Une histoire de famille

La famille Noah, une dynastie à travers les sports

Le sport est parfois une histoire de famille. Avoir pour parents des anciens sportifs de haut-niveau n’est pas toujours une chose facile à appréhender. Il peut être tentant d’essayer de suivre leur voie. Mais quelque fois, le nom de famille est trop lourd à porter, et l’envie de l’enfant est de faire connaître son prénom dans une autre discipline. Cela dure chez les Noah depuis déjà trois générations, ce que nous vous racontons aujourd’hui dans notre troisième épisode des « Histoires de famille ». 

Chez les Noah, tout commence avec le père, Zacharie, malheureusement décédé en 2017. Footballeur professionnel, vainqueur de la Coupe de France 1961 avec le club de Sedan, il est le premier d’une lignée de trois sportifs professionnels s’étant imposés dans trois disciplines sportives différentes. Il y a ensuite le fils, Yannick, une des personnalités préférées des français. Il s’est d’abord illustré au tennis avec une troisième place mondiale et reste le dernier vainqueur français d’un tournoi du Grand Chelem avec sa victoire à Roland Garros en 1983. Avant de réussir une belle carrière dans la musique. Enfin, Joakim, le petit-fils, a lui choisi le basketball et a brillé en NBA avec, principalement, la franchise des Bulls de Chicago. Trois générations, trois sports et trois champions d’une famille d’exception.

Les cartes « Panini » de Zacharie, Yannick et Joakim Noah (Image : @OldSchoolPanini).

Zacharie, une première réussite dans le football

Fils de Simon Noah, combattant du 1er régiment de tirailleurs lors de la seconde guerre mondiale, Zacharie Noah naît le 2 février 1937 à Yaoundé, au Cameroun. Il arrive en France à 12 ans et commence alors le football à Saint-Germain-en-Laye. En 1957, il est recruté par l’UA Sedan-Torcy, un des clubs phare de l’époque. Défenseur élégant, Zacharie fait toute sa carrière sous la direction de Louis Dugauguez à Sedan, avec qui il remporte notamment la Coupe de France en 1961, au détriment de Nîmes. C’est dans cette ville que naît Yannick de son union avec Marie-Claire Noah (née Perrier), une institutrice et basketteuse dans l’âme venue des Ardennes. Au sein des Sangliers, il est estimé pour son élégance, sa solidité, ses interceptions, son adresse, son jeu de tête et sa souplesse. Victime d’une fracture du bassin, Zacharie Noah est contraint de stopper sa carrière en 1963, à seulement 26 ans. 

Zacharie, ici en short à droite de l’image, après la victoire en coupe de France en 1961 (Photo : FFF).

Yannick, une des personnalité préférées des français

La même année, la famille Noah part s’installer à Yaoundé. Marie-Claire y décroche un poste d’enseignante avant de fonder sa propre école. C’est dans ce pays que son fils Yannick tombera amoureux du sport. Ce ne sera ni le football, ni le basket que le jeune homme choisira, mais le tennis. À 12 ans, ce dernier quitte le cocon familial pour rejoindre une section-sport étude en France, à Nice. Joueur très athlétique au style spectaculaire, Yannick fait ses premiers coups d’éclats au début des années 1980, notamment sur terre battue avec une finale à Rome à 20 ans. Excellent joueur de double avec ses compères Henri Lecompte (avec lequel il remporte Roland Garros en 1984) et Guy Forget, il intègre le top 10 mondial en simple en 1982. Le pic de sa carrière sera l’année 1983 avec trois victoires en tournoi, dont Roland-Garros le dimanche 5 juin 1983 devant 18 000 personnes. À cette occasion, il bat son rival de toujours Ivan Lendl en quart de finale puis Mats Wilander, tenant du titre, en finale (6-2, 7-5, 7-6). La balle de match gagnée, il se précipite en larmes dans les bras de son père, Zacharie. Il reste à ce jour le dernier français vainqueur d’un tournoi du Grand chelem ainsi que le joueur tricolore à avoir atteint le meilleur classement de l’ère Open (3ème mondial en juillet 1986).

Yannick Noah se précipitant dans les bras de son père après sa victoire à Roland Garros en 1983 (Photo : Le Figaro).

S’en suit une honorable carrière tennistique au cours de laquelle il remportera 23 titres. Mais le prodige franco-camerounais ne s’arrête pas là et décide en 1991 de se lancer dans une carrière musicale. Sa première chanson, Saga Africa, devient le tube de l’été 91, en bénéficiant de la médiatisation de son interprétation lors de la victoire de la France en Coupe Davis après 59 ans d’attente. Noah, fraîchement retraité de sa carrière de joueur l’année précédente, était alors le capitaine des Bleus, victorieux en finale contre les compatriotes d’Andre Agassi et de Pete Sampras. Il remportera la coupe Davis à deux nouvelles reprises en tant que Capitaine, en 1996 et plus récemment en 2017. Yannick Noah connait une ascension fulgurante dans la musique avec plusieurs titres comme Les Lionnes, Jamafrica, Métisse(s), Aux Arbres citoyens ou encore Angela. Il devient alors l’une des personnalités préférées des français, à l’image de ses 9 premières places consécutives entre 2007 et 2012 au sondage réalisé deux fois par an par l’Institut français d’opinion publique (IFOP).

