Basket Europe

Dossier : le basket français doit-il s’écarter des télés ?

La semaine dernière, la LNB a enfin rendu son verdict concernant la saison 2019-2020. Finalement, pas de descentes ni de montées, ce qui a provoqué la colère chez certains et un grand soulagement pour d’autres. Mais une question subsiste encore. Alors que le contrat de diffusion avec RMC Sport prend fin en juin, où sera diffusé le basket français la saison prochaine ? Et si c’était pour lui l’occasion prendre son indépendance des diffuseurs télévisuels.

Un manque de stabilité

Le basket français et la télévision, c’est une histoire récente très complexe. Autrefois, dans les années 1980, il était diffusé en clair sur Antenne 2 avec une grande couverture médiatique entretenue par les exploits de clubs comme Orthez, Antibes ou le CSP Limoges (1.5 millions de spectateurs en moyenne lors de la saison 1998-1989). Depuis, les temps ont malheureusement bien changé. Aujourd’hui, le basket français se ballade de diffuseur en diffuseur depuis de nombreuses années. Longtemps retransmis par le groupe Canal + à travers notamment sa chaîne Sport +, ce dernier a arrêté sa diffusion lorsque cette chaîne a disparu à la fin de la saison 2014-2015. En 5 ans, le championnat de Jeep Elite est donc passé par Ma Chaîne Sport, L’Equipe 21 et RMC Sport. Quelques diffusions ont également eu lieu sur la chaîne gratuite Numéro 23 (appartenant au groupe NextRadioTV qui détient RMC Sport).

Une visibilité réduite

Pour suivre son équipe préférée et la saison de Jeep Elite, il fallait cette saison dépenser la coquette somme de 25e/mois (sans engagement) en souscrivant à un abonnement RMC Sport. Avec l’arrivée de la ligue des champions sur le groupe RMC lors de la saison 2018-2019, le prix de souscription a grimpé en flèche, rendant le coût exorbitant pour qu’un individu puisse suivre le championnat français de basket. Vu comme un produit de complément autour du mastodonte qu’est le football, son exposition s’est aussi réduite au fil du temps. Initialement, la chaîne diffusait trois rencontres en direct (samedi, dimanche et lundi) avec un magazine hebdomadaire Buzzer qui se déroulait en direct avant le dernier match de la journée. La saison dernière, le nombre de rencontres commenté en direct est passé à deux (les autres rencontres sont diffusées sans commentaires et avec une qualité de retransmission moindre) et le magazine s’est vu offrir un horaire assez tardif. L’exposition médiatique du championnat français a donc régressé, pendant que dans le même temps celle de l’Euroleague était en croissance avec la participation cette année de l’ASVEL.

RMC Sport a tant bien que mal essayé de démocratiser et valoriser son produit en le proposant les dimanches en fin d’après-midi sur la chaîne Numéro 23. Le premier match Strasbourg – ASVEL du 5 octobre 2016 a réuni seulement 47 000 téléspectateurs.  Plus tard dans la saison, les audiences se sont améliorées avec une audience autour de 70 000 (environ 0.3% de parts de marché). Cependant, cela reste très en deçà du programme habituellement retransmis sur cette tranche horaire (Rivers Monsters) qui réunit 239 000 téléspectateurs. En comparaison avec d’autres sports, la pétanque rassemble environ 300 000 téléspectateurs sur la chaîne L’Equipe. Malgré cette tentative ayant peu porté ses fruits, la chaîne a continué à ensuite continuer à rendre certains de ces matchs accessibles en clair durant le printemps 2019 (1 par semaine), cette fois-ci sur son site internet.

