Cyclisme Portraits du CCS

Rafal Majka, un homme de poids

En cette période sans course, le CCS vous propose une nouvelle fois de revenir sur le parcours d’un cycliste. Aujourd’hui, cap sur la Pologne et Rafal Majka, un grimpeur qui a su au fil de la décennie 2010 devenir une valeur sûre du peloton World Tour.

Rafal Majka est un coureur cycliste né le 12 septembre 1989 dans la petite ville polonaise de Zegartowice. Commençant par le football, c’est à l’âge de 12 ans qu’il décide de se mettre au cyclisme. Après quelques années chez les amateurs, il intègre le peloton World Tour en 2011 en signant à la Saxo Bank. La belle histoire raconte que durant un entraînement et alors qu’il était encore stagiaire, il a été le seul à pouvoir suivre Alberto Contador, ce qui a bluffé son manager Bjarne Riis. Ce dernier l’engage alors professionnel dans la foulée.

Il a fallu deux petites années pour que le polonais réalise ses premières performances chez les grands. En 2012, il était prévu en tant que leader sur le Tour d’Italie par son équipe mais une chute lors de Tirreno Adriatico avait entériné ses chances d’y participer. C’est donc la saison suivante que Majka participe à son premier Giro (il a déjà participé au Tour d’Espagne 2011 et 2012). Après trois semaines de course sans être cité comme favori ou outsider, le polonais termine à une très belle 7e place juste derrière son compatriote Przemysław Niemiec. Il passe tout près du maillot blanc en ne finissant qu’à 41 secondes du Colombien Carlos Betancur. Plus tard dans la saison, il réalise des places d’honneur sur des classiques italiennes en terminant 3e du Tour de Lombardie et 2e de Milan – Turin.

Spécialiste du maillot à pois…

C’est lors de la saison 2014 que la lumière des projeteurs apparaît sur le polonais aux yeux du monde entier. Après un excellent Tour d’Italie qu’il termine à la 6e place, Rafal Majka est aligné sur le Tour de France pour aider Alberto Contador à remporter le Graal. Il n’était d’ailleurs pas prévu pour cette course. L’équipe Tinkoff avait décidé quelques jours avant le départ de la grande boucle de ne pas aligner Roman Kreuziger après des anomalies concernant son passeport biologique. Une chance donc pour le polonais de participer à la plus grande course du monde. Avec l’abandon de son leader durant la dixième étape menant le peloton à la Planche des Belles Filles, il voit désormais sa liberté et ses ambitions personnelles prendre de l’ampleur. En mode chasseur d’étapes comme l’ensemble de son équipe, il n’attend que la quatorzième étape pour se mettre en évidence. Il remporte l’étape de Risoul devant Nibali et Péraud.

C’est alors, aussi surprenant soit-il, sa première victoire chez les professionnels. Il écrit l’histoire du cyclisme de son pays en devenant le second Polonais à remporter une victoire d’étape sur le Tour depuis 1993 et Zenon Jaskula. Majka prend le maillot à pois lors de la seizième étape au grimpeur espagnol Joaquim Rodriguez et remporte une nouvelle étape un jour plus tard au sommet du plat d’Adet. À travers une belle régularité en montagne tout le long de cette grande boucle, encore visible lors de la dix-huitième étape et l’arrivée à Hautacam où il termine 3e, Majka devient pour la première fois meilleur grimpeur du Tour de France. Après deux grands tours réussis, le polonais continu sa formidable saison en remportant début août son tour national. Cette année 2014 a permis à Majka de se faire connaître des amateurs de cyclisme en remportant de belles étapes en costaud et endossant un maillot à pois toujours très populaire aux yeux du grand public. Pour la saison suivante, Majka revient sur le Tour et remporte une étape. En 2016, il termine de nouveau meilleur grimpeur. Il devient alors le premier coureur à remporter deux fois ce classement depuis le danois Michael Rasmussen. Quelques semaines plus tard, il obtient une médaille de bronze lors de la course en ligne des Jeux olympiques de Rio.

Rafal Majka vêtu du maillot à pois durant la dix-neuvième étape du Tour de France 2016. (Photo : ASO/A.Broadway)

… aussi capable de jouer le général

Rafal Majka est souvent perçu par les suiveurs occasionnels du cyclisme (durant le mois de juillet) comme un chasseur d’étapes et spécialiste du maillot à pois. Mais résumer le grimpeur polonais à ce profil serait une fausse idée. Au cours de ces premières années de carrière professionnelle, le polonais a su chaque saison combiner deux facettes en jouant le général dans les autres grands tours. Sur le Tour d’Italie, il a fait preuve d’une grande constance pour ses quatre participations en terminant à chaque fois dans les sept premiers (7e en 2013, 6e en 2014, 5e en 2016 et 6e en 2019). Son plus grand fait d’armes sur un général reste le Tour d’Espagne 2015. Après être sortie d’un Tour de France avec une victoire d’étape, il s’aligne sur une Vuelta comportant un plateau royal (Froome, Quintana, Aru, Dumoulin, Rodriguez, Valverde, Chaves, Nibali). Au bout de trois semaines et en accompagnant les meilleurs en montagne, il termine à une magnifique 3e place à seulement 1min09 du vainqueur Fabio Aru.

En 2015, le Polonais finit 3e de la Vuelta derrière Fabio Aru et Joaquim Rodriguez. (Photo : AFP/Jaime Reina)

Après six ans dans la même équipe professionnelle, Majka a changé d’équipe pour la saison 2017 en allant chez les Allemands de la Bora. Depuis, il réalise encore de belles performances sur les grands tours. Il a gagné une étape de la Vuelta 2017 et terminé 6e du Tour d’Italie et d’Espagne en 2019. Ces dernières années, le polonais est moins en vue sur la grande boucle (abandon en 2017, 19e en 2018 et non présent en 2019). Il semble uniquement se concentrer sur le Giro et le classement général, comme il le fait sur cette course depuis le début de sa carrière. Son objectif pour 2020 est d’atteindre le podium. Avec ses qualités, il peut espérer aussi y remporter une étape, le Giro restant le seul grand tour où il n’a pas encore levé les bras.

Majka a toujours été depuis le début de sa carrière une valeur sûre pour jouer le classement général d’un grand tour, mais c’est en devenant le seul homme à avoir terminé deux fois meilleur grimpeur du Tour lors de la dernière décennie et en remportant en plus des victoires de prestige sur cette course que son talent a éclot aux yeux du grand public. À 30 ans, le polonais a toujours gardé une certaine constance et il n’est pas utopiste pour lui de viser haut lors du prochain Tour d’Italie. Affaire à suivre !

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