Omnisport

Un report tout aussi difficile pour les Jeux Paralympiques de Tokyo

Alors que l’attention générale s’est concentrée sur les Jeux Olympiques depuis quelques semaines, les athlètes paralympiques sont également concernés par le report des Jeux de Tokyo à 2021. Avec un poids parfois plus lourd en raison de leur handicap. Les Jeux sont également leur rendez-vous et surtout leur seul petit moment d’exposition aux yeux du grand public. Les athlètes paralympiques doivent également composer avec ce report dû à la pandémie de Covid-19, entre doutes et difficultés.

Nous vous parlions ici même il y a deux semaines du report des Jeux Olympiques de Tokyo au 23 juillet au 8 août 2021. Le Comité international Paralympique (IPC) a annoncé de son côté que les Jeux Paralympiques se dérouleront eux, quelques semaines plus tard, du 24 août au 5 septembre. Avant toute chose, rappelons qu’à l’image du report des JO, le premier grand perdant est bel et bien le Japon, pays organisateur, qui va s’endetter financièrement en plus d’affronter des contraintes logistiques exceptionnelles. Mais cette solution de report est la bonne et pour trois raisons : protéger la santé des athlètes et de toutes les personnes mobilisées autour des Jeux Paralympiques, sauvegarder les intérêts des athlètes ainsi que du mouvement paralympique et enfin pour considérer le calendrier sportif international dans son ensemble. Comme l’explique Guislaine Westelynck, la présidente de la Fédération Française handisport : « La route vers Tokyo sera un peu plus longue, mais le rêve attendu sera là, plus beau. »

Guislaine Westelynck garde espoir pour 2021 (Photo : Le 10 Sport)

Comment ce report a-t-il été perçu dans le monde ?

Mais alors, quelles-ont été les réactions chez les athlètes paralympiques du monde entier suite à ce report ? Dans l’ensemble, beaucoup de tristesse et de déception, mais de la lucidité sur le fait que cette décision était celle qu’il fallait prendre. Le triple médaillé d’or en natation des Jeux paralympiques de Rio McKenzie Coan a été parmi les premiers à réagir. « Au début, le report était un mot difficile à entendre et à prononcer, mais en prenant du recul et en regardant ce qui se passe dans le monde, nous devons réaliser que cette décision est la seule façon de procéder », a posté le champion américain sur Instagram. Le Paralympien le plus décoré du Brésil, Daniel Dias, qui a remporté 24 médailles stupéfiantes en trois Jeux paralympiques, a lui tweeté qu’il se sentait plus calme et motivé pour participer à ces Jeux à Tokyo en 2021. L’escrimeuse britannique en fauteuil roulant Gemma Collis McCann, bien que navré par la nouvelle, a soutenu la décision compte tenu du scénario actuel : « En tant qu’athlète, il est difficile de reporter les Jeux paralympiques jusqu’en 2021. Mais malgré tout le travail acharné pour se préparer pour ces Jeux, je suis si heureuse que le CIO et l’IPC, ainsi que le comité d’organisation japonais aient pris la bonne décision ». L’un des piliers de l’équipe américaine de volleyball assis, Kaleo Maclay, a de son côté estimé : « L’opposition et l’adversité n’ont rien de nouveau pour notre équipe. Les Jeux sont quelque chose qui nous rassemble tous, donc la santé et la sécurité seront toujours prioritaires ».  

Danies Dias, dix fois champion Paralympique, et la mascotte des Jeux de Tokyo 2020 (Photo : Inside the Games)

« Le moment n’est pas de se plaindre mais de se mobiliser pour une cause plus grande »

Le lanceur de javelot Indien, champion du monde, Sandeep Chaudhary, a déclaré que la santé des athlètes était la priorité numéro un, et ceci avant les Jeux. « Bien que nous nous entraînions depuis quatre ans pour les Jeux de cet été, l’évolution récente de l’épidémie de Covid-19 a rendu nécessaire de prendre une décision comme celle-ci. », a déclaré le médaillé d’or des Jeux asiatiques, qui détient le record du monde de 66,18 m. La championne du monde allemande de paracyclisme Annika Zeyen a tweeté que la crise humanitaire exigeait une telle décision. La star de Grande-Bretagne de para-canoë Ian Marsden, qui a remporté le bronze à Rio 2016, a expliqué qu’il était déjà impatient de participer à la compétition en 2021. Enfin, l’escrimeuse italienne en fauteuil roulant Beatrice Vio, dont le pays a été sévèrement touché par la crise de Covid-19, a écrit un message expliquant que le moment n’était pas de se plaindre mais de se mobiliser pour une cause plus grande. « Nous en rêvions depuis si longtemps … et puis tout à coup tout recommence. Je suis triste, bien sûr, mais à juste titre. Ne nous plaignons pas du temps perdu et n’oublions pas qui, maintenant et dans les prochains jours, va se battre pour ne pas perdre quelque chose de plus gros. Nous y arriverons ».

