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Bayern Munich : Comment Pavard s’est rendu indispensable ?

En route vers un huitième titre consécutif, c’est un Bayern en mode rouleau compresseur qui a étrillé le Fortuna Düsseldorf, ce week-end (5-0), à l’Allianz Arena. Une nouvelle démonstration de force à laquelle, Benjamin Pavard, a largement contribué en signant un quasi doublé, provocant d’abord un CSC, puis en marquant sur corner. De plus en plus à l’aise offensivement, avec un total de 4 buts et 6 passes décisives toutes compétitions confondues, le latéral français semble s’être définitivement installé dans le couloir droit des Bavarois. Déjà une victoire pour le champion du monde 2018 alors que son arrivée était loin de faire l’unanimité.

Une personnalité compatible à l’identité du Bayern

Transféré à l’été 2019 en provenance du VfB Stuttgart contre 35 millions d’euros, le français est potentiellement considéré par l’ancien président du Bayern, Uli Hoeness, comme « l’une des meilleures signatures de l’histoire du club« . Une déclaration faite en septembre dernier, dont la valeur prend de plus en plus de poids au fur et à mesure que l’ancien lillois performe. Pour sa première saison chez les Rotens, Pavard est le deuxième joueur de champ le plus utilisé derrière le marathonien, Joshua Kimmich, avec un total de 3 402 minutes en 40 matchs (39 titularisations).

Une surprise pour beaucoup d’observateurs en France et en Allemagne, en raison de la descente de son club précédent en deuxième division, malgré l’obtention du titre de champion du monde avec les Bleus à peine un an plus tôt. Pourtant l’intéressé a toujours défendu le maillot des champions d’Allemagne 2007 avec passion. Deux ans auparavant la finale de Moscou, le natif de Maubeuge débarquait à la Mercedes Benz Arena, en D2, avec un statut d’indésirable du côté de Lille, son club formateur. Une année d’apprentissage, au purgatoire, couronnée de succès puisque Stuttgart retrouve l’élite. La confirmation ne tarde pas et le club enchaine avec une septième place finale lors de l’exercice 2017/18, qui permet à Pavard de décrocher son ticket pour la Russie.

Pavard face à Leipzig (Photo : DFB)

Le titre mondial en poche, avec en bonus celui de plus beau but de la compétition grâce à sa demi-volée parfaite face à l’Argentine, Pavard se montre fidèle au VfB et refuse les avances du Bayern. Toutefois, l’euphorie ne dure pas et la saison 2018/19 est un naufrage pour le club, que Pavard, esseulé, ne peut éviter. Les questions sur son réel niveau se posent à son arrivée chez le Rekordmeister. Travailleur acharné et compétiteur affamé de titre, le voici, quelques mois plus tard, avec un statut de titulaire indiscutable. « Pour moi, ce que coûte un joueur n’est pas ce qui compte. Il était clair pour moi qu’il pouvait être une signature exceptionnelle, en particulier en raison de son grand caractère. » comme l’a indiqué Hoeness il y a quelques semaines.

Rigueur et polyvalence

Cette personnalité et son adaptation facilitée par la présence de nombreux français dans l’effectif (Coman, Tolisso, Cuisance, Hernandez) ont permis à Pavard de s’imposer rapidement dans le onze bavarois. Si, pour le moment, il a principalement évolué à son poste de formation, celui d’arrière droit (30 titularisations), il su démontrer sa polyvalence en dépannant en défense centrale pour palier les blessures de Süle et Hernandez. Une polyvalence qui l’a même porté à l’aile gauche lors du match de la phaser aller à Paderborn. « Tant que je suis sur le terrain, je suis heureux et je m’amuse« , a déclaré Pavard au magazine français Onze Mondial en juillet. « Si un jour je dois jouer dans le but, je jouerai dans le but. Si je dois jouer en attaque, je jouerai en attaque. Ça ne me pose pas de problème. Je ne suis pas un tricheur, je veux juste jouer et tout donner.  »

Défensivement, il s’est montré jusqu’ici solide avec 57,66 % de tacles réussis, le troisième meilleur pourcentage de l’effectif. Toutefois, c’est à travers son sens de l’anticipation et du placement qu’il est impactant, avec en moyenne 4,69 interceptions par match. La structure de l’équipe, en bloc compact et une volonté de défendre en avançant, le met dans les meilleures conditions. Son gabarit frêle reste un frein dans les situations de 1 contre 1, un cas qu’il tente d’éviter un maximum sur le terrain (3,12 duels en moyenne), mais il sait gérer les contre-attaques en ralentissant le porteur de balle adverse et permettre à ses coéquipiers de lui prêter main forte. Suffisant pour laisser l’habituel titulaire du poste, Kimmich, dans un rôle plus adéquat en milieu centre.

