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Ligue 1 : c’est quoi le problème avec les stades ?

Depuis des années, les stades des championnats français sont le théâtre d’évènements divers et variés. Si la faiblesse de la Ligue 1 est régulièrement pointée du doigt, il en va de même pour ses faibles affluences, ses huis clos et autres banderoles. Intimement lié à la question des supporters, le sujet des stades est souvent balayé d’un revers de main sans que l’on s’intéresse réellement aux questions les plus importantes. Comment faire de nos stades des espaces de fêtes, de partage et de respect ?

Depuis des années, les stades des championnats français sont le théâtre d’évènements divers et variés. Si la faiblesse de la Ligue 1 est régulièrement pointée du doigt, il en va de même pour ses faibles affluences, ses huis clos et autres banderoles. Intimement lié à la question des supporters, le sujet des stades est souvent balayé d’un revers de main sans que l’on s’intéresse réellement aux questions les plus importantes. Comment faire de nos stades des espaces de fêtes, de partage et de respect ?

Des tribunes désertées…

Le premier problème est plutôt un constat : les tribunes des stades de Ligue 1 sont parfois peu garnies. Par soucis d’honnêteté, parlons d’abord des bons élèves : le Stade de la Licorne, le Rohazon Park, la Meinau et le stade Francis Le Blé sont très souvent pleins et affichent une moyenne d’affluence de plus de 85 %. Le Vélodrome de Marseille aussi, accueille en moyenne 52 000 personnes, soit le plus haut total de l’élite. Il y a donc bien des stades pleins, ou presque. Globalement, les stades des grosses écuries de Ligue 1 accueillent beaucoup de supporters, dans des stades récents, accessibles et beaux. Le Parc des Princes et le Groupama Stadium sont des écrins modernes où le spectacle est assuré aussi bien sur le terrain qu’autour. C’est d’ailleurs le stade du PSG qui occupe la première place du classement des taux de remplissage avec plus de 99 % de sièges occupés en moyenne.

Mais la modernité d’un stade ne suffit pas à le remplir. Que dire du Matmut Atlantique et de ses 56 % de remplissage à la mi-saison ? Que dire de l’Allianz Riviera qui atteint à peine 55 %? Respectivement construits en 2015 et 2013, ces deux stades ont été érigés pour accompagner leurs clubs dans leur développement, attirer plus de monde au stade pour engranger plus de revenus et devenir plus fort financièrement. Pourtant, le spectacle est loin d’être assuré depuis. Même si l’OGC Nice a connu de belles saisons en attirant de bons joueurs, presque une place sur deux est libre en cette saison. Côté girondin, le marasme ambiant et la situation politique floue du club a fini de vider le Matmut Atlantique. Les Ultras bordelais répondent toujours présents et font entendre leur voix, mais le nouvel écrin du club au scapulaire a bien du mal à afficher guichets fermés. De plus, l’emplacement du stade et l’accessibilité de son parking n’aide pas à garnir ses travées.

Le virage Sud a du mal à se remplir à Bordeaux (Photo : Sud Ouest)

D’autres clubs encore ne parviennent pas à remplir leurs tribunes. Cette saison, le mauvais élève est sans surprise le Toulouse Football Club. Avec 43 % de remplissage, les Violets parviennent à faire moins bien que Monaco (Louis II est rempli à 52 % en moyenne). Une faible affluence qui s’explique naturellement par les performances sportives indigestes du Tef’ actuelle lanterne rouge de Ligue 1. Plus étonnant encore, le Stade Geoffroy-Guichard peine à se remplir. Avec un peu moins de 60 % de taux de remplissage, le Chaudron sonne parfois creux, alors qu’il est garni de l’un des plus beaux public de France selon les dires des joueurs eux-mêmes. La situation stéphanoise est révélatrice d’un symptôme presque exclusivement français : le huis-clos.

ou volontairement fermées

En effet, outre les mesures très récentes dues au Covid-19, il ne faut pas oublier que les instances françaises ont eu recours au huis-clos à de nombreuses reprises durant les dernières années. Et l’ASSE est un club particulièrement touché par ces interdictions de supporters, en raison d’un bras de fer avec la LFP notamment. Lorsque les supporters craquent des fumigènes, la Ligue sanctionne. Lorsque la Ligue a sanctionné, les supporters craquent des fumigènes… Vous avez saisi.

