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Qu’est-ce qui fait un grand buteur ?

« Il a le sens du but », « C’est un pur N°9 », et autres « C’est un finisseur ». Dans n’importe quel bar diffusant des matchs de football, ces phrases sont monnaies courante. Et ce, qu’elles désignent Didier Drogba, Julio Tavares ou Ciro Immobile. Mais qu’est-ce qui lie tous ces joueurs ? Qu’ont-ils en commun, comment peut-on les désigner comme étant des buteurs ? Et mieux encore, comment peut-on définir un buteur ?

Avant de se lancer dans le détail et dans l’analyse, il s’agit, avant tout, de faire un point tactique. Il existe évidemment plusieurs profils d’avant-centre, comme il existe une immensité de schémas tactique. Giroud ne possède pas les mêmes qualités que Benzema, qui ne possède pas les mêmes qualités que Martial, qui lui même n’as pas les mêmes qualités que Dembélé, pour ne prendre que des buteurs français. L’objectif de cet article est de dresser les qualités qui relient la majorité des buteurs, et de dresser en quelque sorte le portrait de l’attaquant parfait, du moins le plus complet possible.

Se servir de son corps comme Haaland.

Premier élément de la palette du buteur : son corps. Sa motricité, sa vélocité, en bref, l’ensemble de ses qualités physiques. S’i’l est évident de notifier en premier la vitesse et l’accélération, il est tout aussi évident de notifier dans quelles situations servent ces qualités. Il y a dans un premier temps le jeu avec ballon, où l’accélération et la vitesse vont lui permettre de garder à distance un défenseur. Quand l’attaquant a le ballon, il concentre aussi l’attention des défenseurs et laisse ses coéquipiers être plus libres et pouvoir créer le danger sans ballon. Et c’est aussi sur cet exercice, et même majoritairement sur celui-ci, que l’attaquant doit être efficace. Ses appels en profondeur, ses décrochages afin d’être un point d’appui, son accélération sur des seconds ballons ou des frappes contrées/repoussées, tout cela concerne la vitesse d’un joueur. Mais pas seulement.

Ce graphique permet d’observer le nombre de sprints par match (colonne de gauche). Les joueurs de côté et les buteurs sont les plus à même de sprinter, même Lukaku qui n’est pourtant pas un attaquant de profondeur. (Source : Sky Sports)

L’attaquant doit aussi, dans l’idéal, posséder le coffre, l’endurance nécessaire afin de répéter les courses, notamment puisque la majorité de ses courses ne seront pas récompensées. La vivacité, la vitesse dans les changements de directions sont aussi majeurs : appels-contre appels, décrochages, freiner sa course pour perdre le défenseur, etc… Le sous-titre de cette partie n’a pas choisi Haaland pour rien: en moins d’un an, le Norvégien a démontré une dimension physique exceptionnelle. Tony Cascarino, ex-buteur et désormais chroniqueur chez TalkSPORT, le résume très bien : Erling « Haaland est comme Harry Kane… mais en plus grand, plus fort, plus rapide. » Le consultant Irlandais mentionne seulement les qualités physiques du buteur du BvB, et notamment sa force. La puissance d’un joueur est un élément majeur, puisqu’au même titre que l’agilité, elle permet de résister aux chocs, à la pression, élément très important dans le jeu actuel ou les buteurs doivent participer au jeu, garder le ballon pour que le bloc remonte, etc. En ce sens, la force et la puissance permettent de remporter des duels, ce qui n’est pas anodin : Julio Tavares, Joselu, deux attaquants réputés physiques sont les joueurs de leurs championnats ayant remporté le plus de duels.

Yes, encore un duel gagné! Joselu, l’attaquant d’Alaves, est le joueur de Liga ayant remporté le plus de duels (289). (Crédits: Lalasport.com)

Les duels aériens nécessitent aussi une bonne détente, mais les duels au sol se jouent surtout sur la capacité à encaisser des coups et une pression, et donc sur un certain équilibre. Mais surtout, sur la manière dont on oriente son corps. Cette composante est trop souvent sous-estimée, alors qu’elle permet de tromper l’adversaire, via les feintes de corps notamment, mais aussi dans la prise d’information, si essentielle pour un n°9. Mais s’il suffisait d’être un athlète pour jouer au football, ça se saurait.