Sandeep Chaudhary, ici aux Championnats du monde de para-athlétisme en 2019. (Photo : The Indian Express)

La seule chance d’obtenir de la visibilité

« Oh les gars réveillez-vous ! Il manque quand même les jeux Paralympiques ! On s’entraîne autant, on fait les mêmes sacrifices, nous aussi on va devoir attendre un an ». Théo Curin, jeune nageur français et médaillé mondial en 2019 sur 200 m libre, veut rappeler par ce message que ce report est très difficile pour l’ensemble des para-athlètes qui se préparaient avec acharnement en vue de cet été. Le quadri amputé se pose beaucoup de questions sur son futur. « Dans ma tête j’avais déjà planifié mon année post-paralympique, j’avais des idées, ça redécale tout ». dit-il. À Montréal, la Québecoise Aurélie Rivard, triple médaillée d’or en natation aux Jeux de Rio en 2016, s’inquiète également. « En général, les Jeux olympiques on s’y intéresse une fois tous les quatre ans, alors c’est encore pire pour les athlètes paralympiques. Personnellement, c’est mon moment pour avoir un peu de reconnaissance, de visibilité, de me trouver d’autres supporters, ceux qui vont rester avec moi pour le reste de ma carrière. C’est vraiment la seule chance pour moi » confie-t-elle, après avoir craint une annulation des Jeux qui « aurait été vraiment dramatique ».

La triple championne Paralympique de Rio est inquiète de ce report (Photo : Yasuyoshi Chiba Agence France-Presse)

Des changements à venir dans la sélection française ?

À Tokyo, la Fédération Française Handisport emmènera des para-athlètes dans douze des vingt-deux disciplines Paralympiques : athlétisme, basket fauteuil, Boccia, Cecifoot, cyclisme sur piste, cyclisme sur route, développé couché et musculation, escrime fauteuil, Goalball, natation, rugby fauteuil, tennis de table, tir à l’arc. Une première sélection dans ces disciplines avait déjà été réalisée avec par exemple le recordman du monde du 60 m surnommé le guépard blanc Timothée Adolphe, le sprinteur Pierre Fairbank qui devait connaître ses sixièmes olympiades ou encore Laurent Chardard qui avait survécu à une attaque de requin à la Réunion en 2016. Cette sélection aura le temps d’évoluer jusqu’à l’été 2021 avec peut-être l’arrivée de jeunes pépites, à l’image du pongiste Lucas Didier. Originaire de Plaisance-du-Touch, en Haute Garonne, il a récemment décroché deux médailles d’argent en Finlande, lors des Jeux Européens paralympiques de la Jeunesse. Au-delà de ces médailles, l’ado de 15 ans a convaincu par son attitude déterminée.

Pierre Fairbank est l’athlète handisport français le plus titré (Photo : M. Hartmann)

Marie-Amélie le Fur, double casquette

Marie-Amélie le Fur est triple championne paralympique et présidente du Comité paralympique et Sportif Français (CPSF). Elle s’est d’abord exprimée à ce sujet au nom du CPSF : « Pour les fédérations sportives et les athlètes, c’est une excellente chose de pouvoir se projeter dès à présent sur l’objectif désormais arrêté à l’été prochain. Je souhaite que la mobilisation de nos sportifs demeure intacte malgré les difficultés, et sais pouvoir compter sur tous les acteurs engagés afin de mettre tout en œuvre pour que ces Jeux soient une réussite tant sur le plan organisationnel que sportif. Ces Jeux Paralympiques auront, à n’en pas douter, un gout d’exceptionnel et véhiculeront un message d’espoir incroyable pour toutes et tous ». La situation de la championne française est d’autant plus particulière qu’elle avait prévu de mettre un terme à sa carrière sportive à Tokyo : « Cette décision remet en question ma potentielle participation aux Jeux paralympiques de Tokyo. J’avais en effet annoncé ma fin de carrière en 2020 à Tokyo et penser tout mon projet professionnel et de vie autour d’une fin de carrière en septembre 2020. Ces Jeux reportés en 2021 ouvre la place à plein de questions. Je dois donc me laisser le temps de la réflexion. Tout comme le CIO avait besoin de temps pour annoncer ce report, j’aurais besoin de temps pour annoncer officiellement ou pas ma carrière jusqu’aux Jeux de Tokyo. »

Les para-athlètes du monde entier ont soutenu la décision du Comité d’organisation de Tokyo 2020, du Comité international olympique et du Comité international Paralympique de reporter les Jeux de Tokyo 2020 à l’année prochaine, malgré les difficultés que cela engendre dans leur préparation, leur visibilité et leur finances. Cependant, cette position va permettre à l’ensemble des para-athlètes français et internationaux de préparer les Jeux Paralympiques de Tokyo plus sereinement.

(Source image de couverture : Les Échos Start)

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