Ces huis-clos sont appliqués pour sanctionner des supporters indisciplinés, parfois organisés, mais parfois seuls. En effet, lorsqu’un groupe d’Ultras déroge aux règles établies, on peut comprendre que la Ligue adopte des sanctions à leur encontre. Si il y a quelque chose à changer, c’est peut-être les règles, mais certainement pas leur stricte application. L’exemple le plus criant des tensions entre LFP et supporters de l’ASSE a été observé lors de la réception du Paris Saint-Germain (0-4, le 15 décembre 2019). En ce dimanche soir, ce ne sont pas seulement des fumigènes qui ont été utilisés, mais bien des feux d’artifices. L’ambiance du Chaudron était magique ce soir-là, mais ça n’a évidemment pas été du goût de la Ligue qui sanctionna le club du Forez d’un huis-clos total jusqu’à nouvel ordre.

Kylian Mbappé célèbre le quatrième but parisien du soir, devant une tribune chaude (Photo : Twitter)

Outre le problème des fumigènes, qui procurent de belles images et de belles ambiances, d’autres éléments dérangent la bonne tenue des matchs de football et causent des interdictions et des huis-clos. Ces interdictions posent une question majeure : les sanctions collectives sont-elles la bonne solution pour régler les problèmes relevés dans les stades ? Si un seul supporter, ou un groupe restreint et identifié, se livre à des actes interdits dans un stade de football, est-il normal de priver 40 000 personnes d’assister à la rencontre suivante ? En Allemagne, en Angleterre, on constate que des sanctions individuelles sont ordonnées. Récemment, les cas de cris et insultes racistes ont alimenté l’actualité, et plusieurs supporters ont été identifiés puis condamnés.

Des actes idiots

S’il y a tant de restrictions et d’interdictions de déplacement dans les stades, c’est aussi et surtout à cause d’actes souvent isolés, idiots et évidemment punissables. En premier lieu, on pourrait citer l’affaire du pétard, entre des supporters messins et Anthony Lopes, le gardien de but de l’Olympique Lyonnais. Le 3 décembre 2016, le portier portugais de l’OL a été touché par des pétards lancé par deux individus en tribune. Le match avait été interrompu puis rejoué, à huis clos, alors que les deux coupables avait été appréhendés (et jugés deux ans plus tard). A ce moment-là, la fermeture de la tribune entière avait été envisagée pour la fin de saison entière. Punir un stade entier à cause de la bêtise de deux hommes… Il y a de quoi l’avoir en travers de la gorge.

Si des actes isolés peuvent empiéter sur la tenue d’un match, il en est de même pour les affrontements entre groupes de supporters. Récemment, Stéphanois et Marseillais s’étaient livrés à un affrontement en dehors du stade. Il y a un an et demi, une autre scène cocasse avait eu lieu à la Mosson, à Montpellier, le 30 septembre 2018. En ce dimanche après-midi, les Montpelliérains recevaient les Crocos nîmois. Rivaux géographiques, les Ultras de ces deux clubs se livrent une guéguerre constante. Quelques mois avant le match, les supporters montpelliérains avaient dérobés une banderole aux nîmois, et l’ont exhibé lors de ce match. Il n’en fallut pas plus pour faire dégoupiller tout ce petit monde. Résultat : deux interruptions et un huis-clos partiel jusqu’à nouvel ordre, ainsi qu’une interdiction de déplacement.

Comment sévir justement face à de telles idioties ? Le spectre de la reconnaissance faciale plane de plus en plus au dessus des stades de Ligue 1, ce qui n’a pas fini de faire réagir les principaux concernés : les supporters. Récemment, le FC Metz a fait parlé de lui quand le journaliste Olivier Tesquet a révélé qu’une entreprise avait «testé un dispositif de reconnaissance faciale au stade de football de Metz» (Street Press). Dès lors, les supporters messins avaient crié au scandale. Entre sécurité et limite des libertés, il n’y a qu’un pas, parfois difficile à discerner. Se pose alors une autre question : y-a-t’il un problème de culture du supportérisme en France ?

