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Kai Havertz, le métronome en mode Bosz

Après une pause de plus de deux mois, la reprise de la Bundesliga est actée pour ce samedi 16 mai. Actuellement 5ème à quelques encablures du quatuor de tête, le Bayer Leverkusen possède encore une chance de concurrencer le Bayern Munich, Leipzig ou encore Dortmund, dans la course au titre. Avant l’arrêt du championnat, Die Werkself, a réalisé un début d’année 2020 quasi parfait avec 19 points pris sur 24 possibles. Une performance de haut vol, dans le sillage de son joueur star de seulement 20 ans, Kai Havertz. La pépite auteur de 7 buts et 7 passes décisives durant cette période, semble enfin au diapason d’une saison 2018/19 exceptionnelle. De quoi donner le sourire à son entraineur, Peter Bosz, principal artisan de ce retour en grâce.

Son équipe de Leverkusen est cinquième au classement actuel de la Bundesliga, à seulement deux points de la quatrième place, tout en étant qualifiée pour les demi-finales de la Coupe DFB et possède un avantage de 3-1 à mi-parcours de son match de 8ème de finale de l’UEFA Europa League contre les Rangers. Une situation confortable alors qu’une reprise des compétitions en Allemagne semble réalisable et que l’UEFA n’abandonne pas l’idée de finir les siennes. L’occasion pour « Neverkusen » de remporter un titre ? Une question qui trouve sa réponse dans la forme de son capitaine, Kai Havertz, « J’ai l’impression de m’être un peu libéré. Je suis de retour », a déclaré Havertz à Sky Germany après la victoire 4-0 de Leverkusen sur Francfort, lors de la 25ème journée.

« Le temps m’a rendu plus fort et m’a amené à un niveau supérieur. Je manquais de régularité dans la première moitié de la saison. Il y avait beaucoup de pression sur mes épaules. Lorsque vous êtes un jeune joueur, vous passez par de telles phases. Après quelques matchs relativement mauvais, vos propres fans commencent à douter de vous. Ce n’est pas facile. « 

Une crise, qui s’est installée sur la première partie de saison mais qui semble nécessaire pour le surdoué du football allemand dont la préciosité émerveille outre-Rhin. À seulement 20 ans, Havertz connaît sa quatrième saison complète en Bundesliga. Depuis ses débuts à l’âge de 17 ans, il est devenu le plus jeune joueur de l’histoire de la Bundesliga à atteindre les 100 apparitions et pèse déjà pour 38 buts et 30 passes décisives dans toutes les compétitions avec Die Werkself. Il est également le plus jeune joueur a atteindre le cap des 30 buts dans l’élite du football allemand. Un impact rarement vu à cet âge qui lui a valu une première sélection internationale à 18 ans, pour un total de sept à l’heure actuelle.

À seulement 20 ans, Havertz est une star en Allemagne (Photo : DFB)

« Je pense qu’il peut être l’un des meilleurs joueurs du monde en quelques années, il est certainement l’un des meilleurs joueurs de la Bundesliga. » déclarait son ex-coéquipier Renato Augusto qui n’est pas le premier à faire l’éloge de Havertz. La légende allemande Lothar Matthäus a exprimé plus d’une fois son sentiment qu’il ne serait pas surpris si le super talent né à Aix-la-Chapelle suivait ses traces en étant officiellement reconnu comme le meilleur joueur dans le monde. Le wonderkid possède toutes les caractéristiques nécessaires : QI football, qualités techniques, vision du jeu, qualités physiques, finition, rien ou presque ne lui manque

L’Alleskönner de Leverkusen

Le milieu de terrain star est capable d’évoluer dans n’importe quelle position offensive, en tant que box-to-box, en double pivot, en tant que faux 9 et en tant qu’ailier droit, ce qui lui faut le surnom d’Alleskönner, qu’on peut littéralement traduire par « qui peut tout faire ». Une caractéristique qui lui vaut des comparaisons très flatteuses comme l’exprime le directeur sportif du Bayer, Rudi Völler

« Il a le style de course et l’élégance de [Mesut] Özil et le physique, la robustesse, la puissance aérienne et le réalisme que Michael [Ballack] avait à son apogée. Il est devenu l’un des joueurs les plus courtisés en Europe. »

