Cyclisme Omnisport

Joseba Beloki : Le second rôle au destin brisé

Il y’a des images qui marquent. Qui marquent un homme. Qui marquent un sportif. Qui marquent une vie. Pour beaucoup, ce sont des images de gloires, de victoires et de joies. Pour certains, ce sont des drames et des larmes. A l’instar de Roger Rivière chutant dans la descente du Perjuret sur le Tour 1960, Joseba Beloki restera attaché à jamais a l’une des plus célèbres chutes de l’histoire de la Grande Boucle. A 30 ans, au sommet de sa forme, le grand rival de Lance Armstrong ne se relèvera jamais complètement de ce moment mythique de la plus grande course du monde.


1er Juillet 2000. Il fait un beau soleil sur le Futuroscope. 10 ans après le prologue tournant autour du célèbre parc de loisirs, remporté par Thierry Marie, la direction du Tour de France s’offre un « remake » avec cette fois ci un contre la montre de 16,5 km. Parmi les coureurs à surveiller, pour succéder à Lance Armstrong, celui qui n’est pas encore le monstre dominant qu’il deviendra, la liste est longue. De Ullrich à Zülle, d’Escartin à Jimenez, de Pantani à Vandenbroucke, de Virenque à Jalabert, tous ont espoirs de faire tomber le coureur de l’US Postal. 
Une équipe avance relativement masqué. Festina se relève doucement du scandale du Tour 1998, qui a entaché à jamais le cyclisme. Malgré tout, l’équipe Andorrane peut compter sur de bon grimpeurs. Christophe Moreau, désigné leader, Angel Casero, cinquième en 1998, mais également le « jeune » Joseba Beloki. À 26 ans, le coureur basque, relativement discret, a tout de même terminé au pied du podium du Dauphiné Libéré en 1999, et a montré ses qualités de rouleur grimpeur en 2000, en remportant le Tour des Asturies et un contre la montre sur le Tour de Romandie. Une force collective qui a l’espoir de jouer le podium. 


Des la première étape de montagne, dans une ambiance apocalyptique, mêlant orage et grêles, Beloki s’échappe en compagnie, notamment, d’Escartin et de Mancebo. Si la fusée Armstrong les dépasse dans l’ascension vers Hautacam, le Basque prendra tout de même la 9ème place. 2 jours plus tard, dans le Ventoux, derrière le duel de géant Pantani-Armstrong, il est le premier des autres favoris a couper la ligne, se plaçant troisième au général. Une place qu’il ne quittera plus. En limitant la casse en haute montagne, il arrivera a conserver 30 secondes d’avance pour résister à Christophe Moreau lors de l’ultime contre la montre. Solide coureur, il a pris rendez vous avec le futur. 


On prend les mêmes, et on recommence. En 2001, Joseba Beloki rejoint les rangs de l’Armada Once Eroski, mastodonte du peloton dirigé par le très controversé Manolo Sainz. S’appuyant sur une force collective impressionnante, plaçant trois coureurs dans le top 10 avec Marcos Serrano, 9ème, le formidable rouleur Igor Gonzales de Galdeano, 5ème, et donc Joseba Beloki, 3ème. 
À l’Alpe d’Huez, lors du contre la montre de Chamrousse puis au Plat d’Adet, la hiérarchie est la même. Armstrong s’impose, loin devant Ullrich, qui lui prend quelques distances avec Beloki. Le Basque n’est pas le plus flashy. Au rupteur, il s’accroche plus qu’il ne domine, mais sa résilience et sa grande régularité le feront encore monter sur la troisième marche du podium. 


En 2002, avec l’absence de Jan Ullrich, Beloki est le grand favori pour la 2ème place. Faire mieux semble impossible, tant la domination d’Armstrong quand la route s’élève est sans commune mesure. Mais le leader de la Once tient son rôle, se montrant le plus régulier des membres du « reste du monde ». En 2002 ,il s’offre également un podium sur la Vuelta. Deux fois troisième, une fois deuxième, celui qui aura 30 ans en 2003 est désormais un coureur accompli. Le moment est venu de lâcher les chevaux. 


