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Dans la légende du Hockey : le « Miracle sur glace » au milieu de la Guerre Froide

Le Café Crème Sport profite de cette période de disette sportive pour revisiter les plus grands événements qui ont marqué l’histoire du hockey sur glace ! Aujourd’hui, nous commençons avec cette victoire légendaire de la jeune équipe des États-Unis sur l’ogre rouge soviétique le 22 février 1980, lors des Jeux Olympiques d’hiver de Lake Placid.

Baptisé à posteriori comme le « Miracle on Ice », cet événement est assurément en lice pour le titre de « la plus grosse surprise de l’histoire du sport ». Un événement ancré dans un contexte historique très particulier où le sport et le politique se marient une nouvelle fois pour procurer aux partisans une quantité astronomique d’émotions. Retour et décryptage sur un des événements les plus marquants de l’histoire du hockey et des Jeux Olympiques.

Contexte historique

Fini la « Détente », place à la « Guerre fraîche » entre les USA et l’URSS (1975-1984)

Pour bien comprendre les enjeux et les raisons de l’engouement populaire pour cet événement, il faut avoir connaissance du contexte dans lequel il se déroule, celui de la Guerre Froide (1945-1989) qui voit s’opposer deux modèles idéologiques : le bloc soviétique et le bloc américain.

Après des années d’escalade, de courses à l’armement et d’intimidations nucléaires, les esprits s’apaisent, notamment en Europe, où les États contestent de plus en plus l’emprise des superpuissances soviétique et américaine. Une période qualifiée de « Détente » (1962-1975) qui sera notamment marquée par le départ de la France de l’OTAN en 1966 sur décision de De Gaulles, le Printemps de Prague, la Guerre du Viêt Nam ou encore l’émergence de la Chine sur la scène internationale.

Mais voilà, à partir du milieu des années 1970’, la puissance américaine est affaiblie après l’échec militaire et idéologique au Viêt Nam, ainsi que par les effets de la crise économique induit par le choc pétrolier de 1973. De son côté, l’URSS de Brejnev profite de cette faille pour abandonner sa politique de détente et privilégie l’expansion et la pression sur l’Europe. C’est dans ce cadre que des missiles SS-20 sont déployés pour être en capacité de frapper partout en Europe. À la tête des États-Unis depuis 1977, Jimmy Carter décide de mener une politique plus agressive envers l’URSS, trop tardivement pour l’opinion publique américaine.

L’épisode le plus important pour notre « Miracle sur Glace » prend place à la fin de l’année 1979. En 1978, les communistes prennent le pouvoir en Afghanistan après l’assassinat du président Daoud Khan. Une porte s’ouvre pour l’URSS tandis que Jimmy Carter signe en accord d’aide militaire avec les rebelles afghans pour endiguer l’expansion soviétique. Le 27 décembre 1979, quelques jours avant l’ouverture des XIIIe Jeux Olympiques d’Hiver, Moscou envoie son armée et amorce la première guerre d’Afghanistan (1979-1989). Un contexte tout à fait particulier qui propulse l’affrontement qui nous attend dans une dimension profondément politique.

Départ des troupes soviétiques pour l’Afghanistan en 1979 – Le Monde

Contexte sportif

Les invincibles soviétiques vs. Les collégiens américains : le déséquilibre des puissances

Alors que l’équilibre des puissances rythme les relations internationales, le hockey présente un état totalement différent. La domination soviétique est outrageuse, personne ne semble en mesure de la contester.

Entre 1952 et 1992, l’équipe soviétique de hockey exerce une domination sans partage sur les victoires olympiques. L’URSS débarque sur le sol américain avec l’étiquette d’ultra-favori. Les Russes ont tout simplement remporté consécutivement les quatre derniers tournois olympiques de hockey sur glace.

Emmené par la main de fer de l’entraîneur légendaire Viktor Tikhonov, l’équipe soviétique est qualifiée par les analystes contemporains comme « la meilleure jamais alignée par l’URSS ». Avec des méthodes extrêmement rigoureuses, les athlètes soviétiques ont l’habitude de passer les 11 mois précédant les grandes compétitions, ensemble, isolés pour un entraînement optimal. Des joueurs légendaires composent cette équipe : devant les filets se dresse Vladislav Tretiak. Ce gardien emblématique, considéré comme l’un des meilleurs de l’histoire, est aujourd’hui le président de la Fédération Russe de Hockey. Devant, on retrouve les deux attaquants du CSKA Moscou, Valeri Khalarmov et Sergei Makarov. Le premier, malheureusement décédé d’un accident de la route en 1981, laissera son nom au trophée récompensant chaque année, le meilleur joueur russe de la NHL. Derrière, le capitaine Valeri Vasiliev et le futur défenseur des Devils et des Red Wings, Viacheslav Fetisov gardent avec autorité la défense soviétique.

