Boxe Omnisport

Les 5 plus grandes surprises de la boxe #1 : 1978, Muhammad Ali battu par Leon Spinks

Aujourd’hui marque le début d’une série qui va vous raconter, en cinq éditions, les plus grands upsets de l’Histoire de la boxe. Le « noble art » est, lui-aussi, victime du modèle aléatoire du sport. C’est à dire qu’à tout moment, David peut battre Goliath et ainsi faire taire des pronostics qui, dans la boxe, sont vecteurs d’une énorme pression sur le favori. Pour l’outsider voire le sparring partner parfois, il s’agit de mettre en avant ses valeurs humaines pour ne pas être assommé par autre chose que la fureur du poing. Premier épisode aujourd’hui, avec un flashback qui nous emmène en 1978.

Ali-Spinks, le contexte avant-combat

Pour qu’il y ait un upset, il faut une disparité de niveau entre deux combattants telle que pour l’univers public, l’issue du combat soit évidente. « Bah, bien sûr que le favori va gagner« . En l’occurrence, l’écart entre Muhammad Ali et Leon Spinks est un minimum discutable. Le dernier nommé n’est pas un combattant du fin fond d’un pays inconnu dans le rayon boxe. Leon Spinks (USA) a été sacré champion Olympique en 1976 dans la catégorie des mi-lourds et est passé professionnel* l’année suivante. En suivant le jargon américain, on peut dire que le boxeur né à Saint-Louis est « on the rise« . En progression et sur la pente ascendante, en fait. Ce qui peut justifier cette disparité c’est tout d’abord le changement de catégorie de Leon Spinks lors de sa prise de licence pro. Les plus fins amateurs de boxe l’auront remarqué dès les premières lignes de cet article. L’américain a été sacré en 1976 dans la catégorie des mi-lourds… mais dans quelle catégorie excelle Ali ? Les poids lourds. Réussir à gagner dans une catégorie où il faut adapter sa morphologie et son poids de corps est une vraie difficulté sur lesquels bon nombre de boxeurs ont buté. Ceci dit, ce choix se justifie dans la quête de reconnaissance. L’Histoire parle. Les catégories les plus populaires sont sans conteste les poids moyens (Graziano, Cerdan, Mayweather, Sugar Robinson, …) et les poids lourds (Ali, Tyson, Frazier, Klitschko, …).

Spinks fait donc le choix de l’Histoire et se destine vers une carrière chez les lourds. Ses premiers combats sous licence professionnelle se passent bien voire très bien puisque les victoires par K.O s’enchaînent face à des combattants au niveau très moyen, du reste. Il y a malgré tout un résultat négatif, un match nul face à Scott LeDoux, canadien qui avait alors une carte de 21-6-1**. Spinks se rattrape bien par la suite en allant battre Alfio Righetti par K.O, l’italien étant alors invaincu en 27 événements. En sept combats pro, Leon Spinks présente donc la carte de 6-0-1. Le début est positif même si, une nouvelle fois, l’adversité lui a été favorable.
Vient désormais le temps d’un mainevent en 1978, comprenez événement de premier ordre. Les lois des promoteurs rentrent en ligne de compte et Leon Spinks est promu à un grade supérieur – c’est le moins que l’on puisse dire – puisque son prochain adversaire n’est autre que le déjà légendaire Muhammad Ali.

Et en 1978, où en est The Greatest ? À 36 ans, Ali a bien roulé sa bosse en boxe. 57 combats disputés, des moments iconiques à souhait, des duels au sommet face à Joe Frazier ou George Foreman. Bref, Cassius Clay n’a plus rien à prouver à personne. La dernière ambition du poids lourd est de continuer d’écrire sa légende par la longévité et la régularité dans l’excellence. Avant le combat face à Leon Spinks, la carte d’Ali est la suivante : 55-2-0***. La perfection presque à son firmament. Ceci dit, tout n’est pas rose pour le champion dans ces années et plus précisément en 1978. Ali a pris du poids, a perdu semble t-il un peu de sa superbe mais à son âge avancé pour un boxeur professionnel, il n’a rien d’outrageux. Est-ce suffisant pour égaliser le rapport de force ? Rien n’est moins sûr.

Ali-Spinks, un moment d’Histoire

Leon Spinks (à gauche) a renversé le grand Muhammad Ali (à droite). Crédit photo : AP.

