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Pourquoi le retour de la NBA est une catastrophe

Et si la NBA faisait fausse piste ? En se dirigeant coûte que coûte vers une reprise forcée, les instances de la grande ligue s’entêtent à emprunter un chemin dangereux. Entre risque sanitaire indéniable, équité sportive discutable et climat social fragile, les États-Unis vivent une période très difficile. Adam Silver et les siens poussent pour un retour à la compétition équipé d’œillères face à ce contexte connu de tous, mais dans le fond est-ce bien raisonnable ?

Les joueurs ne sont pas prêts

La NBA et ses diffuseurs sont prêts à reprendre la compétition, alléchés par cette idée comme une meute de loups autour d’une pauvre brebis sans défense. Les joueurs eux, principaux acteurs de cette entreprise, ne le se sont pas du tout. Dès qu’ils ont été invités à rejoindre leurs équipes respectives et reprendre l’entraînement, les premiers cas de Covid-19 ont été détectés. Les basketteurs n’échappent pas à un virus qui a déjà contaminé plus de 2 millions d’américains. Deux joueurs restés anonymes sont contaminés à Phoenix, un à Miami, ou encore trois à Sacramento. Au total, 16 joueurs NBA ont été diagnostiqués positifs. Parmi eux, des joueurs majeurs comme Buddy Hield et Malcolm Brogdon sont concernés. En Europe, Nikola Jokic des Nuggets a aussi été testé positif la semaine dernière, dans des conditions bien différentes suite aux erreurs de Novak Djokovic et de son Adria Tour.

Le Bahaméen Buddy Hield fait partie des 16 joueurs NBA controlés positifs au Covid-19 la semaine dernière. Il devra rejoindre son équipe plus tard que les autres dans la bulle d’Orlando. (Crédits : Slam)

Un premier problème se pose dans l’équité sportive entre les différents joueurs qui vont croiser le fer à Orlando. Tout le monde n’arrivera pas avec la même préparation. Certaines équipes comme les Wizards (Davis Bertans), Mavericks (Willie Cauley-Stein) ou les Lakers (Avery Bradley) doivent même composer sans certains joueurs de leur rotation, ayant refusé ces conditions. D’autres comme les Suns, Pacers, et Kings sont contraintes de s’envoler vers la bulle d’Orlando amputées de certains de leurs meilleurs éléments. Les Nuggets sont eux confrontés à la pire problématique, avec leur pivot franchise player confiné en Serbie, et tout sauf prêt de revenir aux États-Unis dans l’immédiat. Si ces joueurs rejoindront leur équipe une fois testés négatifs au virus, nul ne sait combien de temps cette guérison peut prendre avec ce virus très aléatoire. Quoi qu’il en soit, l’équité sportive n’est pas respectée dans les périodes d’entraînements, avec l’impact que cela peut avoir sur les résultats sportifs par la suite.

La HP Field House est l’une des 3 salles qui accueilleront la fin de saison NBA dans le Campus NBA à Disney World. (Crédits : USA Today)

La santé physique et mentale des joueurs est mise en danger. On leur demande de reprendre un entraînement intense après 3 mois de coupure complète, au détriment des blessures graves qui ont de grandes chances d’arriver. C’est encore plus dur moralement. Après avoir (plus ou moins) respecté le confinement du printemps, ils sont de retour dans un enfer similaire. De Juillet à Septembre minimum, tous les joueurs et staffs des 22 équipes devront rester enfermés dans une bulle isolés de tout. Tous leurs mouvements seront contrôlés et le moindre écart au règlement sera réprimandé. On peut déjà entrevoir la dystopie qui va se dérouler à Disney World. Tous ces employés vont être éloignés de leur famille pendant de longs mois à leurs risques et périls et la NBA ferme les yeux. On comprend vite l’impression grandissante au sein des joueurs d’être utilisés comme de la chair à canon.

Un champion à l’astérisque

En ce qui concerne les conditions sportives, on ne peut pas considérer les contours de cette saison 2019/2020 comme anecdotiques. Le Covid-19 est passé par là et si la NBA a sans doute fait de bons choix pour sa reprise, sa solution n’en reste pas moins imparfaite. Ce système égalitaire mais inhabituel dans son format va couronner à Orlando un champion à l’astérisque, ou le champion Covid si vous préférez. Les calendriers modifiés par la force des choses, la disparition du public, de l’avantage du terrain et de son impact, surtout en playoffs, ces éléments changent la donne. Le tournoi pour la 8ème place de chaque conférence, bien que rajoutant de l’enjeu, fausse aussi les règles en plein milieu d’une saison. Enfin, la plus grande catastrophe sportive est aussi la moins visible. Elle concerne les 8 équipes non-invitées à participer à la ‘’fête’’ d’Orlando.