Avoir la mentalité de Zlatan.

« Au-delà de ses qualités techniques, il a des qualités mentales incroyables. Zlatan est le diable! »

Gennaro Gattuso

L’attaquant à le plus beau rôle: faire chavirer une défense, un match, un stade, une ville voire un pays. Celui qui profite très souvent du travail de l’équipe, qui attire la lumière. Mais cette lumière peut parfois avoir un effet éblouissant. C’est dans ces moments-là que les grands, les très grands buteurs se démarquent. Ceux qui résistent à la pression, qui font preuve de sang froid. Toujours maître de leurs émotions, ils doivent être capables de lucidité, afin de négocier et convertir des occasions cruciales. Et pourtant, certains matchs semblent être de longues traversées du désert pour eux. Souvent moqué, Giroud n’en reste pas moins un Champion du Monde. Une compétition qu’il a traversée sans marquer, en se sacrifiant pour le collectif, et qui n’a jamais montré le moindre signe d’énervement, de frustration, de déception, de manque de confiance en lui. Cela repose aussi sur le fait de savoir faire preuve de résilience : savoir surmonter un échec et rebondir. Oublier les erreurs passées et aller de l’avant pour réussir. Les incontournables concentration, détermination, sont tout aussi importants. Par ailleurs, les clubs professionnels se munissent de plus en plus de préparateur mental, qui peuvent mettre leurs joueurs dans les meilleures conditions afin de réussir en match.

 « Il faut comprendre que le bonheur d’un joueur a plus de chances de l’amener vers la performance que de lui parler tous les jours de résultats à atteindre. » Thomas Sammut, ex-préparateur mental de l’OGC Nice. Pas sûr que CR7 approuve (Crédits : OGC Nice)

Toutes ces qualités, ces capacités travaillées en amont permettent de développer l’un des éléments les plus importants de la palette du buteur : la vista. Cette capacité des plus grands joueurs à effectuer le bon geste, au bon endroit au bon moment. En d’autres termes, être décisif. Posséder la vision du jeu nécessaire afin de prendre la bonne décision. Mais ça, ça nécessite aussi de comprendre le jeu.

Comprendre le jeu comme Firmino.

« Même si tu veux faire du jeu direct, par exemple Liverpool joue comme ça, le plus important c’est que tes joueurs comprennent le jeu. Quand tu vois comment Firmino se positionne entre les lignes avec l’intention d’attirer les centraux, pour que Salah puisse attaquer l’espace dans le dos de la dernière ligne… Ils manipulent l’adversaire et ça c’est la compréhension du jeu. »

Carles Martinez Novell, formateur au Barca et professeur de tactique à la fédération catalane. Propos recueillis par The Tactical Game, traduit par nosotrosxp.com

Inzaghi, Van Nistelrooy, Icardi, tous ces joueurs que l’on qualifie comme « renard des surfaces ». Leur point commun : le « sens du but ». Ce sentiment qu’ils sont toujours là pour pousser le ballon au fond des filets, qu’ils sont toujours bien placés. Mais l’on occulte souvent la part de travail qui se cache derrière ça : ces heures passées à anticiper, à frapper des ballons déviés ou repoussés, cette détermination à ne jamais laisser un ballon traîner. Ce placement, cette faculté à toujours être au bon endroit, est aussi le fruit d’un déplacement. Par des courses, tantôt rapides, tantôt lentes, par ce jeu constant avec les défenseurs ou l’on tente de se faire oublier. Attaquer les zones dépeuplées, se sortir d’un marquage, savoir se déplacer au premier ou au second poteau en s’adaptant aux trajectoires possibles et aux qualités du passeur.