Avant le fight, les pronostics sont éloquents. Leon Spinks est un « underdog » et donc un outstider : la côte de son succès est de 10 contre 1. Vous mettez 100€, vous en remportez 1000€. Pour les contemporains des paris sportifs, vous risquez probablement de hausser les sourcils en vous posant la question du pari, ou non. Pour les néophytes, la côte est très importante et justifie une défiance de l’univers public quant à la victoire potentielle du boxeur sacré aux JO 1976.

Dès les premières minutes du combat, Leon Spinks prend le centre du ring et assène quelques frappes bien senties au visage du Greatest. Ali, lui, semble ne pas avoir pris la mesure de ce combat et ses kilos en plus peuvent laisser croire à une préparation physique insuffisante d’un point de vue professionnel. Le combat (en 15 rounds max pour l’époque) commence à s’éterniser et Ali n’a pas l’habitude d’être dérangé comme il l’est par un adversaire de la trempe de Leon Spinks. Il y a notamment une séquence où l’américain assène un nombre de coups incalculable sur le visage et le corps d’un Ali impuissant, coincé dans un corner et qui se protège le visage sans pour autant tenter la moindre esquive significative.

Crédit : INA.

Ali subit à la fois la fougue et la foudre de Leon Spinks qui, au fil des rounds passant, croit de plus en plus à ses chances. La dimension mentale dans la boxe étant ô combien prépondérante (presque plus que dans n’importe quel sport) dans la réussite d’un sportif, le momentum change donc de camp. Spinks est offensif, colle Ali pour lui éviter de ne pas mettre en place sa stratégie. Si Spinks est en phase avec sa boxe en ce jour, Ali réussit malgré tout sur quelques séquences à faire douter son vis-à-vis et à lui rappeler qu’en boxe, rien n’est jamais joué. Il suffit d’une brèche pour réduire à néant des ambitions et des semaines de travail.

Au sortir du douzième round, les débats sont plutôt équilibrés voire en la faveur de Leon Spinks. Légèrement. Au fond, le simple fait que l’américain outsider fait boxe égale avec le titan Muhammad Ali est déjà une surprise mais qui sait, que peut-il se passer dans les trois derniers rounds alors que les bras commencent à tomber par engourdissement ? Encore une fois la dimension mentale rentre en ligne de compte et la donne n’a pas changé de camp. Ce soir, c’est le soir de Leon Spinks. Plus frais, peut-être aussi plus inspiré, le jeune américain de 24 ans jette ses dernières forces dans la bataille et gagne selon l’avis général les trois dernières batailles. La décision des juges se fait attendre et voici les résultats : 143-142 pour Ali, 144-141 pour Spinks, 143-142 pour Spinks. Leon Spinks l’emporte par Décision Partagée, lève les bras et crée la sensation. Muhammad Ali est tombé face à un outsider.

70 millions de téléspectateurs sur CBS, tous aussi décontenancés les uns que les autres. Le Roi, Le plus grand, a perdu face à un outsider. L’agressivité du challenger a porté ses fruits, puisque le champion Olympique a porté 419 coups à Ali, ce qui est d’ailleurs le plus grand nombre de coups jamais reçus par le plus grand boxeur de tous les temps dans un combat sur l’ensemble de sa carrière. C’est dire… Et au sortir de ce combat, le magazine The Ring – véritable Bible de la boxe depuis 1922 – a titré : « The Upset of the year« . Le débat n’en est pas un et si le combat a été serré et la victoire de Spinks logique, c’est bel et bien le différentiel entre les attentes et la réalité qui a pris le pas sur la notion de mérite.

Sept mois plus tard, Muhammad Ali prend sa revanche sur Leon Spinks par Unanimous Decision. Le Champion a répondu face à une adversité inédite pour lui. Au fil des années, et la carrière de Leon Spinks avançant, on peut dire que ce succès est un one-shot fabuleux pour le boxeur couvert d’Or en 1976. La carte du boxeur étant la suivante : 26-17-3. 37% de défaites dans une carrière de boxeur professionnel c’est un total bien trop important pour justifier, dans la durée, un succès aussi immense qu’est celui de renverser Muhammad Ali. Pour Ali, ce revers a laissé des traces puisqu’il a marqué une rupture directe dans sa brillante carrière. Il n’a combattu que deux fois par la suite, pour deux défaites. Rendez-vous la semaine prochaine pour le deuxième épisode des cinq plus grands upsets de l’Histoire de la boxe…

Explications * :

* : dans le contexte olympique, les boxeurs professionnels et représentés par une agence de promotion ne sont pas éligibles.
** : 21 victoires, 6 défaites, 1 nul.
*** : 55 victoires, 2 défaites.

(2 commentaires)

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :