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Les lieutenants du basket épisode 2 : Scottie Pippen

En cette période sans NBA, le CCS vous propose une série sur les différents lieutenants qui ont marqué l’histoire du basket. Qu’ils soient champions ou non, ils ont grandement contribué au succès de leur équipe, même s’ils n’en n’étaient pas le meilleur joueur. Aujourd’hui, Scottie Pippen.

Dennis Rodman disait : « À Chicago, Michael Jordan était un Dieu, Scottie Pippen était Jésus ». C’est dire le respect imposé par l’ancien ailier des Bulls. En 17 saisons NBA, dont 12 passées sous le maillot rouge et blanc, il aura été ce joueur d’exception, incroyablement complet. Dans beaucoup d’équipes, Pippen aurait été le franchise player. Mais pour la grande majorité des fans, il restera à jamais dans les têtes comme le numéro 2, dans l’ombre du meilleur joueur de tous les temps.

Né en 1965,  Scottie Pippen passe son enfance dans la pauvreté, entouré de nombreux frères et sœurs. Le basket est pour lui un moyen de s’évader et d’oublier les soucis de sa vie quotidienne. Il se lance alors à fond dans sa passion et suit son cursus universitaire dans son Akansas natal. Devenu un excellent joueur et très sûr de lui, il se présente à la draft NBA de 1987. Choisi en 5ème position par Seattle, il est directement tradé et rejoint Chicago. Il débute alors dans une équipe déjà articulée autour d’un homme : Michael Jordan.

Pippen écoute les consignes de Doug Collins lors de son année rookie (Crédits : Eurosport.fr)

Un joueur d’exception

Pourtant, Pippen sait ce qu’il vaut et décide de le montrer. Du haut de ses 2m03 et fort de 95kg de muscles, il est naturellement placé au poste d’ailier. Meneur de formation, il possède beaucoup de qualités techniques avec le ballon, une très bonne vision du jeu, un QI basket très élevé et sait délivrer des passes géniales. Son physique lui permet d’être un défenseur hors-pair, très dur sur l’homme. Si vous n’en n’êtes pas sûrs, demandez donc à Magic Johnson, qui s’est étouffé dans la rude défense du numéro 33, lors des Finals de 1991.

Avec son sens du placement, il est aussi un excellent rebondeur. Enfin, que dire de son sens du spectacle et de ses dunks. Ils y sont tous passés : Barkley, Mourning, Bol, Barry mais surtout Ewing n’ont pu que subir la foudre. Pas étonnant lorsqu’on sait que Pippen idolâtrait Julius Erving et que petit déjà, il rêvait de dunker comme Docteur J. En bref, Pip est un basketteur extrêmement all-around, une des pièces centrales de la dynastie des Bulls. Sans lui, peut-être que Chicago n’en serait pas à 6 championnats remportés dans les années 1990. Et ça, Jordan lui-même le dit…

Pippen écrase Ewing lors du game 6 en 1994 (Crédits : BasketUSA.com)

Il faut une année au charismatique taureau pour s’adapter à la NBA. Mais dès sa saison de sophomore en 1989, Pippen commence à prendre son aise : 14,4 points, 6,1 rebonds et presque 2 interceptions de moyenne. Le tout à quasiment 50% au tir. Des chiffres qui vont sensiblement s’améliorer au cours de sa carrière. Malheureusement pour Pip et les siens, les Bulls se font sortir de playoffs par les Pistons, pour la deuxième fois de suite, seulement quelques jours après « the shot » de Jordan. Et la saison suivante a le même scénario. Menés par un Jordan énorme, les Bulls sont des candidats sérieux au titre à l’Est. D’autant plus que Pippen s’affirme comme le lieutenant de sa majesté en augmentant encore ses stats et en étant sélectionné pour le All-Star Game. Mais encore une fois, les Bad Boys auront raison des Taureaux en les éliminant en finale de conférence au terme d’une série de 7 matchs.

Premier three-peat

Fâchés de cette élimination, les Bulls de Phil Jackson, arrivé un an plus tôt, raflent tout sur leur passage. Pippen continue sa progression derrière un Jordan en fusion et Chicago fini avec un bilan de 61 victoires. Leur campagne de playoffs est exemplaire : les Bulls ne perdent que 2 matchs sur toute la post-season, en sweepant les ennemis de Détroit. En finale, la cinglante victoire face à Magic et les Lakers démontre la nette supériorité des Bulls dans la ligue. Lors de ces finales, c’est d’ailleurs la défense de Pippen sur Magic qui est remarquée et soulignée par les observateurs… et par Phil Jackson. Premier titre pour Pip et les Bulls, premier d’une longue série.

