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Foot et crise sanitaire : a qui profite le crime ?

Après l’annonce du Premier Ministre, Édouard Philippe, en début de semaine et la décision d’annuler tous les événements sportifs et culturels en France jusqu’au mois de septembre, le football français, mais plus globalement le football mondial est en plein flou et en pleine crise économique. Alors que le bateau est gentiment en train de couler, chaque partie prenante essaie de sauver ses intérêts de la noyade. Retour sur une situation sans précédent qui n’est pas prête de s’éclaircir.

Quel est le contexte ?

Depuis la mi-mars, le football mondial est à l’arrêt complet… enfin pas tout à fait. En effet il existe un pays d’irréductible, la Biélorussie, malgré la crise sanitaire qui traverse la planète le petit pays issu de l’ex bloc soviétique essaie de tirer son épingle du jeu et tente d’attirer les diffuseurs en laissant son football continuer et ce même si le pays commence à avoir de plus en plus de cas confirmés du COVID-19. Les biélorusses boudent d’ailleurs de plus en plus les stades par peur d’être contaminé, ce qui en dit long sur cette décision de continuer le championnat.

Dans les autres pays européens le football est bel et bien suspendus et pour l’heure seulement deux pays ont pris la décision de tout simplement stopper la saison en cours : les Pays-Bas et la France, avant d’être possiblement rejoint par l’Écosse et la Belgique – une assemblée générale devrait statuer sur ce sujet chez nos voisins belges, le 4 mai prochain – dans les prochains jours. Si en France un champion a été sacré et que les montées/descentes ont été maintenues, aux Pays-Bas, aucun champion n’a été officialisé, ainsi l’Ajax Amsterdam, pourtant en tête du championnat, ne sera pas sacré et aucun club ne descendra à l’échelon inférieur ou n’accédera à l’élite. Seules les places pour les compétitions européennes ont été “distribués”. L’Ajax Amsterdam est donc qualifié pour la prochaine Ligue des Champions, l’AZ Alkmaar (2e) est qualifié pour le tour préliminaire de cette dernière, le Feyenoord Rotterdam (3e) est, quant à lui, qualifié en Europa League, le PSV Eindhoven (4e) et Willem II (5e) joueront, eux, les préliminaires. 

Si dans certains pays le football n’est pas prêt de revenir ou s’est simplement arrêté, ce n’est pas le cas en Allemagne, la Bundesliga ambitionne, en effet, de reprendre au plus tôt le 16 mai. Il est vrai que la situation a été plutôt bien canalisée outre-Rhin ce qui explique cette possibilité de reprise très tôt, mais le gouvernement allemand ne souhaite pas précipiter les choses et pourrait retarder la reprise. En revanche, si tel est le cas, les conditions seront très strictes et les matchs seront bien entendus disputés à huis-clos, d’ailleurs la Ligue allemande de football a confirmé récemment que plusieurs clubs de l’élite avaient commencés les tests de dépistage du COVID-19. Nous avons également appris vendredi que trois membres du staff du club de Cologne avaient été testés positifs, ces derniers ont été placés en quarantaine, mais cette information pourrait encore repousser la reprise même si les entraînements se poursuivent et que le club de Cologne se veut rassurant.

Comme dit plus haut la France a, de son côté, décidé d’arrêter son championnat de Ligue 1 et de Ligue 2 quelques jours après avoir stoppé tous ses championnats amateurs. Pour ces derniers, les modalités sont connues depuis plusieurs semaines ; arrêt des championnats le 13 mars et classements établis selon un quotient de points obtenus par match joué. Cette solution paraît être la moins mauvaise sur le papier, pourtant, plusieurs clubs se sentent lésés et de nombreux litiges concernant les montées et descentes ont été déposés à la FFF, ces derniers seront étudiés ces prochaines semaines pour répondre aux mieux à ces clubs, mais une chose est sûr, il y aura beaucoup de déçus. 