La « Red Army » du hockey soviétique – ESPN

Une armada impressionnante qui semble invincible pour une équipe américaine qui rime avec inexpérience. Les joueurs de la NHL étant inéligibles pour disputer les Jeux Olympiques d’Hiver, l’équipe est composée uniquement par des collégiens qui n’ont jamais disputé de matchs internationaux. A titre d’exemple et comme un symbole, le capitaine Mike Eruzione vient d’être recruté par les Lames de Tolède. Avec une moyenne d’âge de 22 ans, l’aventure américaine lors de ces Jeux Olympiques s’annonce comme étant un calvaire de courte durée…

Pourtant dans l’ombre, quelqu’un y croit. Il s’agit de l’entraineur en chef, Herb Brooks. Recalé au dernier moment de l’équipe olympique américaine victorieuse aux JO de 1960, Brooks aborde la préparation de son équipe en suivant le modèle soviétique et canadien. Un modèle qui repose sur l’entente entre les joueurs et sur l’entraînement. Il instaure alors une véritable discipline militaire à ses joueurs et choisi de construire un véritable esprit d’équipe en faisant disputer une série de 63 matchs amicaux en guise de préparation. Brooks leur enseigna le style de patinage fluide typiquement européen, les rendit agressifs et leur apprit à jouer à tous les postes, s’inspirant de la doctrine du « football total » utilisé par l’équipe de football néerlandaise pour remporter de nombreuses victoires dans les années 1970.

L’équipe américaine de 1980 – Minnesota Vintage

Ces efforts invisibles furent éclipsés aux yeux du grand public trois jours avant la cérémonie d’ouverture avec une lourde défaite des Américains lors du dernier match de préparation face à… l’URSS. Les soviétiques remportent le match 10-3 au Madison Square Garden. Une démonstration qui montre le fossé entre les deux équipes.

Le tournoi Olympique de Lake Placid comptait douze nations réunies en deux groupes de six. Les deux meilleures équipes de chaque groupe se qualifient pour la ronde finale. Très vite, l’opinion publique américaine sent qu’il se passe quelque chose lorsque leur équipe olympique réussi à faire match nul contre la Suède 2-2. Encore plus, lorsque les jeunes américains parviennent à battre la seconde nation favorite, la Tchécoslovaquie et gagner contre l’Allemagne de l’Est.

Les États-Unis se qualifient donc pour la dernière ronde avec la Suède alors que de son côté, l’URSS se hisse également à ce stade de la compétition sans aucun soucis aux côtés de la Finlande. La victoire se jouera entre ces quatre équipes. L’URSS possède deux points d’avance sur ses concurrents.

Le match

Un scénario impensable pour une victoire exceptionnelle

Devant 8 000 spectateurs entièrement acquis à la cause américaine, la patinoire tremble pour son équipe olympique. Le diffuseur ABC avait choisi de ne pas diffuser en direct ce match, laissant les partisans présents comme seuls témoins directs de cet événement historique. Il sera diffusé quelques heures après pour le plus grand bonheur du peuple américain.

La patinoire de Lake Placid en 1980 rebaptisé Herb Brooks Arena – Olympic.org

Le match commence. Comme prévu, l’URSS exprime toute sa puissance et frappe en première. La pépite du hockey soviétique, Valery Krotov ouvre le score au cours de la première période en déviant un tir frappé hors de portée du gardien américain, Jim Craig. La patinoire comprend à quel point l’URSS est dans un autre monde. Pourtant, quelques minutes plus tard, le seul joueur américain ayant déjà disputé une olympiade, Buzz Schneider, déclenche un magnifique tir haut qui passe au-dessus de l’épaule du gardien Vladislav Tretiak : 1-1. L’impensable serait-il possible ? Mais voilà, l’armada soviétique est ultra puissante. Avec des assauts répétés, l’URSS parvient à reprendre l’avantage en fin de première période grâce à Sergei Makarov sur une jolie combinaison. Il ne reste plus que cinq secondes à jouer, l’Américain Dave Christian lance désespérément la rondelle depuis la zone neutre en direction des filets soviétiques. Hésitation rare et fatale dans la défense russe, Mark Johnson en profite pour propulser la rondelle dans les cages, il ne reste qu’une seconde ! Après quelques contestations de la part de l’URSS, le but est validé : 2-2 à la fin de la première période.

