Tennis

Qu’attend-on pour fusionner l’ATP et la WTA ?

Le 22 avril dernier, Roger Federer émettait l’idée de fusionner les deux circuits principaux du tennis professionnel, à savoir l’ATP et la WTA. Soutenue par certains et critiquée par d’autres, cette proposition est-elle vraiment envisageable ? Le CCS fait le point sur la situation.

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Le tweet de Roger Federer évoquant la fusion ATP/WTA (source : Twitter @rogerfederer)

Une proposition qui fait sens 

L’Association of Tennis Professionals (ATP) a été créée en 1972 par les joueurs de tennis Donald Dell, Jack Kramer et Cliff Drysdale dans le but de défendre les intérêts des joueurs de tennis professionnels masculins. L’année suivante, en 1973, Billie Jean King créait la WTA ou « Women’s Tennis Association » dans un but similaire mais pour les femmes, après sa célèbre victoire face à Bobby Riggs dans « the Battle of the Sexes » (nous vous conseillons le film du même nom sorti en 2017)L’idée d’une fusion entre ces deux entités n’est pas nouvelle, c’était même la volonté de King dès la création de la WTA. Mais le fait que ce soit Roger Federer, le meilleur joueur de l’histoire de l’ère Open, qui ait relancé le débat, fait écho dans le monde du tennis. En effet, suite au tweet du Maestro, les réactions de personnalités du tennis se sont accumulées et, pour la plupart, positivement. En premier lieu Billie Jean King mais également le nouveau patron de l’ATP Andrea Gaudenzi ainsi que son homologue de la WTA Steve Simon qui déclarait : « Cette proposition fait sens, mais elle ne doit pas être une prise de territoire. Actuellement, l’ATP et la WTA sont en compétition au niveau des fans, des partenaires, des sponsors et des diffuseurs. Un rapprochement ne pourrait qu’être bénéfique à tout le monde » tout en rappelant que « ce sera une route longue et sinueuse ». D’anciens champions et championnes ont également fait part de leur enthousiasme, à l’image de Boris Becker, de Mary Pierce, de Tracy Austin ou encore de Mats Wilander qui déclarait vouloir préparer la relève. « C’est le bon moment pour que le circuit se réinvente afin de conquérir une audience plus jeune. Peut-être qu’il faudrait plus de tournois mixtes. Ce serait une bonne manière de vendre tous ces nouveaux joueurs ».

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Steve Simon, le président de la WTA, rappelle que cette fusion n’est pas pour sauver la WTA (Photo : @WTA)

Seuls Kyrgios et Hordorff sont défavorables

Mais qu’en pensent les principaux intéressés, à savoir les joueuses et joueurs ? Ici encore, de très nombreuses réactions positives à la proposition de Federer, avec notamment son compatriote Stan Wawrinka, son meilleur ennemi Rafael Nadal, Andy Murray ou encore Serhiy Stakhovsky. Le circuit féminin n’est pas en reste avec de nombreuses joueuses validant la proposition : Sloane Stephens, Petra Kvitová, Garbiñe Muguruza, Simona Halep, Belinda Bencic, Sara Errani ou encore Kristina Mladenovic.  À contrario, seulement deux personnalités ont critiqué cette proposition du suisse. Le premier à réagir négativement a été l’australien Nick Kyrgios, gentiment remis à sa place par Vasek Pospisil, membre du conseil des joueurs : « Nick n’est pas en mesure d’exprimer son avis sur la question. Beaucoup de joueurs parlent sans avoir d’informations, juste parce qu’ils ont envie de dire quelque chose. Je pense que cela pourrait être le cas de Nick. Pour être honnête, il n’est pas en mesure de donner une opinion alors qu’il en entend parler pour la première fois ». Simple et efficace. Dirk Hordorff, le vice-Président de la fédération allemande a été le second à invalider la proposition en avançant que c’était « une idée à court terme, et ce n’est pas suffisant. La fusion de l’ATP et de la WTA ne résoudra aucun problème pour l’instant. Il est aussi capital de profiter de ce temps sans médias ».

Nick Kyrgios, seul joueur à émettre un avis négatif à propos de cette fusion (Photo : Agence France Presse)

Quels seraient les avantages d’une fusion ?

Aujourd’hui, pas moins de sept instances gèrent de leur côté les compétitions de tennis professionnelles : l’ATP, la WTA, l’ITF (Fédération internationale) ainsi qu’une pour chacun des tournois du Grand Chelem (la Fédération australienne pour l’Open d’Australie, la Fédération française pour Roland-Garros, le All England Lawn Tennis and Croquet Club pour Wimbledon et la Fédération américaine pour l’US Open). L’idée première de fusionner serait d’apporter de la clarté et de compréhension pour le grand public. Il s’agirait en effet de trouver un consensus, une direction, une voix commune, qu’il s’agisse de compétitions masculines ou féminines. De rassembler. L’objectif serait d’avoir un seul site internet en vitrine, une chaine de télévision dédiée, un système de classement commun ainsi que des partenaires et diffuseurs communs. Les téléspectateurs n’auraient plus besoin, par exemple, de deux abonnements différents pour suivre un Grand Chelem dans sa totalité. De plus, cela permettrait d’homogénéiser les Prize Money entre hommes et femmes comme le rappelle Mats Wilander. « Le tennis a toujours œuvré pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Il faut continuer dans cette direction. Le moment est idéal pour cela ». Enfin, toujours dans l’idée d’attirer un public plus jeune – la moyenne d’âge est aujourd’hui de soixante ans – une fusion redynamiserait l’image de ce sport, comme essaie de le faire Patrick Mouratoglou avec l’Ultimate Tennis Showdown. En somme, il s’agit de préparer la sortie de crise avec « une instance renforcée » plutôt que « deux affaiblies » comme l’a expliqué Federer par la suite. On rappelle que cette fusion n’a pas vocation à uniformiser les circuits pour la bonne et simple raison qu’ils ne prospèrent pas forcément dans les mêmes zones géographiques. 

Quid de l’ITF ?

Les conditions semblent plus que jamais réunies pour envisager une telle fusion. Mais quelques questions se posent légitimement. Quelles compétitions seraient modifiées ? Certaines seraient-elle supprimées du calendrier ? Quel serait le poids des joueuses et des joueurs par rapport aux directeurs de tournoi ? Y aurait-il une répartition équitable des ressources ? De plus, quid de l’ITF ? Peu en parlent, mais se fusionnerait-elle également à la nouvelle instance ATP/WTA ? Et comment fonctionnerait tout cela avec les fédérations dans l’organisation des tournois du Grand Chelem ? Beaucoup de questionnements qui restent à ce jour à élucider si cette fusion voit le jour.

Mais alors, pourquoi la fusion n’est-elle pas déjà actée ? Et bien c’est plus compliqué que cela. Il faut bien avoir à l’esprit que l’ATP et la WTA sont aujourd’hui deux concurrents. Que ce soit pour l’organisation de tournois, la recherche de sponsors ou encore pour la diffusion des contenus, la lutte est réelle. Financièrement, il faudra donc faire des concessions. Il est assez rare de nos jours d’avoir un seul organisme commun pour hommes et femmes dans le sport de haut niveau. Même si les avis de tous vont dans le bon sens aujourd’hui, la marche est encore haute pour qu’une fusion soit actée. Nous attendons désormais que les joueuses et joueurs prennent réellement l’affaire en main pour continuer de faire avancer les choses.

(Source image de couverture : Essencially Sports)

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