La défense de Pippen sur Magic est l’un des facteurs majeur de la victoire des Bulls (Crédits : Medium.com)

Chicago est lancé et semble intraitable. « Seuls les Bulls peuvent battre les Bulls » assène Johnny Bach, l’assistant coach, au début de la saison 1991-1992. La franchise de l’Illinois est sous l’impulsion d’un Jordan une nouvelle fois MVP et glane 67 victoires. De son côté, Scottie est sélectionné au All-Star Game, ainsi que dans la All-NBA second team et dans la All-NBA first defensive team. Il tourne à 21 points de moyenne, accompagnés de 7,7 rebonds, 7 passes et 1,9 interception. En playoffs, les taureaux renversent tous leurs adversaires, malgré une série accrochée face à New-York, et remportent leur deuxième titre de suite face aux Blazers de Clyde Drexler. Les saisons se suivent et se ressemblent puisqu’en 1993, les Bulls s’offrent un troisième titre. Un three-peat historique, qu’aucune équipe n’avait réalisé depuis les Celtics en converse. Encore All-Star et sélectionné dans la All-NBA first defensive team, Pippen contribue largement à ce nouveau succès.

Pippen et Jordan avec le trophée Larry O’Brien (Crédits : NBA.com)

Sans Jordan, Pippen promu leader

Le 6 octobre 1993, la NBA est sous le choc. Le meilleur joueur actuel prend sa retraite à 30 ans. Sans Michael Jordan, Pippen prend plus de responsabilités et se retrouve comme le leader d’une équipe orpheline de son meilleur élément. Il réussit à élever son niveau de jeu en étant All-Star, et en profite pour être MVP su All-Star Game. En plus de cela, il est sélectionné dans la All-NBA first team, et les Bulls finissent 3ème à l’Est. Pip aligne 22 points, presque 9 rebonds et 3 interceptions, ainsi que 5,2 passes. Malgré l’aide d’Horace Grant notamment, les Bulls se feront éliminer par les Knicks de Pat Ewing en demi-finale de conférence. Rien de honteux mais un gros coup d’arrêt pour la franchise. La saison suivante débute lamentablement pour Chicago. Pippen est un All-star sélectionné dans la All-NBA first team, meilleur intercepteur de la Ligue avec 2,9 vols et ses stats restent au top : 21,4 points, 8,1 rebonds et 5,2 passes. Mais Chicago ne gagne plus et peut ne même pas aller en playoffs. Seulement, le 17 mars 1995, l’espoir renaît : Jordan est de retour. La franchise de l’Illinois se reprend et fini la saison à la 5ème place et s’avance vers les playoffs où se dressent le Magic de Shaq et Penny Hardaway. Mais c’est bien Nick « the Brick » Anderson qui intercepte le ballon des mains de Jordan et qui renvoie les Bulls à la maison.

L’apogée des Bulls

À l’orée de la saison 1996, Chicago voit le meilleur rebondeur de la Ligue, Dennis Rodman, arriver des Spurs. L’excentrique défenseur va s’allier à Jordan et Pippen pour former un big-three ultra dominateur. Comme, en plus de cela, l’effectif des Bulls était rempli de bons éléments comme Kukoc, Harper ou encore Kerr, la franchise devient injouable. Elle réalise la meilleure saison régulière de l’histoire NBA avec un bilan de 72 victoires pour 10 défaites (record battu depuis par les Warriors de… Steve Kerr). Les stats de Pippen baissent un peu, mais c’est dans la logique des choses. Il fait de tout et permet à la machine Bulls de rester parfaitement huilée. En playoffs, Chicago écrase tout le monde, prend sa revanche sur le Magic en infligeant un sweep, et se débarrasse tranquillement des Sonics de Payton et Kemp en finale. Les taureaux goûtent à nouveau au succès et ne sont pas prêts de s’arrêter. Pippen profite de l’été pour remporter l’or aux JO d’Atlanta. Il est, par ailleurs, élu MVP du tournoi.

