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Boca Juniors à travers les âges : 115 ans de légende et de tradition

Il y a cent quinze ans, le 3 avril 1905, le Club Atlético Boca Juniors a été fondé par 5 immigrés italiens. Aujourd’hui, le club de la capitale argentine, Buenos Aires, est le plus populaire du pays sud-américain. Environ 40% de tous les fans de football en Argentine soutiennent le club du quartier de La Boca. Avec 206 000 membres, c’est l’une des plus grandes associations footballistique au monde. De nombreuses stars ont enfilé le célèbre maillot bleu et jaune tout au long de son histoire. Boca représente plus d’une cinquantaine de titres : 34 championnats, 6 Copa Libertadores ou encore 3 Coupes Intercontinentales. Mais ce qui caractérise le club, c’est la passion qui l’entoure. Retour sur quelques moments et joueurs qui, au fur et à mesure, ont construit la légende du club argentin.


« L’empileur », « le pied de fer » et « le petit canon » : les premiers buteurs de Boca


Le football argentin a toujours consacré des buteurs à l’instar des Aguero, Higuain, Crespo, Batistuta. N’échappant pas à cette tradition, c’est avec ses n°9 que Boca a forgé son histoire. Pendant de nombreuses décennies, Roberto Cherro (1926-1938) a detenu le titre de meilleur buteur du club. Dominant dans le domaine aérien, physiquement fort et rapide, il a remporté trois fois le soulier d’or en Argentine et cinq fois le championnat national avec Boca. En 301 matchs pour Boca Juniors, « El Apilador » (l’empileur) a marqué 218 buts, lui permettant de battre le record établi par son ancien coéquipier, Domingo Tarasconi (1922-32, 193 buts). Ce dernier avait un tir puissant qu’il aimait utiliser à outrance, surtout à long distance. Une caractéristique qui lui a valu l’hommage du chanteur de tango à la renommée mondiale, Carlos Gardell, « Hacer como Tarasca, de medica cancha un gol » (Faire comme Tarasca, sur un demi-terrain, un but). El Patadura (le pied de fer), comme on l’appelait en Argentine, a remporté cinq fois le soulier d’or, et il a également remporté cinq titres avec Boca.

Roberto Cherro, meilleur buteur de Boca pendant 72 ans

Pour remplacer le vieillissant Tarasconi, Boca a engagé l’international, Francisco Varallo, également connu sous le nom d’El Cañoncito (petit canon) qui appartenait au club de La Plata (Gimnasia y Esgrima). Avec ses seulement 170 cm, Varallo n’était pas très doué dans les airs, mais il était une arme absolue ballon au pied : vélocité, agilité, techniquement brillant et doté d’une technique de tir exceptionnelle. En 222 matchs, Varallo a marqué 194 buts et détient toujours le record d’efficacité avec 0,87 buts marqués par match. Il aurait battu le record de buts de Cherro s’il n’avait pas eu à mettre fin à sa carrière en raison de problèmes de ménisque alors qu’il n’avait que 29 ans.

Il faudra attendre la fin du siècle pour qu’un joueur bat ce record. Son nom ? Martin Palermo. Comme El Cañoncito, Palermo a été recruté d’un club de La Plata (Estudiantes) après que nul autre que Diego Maradona ait demandé son transfert. Le grand attaquant n’était ni rapide ni doué techniquement. Mais il était obsédé à l’idée de marquer des buts. L’entraîneur à succès de Boca, Carlos Bianchi, qui a eu une carrière fantastique comme attaquant (neuvième meilleur buteur de l’histoire du championnat de France), a transformé Palermo en un modèle de n°9. Les fans de Boca l’ont rapidement appelé « El optimista del gol » en raison de son style de jeu, peu élégant mais particulièrement efficace.


La génération dorée : Boca 2000

« El Loco » Palermo s’est appuyé sur son instinct pour performer ; il était excellent dans les airs et a réussi à marquer des buts dans toutes les situations et en utilisant toutes les parties de son corps. Lors de son premier passage au club (1997-00), il a marqué 92 buts en 124 matchs. Lors de son dernier match pour Boca, avant son retour, Palermo a marqué deux fois lors de la victoire en finale de la Coupe du monde des clubs contre le Real Madrid. Après quatre ans en Espagne, Palermo est retourné à Boca et a continué de marquer des buts. Le 12 avril 2010, il a battu le record, vieux de 72 ans, de Cherro, et devient dès lors le meilleur buteur de l’histoire du club. Un an plus tard, il met fin à sa carrière. Pour Boca, « San Palermo » ou « Holy Palermo », surnom que lui a donné Maradona, a marqué 236 buts en 404 matchs.