Live de « Saga Africa » aux Nuits de Fourvières le 10 juillet 2002

Joakim, le rêve américain

Après Zacharie et Yannick, un autre Noah va marquer le sport de son empreinte : Joakim. C’est sur les parquets que le jeune homme va faire ses preuves. Après avoir passé une partie de son enfance en France et mis ses premiers paniers au Paris-Levallois Basket, Joakim part vivre aux États-Unis à 13 ans seulement. Il rejoint en 2004, à dix-neuf ans, l’université de Floride et leur équipe de basket-ball des Gators. Le pivot se fait repérer lors de la saison 2005-2006 en remportant le titre NCAA et en étant désigné MOP (meilleur joueur du Final Four). Il décide cependant d’attendre encore une année avant de se présenter à la Draft NBA. Bien lui en a pris car ses Gators, avec le même cinq de départ que l’an passé (avec notamment Al Horford et Corey Brewer), remporteront de nouveau le titre universitaire au cours de la saison, suivante, en 2007. Il est alors choisi en neuvième position par les Bulls de Chicago où il finira par s’imposer comme un élément majeur grâce à son énergie, se présence aux rebonds, son hustle, sa présence défensive, ses contres, et sa belle qualité de passe pour un pivot. Au cours de sa carrière, il sera sélectionné à deux reprises au All-Star Game (en 2013 et 2014), sera élu meilleur défenseur de l’année en 2014 et choisi dans la All-NBA First Team en 2014. Aujourd’hui, après quelques années de galères, il vient de rejoindre les Clippers de Kawhi Leonard pour la fin de saison à Disney. Sa longue rivalité avec Lebron James pourra donc continuer cet été dans une potentielle Finale de Conférence Ouest entre les deux franchises de Los Angeles.

Noah recevant son trophée de meilleur défenseur de l’année des mains de la légende Mutumbo (Photo : TheSourceMagazine).

Une image parfois écornée

Personnalité préférée des français à onze reprises au total, Yannick Noah connait depuis 2012 une désaffection de ses fans. En 2013, il descend dans le classement des personnalités préférées des Français, passant à la 23e place. Il semble payer son soutien pour François Hollande en 2012 ainsi que son amitié avec le polémiste Dieudonné. En 2013, une photo de Dieudonné et lui circulent en effet sur les réseaux sociaux : les deux hommes, au Théâtre de la Main d’Or, s’affichent hilares, le doigt en l’air (gestuelle inventée par Dieudonné, signifiant « au-dessus c’est le soleil »). En 2014, plusieurs dates sont annulées, à Rennes, Lyon et Lille notamment, faute de spectateurs. Son fils, Joakim possède également une image qui divise. Vice-champion d’Europe avec les Bleus en 2011, il a souvent refusé ses sélections et connait un désamour des fans français. Respecté en NBA, il connait également une fin de carrière compliquée, à l’image de son passage aux Knicks avec une suspension pour dopage et une altercation avec le coach alors en place, Jeff Hornacek.

Parker, Noah et Batum et leur médaille d’argent en 2011 (Photo : Panoramic)

Partir tôt pour réussir

Un point commun dans cette descendance de champion : ils sont tous les trois partis très tôt du cocon familial. Le grand-père Zacharie, parti à 12 ans de Yaoundé pour aller pratiquer du football en France, à St-germain-en-Laye. Né en France mais retourné au Cameroun dans sa jeunesse, Yannick s’en va également à l’âge de 12 ans pour se consacrer pleinement à sa passion tennistique à en sport-étude à Nice. Le petit-fils, Joakim, a suivi le même modèle et a traversé l’atlantique pour se construire sur les terrains américains à l’âge de 13 ans. Son père, Yannick Noah, avait d’ailleurs confié à Patrice Hagelauer : « Je veux qu’il aille aux États-Unis, faire du basket dans l’anonymat. On va voir s’il a faim ». Trois réussites sportives, trois départs au début de l’adolescence, chez les Noah, partir tôt pour se faire un prénom est la norme.

Trois génération, trois personnalités et trois carrières mémorables. Une descendance telle que celle de la famille Noah est très rare et restera exceptionnelle dans l’histoire du sport français. Parfois adorés, parfois détestés, il n’empêche que Zacharie peut être fier de sa descendance, et ce n’est peut-être pas encore terminé...

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