Le Big-Three des Bulls : Jordan – Rodman – Pippen (Crédits : JEFF HAYNES/AFP via Getty Images) 

Le style Bulls est à son apogée, tout est en place pour que la dynastie perdure. Les saisons 1997 et 1998 se ressemblent fortement. Un Jordan stratosphérique, un Pippen plus all-around que jamais et un Rodman défenseur et rebondeur de génie. Le tout, sous la houlette de Phil Jackson. Chicago écrase tout en saison régulière et bat en finale leurs nouveaux amis d’Utah, Stockton et Malone. Pourtant, des problèmes en internent viennent enrailler la bonne dynamique.

La fin d’une dynastie

Depuis la fin de saison 1997, des rumeurs de trade traînent derrière Pippen. Ce dernier est mécontent de son salaire, après avoir signé 7 ans plus tôt un contrat longue durée pour 18 millions de dollars. Conscient qu’il est un des meilleurs joueurs de la ligue, il veut re-négocier son contrat mais se heurte à un mur nommé Jerry Reinsdorf. Pour protester, il décide de profiter de son été avant de se faire opérer du pied. Résultat, il rate la moitié de la saison 1998 et rumine : « My day will come ». Il veut même se faire trader et ne plus porter le maillot rouge et blanc. Finalement, Pippen finira la saison aux Bulls pour réaliser le deuxième three-peat. Il est échangé le 22 janvier 1999, suite à un lockout. Il rejoint les Houston Rockets d’Olajuwon et Barkley pour former un big-three vieillissant. Eddie Johnson, joueur de la franchise à cette époque, rapportera plus tard que Pippen a fondu en larmes en voyant son premier chèque à Houston. C’est dire la frustration du bonhomme à Chicago. Ses stats baissent un peu, il est maintenant à 14,5 points, 6 passes, 6,5 rebonds et 2 interceptions. Houston se fait sortir au premier tour des playoffs par les Lakers de Shaq et Kobe.

Après Houston, Pippen rejoint Portland pour le dernier vrai défi de sa carrière (Crédits : blazersedge.com)

Fin de carrière haletante

Forte tête, Pippen a trouvé du répondant en la personne de Charles Barkley et la relation délétère entre les deux obligera Pip à rejoindre Portland l’année suivante. À 34 ans, il est l’une des pièces majeures des Blazers qui le font beaucoup jouer. Ses stats ne sont plus aussi bonnes qu’avant mais restent honorables et complètes. Accompagné par Rasheed Wallace, Detlef Schrempf et Steve Smith, l’ancien bull permet à sa franchise de terminer à la 3ème place à l’Ouest. Ensuite, la campagne de post-season des Blazers est rondement menée. Les Wolves et le Jazz sont avalés dans le sillage d’un jeu collectif léché. Mais en finale de conférence, ce sont les Lakers en route vers le premier épisode d’un three-peat qui les éliminent. Les 3 saisons qui suivent ne seront pas aussi productives en Playoffs. Qualifié de justesse pour la post-season, Portland échoue au premier tour contre les Lakers, par deux fois, puis contre Dallas.

À 38 ans, pour la dernière saison de sa carrière, il revient aux Bulls dans une pauvre équipe de Chicago. Miné par les blessures, il ne peut qu’assister à la mauvaise saison de son équipe, ne jouant que 22 matchs sur tout l’exercice 2003-2004. Après un (très) court passage en Suède et en Finlande à 42 ans, Pip raccroche les sneakers définitivement.

Michael Jordan a dit « Quand on parle de moi on devrait parler de lui. C’est le meilleur coéquipier de l’histoire ». Cette phrase n’est que le reflet du respect et de la gratitude qu’a le meilleur joueur de l’histoire envers son lieutenant. Un joueur unique, 7 fois All-Star, 3 fois élu dans la All-NBA first team, 8 fois dans la All-NBA first defensive team, 6 fois champion NBA et deux fois vainqueur des JO avec la sélection américaine. Jamais récompensé du titre de meilleur défenseur de l’année comme jamais reconnu à sa juste valeur. Membre du Hall of Fame depuis 2010, il a son maillot au numéro 33 suspendu à jamais sur le toit de l’United Center. Joueur d’exception, lieutenant de légende.

Pippen lors de son discours d’introduction au Hall Of Fame, en 2010 (Crédits : Youtube.com)

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