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Reprise de la NHL : des gagnants, des perdants et des questions

Le 23 mai, la NHL et les représentants des joueurs se sont mis d’accord pour une reprise de la saison 2019/2020 dès cet été, devenant ainsi la première ligue professionnelle américaine à acter son retour au jeu. Au programme, un format de play-offs inédit avec 24 équipes qualifiées (contre 16 habituellement) et un tour supplémentaire. De quoi faire des heureux parmi les repêchés ? Certainement, même si ce n’est pas aussi simple que cela.

Les séries version 2019/2020

Les gagnants

Le top 4 de chaque conférence soit, à l’Est, Boston, Tampa Bay, Washington et Philadelphie et, à l’Ouest, Saint-Louis, Colorado, Vegas et Dallas. Ces huit équipes ont dominé la saison régulière écourtée et il est donc normal que ça soit elles qui profitent le plus de ce format inédit. En plus d’avoir le meilleur « seed » et donc de jouer contre des adversaires a priori plus faibles, elles auront un tour de moins dans les jambes que les autres équipes. En effet, elles se voient exemptées d’un premier tour au meilleur des 5 manches entre les équipes classées de la 5e à la 12e place de leur conférence. Habituellement, les play-offs de la Coupe Stanley ressemblent déjà à un véritable marathon, où les équipes avec la meilleure profondeur d’alignement sont souvent récompensées. On peut imaginer que cela sera plus que jamais le cas, d’autant que la trêve imposée pourrait forcer les équipes à un turn-over plus important que d’habitude. A noter quand même que, selon le format choisi pour le moment, ces équipes pourraient s’affronter entre elles pour déterminer le classement des têtes de série. Mais, quoiqu’il arrive, elles auront davantage de repos que leurs adversaires moins bien classés.

Les repêchés soit, à l’Est, les Rangers de New York, Florida, Montréal et Colombus et, à l’Ouest, Winnipeg, Minnesota, Arizona et Chicago. Ces équipes, si le format habituel de 16 qualifiés (selon la moyenne de points par match) avait été choisi, n’auraient pas été qualifiées pour les play-offs. Elles se voient donc là offrir une chance inespérée d’aller chercher le titre dans une saison morose pour certaines (Montréal, Chicago…). Parmi ces heureuses élues, certaines seront très dangereuses une fois le temps des matchs couperets arrivé. On pense notamment aux Jets de Winnipeg et leur talentueuse force de frappe offensive, au Wild du Minnesota et son collectif soudé seulement à la recherche d’une petite étincelle au poste de gardien de but pour basculer parmi les gros bras, voire aux Blue Jackets de Colombus qui enregistreront le retour de blessés importants (Seth Jones, Oliver Bjorkstrand, Cam Atkinson…) et aux Canadiens de Montréal qui, si Carey Price endosse son costume de meilleur gardien du monde, peuvent embêter tout le monde.

La NHL. On ne peut pas leur enlever : le commissaire général Gary Bettman et son équipe ont fait preuve d’ingéniosité pour arriver à cette formule. Et comme « à conditions exceptionnelles mesures exceptionnelles », la NHL s’est permis quelques entorses à la pure équité sportive pour produire un show économiquement attrayant malgré le huis-clos. Pour cela, il fallait qu’un maximum d’équipes soient concernées. En faisant le maximum pour repêcher des gros marchés tels que New York, Chicago ou Montréal, dont certains n’ont pas forcément été gâtés ces dernières années niveau post-season, la Ligue s’est assurée des audiences records et le soutien des diffuseurs locaux. Et même si ce format ne fait pas l’unanimité même chez les équipes repêchées, il a le mérite de proposer un produit intéressant et innovant.

Les perdants

Les équipes classées entre la 5e et la 8e place de leur conférence soit, à l’Est, les Islanders de New York, Pittsburgh, Toronto et Carolina et, à l’Ouest, Edmonton, Calgary, Vancouver et Nashville. Ces équipes, dans un format classique, auraient participé aux play-offs. C’est toujours le cas ici, mais voilà qu’elles se retrouvent à devoir passer un tour supplémentaire (au meilleur des 5 matchs qui plus est) face à des équipes moins bien classées. Elles seront toutes favorites de leur match-up, mais s’il y a bien quelque chose que les séries de NHL nous ont apprises au fil des ans, c’est que les surprises peuvent êtres nombreuses et retentissantes, demandez à Tampa Bay la saison dernière par exemple. Il ne serait donc pas étonnant que certaines d’entre elles soient éliminées dès ce premier tour inédit. Quoiqu’il en soit, si ces 8 équipes se sortent d’une série en trois matchs gagnants qui a tout d’un piège, elles devront en plus affronter des équipes mieux classées au prochain tour avec une fatigue supplémentaire, fatigue qu’elles n’auraient pas eu à gérer en temps normal.

Les joueurs, coaches et staff. Oui, ils ont voté pour une reprise. Oui, ils vont pouvoir rechausser les patins pour faire leur métier (et pratiquer leur passion). Oui, ils seront bien payés pour ça. Mais n’oublions pas que la pandémie de Covid-19 fait toujours rage outre-Atlantique malgré quelques signes de ralentissement, et qu’on ne sait pas combien de temps ça va durer. Joueurs, coaches et staff prendront donc, quoiqu’il arrive, des risques avec ce retour au jeu. Dans quelle mesure, nul ne le sait, d’autant que la NHL doit encore annoncer son plan détaillé pour minimiser les risques sanitaires. Mais, dans un scénario catastrophe, on pourrait voir apparaître des cas au sein des équipes. Et ce serait tout le monde du hockey qui serait chamboulé. Si on met le Covid-19 de côté, il faudra aussi que les joueurs aient à assez de temps pour se remettre en condition physique optimale afin de ne pas se blesser lors des joutes de post-season que l’on sait extrêmement intenses.

Pourquoi tout peut encore changer

La draft. La NHL ne s’est pas fait que des amis en repêchant des équipes qui auraient dû être exclues du portrait des séries. Alors, pour rééquilibrer tout ça, elle planche sur une solution qui rebattrait passablement les cartes lors du repêchage annuel des jeunes talents. Ainsi, les équipes qui auraient dû participer à la lotterie (les repêchés) pourraient être privées de cet honneur si elles passaient le premier tour des play-offs, au profit des équipes qu’elles ont éliminées. Ainsi, des franchises en plein milieu d’une reconstruction et donc en cruel besoin de talent venu de la draft (Montréal, Chicago, Arizona, NY Rangers…) pourraient perdre de précieuses places lors de repêchage. Alors, bien sûr, cela voudra dire qu’elles auront passé un tour. Mais à quel prix à long terme ? Pas sûr que les fans échangent une potentielle future star contre un tour supplémentaire de play-offs, d’autant que la route sera encore longue et semée d’embûches pour ces équipes pas forcément taillées pour aller au bout… A moins que la NHL décide de faire sa loterie en juin, avant les séries, comme le rapporte le journaliste de TVA Sports Renaud Lavoie. Bref, les questions sont encore trop nombreuses pour analyser clairement qui sortira gagnant.

La glorieuse incertitude du sport. Une fois que toutes les interrogations soulevées par cette reprise auront été éclaircies, il ne restera qu’une vérité : celle de la glace. Comme on l’a vu pas plus tard que la saison dernière avec la victoire finale surprise des Blues de Saint-Louis, les pronostics peuvent vite voler en éclats. Car, au final, de véritable gagnant, il n’y en aura qu’un. Et, qu’il soit avantagé ou non par ce format inédit, il restera, quoiqu’il arrive, un champion un peu à part.

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