Bundesliga

Nagelsmann a-t-il besoin de Werner pour gagner ?

Pour le retour du football, la Bundesliga nous a offert un beau spectacle. 22 buts, un derby de la Ruhr, une victoire du Bayern, un Marco Rose en démonstration et un Leipzig en manque d’inspiration. La course au titre est loin d’être terminée. Celle-ci peut être une énième fois relancée si Leverkusen rapporte les trois points du Weserstadion ce soir. Cette 26ème journée se termine avec une affiche plutôt alléchante : les hommes de Peter Bosz se déplacent chez le Werder Brême avec un objectif clair, celui de rester au contact du top 4. L’opportunité est réelle car grâce à Freiburg, le Bayer peut revenir à un petit point du RB Leipzig. Si l’on oublie la victoire écrasante 4-0 de Dortmund face à Schalke 04, la sensation du week-end se trouve du côté de la Red Bull Arena. Timo Werner n’a pas marqué et son équipe ne s’est pas imposée. L’équipe de Leipzig est-elle donc dépendante de son attaquant allemand ? C’est ce que nous allons tenter de décrypter aujourd’hui.

Quel est l’objectif de Julian Nagelsmann ?

« Nous sommes parmi les quatre premiers du classement. […] il nous reste 8 matchs à jouer et nous pouvons obtenir ces points pour rester dans le top 4. »

Propos tenus par Julian Nagelsmann durant la conférence d’après-match ce samedi 16 mai.

Sa déclaration paraît peu ambitieuse, surtout lorsqu’on sait que son équipe a mené la Bundesliga durant huit journées. L’objectif de Nagelsmann est donc celui d’assurer la présence de son équipe en Ligue des Champions pour la saison prochaine. Ses joueurs peuvent surement prétendre à mieux mais, il sera déjà difficile d’obtenir ce ticket tant convoité, car il y aura bien un cinquième et la fin sera cruelle. Le Bayer Leverkusen, actuel cinquième, le mérite aussi au vu de ses dernières prestations. Le match de ce lundi soir est une bonne occasion pour le vérifier même si l’adversaire est largement inférieur. Le Werder fait partie des historiques, le club de Brême se maintient en première division allemande depuis 1981.

Il faut aussi comprendre que sa phrase est prononcée juste après un match qui est logiquement une désillusion même si Freiburg réalise une belle saison. Ce genre de match est une rencontre à gagner pour une équipe du calibre du RB Leipzig. Le championnat se joue souvent sur des détails et Nagelsmann l’a très bien compris. L’entraîneur allemand nous fait croire qu’il ne regarde pas le haut du classement mais nul doute qu’il se battra jusqu’au bout pour le titre. Mathématiquement, c’est évidemment loin d’être terminé pour Leipzig d’autant plus que l’équipe a montré depuis le début de saison qu’elle était capable d’aller chercher la Meisterschale.

Que nous révèle ce match nul ?

Quelle leçon tirer de ce match nul face à Freiburg ? Malgré la bonne performance de Timo Werner, son équipe n’a pas gagné. Nous avons évoqué une possible dépendance de l’attaquant allemand à Leipzig, mais avant cela, penchons nous rapidement sur ce 1-1 entre les hommes de Nagelsmann et ceux de Christian Streich. Après deux mois sans football, nous aurions pu penser que les entraineurs auraient abordé cette reprise avec prudence, mais cela ne fut pas le cas. Les préceptes sont restés les mêmes. C’est donc le bon moment pour se rappeler du projet de jeu tactique de l’entraineur de Leipzig. Nous avons pu voir durant cette rencontre que le 3-5-2 de Nagelsmann se transformait en 3-4-3 avec un Timo Werner très libre. Il est le fer de lance offensif de l’équipe. Nous verrons plus tard comment les statistiques vont dans ce sens.

Timo Werner célèbre son penalty marqué face à Tottenham le 19 février dernier lors du 1/8eme de finale aller de la Ligue des Champions. Source : France Football.

66,8 %, voici le pourcentage de la possession de balle du RB Leipzig face à Freiburg, Nagelsmann est reparti sur des bases affichées depuis le début de saison. Avec 53,6 % de possession de balle de moyenne, Leipzig est la 4ème meilleure équipe du championnat dans ce domaine. Ce samedi, Timo Werner et ses coéquipiers ont tiré 22 fois au but dont 9 tirs ont trouvé le cadre. Cela renvoie à la conférence d’après-match lorsque Julian Nagelsmann nous dit que pour gagner il veut se créer des occasions, c’est ce qu’il fait depuis le début de saison. Avec une moyenne de 16,3 tirs par match, Leipzig se situe juste derrière la Bayern Munich. Nagelsmann le fait donc très bien grâce à son style de jeu basé sur des passes courtes et la volonté d’occuper et de contrôler la partie de terrain adverse. Cela peut se faire grâce à un gros pressing et un gros contre-pressing. A la perte de balle, les joueurs de Leipzig savent très vite récupérer la balle, aussi bien pour se projeter immédiatement vers l’avant ou alors par moment ralentir le rythme. Nagelsmann veut pouvoir avoir la possession dans n’importe quelle situation. Enfin, les offensives arrivent par l’axe du terrain mais, peuvent aussi provenir des côtés où Nagelsmann possède des latéraux et des ailiers de très bonnes qualités comme Marcel Sabitzer – qui a su se montrer très polyvalent – ou Marcel Halstenberg.