Une faible influence dans le budget des clubs

En 2015, la Ligue Nationale de Basket a vendu ses droits pour 10 millions/an à RMC Sport jusqu’en 2020 (auparavant, elle touchait 6.2M/an pour être diffusé sur Sport +). Pour comparer, le contrat entre la ligue de handball et BeIn Sport n’atteint « que » 4 millions. Une très belle affaire donc. Cet apport supplémentaire a permis d’augmenter le budget de fonctionnement de la LNB. En 2017-2018, il dépendait à 54% des droits TV. Les clubs eux, en se développant de manière maîtrisée, restent très peu dépendant des recettes liées aux diffusions TV. Elles ne représentent que 4% des produits d’exploitations (chiffres 2017-2018). En comparaison, cette part augmente à 50% pour les clubs de Ligue 1 et 20 % pour ceux de Top 14. Ces dernières années, les budgets des clubs ont évolué positivement. La part des droits TV, malgré une augmentation, reste très faible. Les clubs de Jeep Elite ont su réduire leur dépendance aux financements publics, qui est passée de 58% à 29% de 2004 à aujourd’hui (elle reste néanmoins encore plus présente pour les clubs de Pro B). Ils ont fait croître leurs revenus tirés du sponsoring (49%) et des recettes jours de match (17%) ce qui a donné lieu à une augmentation des budgets.

Source : surlatouche.fr

Un marché de niche

Face aux autres sports et souffrant de la comparaison avec la grande NBA, le basket français est devenu au fil du temps un marché de niche, comme peuvent le montrer notamment ses audiences. Il n’a pas su garder l’intérêt du grand public. Toutefois, il reste néanmoins encore très ancré régionalement. Ce sport a su se développer dans les villes qui ne sont pas considérées comme de grandes métropoles. La population moyenne des villes de Jeep Elite est de 105 000 habitants contre par exemple 345 000 pour celles de ligue 1 de football. Avec des métropoles s’étant rapidement spécialisées dans les deux sports phares de notre pays (football et rugby), ces villes moins grandes ont saisi l’opportunité d’un sport qui était moins prisé. On peut prendre comme meilleur exemple Limoges ou Pau qui ont rayonné sportivement grâce à la balle orange et se sont créé une identité. En 2019-2020, seulement 3 des 12 plus grandes métropoles françaises (Strasbourg, Reims et Lyon) ont un club en Jeep Elite.

Le basket est donc fortement présent et médiatisé dans de petites contrées grâce à la presse locale. Mais au niveau national, son intérêt a fortement décru depuis plus de trente ans. En 2009 dans le magazine Reverse, Richard Dacoury, légende du CSP Limoges, constatait ce recul de popularité « Est qu’on a des joueurs qui font rêver les jeunes dans le championnat de France ? J’en doute […] ça me fait peur de me rendre compte que personne parmi le grand public ne connaît un joueur du championnat de France dans la rue ». Difficile d’imaginer le basket français revenir au premier plan télévisuel face à la place que prend à lui seul le football en termes de plages horaires et une NBA attirant (logiquement) tous les regards. Face à cela, il est important que la ligue prenne en compte ses suiveurs en rendant plus accessible son contenu.

Un avenir incertain

La Jeep Elite est dans un flou total concernant la saison 2020-2021. En proie à des difficultés financières, le groupe Altice, propriétaire de RMC sport, a décidé de stopper sa seule émission consacrée au basket français, Buzzer. Les relations semblent au point mort entre le diffuseur et la ligue. RMC refuse de payer la moitié du contrat en raison de la non-diffusion due au coronavirus. La LNB a exprimé son mécontentement dans le fait que certaines rencontres de cette seconde partie de saison avaient été diffusées. Cette situation plonge la Ligue Nationale de Basket dans une extrême difficulté, du fait que son budget soit extrêmement dépendant des droits télévisuels.

La chaîne souhaite renégocier un contrat à la baisse avec la LNB. Avec la fin de contrat pour la diffusion de l’Euroligue en 2021, la chaîne va-t-elle vouloir se débarrasser du basket français pour ensuite délaisser l’européen afin de faire des économies ? Où va-t-elle vouloir garder ce produit afin d’avoir une cohérence dans son offre proposée ? Pour le futur, des bruits courent que Eurosport, Bein et Canal se sont rapprochés de la Ligue Nationale de Basket, très timidement.