Pour les championnats de Ligue 1 et Ligue 2 les modalités sont les mêmes, le Paris-Saint-Germain a donc été sacré champion de France, l’Olympique de Marseille est qualifié pour la prochaine édition de la Ligue des Champions, le Stade Rennais devra disputer les barrages et le Lille OSC est qualifié en Europa League. Concernant les deux dernières places pour cette dernière, la LFP espère pouvoir disputer les finales de Coupe de la Ligue et de Coupe de France, au mois d’août, mais il paraît assez peu probable que le gouvernement accepte mais sait-on jamais. S’il n’est pas possible de les jouer, Nice (5e) et Reims (6e) seront alors reversés en Europa League et joueront les tours préliminaires. En revanche pour Amiens et le Toulouse FC, l’avenir est moins réjouissant puisque ces deux clubs joueront la saison prochaine en Ligue 2. Qui dit descentes… dit montées, le FC Lorient et le RC Lens rejoindront donc l’élite la saison prochaine. Concernant les montées/descentes entre la Ligue 2 et le National, il faudra patienter jusqu’au 20 mai, date à laquelle se tiendra une Assemblée Générale se prononçant sur le format de la Ligue 2.

Voici la situation à date du 3 mai et même si pas mal de choses se sont éclaircis ces derniers jours, quid des autres championnats européens où le flou règne ? Quid des joueurs ? Des diffuseurs ? Des clubs ? Autant de questions qui risquent de demeurer sans réponses encore quelques semaines mais auxquels nous allons tout de même essayer de répondre.

Quelles seront les conséquences ?

Commençons par évoquer les différents contrats des diffuseurs en France. La Ligue 1 est diffusé par deux groupes majeurs depuis quelques années : Canal+ et BeIN Sport, malheureusement pour la Ligue et les clubs français l’arrêt prématuré du championnat (et les relations tendues entre la Ligue et Canal) ont poussé la chaîne cryptée et BeIN à interrompre leurs versements à la Ligue pour la période mars/juin 2020 ce qui équivaut à près d’un quart des droits TV à l’année en moins, soit environ 240 M€. Canal a, tout de même, payé environ 37 M€ pour les quelques matchs s’étant joués, début mars.

Cela représente un manque à gagner terrible pour les clubs français, mais ce qui est encore plus dangereux pour l’avenir du football français, au global, c’est l’arrivée, pour la saison prochaine, du groupe Mediapro. En effet, le groupe espagnol a racheté pour une somme record les droits de retransmission de la Ligue 1 et de la Ligue 2, l’année dernière. Cela étant, le sérieux de l’engagement du groupe espagnol a été remis en cause à maintes reprises ces derniers mois et alors que la Ligue attend Mediapro comme le “Messie”, il se pourrait bien que la LFP déchante dans les prochaines semaines.

Chez nos voisins européens, la situation est assez similaire, mais la potentielle reprise des différents championnats pourrait permettre à la Serie A, la Premier League, la Liga et la Bundesliga de sauver 80 à 90 % des droits TV et de “limiter la casse”. Ceci dit, même si en Allemagne nous sommes assez proches d’une reprise, en Italie et en Espagne la situation n’est pas encore totalement contrôlée et les différents gouvernements pourraient prendre la même décision qu’en France, c’est-à-dire mettre un terme à la saison sportive en cours. Outre-Manche, enfin, il paraît assez utopique, pour le moment, de voir le championnat reprendre même si certaines hypothèses fleurissent depuis quelques jours sur une potentielle reprise mi-juin, la plupart des clubs et joueurs seraient, eux, contre une reprise et souhaiteraient mettre fin à la saison en cours.

Quoi qu’il arrive, cette crise sanitaire va entraîner une récession sans précédent dans le monde du football et cela pourrait plonger économiquement certains clubs, notamment en France, ces derniers devront redoubler d’efforts pour essayer de s’en sortir.

