Omnisport Rugby

Le rugby, en pleine révolution de son calendrier?

L’organisation du calendrier entre les équipes nationales et les différents championnats est un problème majeur dans le rugby. Lorsque les clubs de TOP14 commencent leur saison en septembre, les joueurs internationaux sont amenés à jouer à coté du championnat: la tournée d’automne, la Coupe d’Europe, le tournoi des six nations et une possible tournée d’été. Une saison chargée entrainant un vide important pour les clubs obligés de jouer sans leurs cadres retenus par les équipes nationales. Dans un sport aussi physique que le rugby, il est difficile de voir les joueurs pouvoir continuer à ce rythme. Le calendrier international est donc sujet à plusieurs changements pour permettre à chacun de s’y retrouver. Derrière cette volonté de refaire le calendrier international, les intérêts économiques de chacun se croisent entrainant des discordes entre les différents acteurs du rugby. 

Des problèmes récurrents 

Le calendrier international de rugby est l’un des plus complexes à organiser. Dans un sport de contact, difficile de pouvoir faire jouer plusieurs matchs par semaine aux clubs. Le rugby n’échappe pas à cette règle. La saison de rugby s’étend alors sur plus de dix mois pour les joueurs du Top14. Au-delà de la santé des joueurs, le problème est aussi sportif pour les clubs. Les différentes équipes se retrouvent privées de nombreux joueurs cadres en raison de leurs convocations pour représenter leur pays lors des différentes tournées amicales ou du tournoi des VI nations en Europe. Un préjudice important pour certains clubs voyant une partie de leur titulaire quitter leur équipe pendant plus d’un mois. Le Stade Toulousain est l’exemple parfait de cet inconvénient avec 7 joueurs internationaux quittant le club pour l’équipe de France lors du tournoi des VI nations 2019. 

Contrairement au foot, les périodes internationales au rugby ont pour inconvénient de s’élargir sur plusieurs semaines avec sept semaines de compétitions pour le tournoi des VI nations, forçant les clubs à jouer alors que leurs titulaires sont toujours absents. Un préjudice important pour certains, ne pouvant pas lutter à armes égales face à leurs concurrents. Au-delà de leur absence durant certains matchs, les compétitions internationales sont au milieu de la saison, les joueurs sont alors assujettis à des blessures ou à une certaine fatigue entrainant une baisse de forme. Mais cette fois-ci, le problème pour les clubs est financier puisqu’ils assurent la rémunération de joueurs ne pouvant pas joueur pour eux. C’est un problème présent en France qui n’existe pas dans d’autres pays comme la Nouvelle-Zélande ou l’Irlande où les joueurs sont sous contrat avec leur fédération, assurant elle-même leur rémunération. Pour faire face à cette particularité, la ligue et la fédération française ont réussi à trouver une alternative avec une liste de joueurs protégés qui bénéficient de dix semaines sans matchs. Cette liste comprend alors 40 joueurs. Cela permet au club de ne pas être démunis de tous leurs joueurs et de pouvoir mieux se retourner en cas de convocation. Mais l’idée d’une compensation pour les clubs n’est toujours pas d’actualité contrairement aux équipes anglaises qui obtiennent une compensation financière pour la convocation des internationaux anglais. 

Avec des politiques aussi diverses selon les pays, la fédération internationale de rugby se retrouve en difficulté pour refonder le calendrier international. L’objectif est de rendre plus attractif les confrontations entre les équipes de l’hémisphère nord et sud, permettant d’éviter les matchs amicaux sans enjeux et déséquilibrés. Le problème est alors de faire face à des ligues opposées à tout projet allant à l’encontre de leurs intérêts. 

Un futur projet indéterminé 

En refondant le calendrier international, la ‘World Rugby’ espère mettre fin aux désintérêts croissants pour les rencontres entre les pays d’hémisphère nord et les pays d’hémisphère sud en dehors de la Coupe du monde. Traditionnellement, les deux hémisphères ont leurs compétitions respectives avec le tournoi des VI nations pour le nord et le Rugby Championship pour le sud. A côté de ces compétitions, il existe deux périodes où les équipes du nord et du sud se rencontrent: la tournée d’été qui a lieu dans l’hémisphère sud et la tournée d’automne, voyant le déplacement des équipes du sud dans le nord. Le problème est alors le positionnement de ces compétitions au cours de l’année. En raison des saisons météorologiques, les pays de l’hémisphère sud calquent leurs compétitions par rapport à l’année civile tandis que les pays de l’hémisphère nord calque leurs compétitions en fonction de l’année scolaire. 