1903-2003. Cela fait 100 ans que Maurice Garin est devenu le premier vainqueur du Tour. L’épreuve du centenaire s’ouvre par un prologue dont le départ est donné au pied de la Tour Eiffel. Personne ne le sait encore, mais la canicule et le scénario vont faire de ce Tour l’un des plus beaux du 21ème siècle. Ullrich ayant signé à la mythique Bianchi, il revient affamé après son absence de 2002. Les basques de l’Euskaltel Euskadi, mené par l’offensif Iban Mayo, la paire Vinokourov-Kloden de la Telekom, et, évidemment, la Once de Beloki, voilà les hommes prêt à, enfin, faire tomber le Boss. Huitième étape, menant les coureurs de Sallanches à l’Alpe d’Huez. En une ascension, Armstrong va être tancé comme jamais depuis le début de sa domination. Ses adversaires harcèlent. Beloki ose enfin attaquer, fatiguant l’Americain qui ne veut pas de résoudre à laisser partir son dauphin de l’année précédente. Vinokourov et surtout Mayo, vainqueur de l’étape, en profitent. Au soir, Beloki n’est qu’a 40 secondes du maillot jaune. Le ton est donné : Rien ne sera simple dans la conquête du 5 titre. Le lendemain, les coureurs vont du Bourg d’Oisans à Gap. Une étape classique, avec des grands cols puis une descente rapide pour rejoindre le chef lieu des Hautes-Alpes. Le coureur de la Once le sent et le sait : Il est fort, très fort. Une nouvelle fois, il attaque Armstrong. Il en a désormais la conviction : il est un grand champion, il ne court plus pour la seconde place, il a acquis la certitude de pouvoir gagner le Tour de France. Dans le col de la Rochette, il secoue le cocotier, puis, au sommet, se lance tambour battant a la poursuite d’Alexandre Vinokourov. Le goudron est fondu par endroit. Mais le deuxième du général prend tout les risques pour faire douter le maillot jaune. A l’entrée d’un virage, a pleine vitesse, l’Espagnol freine. Sa roue arrière chasse vers la gauche, puis vers la droite. 


« Chute de Beloki« . L’histoire du cyclisme, peut être plus que tout autres sports, est marqué par ses plumes et ses voix. Cet instant historique du Tour est marqué de la voix de Christian Prudhomme, qui deviendra par la suite directeur du Tour de France. On le comprend très vite, les rêves de Beloki viennent de prendre fins. Armstrong, dans un « réflexe insensé », passe a traverse champs, saute un talus, puis repart avec les favoris. Il finira en jaune 10 jours plus tard. 


Que ce serait il passé si le Basque de la Once n’était pas tombé ? On ne le saura jamais, même si l’Americain semblait encore une fois invincible. Azevedo et Jaksche, arrivé très vite sur les lieux de la chute, comprennent très vite la gravité de cette dernière. Le fémur, le poignet droit et le coude sont fracturé. Conscient, il quitte la grande Boucle sur une civière. Manolo Sainz, la chemise encore taché du sang de son leader, prend difficilement la parole sur le parvis de l’hôpital de Gap. 


Cette chute marque la fin de la carrière d’un des plus grands seconds rôles du début du siècle. Comme d’autres, il aura subit l’escroquerie Armstrong. Comme d’autres, il aura également trempé dans des histoires de dopage. Revenu dans les pelotons dans les rangs de Brioche la boulangère, qui pensait avoir réalisé un gros coup, il ne sera plus que l’ombre de lui même. En 2005, il se mue en coéequipier modèle sur la Vuelta, au service de Roberto Heras. En 2006, l’affaire Puerto explose. Sainz, Heras, Beloki et la Liberty Seguros, puis l’Astana Wurth, les successeur de la Once, sont en plein dedans. En 2007, il range définitivement le vélo. 


Second rôle passif, puis champion sur de lui, Beloki aura eu le malheur de chuter au moment où il prenait conscience de son talent. Brisé dans sa chair, il perdit tout sur les brûlantes routes françaises au cœur de cette canicule de 2003. Paradoxalement, ce ne sont pas ses podiums qui resteront, mais bien cette image d’un maillot rose de la Once s’écroulant juste devant celui qui deviendra, dans les palmarès, le mythique « Non-Attribué ».

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