Les clubs français justement parlons-en… Cette crise sanitaire a permis de mettre en lumière l’incompétence de certain dirigeants dans le football français et cela pourrait avoir pour effet de rebattre les cartes lors des prochains championnats. En effet, certains clubs ayant bien “travaillé” lors des dernières saisons, pourrait sortir gagnants de cette crise. À contrario, les clubs accumulant les fautes et les mauvaises gestions risquent d’en payer le prix fort. Nous avons décidé de classer ces clubs en quatre catégories.

Tout d’abord, parlons des clubs qui ne seront probablement pas trop impactés par cette crise, ils sont cinq : Nîmes, Metz, Dijon, Angers et Brest. Dû fait qu’ils aient déjà reçu près de 90 % des droits TV qui leur été alloué, ces clubs-là devraient mieux s’en sortir que d’autres et leur budget ne devraient pas subir de trop gros choc, on parle d’un manque à gagner allant d’un à trois millions d’euros. La situation est assez semblable pour les clubs montant en Ligue 1 (FC Lorient et RC Lens).

Ensuite, il y a les plus gros clubs qui devraient être touchés mais, où les politiques de club sont bien établis ce qui devrait leur permettre de bien gérer cette crise, leur manque à gagner pourrait osciller entre 15 et 25 M€ mais ils ont les reins assez solides pour repartir de l’avant. À des échelles différentes nous avons le LOSC et le Stade Rennais puis l’Olympique Lyonnais qui, même sans coupe d’Europe et avec cette crise, devrait être capable de garder la plupart de ses meilleurs joueurs. Enfin il y a bien évidemment le Paris-Saint-Germain, le club de la capitale ne devrait pas trop souffrir économiquement et pourrait même asseoir plus encore sa domination sur le championnat de France, à l’avenir.

Nous avons, ensuite, les clubs qui font du boulot depuis plusieurs années et qui malgré cette crise parviennent à sortir leur épingle du jeu, nous pensons bien évidemment au Stade de Reims mais également à Montpellier, Strasbourg ou l’OGC Nice. Le trou dans le budget pour la saison prochaine de ces clubs-là varient, d’environ quelques millions pour Reims et Strasbourg à une dizaine de millions pour Montpellier et Nice. Mais ce qui est sûr, c’est que ces clubs pourraient bien être les “grands gagnants” de cette crise.

Enfin nous avons les mauvais élèves voire les cancres de la Ligue 1. Ces clubs qui sont déjà à la limite sur le plan économique depuis pas mal de saisons, mais qui réussissent à maintenir le bateau à flot tant bien que mal. Vous l’aurez compris, il s’agit de l’AS Saint-Étienne, de l’AS Monaco, du FC Nantes, des Girondins de Bordeaux et à un degré moindre, de l’Olympique de Marseille. Pour ces clubs-là, le manque à gagner oscille entre 10 et 20/25 M€. Le club stéphanois pourrait être le club le plus touché et le plus impacté par cette crise. La présidence bicéphale et sans ligne de conduite claire et précise ainsi que l’accumulation d’erreur ces dernières saisons risquent de coûter très cher à Saint-Étienne. Une vague de départ cet été ou l’été prochain est à craindre du côté de la Loire. Concernant le club Girondins, nous avons déjà fait un article traitant de leur cas spécifique et ce n’est guère plus réjouissant. Pour Marseille, en revanche, même si la gestion n’est pas irréprochable depuis la reprise du club par Frank McCourt, la qualification pour la prochaine Ligue des Champions est un bol d’air pour le club phocéen, mais même avec la C1, l’OM est sur un fil et pour s’en sortir, il faudra être très intelligent sur le marché des transfert et essayer de se “débarrasser” des gros salaires. Pour en savoir plus nous vous conseillons la très bonne vidéo de Romain Molina sortis il y a quelques semaines, intitulé “Vent de panique sur le foot français”.

