son gabarit trop frêle, c’est sur les bords de Loire, qu’il séduit avec ses dribbles imprévisibles, ses crochets courts, son sens du but. Batteux le veux et y mettra le prix : un million deux cent mille francs, ce qui à l’époque, est déjà une somme importante, pour un jeune joueur de Division 2.

Raymond Kopa dans ses œuvres avec le Stade de Reims en 1954 (Source : Libération)

Quand Kopa est en forme, Reims est époustouflant. Quand il peine, le Stade boitille. Toute la structure du jeu rémois, est construite autour de son talent. Or cette saison 1955 n’est pas la meilleure de Kopa. Il effectue son service militaire et doit jouer les matchs avec la sélection de l’armée. Le club doit jouer un grand nombre de rencontres amicales, contre des adversaires prêts à tout pour faire chuter un Stade en passe de remporter son troisième titre de champion en six ans. Les internationaux sont fatigués et Kopa est pointé du doigt par la presse lorsque Reims perd trois rencontres consécutives contre Roubaix, Metz et Lyon. Il est accusé de ne pas savoir faire gagner les matchs à son équipe, pourtant largement supérieure sur le papier.

Le « Napoléon du football »

En équipe de France, le son de cloche est similaire. Après une Coupe du monde 1954 ratée avec une élimination au premier tour, les tricolores doivent se reprendre. C’est la fin d’une époque, Larbi Ben Barek, star du football européen et idole de Pelé, se retire à 40 ans et 5 mois. Les sélectionneurs se succèdent avec Bigot puis Batteux. Kopa, lui, devient le métronome de l’équipe. Malgré une victoire 3-1 à Hanovre contre les Allemands, récents champion du monde, l’humeur générale est au défaitisme comme le souligne dans l’Equipe, Gabriel Hanot, ancien sélectionneur des Bleus, juste avant le match contre l’Espagne « une défaite par trois ou quatre but d’écart serait normale, une victoire impossible« .

Batteux, nouvel entraineur du Onze de France, officie toujours au Stade de Reims, et pour cet, Espagne – France, les Bleus comptent pour la première fois cinq Rémois : les milieux de terrain et les attaquants, Armand Penverne, Robert Jonquet, Léon Glovacki, René Bliard et Raymond Kopa. Ce dernier sera la clé d’une réussite historique contre l’Espagne, que la France n’a battue qu’une fois (en avril 1933) en huit confrontations (sept défaites). La Roja compte, elle, une majorité de joueur du Real dans ses rangs, notamment Rial et Munoz. La rencontre, au stade Chamartin (qui changera de nom quelques semaines plus tard pour Estadio Santiago Bernabeu), devant cent vingt-cinq mille Madrilènes, commence très mal. Les Bleus sont menés dès la onzième minute.

Kopa, qui a débuté sur l’aile droite, passe meneur de jeu et se positionne entre la ligne d’attaque et les deux relayeurs (Majhoub et Louis), Bliard glissant à droite. Batteux peut appliquer la finesse tactique qu’il recherche en mettant au point ce qui est devenu, « le jeu à la rémoise ». Il s’agit de garder l’équipe toujours en mouvement et de procéder par des passes courtes et répétées. « Mais il faut aussi une équipe d’artiste« , précise Batteux. Kopa est l’un de ceux-là. Après son replacement, il inscrit aussitôt le premier but français. Ses dribbles, son sens du jeu, son caractère font la différence. On lui refuse le deuxième but pour un hors-jeu imaginaire. Mais il sera à l’origine du but vainqueur de Vincent (73’). Les français remportent une victoire sensationnelle et sont portés en triomphe à leur sortie du terrain.

La nouvelle star du football français

Preuve de leur retentissement, la victoire française et la performance du son meneur font la une des journaux nationaux et européens, « Cet après-midi, j’ai vu l’un des plus grands joueurs de tous les temps. Il s’appelle Raymond Kopa. » note par ailleurs Desmond Hackett, journaliste anglais du Daily Express, après le match. Ce dernier surnomme Kopa « le Napoléon du football ». Conquérant sur le terrain comme en dehors, l’ancien électricien est désormais un homme reconnu au niveau européen. Sa fin de saison avec Reims est surveillée par les plus grands clubs.

L’article de Desmond Hackett après le match Espagne-France du 17 mars 1955. (Source : FFF)

Le club champenois termine bien champion et les exploits de Raymond Kopa en Coupe des clubs champions l’année suivante, notamment face aux Hongrois de Voros Lobogo (4-1 à l’aller puis 4-4 au retour), ont résonné dans l’Europe entière. Il qualifie presque à lui seul le Stade de Reims pour la demi-finale. Kopa est aussi pour une bonne part, l’artisan de la formidable période d’invincibilité de l’équipe de France lors de la saison 1954-1955 (9 matchs sans défaites) avec pour apothéose une victoire 1-0 à Colombes contre les Anglais de Stanley Matthews. Le quotidien l’Equipe, le choisit logiquement comme « champion des champions » pour l’année 1955. Le joueur devance le nageur Gilbert Bozon, le cycliste Louison Bobet et le lanceur de javelot Michel Macquet.

Quelques mois plus tard, le 13 juin 1956, il affronte ses futurs coéquipiers du Real Madrid lors de la première finale de la Coupe des clubs Champions, qui se tient au Parc des Princes, en hommage au quotidien l’Equipe, investigateur de la compétition. Reims s’incline 4-3 mais par la suite, Kopa remportera deux fois l’épreuve avec les Merengues. En effet, il a déjà signé un contrat avec le club espagnol contre cinquante deux millions de francs et a même disputé un match avec Gento et Di Stefano quelques jours auparavant, à Madrid, en amical contre Vasco de Gama. « Kopita » ouvre dès lors l’ère des contrats professionnels que l’on connait aujourd’hui avec un salaire de quatre vingt millions de francs sur ses 3 années de contrat.

La suite est connue, Kopa reste madrilène jusqu’à la fin de son contrat et forme un trio exceptionnel avec Puskas et Di Stefano qui dominera l’Europe, avant de revenir au Stade de Reims et d’y terminer sa carrière en 1967. Après ce match référence pour toute une génération, il portera la sélection nationale à une historique 3ème place au mondial 1958, seulement défait par le Brésil d’un certain Pelé. Si Fontaine y inscrit l’éternel record de 13 buts sur une seule édition, c’est bien Kopa qui remporte le titre de meilleur joueur avant de soulever le Ballon d’Or cette même année. Le premier pour un joueur français.

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