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Les lieutenants du basket épisode 5 : John Starks

En cette période sans NBA, le CCS vous propose une série sur les différents lieutenants qui ont marqué l’histoire du basket. Qu’ils soient champions ou non, ils ont grandement contribué au succès de leur équipe, même s’ils n’en n’étaient pas le meilleur joueur. Aujourd’hui, John Starks.

Michael Jordan disait : « Quand on pense à New York, on pense à Patrick Ewing ». Il est en effet impossible de ne pas nommer le grand pivot originaire de Kingston quand on évoque les grandes heures des Knicks. Le numéro 33 a permis à la franchise de la Big Apple de devenir une équipe dominante à l’Est, dans les années 1990. Malgré la concurrence des Bulls de Jordan notamment. Pourtant, Pat’ n’était pas le seul à briller dans cette équipe. Un arrière répondant au nom de John Starks a été le véritable lieutenant d’Ewing. Un joueur fou sans qui rien n’aurait été pareil.

John Levell Starks n’est pas un joueur comme les autres. Né en 1965, il se fait une mauvaise réputation au lycée, faisant de la prison pour une affaire de cambriolage. Il ne participe pas à la draft et effectue sa première saison en NBA en 1988-89, avec les Warriors. Peu utilisé, il est coupé et part jouer en CBA. Il retente sa chance dans la grande ligue en 1990, où il est accueilli par les Knicks d’un Patrick Ewing au top de sa forme. New York est en quête de titre et cherche à entourer son pivot de bons joueurs. Plein de fougue, Starks veut directement montrer à Ewing qui il est. Il tente même un dunk sur le grand Pat’ lors d’un de ses premiers entraînements. Mais il se blesse lors de la tentative. Sa première saison sous le maillot blanc est loin d’être marquante.

Défenseur à la langue bien pendue

Pourtant, le coach des Knicks, Pat Riley, donne son entière confiance au numéro 3. Dès le début de la saison 1991-92, Riley fait de Starks son 6ème homme. Le rôle de l’arrière est clair. En défense, il s’épanouit parfaitement au sein de la muraille que sont les New York Knicks. Alors qu’Ewing est le protecteur suprême du cercle, Starks joue au chien de garde sur les extérieurs adverses. Une paire géniale qui fait de la franchise la meilleure défense du pays dans les années 1990. L’arrière est d’ailleurs sélectionné dans la All-NBA second defensive team en 1993. Un style physique et hargneux qui n’est pas sans rappeler celui des Bad Boys de Detroit à la fin des années 1980. Finalement, en défense, Starks avait un peu de Joe Dumars en lui. Comme le Gentleman, le #3 est parvenu à gêner bon nombre des meilleurs attaquants de la Ligue. Avec des duels épiques entre lui et Reggie Miller ou Michael Jordan notamment.

John Starks avec Reggie Miller (crédits : AFP)

Trash talker dans l’âme, Starks a aussi trouvé du répondant avec Mike et Reggie, rendant ces duels plus dantesques encore. Comme en Finales de conférence, en 1994. Pacers et Knicks se rencontrent dans une série mythique que New York remporte en 7 matchs. Le duel impressionnant que se sont livré John Stark et Reggie Miller, surtout lors du Game 6, reste dans toutes les mémoires. Il faut dire qu’on pouvait trouver des ressemblances entre les deux. En défense donc, mais aussi en attaque. Même s’il n’a jamais eu un aussi bon shoot que Miller, Starks était un très bon tireur qui punissait souvent de loin.

Duo fracassant avec Ewing

Si Starks est reconnu comme le lieutenant du pivot légendaire des Knicks, c’est aussi parce qu’ils fonctionnaient pareil. Habités par la rage de vaincre, les deux acolytes ne supportent pas la défaite et pourraient donner leur vie sur un parquet. Prendre des coups pour faire gagner l’équipe est devenu un leitmotiv. Ewing et Starks se motivaient mutuellement avant chaque match, comme deux boxeurs qui s’apprêtent à monter sur le ring. Une fois sur le parquet, leur complémentarité crève l’écran. En défense donc, mais aussi dans les phases offensives. Un pick and roll avec Starks et Ewing, c’est un cauchemar à défendre. Une bête de muscle qui ouvre la porte à un attaquant ultra-agressif, ça ne peut donner que des étincelles. Starks adore profiter de l’espace créé par son pivot afin de pénétrer et finir en force dans la raquette. Ce ne sont pas les Bulls et Michael Jordan qui diront le contraire, vu qu’ils se sont fait écraser par le dunk hargneux du new-yorkais en 1993.