En élargissant le spectre à toutes les divisions du football français, nous pouvons également constater que cet arrêt du championnat nous donne forcément des « cocus » qui auront réalisé une bonne saison mais qui ne seront pas récompensés. En tête de liste, les clubs d’Ajaccio, Troyes et Clermont. Respectivement à un, deux et trois points de la montée directe, ces 3 clubs n’auront pas l’occasion de faire valoir leur bon parcours lors d’éventuels play-offs d’accession. Même chose pour US Boulogne en National 1 qui est à un point de l’USL Dunkerque et qui échouera au pied de l’escalier vers la Ligue 2 si Noel Le Graet, président de la FFF, décide de se calquer sur les décisions prises par la Ligue.

Enfin, pour ce qui est des joueurs, après deux mois d’incertitudes, de chômage partiel et d’entretien physique à domicile, ceux-ci devraient avoir plus de précisions quant au début de la saison prochaine durant ce mois. Alors que l’on pouvait craindre une reprise du championnat précipitée avec des dispositions farfelues (entrainements en petits groupes, pas de contacts, distanciation social…) et que de nombreux joueurs s’étaient opposés à cette reprise, ils pourront se consacrer plus sereinement à la saison prochaine ainsi qu’au futur mercato estival qui risque déjà d’être très minimaliste au vu des manques à gagner des différentes équipes. Il y a fort à parier que de nombreux équipes profiteront de ce marché estival pour essayer de limiter les impacts de la crise. Ainsi, dans cette Ligue 1 des Talents ou le trading et l’équilibrage des comptes se fait essentiellement grâce aux ventes des futures pépites mondiales, la colonne des arrivées risque d’être essentiellement alimenté par les clubs avec une base financière solide comme le PSG, l’OL ou encore Rennes.

Et pour les compétitions Internationales ?

En ce qui concerne l’UEFA, l’instance européenne risque elle aussi de perdre une grande partie de ses revenus si l’Europa League et la Ligue des Champions ne reprennent pas. Au delà des nombreux partenariats, le manque à gagner dû aux droits TV liés à ces deux compétitions font énormément grincer des dents au sommet de l’UEFA. Tout est donc mis en oeuvre pour que les deux compétitions aillent à leur termes. Une des solutions envisagées est de faire jouer les épilogues de ces compétitions durant le mois d’Août et de faire reprendre les championnats en Septembre. Et cela pourrait être encore plus révolutionnaire dans la mesure ou L’UEFA souhaite que les phases finales restantes se déroulent sur un match à élimination directe et sur terrain neutre. En ce sens, l’UEFA étudie la possibilité de faire jouer l’intégralité des matchs restant en Turquie, lieu de la future finale qui devrait se tenir le 29 Août. La seconde solution envisagée serait plus risquée en termes de santé puisqu’il s’agirait de reprendre sur un rythme classique alors que les matchs aller-retour et la multiplication des voyages pourraient porter préjudice à cette alternative.

Enfin, les compétitions internationales sont elles aussi obligés de s’adapter à cette crise sans précédent. L’UEFA a déjà annoncé les reports de l’Euro 2020 masculin et de l’Euro 2021 féminin. L’Euro masculin se tiendra donc durant l’été 2021 tandis que la compétition européenne féminine sera elle aussi décalé d’une année.

Après cette coupure de plusieurs mois, le foot reprendra donc de plus belle avec un grand rush vers Janvier 2022 et la Coupe du Monde au Qatar. Les deux saisons à venir seront donc liés par les compétitions internationales comme la CAN 2021 qui se tiendra en Janvier de ladite année et l’Euro 2021 dans plus d’un an. Pour les joueurs Européens ou Africains, cette période d’inactivité représente donc l’une des dernières périodes calme avant d’enchainer avec prés de 18 mois de compétition sans pause. A moins que de nouvelles décisions viennent bouleverser les plans déjà fragiles de toutes ces instances.

Jimmy et Ulysse

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