Palerme faisait partie d’une génération légendaire de Boca, autour du milieu de terrain Juan Román Riquelme, des jumeaux Barros Schelotto, Roberto Abbondanzieri, Rolando Schiavi, Hugo Ibarra, Sebastian Battaglia, Carlos Tévez et plus tard Rodrigo Palacio. Une génération en or qui a remporté la première Copa Libertadores du club après 22 ans de disette et qui peut être considérée comme la meilleure équipe de l’histoire du club. De 2000 à 2007, ils ont remporté quatre fois la Libertadores, deux fois la Copa Sudamericana et la Coupe du monde des clubs. Ce fut la période la plus prospère de l’histoire des Xeneizes.

Battaglia, en particulier, est celui qui compte le plus de trophée. Le milieu de terrain a joué presque toute sa carrière à Boca et a remporté 17 titres. Mais si l’on inclut les titres remportés en tant que joueur et entraîneur, alors Guillermo Barros Schelotto détient le record, l’ancien partenaire en attaque de Palermo a conquis 18 coupes avec Boca.


Le mythique club des 400


Certains, à la longévité extraordinaire, n’ont pas eu cette chance. Natalio Pescia (1942-56) a remporté sept titres avec Boca. Mais ce qui est encore plus important, il a conquis le cœur des fans. Pescia a été le premier joueur pour lequel les fans ont inventé une chanson. Le milieu de terrain était à la fois un joueur clé et un combattant infatigable sur le terrain ; chaque fois qu’il perdait le ballon, il faisait tout pour le récupérer. Pescia est l’un des immortels du club, dont le souvenir est toujours aussi présent de nos jours. Depuis 1989, le bloc le plus célèbre de la Bombonera porte son nom, La Pescia. C’est là que se trouvent les fans les plus purs et durs, « La 12 », ceux qui définissent l’expression du 12eme homme. Après que Pescia ait mis fin à sa carrière, Antonio Rattíns (1956-70) a pris sa place. Rattín était un organisateur brillant, à la fois meneur et leader, et en tant que milieu défensif, assumait généralement le travail de couverture contre le meneur de jeu adverse. Sa force et sa dureté dans les duels étaient redoutées par tous ses adversaires. Rattín a mis fin à sa carrière à l’âge de 33 ans après avoir joué 382 matchs et marqué 28 buts. Comme Pescia, il n’a joué qu’avec le maillot bleu et jaune de Boca.

La Bombonera, le stade mythique de Boca Junior


Le record d’apparition du club, avec 425 matchs, est détenu par le défenseur central Roberto Mouzo (1971-84). Comme Pescia et Rattín, Mouzo était un produit de l’académie de Boca. Bien que limité en termes de talent pur, il était physiquement fort et un athlète fantastique. Pendant 13 ans, il a été à la fois le leader de la défense et le capitaine des Xeneizes, jusqu’à son départ après un violent désaccord avec la direction du club en 1984. À Boca, Mouzo a remporté six titres, dont la Coupe du monde des clubs en 1977 contre le Borussia Mönchengladbach. Avec son coéquipier Silvio Marzolini, qu’il a dépassé en tant que joueur le plus capé en 1983, il détient également le record du plus grand nombre de matchs disputés (29) en Superclásico contre les rivaux de River Plate. Lui et Marzolini (1960-72, 408 matchs avec Boca) comme Palermo et les deux gardiens légendaires, Hugo Gatti (1976-88, 417 matchs) et Carlos Navarro Montoya (1988-96, 400 matchs), appartiennent au club des 400. Marzolini est considéré comme le meilleur arrière gauche de l’histoire du club. À plusieurs reprises, les clubs européens ont essayé de le signer. Le Real Madrid, la Lazio, Milan ou la Fiorentina, ont tenté d’attirer le défenseur de classe mondiale à l’époque avec des offres vertigineuses, en vain. À l’exception de sa première saison professionnelle à Ferro Carril, il a joué toute sa carrière à Boca.