Cette situation entraine un problème au niveau de l’enjeu et de l’intérêt de ces compétitions.  Pour la tournée d’été, les équipes nationales du vieux continent sont composées de joueurs en fin de saison et physiquement à la peine. Pour la tournée d’automne c’est le contraire qui se produit. Les tournées deviennent alors moins attractives étant donné le déséquilibre des forces en présence. Certains pays n’hésitent pas à laisser certains joueurs à la maison pour se reposer ou les utiliser en tant qu’ambassadeurs sans les faire jouer. 

Encore une fois, l’aspect économique entre dans la discussion. Faire des tournées sans véritables enjeux entraine un désintérêt des fans pour le rugby international, l’engouement autour de ces matchs étant faible. Les fédérations sont alors les premières touchées par ces problèmes d’attractivité. Bernard Laporte, président de la fédération française de rugby et vice-président de la ‘World Rugby’, fait partie des dirigeants voulant modifier le calendrier international pour rendre ces rencontres attractives. Il a lui-même évoqué sa volonté de voir ces tournées se terminer: « Quand on va dans l’hémisphère sud, c’est la fin de saison chez nous, on sort de dix mois de compétitions. Qu’est-ce que l’on fait? On laisse souvent des joueurs au repos. On vend l’équipe de France alors que le capitaine ou le buteur peuvent être au repos. C’est la même chose quand eux, viennent en novembre. C’est leur fin de saison, regrette l’ancien sélectionneur tricolore. Il faut réaligner les planètes et redonner de l’importance à chaque match. Les matchs amicaux, c’est terminé. » 

Pestellini/Federico Pestellini / PANORAMIC

Pour faire face à ces différentes problématiques, plusieurs projets dévoilés entraineraient la suppression d’une tournée mais surtout une modification de la saison des clubs avec un début entre décembre et février et une fin en juillet. Une pratique déjà utilisée dans l’hémisphère sud, en raison des saisons climatiques différentes, mais inenvisageable pour les équipes de l’hémisphère Nord. Cette volonté d’harmoniser les compétitions entre les deux hémisphères fait débat au sein des différents championnats particulièrement en France où le rugby est calqué par rapport aux vacances scolaires. Paul Goze a d’ailleurs rappelé son opposition à cette harmonisation en déclarant au journal Sud-Ouest: «Depuis 120 ans le Top14 a été calqué sur l’année scolaire. Juillet et août, ce sont les vacances. Il y a moins de public, moins d’hospitalités par ce que les entreprises ne sont pas là pour inviter leurs clients. Il y a une forte baisse des audiences télévisées, il y a en plus la concurrence des grands événements sportifs qui captent les spectateurs restés devant leur télévision. Ce serait une perte financière très importante pour tous les clubs de l’hémisphère Nord.» 

LNR

La World Rugby se retrouve alors face à un besoin de se moderniser en rendant les matchs internationaux attractifs en dehors de la Coupe du monde et des compétitions continentales que sont le tournoi des VI nations et le Rugby Championship. L’objectif de Benard Laporte est clair, il veut réduire les matchs amicaux, voir les faire disparaître, c’est ce qu’il a déclaré lors de son passage dans ‘les Grandes Gueules du Sport’ sur RMC au début du mois de juin. Une réunion a eu lieu dans ce sens le 15 juin 2020 à Dublin pour mettre autour d’une table tous les représentants des différentes fédérations mais aussi ceux des ligues nationales. A la sortie de cette réunion, l’idée d’une modification de calendrier pour 2020 a été abandonné. Les différents acteurs doivent encore se mettre d’accord sur la poursuite de la saison, arrêtée en raison de la crise sanitaire.

Une première modification avant le changement radical?

