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BeNeLeague: où en est le projet ?

Pour certains, c’est presque un gros mot. Pour d’autres, c’est l’idée du siècle. Le projet de fusion des championnats de football belge et hollandais alimente la chronique chez nos voisins du nord, et il y a de quoi. Depuis plusieurs mois maintenant, le spectre d’un regroupement plane sur la Jupiler Pro League et l’Eredivisie ; les intérêts économiques des dirigeants s’opposent aux ferveurs identitaires des supporters pour un débat sans fin dont l’issue fera forcément des déçus.

A l’origine de ces débats, il y a un constat simple : la Jupiler Pro League n’est pas un grand championnat européen. Pas plus que l’Eredivisie. Malgré les récentes performances de l’Ajax Amsterdam en Ligue des Champions, le niveau global du championnat des Pays-Bas n’est pas aussi élevé que dans d’autres pays. Malgré des places en poules de Ligue des Champions, les clubs belges n’ont à ce jour jamais crevé l’écran, à l’image du champion en titre, le RC Genk, qui a souffert face au Napoli, à Liverpool et au RB Salzbourg. Souffrant d’une superficie moindre et de la domination d’un nombre restreint de clubs, les fédérations de Belgique et des Pays-Bas ont commencé à réfléchir à un moyen d’endiguer cette tendance. Après s’être réunis à maintes reprises, les dirigeants de 5 clubs belges et de 6 clubs hollandais ont élaboré un plan : fusionner les deux championnats nationaux en une seule compétition transnationale, la BeNeLeague.

Seraient donc concernés par ces plans cinq clubs belges, à savoir Anderlecht, le Club Bruges, le Standard de Liège, la Gantoise et Genk qui devraient être rejoints par trois autres, ainsi que dix équipes hollandaises dont l’Ajax Amsterdam, le PSV Eindhoven, Feyenoord, l’AZ Alkmaar, Utrecht et le Vitesse Arnhem. Parmi ces clubs, il y a très peu de noms qui paraissent étranger à un suiveur averti du football européen, ce sont tous des clubs renommés à l’échelle nationale et qui pourraient aujourd’hui prétendre à une exposition plus forte à l’échelon continental. Comment parvenir à cette exposition ? Par les droits TV, comme partout ailleurs. En réunissant les communautés d’autant de clubs réputés, la compétition ne devrait avoir aucun mal à être rentabilisée, à la fois pour les diffuseurs et les dirigeants de clubs. On comprend donc aisément qui milite en faveur de cette fusion.

Si la fédération néerlandaise, la KNVB, a déclaré à l’automne dernier qu’il était « impossible à court terme » qu’une telle idée prenne forme, il semblerait bien que le dossier soit toujours brûlant dans un certain nombre de bureaux. Comme le rapportait Bart Verhaeghe, président du Club Brugge, dans les colonnes du Monde, c’est un marché de 28 millions de consommateurs qui est en jeu. Afin de rattraper un écart significatif entre les cinq grand championnats européens, les instances belgo-hollandaises sont obligées de se tourner vers des solutions financières. En plus de certains dirigeants, certaines figures importantes du monde du football se sont positionné en faveur d’une fusion. Robin van Persie notamment parle de « bonne idée » lorsqu’il est interrogé à ce sujet. Ses arguments : une opposition plus homogène pour les cadors belges et hollandais, des déplacements raisonnables entre les deux pays et une lien pré-existant entre les deux nations.

L’idole de tout un pays a pris position. Suffisant pour faire pencher le cœur des fans? (Image Eurosport)

En effet, Pays-Bas et Belgique partagent une histoire commune en matière de football. On pourrait par exemple évoquer l’organisation de l’Euro 2000, il y a vingt ans déjà. Diables Rouges et Oranje avaient co-accueilli cet évènement importantissime dans le monde du football. Plus récemment, ce sont les ligues de football féminines des deux pays qui ont fusionné. De 2012 à 2015, la D1 féminine belge et l’Eredivisie vrouwen ont assemblé leurs forces pour créer la première version de la BeNeLeague. Cependant, après trois ans seulement de cohabitation, les championnats se sont à nouveau séparé, la faute à un désaccord sur les financements à venir pour les clubs. Sur son site internet, la RTBF affirme que cette courte expérience à été bénéfique pour les clubs belges : « Les résultats des équipes belges se sont sensiblement améliorés lors des trois dernières années et cette compétition belgo-néerlandaise a constitué un boost positif pour le football féminin en Belgique. » Après ce premier échec, les fédérations des deux pays sauront-elles profiter de cette fusion tout en en évitant les méfaits ? C’est tout ce qu’elles espèrent sûrement. A noter qu’il existe également une BeNeLeague de handball et de hockey sur glace, respectivement depuis 2008 et 2015, preuve s’il en fallait une qu’il existe bel et bien un lien sportif entre ces deux pays, comme Robin van Persie le soulignait.

Si de tels entreprises existent déjà, cela ne rassure en rien les associations de supporters d’un côté comme de l’autre de la frontière entre Belgique et Pays-Bas. La clé de cette désapprobation : l’identité des championnats. Devant l’idée de perdre leur championnat national au profit d’une nouvelle machine mondialisée et financière, nombre de porte-paroles font part de leurs doutes. « Notre culture du football est jetée par-dessus bord dans une telle fusion. » déclare Matthijs Keuning, président du Supporterscollectief Nederland, en janvier dernier à l’occasion d’un entretien avec le média belge DH. Côté belge aussi, les oppositions sont fermes. Si Bart Verhaeghe espère voir ce projet se concrétiser sous trois ans, il faut nuancer ce timing. En effet, les droits TV de la Jupiler Pro League ont été distribués pour les 5 prochaines saisons, un motif d’espoir pour les fans d’Anderlecht, de Genk ou de Courtrai. Le point de vue des fans est clair: ils ne veulent pas d’une telle fusion, et cela pour plusieurs raisons. D’abord, les « petits » clubs seraient les premiers à souffrir de ce nouveau format, le système de rétrogradation/promotion étant encore assez flou. Ensuite, les plus grandes distances à parcourir entre les différentes villes sont un argument de plus en faveur des anti-BeNeLeague. Enfin, l’aspect identitaire d’un championnat et de ses clubs est tout aussi important. Face à la mondialisation du football, les supporters sont les premiers remparts, mais peut-être pas les plus solides.

En décembre dernier, Gianni Infantino, président de la FIFA, a déclaré être ouvert aux idées des petits championnats pour se développer. Il ne devrait donc pas s’opposer fermement à un tel projet. Pour l’instant, la fédération belge serait la plus active ; l’enthousiasthme derait plus nuancé du côté des Pays-Bas. La KNVB a d’ailleurs rappelé qu’il fallait qu’au minimum 13 clubs sur 18 se déclarent favorables à la création d’une BeNeLeague pour que les discussions sérieuses commencent. Si l’on sent une envie profonde d’un côté, on peut aussi constater une opposition brûlante de l’autre. Comme souvent, les intérêts divergent. L’argent s’oppose à la passion. Mais football et mondialisation sont intimement liés, et la BeNeLeague ne sera sans doute rien si ce n’est les prémices d’une SuperLigue européenne désirée par certains…

(Image de couverture : 1001infos)

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