La culture française ?

Vaste question que celle d’une culture française. Distinguons dans un premier temps les différents modèles que l’on peut observer ailleurs. En Angleterre d’abord, les stades sont toujours remplis, par beaucoup d’abonnés. S’il n’y a pas (ou peu) d’Ultras, il y a tout de même des chants : You’ll Never Walk Alone (Liverpool), Oh when The Saints Go Marching In (Tottenham), Forever blowing bubbles (West Ham)… mais aussi des chants spécialement créés pour un joueur ou contre un rival. Il y a aussi les foules sud-américaines, déjantées, chantantes, populaires. Il y a encore les supporters allemands, porteurs et défenseurs des valeurs de leurs clubs, interdits d’être détenus par une majorité de fonds privés. Au milieu de tout cela, la France ne ressemble à personne.

Les Ultras toulousains ont un message… (Photo : Slate)

La question des Ultras est sensible en France (le CCS vous en parlait ici), mais elle mérite d’être posée sur la table. Ces groupes de supporters sont la sève du football français. Ambianceurs, compositeurs, 12ème homme… Leurs casquettes sont nombreuses. Sans eux, les stades de Ligue 1 sonneraient terriblement vides. Pourtant, ils ne semblent jamais reconnus à leur juste valeur. Pourquoi ? Tout d’abord, il faut reconnaître que la majorité des « incidents », selon les critères de la Ligue, sont de leur ressort : fumigènes, chants controversés, insultes, etc. Mais dès lors que la Ligue s’est prononcée, le dialogue semble impossible. Les Ultras sont jugés, sans être écoutés et défendus.

En France, un élément est très apprécié : la banderole. Dans de nombreux cas, ces bâches pleines de peinture sont humoristiques, satyriques, et surtout drôles. Mais parfois, la violence et l’insulte prennent le pas sur le folklore et le chambrage. Récemment, les banderoles jugées « homophobes » ont fait énormément parler. A Nice par exemple, les supporters des Aiglons ont accueilli leur nouvel actionnaire avec une référence quelque peu provocatrice : «Bienvenue Ineos, à Nice aussi on aime la pédale» pouvait-on lire, avec un dernier mot écrit aux couleurs du drapeau LGBT. Un humour noir qui n’a pas vraiment plu aux instances du football français, dans un contexte national de lutte contre les agressions homophobes et racistes. On en revient au problème initial : provocation, sanction, provocation, etc.

Pour contraster avec les problèmes énoncés plus haut, il faut noter que l’affluence des stades de Ligue 1 est en progression globalement. En effet, par rapport à la saison dernière, 1,5 points de pourcentage ont été gagnés. Toutefois, de nombreux sièges vides sont encore largement visibles. Pour endiguer cette tendance plusieurs solutions : baisser le prix des abonnements et des places, ne pas construire de nouveaux stades trop grands, ne plus sanctionner collectivement des actes isolés… La France reste un mauvais élève dans ce domaine en Europe ; est-ce un problème pour accompagner une progression sportive ? Quelle mesure la Ligue doit-elle prendre pour répondre à cet enjeu ?

(1 commentaire)

  1. Une réflexion très intéressante et pertinente, à laquelle je rajouterai 2 critères :
    – Une politique des clubs sur le prix des places une fois les abonnements vendus. Vendre des places beaucoup moins chères remplirait un peu plus les stades et ferait tourner les buvettes si on pouvait s’y déplacer en famille !!!
    – Un problème de comportement !!! Si la ligue a tout les défauts du monde, certains comportements ne se rencontrent que dans le monde du foot ! Des huis clos en rugby ? Non ! Et ces problèmes de comportements découlent d’un problème d’éducation : écoutons les adultes brailler des insanités sur les bords des terrains des divisions perdues le dimanche après midi devant leurs enfants qui sont sur le terrain…
    La valeur de l’exemplarité !!!

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