La crise sanitaire oblige les clubs et les fédérations à trouver un terrain d’entente pour terminer la saison actuelle, évitant ainsi de compromettre financièrement les différents acteurs du sport. Les fédérations ont été particulièrement touchés avec l’annulation des compétitions internationales et de la tournée de juillet. L’objectif est alors de rattraper ces matchs à la fin de l’année mais pour l’instant aucune décision n’a été prise. Celle-ci devait être prise le 30 juin mais la fédération internationale a préféré reporter une nouvelle fois la décision en raison des difficultés à mettre tout le monde d’accord. Certaines pistes ont été toutefois envisagées avec la possibilité de faire jouer six matchs pour le XV de France avec la rencontre contre l’Irlande à rattraper, les deux matchs contre les Pumas prévus initialement en juillet et la tournée d’automne. A côté des difficultés financières rencontrées par les fédérations, les clubs ont eux aussi souffert de la crise sanitaire. Ils espèrent bien pouvoir reprendre leur championnat dans des conditions ‘normales’, élargir le nombre de matchs des équipes nationales serait alors un problème pour eux. Pourtant, la ligue s’est déjà dit prête à consentir à un bouleversement du calendrier à la fin de l’année pour permettre aux équipes nationales de disputer plus de matchs. Le principal problème étant la durée de cette période internationale. Les clubs et la fédération française n’étant pas d’accord sur la durée de celle-ci. Tandis que la ligue est favorable à cinq matchs durant l’automne, la fédération souhaiterait faire jouer six matchs aux bleus. Un sujet brulant a-t-elle point que la ligue a annoncé son intention de saisir le Conseil d’Etat ou un tribunal administratif si la fédération lui imposait six matchs. Les deux parties prévoient de se rencontrer le 7 juillet à Toulouse pour trouver un accord, clé essentielle pour le calendrier de cet automne. 

Les décisions prises par les différents représentants ne compteront que pour cette année. La question concernant les prochaines saisons restent encore sans réponses, le nouveau projet ne pouvant pas prendre forme avant 2023 puisque les dates pour la coupe du monde en France ont déjà été fixées. Néanmoins les discussions vont s’intensifier dans le futur pour trouver une solution, permettant au rugby à XV de retrouver son public et une certaine attractivité d’autant que la Coupe du monde montre que les rencontres internationales passionnent et intéressent toujours autant les fans. Alors le futur calendrier aura pour objectif de permettre la tenue de rencontre à enjeux entre les deux hémisphères de manières plus régulières. Le positionnement de cette période sera alors objet de débats.

L’autre inconvénient est celui concernant l’intérêt pour les clubs. Dans le cas du modèle français, les clubs étant les employeurs, ils sont nécessairement amenés à donneur leur accord sur les réformes. Pour l’instant la ligue a rappelé son opposition aux contrats fédéraux, la fédération se retrouve alors dans une position délicate pour négocier ces réformes. Par ailleurs, le nombre de matchs disputés par chacune des équipes est aussi un problème constamment débattu par les observateurs. Les joueurs du championnat de France sont ceux qui disputent le plus de matchs. Entre les 26 matchs minimums de championnat, la Coupe d’Europe et les rencontres internationales, les joueurs français disputent parfois 10/15 matchs de plus que leurs concurrents. L’idée de baisser le nombre de matchs entrainerait une baisse de revenus pour les clubs, il est donc difficile de les voir changer d’avis sur la question. Les intérêts économiques sont le moteur de ces discussions, entrainant une certaine forme de discorde lorsqu’il s’agit de réformes. Si les clubs ne peuvent baisser le nombre de matchs, la World Rugby se retrouve alors avec un nouveau problème au niveau du calendrier puisque les équipes seront réticentes à laisser partir leurs joueurs pour une longue période internationale.

Lorsque les ligues française et anglaise s’opposent au projet de refonte proposé, il est obligatoire pour la fédération internationale de trouver une autre solution tant ces deux pays sont les poumons économiques du rugby moderne. Les débats vont continuer dans le futur alors que le rugby a besoin de se réinventer. Avec un sport peu mondialisé comme peut l’être le foot, il faut donc parvenir à mettre d’accord 10 pays situés aux quatre coins du globe. La crise sanitaire oblige les clubs à revoir en priorité leur calendrier pour cette saison afin de rattraper les matchs annulés. Pour l’instant aucun accord n’a été trouvé mais les différents acteurs du rugby sont prêts à faire des efforts. Pour la refonte du calendrier pour les saisons suivantes, la tâche s’annonce encore plus difficile mais pour le bien du rugby et de son attractivité, il est nécessaire pour les fédérations et les ligues de trouver un accord. 

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