Gatti est considéré comme l’un des gardiens de but les plus charismatiques de l’histoire du football argentin. Il détient le record du plus grand nombre d’apparitions (765) et est un spécialiste dans l’arrêt des pénaltys (29). Mais ce qui le démarquait, c’était son style de jeu. Gatti était un artiste, il aimait quitter sa surface et toucher le ballon pour aider le jeu de possession de son équipe. À son arrivée à Boca, il avait déjà 32 ans, mais il resta dans le but des Xeneizes pendant 12 longues années. Son successeur, le gardien argentino-colombien Navarro Montoya, connu sous le nom d’El Mono (le singe), a été sculpté dans le même bois. Comme Gatti, Montoya a réussi à jouer au football professionnel pendant 26 ans. Sa période la plus réussie a été les huit années durant lesquelles il a joué dans le quartier portuaire de Buenos Aires.



Juan Román Riquelme: L’idole de Boca


Certes Diego Maradona est l’incontestable idole de la Bombonera, mais si il y a bien un joueur qui peut le contester dans ce statut, c’est bien Riquelme. Son style de jeu, ses buts, ses victoires en font l’un des plus grands joueurs de Boca. Mais plus encore, la passion, l’émotion et l’identification des fans à sa personnalité, lui ont permis d’acquérir ce que tous joueurs de Boca rêvent d’être : une icône.

À la manière de Maradona, Riquelme a réussi à transporter une sorte de magie, qui lui a permis de récolter l’amour des fans. Alors que la Pescia adorait Palermo, Riquelme était aimé de tout le stade. Son style de jeu était extraordinaire, dominant et élégant à la fois. Riquelme a fait la différence pendant plusieurs années, et malgré ses sautes d’humeur, il a toujours été un leader. Bien qu’il était loin d’être un combattant hors-pair, loin d’être le meilleur à l’entrainement, ses paroles ont été perçues comme celles d’un prêtre lisant l’Évangile dans le vestiaire. Riquelme n’était pas seulement redouté par ses adversaires mais aussi par la direction du club.

Juan Roman Riquelme sous les couleurs de Boca en 2000

Il n’est même pas un produit de l’académie de Boca (formé à l’Argentinos Junior) et n’a pas passé toute sa carrière au sein du club. En 2002, il s’installe à Barcelone contre un transfert de 10 millions d’euros. Cependant, il ne s’entend pas avec l’entraîneur, Louis van Gaal et s’envole un an plus tard à Villarreal. Dans la banlieue de Valence, il rayonne, mais malgré de nombreuses offres, il décide de retourner à Boca en 2007, où il retrouve Palermo. Pour Riquelme, les fans venaient au stade, il était pour eux la définition de la joie dans le football. Après la saison 2013/14, il quitte la Bombonera après avoir disputé 388 matchs – pour 11 titres, 92 buts et 153 passes décisives -, pour de nombreux fans c’est l’un des jours les plus tristes de l’histoire du club.


Fin 2019, il revient à Boca Juniors. En tant que vice-président du club, Riquelme est en charge du développement sportif. Grâce à lui, le club a signé Miguel Ángel Russo comme entraineur ; tous deux ont remporté la Copa Libertadores en 2007, la dernière à ce jour des Xeneizes. Depuis, le succès est au rendez-vous, le duo décrochant le titre national lors de la dernière journée du championnat, grâce à « Carlitos » Tevez, en mars dernier.


Ce dernier reste le dernier grand joueur sortant de l’académie. Malgré les titres et une bonne académie de jeunes, le club a du mal, ces dernières années, à produire des joueurs pouvant acquérir cette aura d’idole. Ils sont même peu nombreux à pouvoir prétendre de représenter l’équipe nationale. Rodrigo Bentancur a un grand avenir devant lui, cependant, bien que le milieu de terrain central de la Juventus soit sorti de l’académie de Boca, il joue pour l’équipe nationale d’Uruguay. Tous les espoirs reposent donc actuellement sur le talent d’Agustín Almendra et l’ancien gardien U20 Manuel Roffo. Mais les deux sont loin d’être indiscutables dans le XI de départ. En regardant dans le centre de formation du club, les attentes se concentrent sur le très prometteur, Exequiel Zeballos. Lors de la Coupe du monde U17 de l’année dernière au Brésil, Zeballos a brillé par sa capacité technique et ses dribbles virevoltants. Malgré sa quête de titre, malgré sa quête d’une nouvelle idole, une chose est sure, Boca est éternel.

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