Havertz est ultra complet, malgré son gabarit (1m89 pour 83 kg), il n’est pas avare en effort, en moyenne il parcourt 12 km par match. En 2018/2019 il était présent dans le top 8 des marathoniens de la Bundesliga. Cette saison, on le retrouve qu’à la 32ème place, la faute aux quelques matchs manqués et surtout à une recherche d’efficacité, signe de sa maturité. Il possède également un cardio impressionnant puisqu’il se classe 10ème au nombre de sprints effectués (627) et atteint même le top 2 pour les courses à hautes intensités (1869). Une débauche d’énergie qui n’affecte pas son jeu, il a réussi 89,3 % de ses passes en 2019/20 (1009 réussies) dont 2,3 passes clés (qui amène une action décisive) par match. Son importance dans la construction du jeu est primordiale. Statistiquement, il se classe 37ème en Bundesliga au nombre de ballons touchés (1401) mais à Leverkusen, seul Bender, Tah et Wendell en touchent plus.

Son jeu l’amène à graviter autour d’un n°9 et à exploiter les espaces laissés par des ailiers de formation en repiquant à l’intérieur du terrain, pour se placer entre les lignes adverses, à l’instar de Thomas Müller au Bayern. C’est donc dans son sens du timing et du déplacement qu’il fait la différence. Joueur techniquement très doué, il n’est d’ailleurs classé qu’à la 100ème position au meilleur total des dribbleurs en Allemagne (13, soit 10 fois moins que le leader). Un constat renforcé par son nombre de duels remportés : 238, le classant 33ème alors qu’il affiche un pourcentage élevé de 47 %.

Une importance prépondérante

Sa finition reste exceptionnelle pour un joueur qui n’est pas spécialisé dans un poste offensif pur. L’an passé il est devenu le plus jeune joueur d’Allemagne à atteindre un total de 17 buts sur une saison. L’arrivée de Bosz en décembre 2018 a amélioré son rendement. Le replacement de Brandt en n°8, avec un rôle de casseur de ligne, a libéré des espaces pour Havertz, qui s’est réinventé dans un rôle de « buteur » avec 11 réalisations en deuxième partie de saison. 9 d’entre-elles ont permis l’ouverture du score et ont rapporté 22 points sur les 24 obtenus lorsque c’est le cas. Sans lui Leverkusen n’aurait fini que 10ème.

Toutefois, signalons que l’ensemble de l’animation offensive s’en est trouvé bouleversée, le duo « Bravertz » a pesé dans plus de 50 % des buts du Bayer sur la phase retour, qui a vu le club bondir de la 9ème à la 4ème place. Seul le Bayern (42) et Leipzig (35) ont pris plus de points sur la même période que Leverkusen (34). Le total de 43 buts en 17 rencontres, contre seulement 26 en première partie d’année sous Herrlich, est assez explicite de cette réussite. Brandt a entre autre distribué 8 caviars et enfilé 6 buts durant cette période et Alario a enfin trouvé ses marques avec 5 buts sur les trois derniers matchs, tous déterminants dans la course à la Ligue des champions.

Une dynamique malheureusement cassée durant l’intersaison avec le départ de Brandt au Borussia Dortmund. Malgré les renforts de Diaby, Amiri et Demirbay pour combler le vide créé, rien n’y fait et l’impact d’Havertz sur le jeu et les résultats de l’équipe s’en retrouve fortement impacté : 21 matchs pour 3 buts et 1 passes décisive. La tactique de Peter Bosz se montre inefficace dans le réalisme offensif (un total de but inférieur de 8 Expected Goals) et Havertz n’a plus l’opportunité d’exploiter ses qualités dans les 30 derniers mètres, fautes de ballon et d’espace.

L’influence de Peter Bosz

Pour cause, la formation la plus utilisée cette saison par le néerlandais a été le 4-2-3-1, dont l’objectif est de contrôler le ballon. Pour preuve, Leverkusen apparait au deuxième rang en termes de possession de balle en Bundesliga, avec 60% en moyenne. Cependant, elle se révèle majoritairement stérile. La plupart du temps, ces phases ne sont pas assez fluides et ils perdent le ballon ou sautent leur deuxième ligne avec un long ballon à destination de Havertz. Sur les 618 passes par match en moyenne, la moitié d’entre elles s’effectuent entre les quatre défenseurs et le gardien, Hradecky.