Les 8 équipes non-invitées à Orlando n’ont plus qu’à attendre la lottery, prévue le 25 Août prochain. (Crédits : Tankathon.com)

Pour Atlanta, Charlotte, New-York, Chicago, Cleveland, Detroit, Golden State et Minnesota, les conséquences sont terribles. Ces 8 malheureux vont connaître une période inédite de 10 mois sans matchs à enjeux entre Mars 2020 et Décembre 2020, date envisagée pour la saison 2020/2021. C’est un handicap réel pour ces équipes où de nombreux jeunes joueurs vont manquer de ce temps précieux pour se développer individuellement et collectivement. Les joueurs au contrat expirant ne bénéficieront pas non plus des projecteurs d’Orlando pour se mettre en valeur et voient l’égalité des chances à la Free Agency 2020 bafouée. Mais comme partout ailleurs, il faut relancer l’économie. Cette reprise de la NBA n’a aucun intérêt sportif mais un intérêt financier immense ce qui justifie à lui seul son existence. C’est un retour au jeu contre les lois du sport, en faveur de l’économie.

Un pays en plein chaos

L’ultime problème majeur que pose ce retour de la NBA est son intervention dans une période pas vraiment propice au basket-ball. Les États-Unis vivent plus durement encore que le reste du monde une crise sanitaire sans précédent. Là où la pandémie mondiale s’est relativement essoufflée en Asie et en Europe, le continent Américain ne connait lui aucune décrue à l’heure actuelle. Hier encore j’avais 20 ans et le pays a enregistré plus de 40 000 nouveaux cas de Covid-19 dans un territoire dévasté par plus de 120 000 décès. Le plus inquiétant est que la Floride, état qui s’apprête à accueillir la NBA, est l’état le plus durement touché comptant 10 000 des nouveaux cas du pays (Samedi) à elle toute seule. Tous ces chiffres ne témoignent pas de la catastrophe sociale qu’ils comprennent. La NBA va prendre toutes ses précautions dans sa bulle, mais qu’elle image renvoi-t-elle avec ses privilèges (tests, bagues anti-covid) que la majorité des américains n’ont pas.

Cette crise sanitaire s’ajoute à un climat social tendu connu de tous déclenché par l’assassinat de George Floyd à Minneapolis. C’est un contexte incompatible avec le sport de haut niveau. Les joueurs NBA se sont exprimés à plusieurs reprises derrière la voix de joueurs étant en première ligne des manifestations à l’image de Russell Westbrook, Jaylen Brown ou encore Malcolm Brogdon. Certes, la NBA veut écouter leurs revendications en laissant par exemple les joueurs remplacer leur nom sur le maillot par un slogan de ce mouvement. C’est insuffisant, et bien moins important que la place médiatique que la NBA va reprendre au mouvement anti-raciste une fois que les matchs auront repris. Kyrie Irving n’est peut-être pas le bon messager, mais son idée de refuser la reprise NBA est tout sauf idiote tant elle semble la seule capable de diffuser un vrai message. Celui que l’égalité des chances doit s’appliquer partout en même temps que la fin d’une discrimination systémique insupportable.

Le meneur des Rockets, Russell Westbrook, avait été aperçu dans les rues de Los Angeles lors d’une manifestation des « Black Lives Matter ». (Crédits : Houston Chronicle)

Pour ces raisons, la reprise NBA est une catastrophe sur le volet sportif, sanitaire et social. Voir ces joueurs disputer quelques matchs de Basket pendant que tout un pays souffre au-delà de la bulle aura une résonance étrange. Adam Silver en est conscient. Plus important encore, il est conscient des conséquences économiques effroyables d’une saison incomplète sur l’entreprise qu’il dirige. On parle de centaines de millions de pertes pour la NBA, comme pour les télévisions américaines qui verraient ces matchs disparaître de leur grille. Ce retour de la NBA est contraire à beaucoup de valeurs, mais généreuse avec les finances de ses différents acteurs.

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