La connexion entre l’allemand et le français est d’ailleurs prépondérante dans le jeu de possession du Bayern. Kimmich, seul joueur de champ qui devance Pavard au nombre de minutes jouées, est un métronome qui se déplace constamment entre les lignes pour offrir des solutions courtes afin de construire patiemment et installer le bloc équipe dans le camp adverse. Cet aspect lui offre une relation privilégiée avec ses défenseurs centraux et latéraux pour créer des surnombres et éliminer les lignes défensives adverses. En ce sens, Pavard, généralement positionné sur la même ligne que les DC, joue un rôle moteur et touche par conséquent beaucoup de ballon : 2543 à ce jour en championnat, le troisième total de la ligue. Pas vraiment anodin pour un latéral plus défensif qu’offensif. Cependant, à la manière des défenseurs modernes, il se montre particulièrement adroit techniquement et possède le neuvième taux de réussite à la passe de Bundesliga (92,2 %, majoritairement courtes).

Un apport offensif en progression

Cependant, lorsque les Bavarois sont capables de faire progresser le ballon plus haut sur le terrain, Pavard essaie de soutenir ses coéquipiers en se positionnant plus haut. Dans ces situations, il semble toujours être un peu prudent et recherche des espaces libres où il peut facilement recevoir le ballon et faire profiter sa qualité de centre en jouant, soit pour Lewandowski, soit pour l’ailier à l’opposé, créant un déséquilibre dans le bloc adverse. C’est d’ailleurs ainsi qu’il a délivré ses deux premières passes décisives. Car si il n’est pas aussi rapide que son compère, Alphonso Davies ( flashé à 35 km/h contre 32 pour Pavard), il compense par une grosse activité sur son couloir : 755 sprints sur la saison, sixième rang outre-Rhin.

De ce fait, les espaces libérés au milieu du terrain sont une bénédiction pour un joueur dont l’un des points forts est la reprise de volée. Son but le plus célèbre étant celui de l’égalisation en huitième de finale du mondial 2018. Ses deux premiers buts de la saison, contre Mayence et Union Berlin sont un quasi copier-coller. Cependant, sa palette offensive ne se milite pas qu’à ça. Pavard est également un bon joueur de tête, comme il l’a démontré depuis la reprise de la Bundesliga, en marquant sur corner contre Union Berlin et Düsseldorf. Il a par ailleurs remporté 65 % de ses duels dans ce domaine.

Son total actuel de 4 buts et 6 passes décisives n’est pas ridicule, au contraire, il est même le cinquième meilleur buteur du club en championnat (avec Goretzka et Perisic) mais il ne s’est pas montré décisif en Ligue des Champions (seulement 2 passes) alors que le Bayern a marqué 27 buts en 7 matchs. La comparaison avec Davies est même négative à ce niveau là pour lui, tant le Canadien apporte des deux côtés du terrain. Sa vitesse, sa puissance et sa qualité technique lui permettent d’afficher 9 passes au compteur avec seulement 2 604 minutes jouées. Ainsi, si Pavard s’améliore, le chemin pour devenir la référence à son poste en Bundesliga est encore longue, mais sa devise sur ses protèges tibias « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends » est signe de sa capacité à s’adapter.

Quasiment un an après son arrivée en Bavière, Pavard s’est imposé comme un cadre du Bayern. Défenseur efficace, il devient également dangereux devant le but. Il doit cependant travailler sur sa capacité à gagner des duels défensifs et à augmenter son volume de jeu pour devenir le pendant offensif de Davies sur le côté droit. Toutefois, il a aujourd’hui réussit à faire taire les critiques à son encontre en devenant incoutournable dans un grand d’Europe. De quoi rassurer Didier Deschamps à un an de l’UEFA Euro 2021.

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