Leverkusen a un schéma tactique qui veut amener l’adversaire à presser haut sur le terrain pour créer des surnombres en abusant du jeu en triangle, on cherche dès lors à éviter les 1 vs 1. Cependant, cette tactique est risquée et peut provoquer une perte de balle très près du but. Etant donné que Bosz veut avoir le contrôle total du jeu, il demande à ses joueurs d’utiliser la technique du Gegenpressing afin de récupérer le ballon dans les premières secondes après l’avoir perdu. Et cela s’avère efficace puisque Leverkusen est la deuxième meilleure équipe de Bundesliga en matière de PPDA (passes autorisées par actions défensives), avec un chiffre plutôt faible de 7,72.

Mais ils sont aussi très ouverts dans les transitions. Ils semblent décousus lorsqu’ils ont le ballon. L’équipe n’est pas assez compacte et le pressing se fait coup par coup et non pas en total unité. L’espace entre les lignes défensives et offensives rend les transitions défensives difficiles à gérer, les possibilités de jeu court et rapide pour l’adversaire ne sont pas comblées et les situations de contre-attaque sont mal exploitées.

Rééquilibrage en 3-4-3

Le mercato d’hiver a apporté la solution. Le recrutement du défenseur central Tapsoba a instauré une réorganisation tactique en 3-4-3. Sur la base d’une formation à trois défenseurs centraux et quatre milieux de terrain devant, l’équipe de Peter Bosz s’en retrouve plus compacte et semble enfin capable de presser de façon constante. Exemple contre Hoffenheim, qui a utilisé 35 % de longs ballons sur la totalité du match. Autre application, qui marque l’efficacité de ce gegenpressing, Leverkusen est l’équipe qui a inscrit le plus de but en situation de contre (12). Ce rééquilibrage est symbolisé par la prépondérance du milieu de terrain dans la construction du jeu.

Aranguìz n’hésite pas, à l’instar de Kimmich au Bayern, à redescendre très bas pour apporter une solution courte dans les espaces et faire remonter le bloc. L’équilibre entre les lignes offensives et défensives est plus structuré et la tactique imposée par Bosz devient plus fluide.  En effet, cela permet aux pistons, Weiser et Wendell deux latéraux offensifs, d’être positionnés plus haut sur le terrain et d’attirer les joueurs adverses pour créer de l’espace. Conséquence, Havertz peut s’exprimer dans un registre plus naturel pour lui, en recevant plus de ballon court et à l’intérieur des lignes.

Depuis, Leverkusen a utilisé ce 3-4-3 à neuf reprises sur les dix derniers matchs, pour un bilan de 7 victoires, 1 nul et 1 défaite et cela malgré l’absence de Volland, meilleur buteur du club. Preuve en est que l’utilisation d’Havertz en ailier droit dans une formation en 3-4-3, est la solution la plus viable pour le Bayer. Son influence statistique remonte en flèche : Alors qu’il n’a pas été décisif en phase de poule de Ligue des champions, il compte pour 62 % des buts de son équipe en Europa League (3 buts et 2 passes décisives), tandis qu’en championnat, son total est remonté à 24 %. Certes loin des 31 % de la saison passée mais suffisant pour le rendre indispensable à la bonne santé de l’équipe avec un apport de 8 points depuis janvier.

Encore sous contrat jusqu’en 2022 dans le club de la Ruhr, difficile de croire que l’avenir d’Havertz puisse s’inscrire sur le long terme avec Leverkusen. Toute l’Europe le courtise à commencer par Liverpool, le Barça et le mastodonte national, le Bayern Munich qui en a fait une priorité. Pourtant le gamin de 20 ans ne souhaite pas griller les étapes et prend le temps de la réflexion quitte à rester une année de plus dans le club qui l’a vu éclore, histoire de rapporter un titre tant désiré pour « Neverkusen » ?

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