L’offre OTT, une solution ?

La solution pour la LNB peut venir d’Internet et de l’OTT (Over-The-Top). Ce nouveau canal, arrivé depuis quelques années, permet aux ligues de diffuser leur produit plus facilement et comme elles l’entendent. Aujourd’hui en France, il n’y a jamais eu autant de chaînes TV diffusant du sport. Le problème ? Les temps de diffusions sont engloutis par les « gros » sports et notamment le football qui attire toutes les convoitises. C’est alors que les sports collectifs de seconde zone comme le basket-ball, le handball et le volley-ball se retrouvent sous médiatisés. Ils apportent peu d’abonnements aux diffuseurs et le coût de diffusion d’un match reste important.

Pour en finir avec l’instabilité et la sous-médiatisation, la Ligue Nationale de Volley s’est dirigée vers l’OTT. Sans contrat TV en 2018, elle a créé sa WebTV (devenu depuis une plateforme OTT). Désormais, la LNV diffuse l’intégralité des matchs des deux premières divisions masculines et de la première division féminine pour 49.99e par an, permettant à ses suiveurs d’avoir une accessibilité complète à un prix raisonnable. Les moyens logistiques restent moindres avec trois caméras mobiles et automatisés.

Dès Janvier 2020, le directeur général de la Ligue National de Basket Michel Mimran laissait entrevoir cette possibilité :« Nous réfléchissons à une chaîne OTT. L’échéance peut être rapide, mais tout dépendra de l’issue de la négociation que nous avons aujourd’hui avec les diffuseurs » (propos recueillis chez nos confrères de sportbusiness.club). La ligue propose déjà aujourd’hui des matchs diffusés sur Internet avec un système de keemotion détectant le mouvement, un moyen de diffusion qui trouve sa cible auprès des fans de clubs. En choisissant l’OTT, la LNB peut améliorer la qualité visuelle et mettre des commentaires à toutes les rencontres. Ce système permet de donner un accès plus facile au fan qui recherche un produit spécifique.

Le président de la Ligue Nationale de Volley Alain Griguer a déclaré qu’elle touchait 250 000 par an de la chaîne L’Equipe, soit 40 fois moins que ce que touche la LNB. Le volley professionnel français a donc commencé son expérience OTT depuis bientôt 2 ans. Ce démarrage a été difficile pour lui avec un fonctionnement pas optimal durant les premières semaines. Pour les clubs, aussi, passer en OTT n’est pas toujours bénéfique. Le président du Tours volley-ball, Yves Bourget, mettait en avant le fait que la télévision permettait de donner de la visibilité aux partenaires et amenait les gens dans les salles. Ces problématiques impactent plus les grands clubs du championnat de volley-ball du fait qu’ils apparaissaient plus souvent à l’écran.

Les clubs de volley essaient depuis quelques années de développer leurs revenus commerciaux afin de faire progresser leurs budgets. Ce sport reste encore beaucoup trop dépendant de l’argent public (qui représente en moyenne 63% des budgets), contrairement au basket qui a su s’en émanciper. En comparaison, le budget moyen en LNV était de 1.45 millions en 2016 contre trois fois plus pour les clubs de Jeep Elite (environ 5 millions à cette même période).

Le basket français se situe à un moment important de son histoire médiatique. La télévision lui apporte encore une certaine visibilité et des contrats permettant à sa ligue de faire grandir son budget de fonctionnement. Toutefois, cette dernière doit veiller à garder sa base fidèle de suiveurs. Continuer sous le format traditionnel des télévisions pour toucher le plus d’audience ou se rendre plus accessible pour ses plus grands fans ? Un choix qui devra rapidement être tranché par la LNB et son président Alain Béral.

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