La deuxième période débute avec une énorme surprise côté soviétique : l’entraîneur Tikhonov décide de sortir le gardien vedette de l’équipe, Vladislav Tretiak, pour le remplacer par second : Vladimir Myshkin. Désorienté par ce changement surprenant, l’URSS développe une grosse pression offensive et domine les États-Unis 12 tirs à 2 sur la période. Après un peu plus de deux minutes dans cette seconde période, Alesandr Maltsev donne l’avance à l’URSS sur une contre-attaque éclaire : 3-2. Heureusement pour les Américains, le gardien Jim Craig réalise une excellente prestation est limite les dégâts au cours de cette période. Asphyxiés, les Américains ne semblent pas en mesure de répondre aux Soviétiques mais quittent la patinoire avec seulement un but de retard.

À seulement 20 minutes de la fin du match, les Américains sont galvanisés. Ils reviennent sur la patinoire en usant de ce qu’ils avaient hissé à ce niveau depuis le début de la compétition : de la polyvalence et de la rudesse dans les contacts. Et l’impensable se produisit : en l’espace de deux minutes, les Américains vont inscrire deux buts. Après neuf minutes disputées, les États-Unis se retrouvent en avantage numérique. David Silk voit son tir repoussé par le gardien soviétique, mais Mark Johnson a bien suivi, et envoi le palet dans le fond des filets : 3-3. Une minute et demie plus tard, c’est le capitaine Mike Eruzione, dont le nom signifie « éruption » en italien, qui délivre les États-Unis ! Il récupère une rondelle perdue dans la zone soviétique et trompe Myshkin dans tir du poignet depuis les 7,5 mètres ! Pour la première fois, les États-Unis sont en tête, 4-3, la patinoire est en ébullition !!!

Il reste encore 10 minutes à jouer, mais les Américains tiennent bon. Jim Craig est irréprochable et réalise quelques arrêts fabuleux, lui qui terminera le match avec 39 sauvetages. Avec cinq secondes restantes, les Américains ont finalement réussi à sortir la rondelle de leur zone, et la foule commence à décompter les dernières secondes. Lorsque le klaxon final retenti, les joueurs, les entraîneurs et les officiels de l’équipe se précipitent sur la glace pour célébrer bruyamment. Les joueurs soviétiques, aussi impressionnés que tout le monde, attendent patiemment de serrer la main de leurs adversaires. Les 8 000 spectateurs savent qu’ils viennent d’assister à l’impossible, à un événement historique.

Deux jours après, les États-Unis décrochent la médaille d’or en battant la Finlande 4-2, et valide l’une des campagnes les plus historiques des Jeux Olympiques d’Hiver. Un événement historique.

Les Américains et leur médaille d’or – SnoCountry

La postérité

« Miracle sur Glace » : l’un des plus grands exploits de l’histoire du sport

Plus qu’un bouleversement à l’échelle sportive, cet événement est considéré pour de nombreux américains comme une victoire idéologique au cours de la Guerre Froide au même rang que le pont aérien de Berlin ou l’alunissage d’Apollo. Cette victoire intervient au moment idéal pour les Américains alors que le président Jimmy Carter venait d’annoncer le boycott des Jeux Olympiques d’été prévu à Moscou la même année en raison de l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques. Une victoire qui apparaît comme une véritable lueur d’espoir pour un peuple américain confronté à la récession et encore marqué par la prise d’otages en Iran. Après le match, Carter a appelé les joueurs de l’équipe pour les féliciter.

L’équipe américaine n’était finalement pas constituée de simples amateurs. La plupart des joueurs de l’équipe se destineront à une belle carrière en NHL et que dire de la préparation de l’entraîneur Hebs Brooks qui a réussi à faire de cette équipe probablement l’une des mieux préparées aux joutes olympiques. Comme marqueur de reconnaissance ultime, cette victoire sera désignée par le magazine Sports Illustrated comme l’événement sportif le plus important du 20ème siècle.

Les Jeux Olympiques comme arène des confrontations entre les blocs idéologiques ? Oui, sans aucun doute. Durant la guerre froide, la rivalité Est-Ouest s’exprime dans les compétitions sportives et plus particulièrement lors des joutes olympiques. Washington et Moscou tentent de prouver la supériorité de leur système de société par les brillants résultats de leurs athlètes. En dépit des idéaux apolitiques affichés par la Charte olympique, les Jeux olympiques sont un outil de propagande durant toute la Guerre Froide.

Entre géopolitique et exploit sportif, cet événement est l’illustration même de la dimension politique du sport. Vecteur idéologique, catalyseur du patriotisme ou outil de propagande… Le sport tient une place particulière dans les sociétés mondiales. Bien souvent analysé uniquement dans son aspect sportif, le CCS vous a proposé de regarder ce match de légende avec un angle un peu plus historique, contextualisé, afin de saisir toute l’importance de cette victoire américaine. On se retrouve rapidement pour un nouvel épisode « Dans la légende du Hockey », avec un indice : Crosby for the win !

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