Ce match nul a également mis en exergue les difficultés de l’équipe de Leipzig. Freiburg étant une équipe qui pose beaucoup de problèmes à bon nombre d’équipes depuis le début de saison, Streich et ses joueurs l’ont démontré une fois de plus face à une des meilleures équipes allemandes 2019-2020. Il faut noter qu’au match aller, Julian Nagelsmann s’était déjà cassé les dents face à Cristian Streich – défaite 2 à 1 -, qui était à ce moment-là dans la course à la Ligue des Champions et constituait l’une des sensations de Bundesliga. La gestion des temps faibles fait partie des axes à travailler pour Nagelsmann. Lorsque Freiburg s’est montré dangereux notamment à partir de la 30ème minute qui correspond à l’ouverture du score de Manuel Gulde, le RB Leipzig s’est montré friable jusqu’à la pause et aurait pu encaisser un autre but. Par ailleurs, Leipzig a failli dans la finition. Timo Werner n’a pas marqué et il a fallu une énième occasion dangereuse pour que Yussuf Poulsen place une tête rageuse suite à un très beau centre de Kevin Kampl à la 77ème minute. Enfin, la VAR les a sauvés lorsqu’elle a permis d’annuler le but marqué par Robin Koch dans les toutes dernières minutes du temps réglementaire. Ce match nous porte à croire que lorsque Werner ne marque pas, ses coéquipiers réussissent difficilement à marquer. Nous voyons donc que cela est plutôt préjudiciable quand on se rend compte que Leipzig n’aurait accusé que quatre points sur le leader bavarois. Nagelsmann ont pris un peu plus de retard avec ce faux-pas et à l’heure des comptes en fin de saison, il y a de fortes chances que ce match nul soit regrettable pour Leipzig.

Source : futbolsapiens.com

Et Timo Werner dans tout ca ?

En championnat, Werner n’a loupé aucune rencontre. Sur les 26 journées disputées, l’attaquant allemand a trouvé le chemin des filets dans 13 matchs. L’autre moitié, où Timo Werner est resté muet, l’équipe de Nagelsmann a gagné seulement trois fois dont deux face au Werder Brême, une des plus mauvaises équipes de la Bundesliga cette année. Cette première statistique montre très clairement que Leizpig a besoin de Werner pour gagner. Nous verrons d’ailleurs un peu plus tard si la réciproque est vérifiable. Si nous regardons en détail les statistiques du deuxième meilleur buteur actuel du championnat allemand, la tendance se confirme. Sur les 87 buts inscrits toutes compétitions confondues par Leipzig, 27 ont été marqués par Timo Werner. La proportion est encore plus importante si l’on ne regarde que la Bundesliga : Leipzig a trouvé la faille 63 fois en 26 journées. Werner l’a trouvé 21 fois. Le tiers des buts marqués par l’équipe de Nagelsmann l’a été par son numéro 9. L’attaquant est également celui qui tire le plus de fois en moyenne par match (3,7), le deuxième est Marcel Sabitzer avec 2,3 tirs par match en moyenne. Ces données indiquent clairement que le RB Leipzig a besoin de l’international allemand pour remporter des matchs et ainsi répondre à l’objectif énoncé ce week-end par Julian Nagelsmann : la qualification pour la prochaine campagne de Ligue des Champions. Il faut ainsi espérer que Timo Werner se remette très vite en ordre de marche, lui qui est sur une série de trois matchs sans buts. Ce n’est pas la première fois que Werner vit un passage à vide comme celui-ci, il n’y a donc pas de quoi s’inquiéter pour le moment.

La plus grande inquiétude se situe davantage sur le long terme. L’avenir s’annonce évidemment radieux pour Werner, mais où s’inscrit-il ? Son entraineur a récemment déclaré, suite aux rumeurs l’envoyant à Liverpool, qu’il était préférable qu’il reste à Leipzig car une place de titulaire lui était garantit encore pour longtemps. Cependant, Timo Werner ne voit surement pas les choses de la même façon. Jouer en Premier League représente une magnifique opportunité surtout lorsqu’il s’agit d’évoluer sous les ordres d’un tacticien aussi réputé que Jürgen Klopp. Le numéro 9 allemand sait qu’il partira bientôt mais il se pourrait que cela se fasse plus rapidement que prévu et Julian Nagelsmann n’y pourra rien. A Liverpool, Werner ne serait pas la pièce maitresse des Reds mais ce n’est pas pour autant qu’un transfert ne l’interesserait pas.

Cette saison, Nagelsmann a besoin de Werner pour remporter des matchs. Le match face à Freiburg vient de montrer une nouvelle fois que Leipzig a du mal à s’en remettre à d’autres afin de trouver le chemin des filets. Si le top 4 veut être atteint, il faudra espérer que Timo Werner termine la saison en fanfare. Il reste huit journées de championnat et le calendrier semble relativement clément, mais il faudra être efficace et ce, même contre les équipes les plus faibles du championnat.

(Source photo de couverture : Getty images).

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