Reconnu pour son jeu spectaculaire et fou, Starks a une capacité folle à finir les actions dans la raquette. Adepte des duels aériens, il est un bon dunkeur. Étonnant pour un joueur de seulement 1m90, plutôt enclin à shooter. À ce propos, Starks sait écarter les défenses en se montrant très menaçant derrière l’arc. Il profite notamment des nombreuses prises à deux sur Ewing pour se montrer disponible. Il utilise aussi des isolations afin de soulager son Franchise Player le temps d’une attaque. Ensuite, s’il a l’occasion de servir Pat’ au poste bas, ou suite à un écran, il ne se faisait pas prier. Passes dans la raquette et alley-oop permettaient à Ewing de scorer encore plus.

Starks et Ewing sous le maillot de New York (crédits : FoxSports)

Le grand pivot savait aussi trouver son arrière en attaque. Lorsqu’il récupère le ballon dans son camp, il sait que son Starks est parti à toutes enjambées en contre-attaque. Il le cherche, et bien souvent le trouve, pour un panier rapide. Simple et efficace. Quand Ewing n’est pas sur le terrain, Starks est le leader de la second unit. Il fluidifie l’attaque et mène la défense. Grâce à ses 14,1 points de moyenne sous le maillot des Knicks, dont une pointe à 19 points par match en 1993-94, Starks est bel est bien le numéro 2 de New York. Il est aussi sélectionné au All-Star Game pour la première et unique fois de sa carrière cette saison-là. Avec l’arrivée d’Alan Houston en 1996, Starks voit ses minutes diminuer mais il se montre encore plus précieux. Il est même nommé 6ème homme de l’année en 1997, une juste récompense.

Domination non-baguée

Détentrice d’une escouade armée pour le titre, les Knicks ne vont aller que de déceptions en déceptions dans les années 1990. Lors des 3 premières saisons de la décennie Ewing, Starks et les autres n’ont jamais réussi à passer l’obstacle Bulls. Les taureaux emmenés par un Jordan trop fort, s’adjugent 3 titres consécutifs. En 1993, les Knicks ont pourtant le meilleur bilan à l’Est et les faveurs de pronostics. Ewing et sa bande ont même mené 2-0 la série face à Chicago en finale de conférence. La défense de John Starks sur Jordan n’y étant pas pour rien. Mais les Bulls sont trop forts.

Suite à la première retraite de Jordan, les Knicks croient en leur destin et donnent tout en 1994. Toujours sous la houlette de Pat Riley, ils éliminent les Bulls puis les Pacers en 7 matchs après deux séries épiques.  Enfin, en finales, ce sont les Rockets d’Hakeem the Dream qui leur dispute le titre. Au bout de 7 matchs très défensifs, ce sont les Texans qui s’imposent et qui remportent leur première bague NBA. Starks est un des grands malheureux de cette finale, puisque son tir à 3 points pour égaliser à la fin du match 7 est contré par Olajuwon. New York doit rentrer la tête basse.

Starks est contré par Olajuwon en fin de game 7 (crédits : Youtube.com)

En 1995, Miller et les Pacers prennent leur revanche et éliminent les Knicks en 7 matchs, en demi-finale de conférence. Par la suite, Jordan est revenu aux Bulls et Pat Riley est parti des Knicks. La franchise de la Big Apple doit se réinventer mais n’arrive plus à passer les demi-finales de conférence. Starks est tradé au milieu de la saison 1999 et rejoint son ancienne franchise, Golden State. Il ne reste qu’un an dans la baie d’Oakland avant de partir aux Bulls, puis au Jazz. Il met un terme à sa carrière en 2002, après 14 saisons dans la Ligue.

« Oui, je n’ai pas été drafté. Mais la bonne chose à retenir ici, c’est : continue de te battre comme si tu n’avais rien à perdre. »

John Starks

All-Star, défenseur brillant, attaquant génial, John Starks a donné tout ce qu’il avait pour New-York et son pote Ewing. Son gros caractère et sa mentalité de champion lui ont permis de rivaliser avec les meilleurs arrières de l’époque, malgré son manque athlétique notamment. Un joueur avec le goût du sacrifice, au parcours atypique et aux remarques piquantes. Il aura été une pièce majeure dans une équipe impressionnante articulée autour d’un des pivots les plus dominants de l’histoire. Heureusement pour lui, parfois, on se souvient aussi des perdants lorsqu’ils sont magnifiques.

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