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Pourquoi les États-Unis dominent-ils le monde du football féminin ?

L’équipe féminine de football étasunienne est la sélection la plus titrée au monde. Avec pas moins de 1,7 millions de licenciées, le soccer est le sport féminin le plus populaire aux États-Unis. Mais alors que les joueuses de la Team America avaient porté plainte pour réclamer un salaire équitable entre l’équipe masculine et féminine, la fédération ne leur a pas donné gain de cause. Cet événement est l’occasion pour le CCS, de revenir sur l’évolution du soccer féminin aux États-Unis. Comment le pays peut-il autant dominer le monde du football féminin ?

Les années 70 comme point de départ

Pour comprendre ce phénomène de domination, il faut remonter cinquante ans en arrière, dans les années 70. Aaaah…. Les 70’s, le rêve américain, la liberté d’entreprendre, un pays qui se veut premier et avant-gardiste dans tous les domaines. Et alors que les États-Unis sont déjà précurseurs dans de nombreux sports comme la basket, le baseball, l’athlétisme ou encore la natation, la médiatisation féminine lors des compétitions sportives est loin d’être égale à celle de leurs homologues masculins. Mais en 1972, la loi baptisée « Title IX » chamboule les acquis du sport étasunien. En effet, celle-ci impose aux universités, de créer des programmes sportifs réservés aux étudiants. Mais ce n’est pas tout, pour remédier à l’écart de reconnaissance entre sport féminin et masculin, la « Title IX » interdit toute forme de discrimination liée au sexe dans les programmes éducatifs soutenus par l’État et invite ainsi, les universités à financer de manière égale le sport féminin et masculin. L’enjeu pour les jeunes filles, est maintenant de réussir à s’imposer dans le sport universitaire, trouver une discipline où les hommes n’avaient pas encore fait leur place. C’est donc naturellement que bon nombre d’étudiante se sont tournées vers le soccer.  La loi de 1972 a permis aux femmes d’évoluer dans un environnement de compétition et ainsi, à l’équipe nationale d’évoluer et exceller.

L’équipe universitaire de Sherbrooke pour la saison 2019/2020 (Source : Usherbrooke)

Une professionnalisation rapide et un championnat attractif

 Les résultats de l’essor du soccer aux États-Unis se font sentir dès les années 90. Après la Gold Cup en 1991 et la première Coupe du Monde en 1999, les résultats de l’équipe nationale étasunienne sont sans appels : 12-0 contre le Mexique, 5-0 contre le Canada ou encore 12-0 contre Haïti. Deux ans après la Coupe du Monde remportée à domicile, les femmes de la Team USA obtiennent le statut de professionnelles. Pour la première fois, en 2001, un championnat national de soccer féminin opposant huit équipes voit le jour : c’est le WUSA (Women’s United Soccer Association). Cette première tentative n’aura duré que trois saisons, mais donne naissance en 2008 à la WPS (Women’s Professional Soccer) puis, en 2013 à l’actuelle NWSL (National Women’s Soccer League). Le succès de la compétition est total. Avec neuf équipes rivales, la NWSL a en 2019, battu pour la sixième année consécutive son record de fréquentation (environ 66.700 spectateurs sur la saison) soit une progression de plus de 75% par rapport à 2013. Mais l’excellence de l’équipe ne découle pas seulement de l’idéal environnement universitaire. Les infrastructures mises à disposition pour la formation des étudiantes n’ont rien de comparable avec ce qui se fait en Europe. A l’image de la 7 Hills School ou du lycée St. John Bosco High School, les équipements permettent aussi, aux jeunes femmes, de pratiquer leur sport dans les meilleures conditions. Ainsi, au fil des années, le soccer est devenu la discipline de tous les espoirs pour les petites américaines. « Les femmes se sont approprié le soccer, loin d’être le sport national aux États-Unis. C’est devenu culturel », avait confié Mélissa Plaza, ex-joueuse professionnelle, pour l’Équipe.

Les équipements mis à disposition au 7 Hills School ( Source : Culture Soccer)

Des joueuses superstars, symboles de la lutte pour l’égalité

Le statut professionnel, les infrastructures quasi-parfaites et la médiatisation croissante ont fait, de certaines joueuses, des superstars. À l’image d’Alex Morgan, le College soccer a formé de nombreuses joueuses maintenant devenues icônes du football féminin. L’ex attaquante de l’OL, et actuelle buteuse de l’Orlando Pride, a évolué de 2007 à 2010 à l’University of California dans la Bay Area de San Francisco. La trajectoire empruntée par Alex Morgan reste encore aujourd’hui, le chemin préférentiel des joueuses pour devenir professionnelles. On retiendra aussi, Abby Wambach, meilleure buteuse de l’histoire de la sélection étasunienne avec 184 réalisations.

Alex Morgan et Megan Rapinoe, deux joueuses star de l’équipe nationale ( Source : RTL)

Mais plus que de simples figures sportives, les joueuses américaines font office de symboles dans la lutte de l’égalité de traitement entre les hommes et les femmes dans le sport. En effet, en 2016, cinq joueuses américaines ont intenté un procès pour réclamer à leur Fédération d’être rétribuées au même niveau que les hommes. Car oui, même si la Team USA compte quatre Coupes du Mondes et quatre titres olympiques, l’écart de statut avec leurs homologues masculins qui, pour meilleur résultat affichent un petit quart de finale lors du Mondial de 2002, est considérable. Même s’il est difficile de comparer les rémunérations dans la mesure où chaque équipe est prise en charge par une structure différente, des chiffres existent. D’après une plainte déposée par l’équipe féminine, le plafond de rémunération par match amical gagné serait de 4.950 $ pour les femmes tandis que les hommes, à prestation égale, toucheraient près de 13.166 $. Une situation contestable lorsqu’on apprend qu’en 2017, les femmes ont rapporté 5,2 millions de dollars à la fédération, alors que l’équipe masculine lui a quant-à elle fait perdre 1 million de dollar. Tout de suite, l’excuse de la sélection masculine qui rapporte plus que l’équipe féminine tombe rapidement à l’eau pour le cas des États-Unis…

Les joueuses se mobilisent pour l’équité entre les sexes dans le sport (Source : Culture Soccer)

L’équipe féminine de football étasunienne domine incontestablement le monde du football féminin. Que ce soit au niveau de l’équipe nationale mais aussi à plus cette échelle, sur le championnat national. Cependant, depuis plusieurs années, le continent européen tente de se rendre de plus en plus attractif sur le marché du football féminin. Des sélections comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore la France misent de plus en plus sur leur effectif féminin. Même les équipes féminines créent, à l’image de la sélection Française, de plus en plus d’engouement, le chemin de la grande médiatisation semble encore long.

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