Falcao version Atléti, monstres de déplacement, en profondeur comme sur les centres. (Crédits: Bleacher Report)

La compréhension du jeu englobe donc la capacité de déplacement, de placement, mais aussi d’anticipation. Comprendre comment le jeu va évoluer, où se placer en conséquence afin de se trouver dans les zones dangereuses, comprendre comment le ballon va grimper sur le terrain et où l’appel du buteur sera le plus dévastateur. Réfléchir avec son cerveau, agir avec ses pieds.

Passement de jambe comme R9, frappe petit filet comme … R9.

Avant de se lancer dans la manière dont les buteurs poussent le ballon au fond des filets, voyons d’abord ce qui se passe auparavant. On peut, par exemple, dénoter les qualités de passes d’un buteur. Qu’elles soient toutes simples, ou plus percutantes à la Ilicic ou autres Benzema, un attaquant doit être capable de prendre part au jeu. Suivant le rôle qui lui est assigné, le n°9 est amené tantôt à remiser, à jouer en profondeur, à combiner, etc. La Gazette Tactique a par exemple détaillé le jeu en remise de Tomi Juric.

Savoir remiser est une des composantes essentielles du jeu de l’attaquant moderne. (Crédits: La Gazette Tactique)

Le buteur doit être collectif, mais il doit aussi savoir se montrer égoïste, individualiste. Dans ce cas, une bonne première touche de balle, une bonne conduite de balle, et une qualité de dribbles (gestes techniques, crochets court, double contact, etc) sont évidemment nécessaires. Tout ceci est évidemment bonifié lorsque l’on a un bon mauvais pied, ce qui permet plus d’adresse, plus d’imprévisibilité, et une rapidité d’exécution majorée. Cette rapidité d’exécution est, par ailleurs, une composante majeure de la palette du buteur : confronté aux petits espaces, aux rebonds et aux déviations, il doit être capable de réagir et d’agir en conséquence. Du coup, petit cadeau avec cette vidéo de R9, qui montre toute l’importance que peut avoir la conduite de balle et le sens du dribble chez un buteur.

R9, maître du dribble aussi spectaculaire que décisif.

Et enfin, il reste la technique de frappe. Utiliser les différentes surfaces de pied, la puissance, le placement, les effets, etc. Tout ce qui permet à l’attaquant d’envoyer le cuir tromper le portier. Chacun d’entre nous garde le souvenir des frappes de Forlan à la Coupe du Monde 2010, des volées de Suarez version Liverpool, mais aussi du jeu de tête d’un Miroslav Klose. Permettant d’être encore plus dangereux et imprévisible, le jeu de tête est une arme majeure de la panoplie de l’attaquant. Permettant de bonifier les centres, les coups de pieds arrêtés, mais aussi de participer au jeu, Peter Crouch approuve.

Avant de conclure, il paraissant important de noter certains éléments autres que ceux détaillés ci-dessus. D’abord, l’implication défensive, impliquant la rigueur, la capacité à presser, à couvrir des zones de passes, qui peut s’avérer être un bonus utile. Enfin, le grand buteur possède cette aura, ce souffle de supériorité qui fait ressentir de la peur à l’adversaire. L’impression d’être face à un rouleau compresseur contre lequel on ne peut rien faire. Cette confiance qui l’habite, qui l’anime, est primordiale, et lui permet souvent de « provoquer la chance », comme le disait si bien votre coach en U13 Départemental 2.

Cet article n’a pas vocation à donner l’archétype de l’attaquant, non. Voyons ça plutôt comme une tentative de résumer les qualités qui se trouvent chez la majorité des très grands buteurs, en plus ou moins grande quantité. Finalement, une certaine qualité physique, une grande force mentale qui amène à une vista, des qualités techniques et une compréhension du jeu peuvent résumer ce qui fait un grand buteur. Vous avez pu le voir, à travers la photo de couverture notamment, mais R9 semble, selon nous, être l’un de ceux qui rassemblent le plus de qualités. Et pour vous, qui rassemble le plus de qualités ?

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