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Cam Newton et les Patriots, le mariage parfait

Quatre mois après, l’idée de Tom Brady loin des New England Patriots et de Bill Belichick semble toujours quelque peu irréelle. Deux décennies durant, ils ont établi les standards d’excellence en NFL et pour l’ensemble du sport Nord-américain. Le départ du plus grand quarterback de tous les temps indiquait un changement d’ère certain à Foxborough. Que sa succession soit assurée par Cam Newton en promet une nouvelle qui ne pâlira pas en comparaison avec la précédente.

Le 17 mars dernier, Tom Brady annonçait son départ des Patriots. Le même jour, les Carolina Panthers autorisaient Cam Newton à chercher une équipe où l’échanger. Lorsque les deux parties ont officialisé leur séparation une semaine plus tard, les rumeurs envoyant Newton à New England ont immédiatement nourri les fanfictions footballistiques. Les prémices de l’association la plus palpitante de l’histoire récente du jeu. 

Le niveau chimérique de la réussite de Brady et Belichick nous a inévitablement amené à débattre de l’allocation du crédit à l’un ou à l’autre. Que pourrait faire Belichick avec un quarterback différent, plus spécifiquement le genre de quarterback mobile dont il a publiquement fait l’éloge par le passé ?

Quand les Patriots ont négligé d’ajouter un quarterback à leur effectif lors de la draft, puis lors de la free agency, le bruissement de l’arrivée de Newton à New England est devenu grondement. Le mariage entre les deux était presque trop évident.

Les Patriots, coutumiers du fait 

Newton a signé un contrat minimum d’un an pour 1,05 millions de dollars. Même s’il touche toutes les primes pouvant faire monter son salaire à 7,5 millions de dollars, il gagnera moins que Nick Foles, Marcus Mariota et Taysom Hill, respectivement recrutés et conservé par les Bears, Raiders et Saints cette intersaison. Ces équipes ont eu des remplaçants. Les Patriots ont eu Cam Newton, un MVP plus jeune que Russell Wilson.

Le pire qui puisse arriver est qu’il ne soit plus le même joueur qu’il a été, auquel cas ils auront dépensé moins d’1% du plafond salarial pour en avoir le cœur net. Si ce joueur existe encore, le récupérer vaut largement 7,5 millions de dollars. Les Patriots ont saisi l’opportunité de jouer les premiers rôles en 2020 sans sacrifier une once de leur futur. Un investissement sans le moindre risque avec des dividendes potentiellement colossaux, que Belichick aurait pu faire même réincarné en chien.

Cam Newton, lui, peut relancer une carrière au point mort depuis deux ans et convertir une saison sans blessure en un contrat à la hauteur de son pedigree. À l’instar de Teddy Bridgewater qui, ironiquement, lui a succédé à Carolina.

Cette intersaison, le marché des quarterbacks a été des plus étranges. Est-ce dû à la pandémie, l’éclosion d’une nouvelle génération ou la stupidité des dirigeants ? Sûrement un peu des trois. Et aucune autre franchise ne s’est montrée plus apte à exploiter des conjonctures insolites que les Patriots. Il est tout bonnement impossible de raconter leur hégémonie sur le sport depuis 20 ans, sans parler des joueurs acquis à prix discount par Belichick, après qu’ils aient été laissés pour compte. Les 31 autres équipes de la ligue pourraient bien (encore) passer pour des idiots à la fin de la saison. 

Il n’y avait aucune raison valable à ne pas, au minimum, jauger l’intérêt de Newton. Zéro. Les general managers n’ayant pas pris la peine de passer un coup de téléphone à son agent ne devraient plus être general manager. Les Patriots ont Cam Newton parce que le reste de la NFL leur a permis. 

Les inconnues autour de sa santé ne sont évidemment pas idéales, mais les utiliser comme arguments pour médire la transaction des Patriots est risible. L’alternative eut été Jarrett Stidham, dont l’inconnue est qu’il n’a jamais commencé un match en NFL… La prise de risque est la manière dont New England gagne. C’est la manière dont ils avaient obtenu Mike Vrabel, Rodney Harrison, Randy Moss et Chris Long. Et peu importe les échecs de Chad Ochocinco, Albert Haynesworth ou Michael Bennett, six bagues de champion prouvent que le jeu en vaut bien la chandelle. 

Si Newton retrouve un semblant de Super Cam, les Patriots pourront le conserver avec un long contrat, le franchise tag, ou bien le laisser partir et récupérer un choix de draft de compensation. Celui même qu’ils viennent de perdre dans une nouvelle affaire de tricherie. Le déplorable autre pan de leur dynastie.

De la théorie à la pratique 

Maintenant que Cam Newton est un Patriot, la question est de savoir à quoi cela va ressembler. Bill Belichick aime trois choses plus que tout : un bon rapport qualité-prix sur ses joueurs, innover sur le terrain et gagner. Newton peut cocher toutes les cases. Belichick n’a pas fait tout ce qu’il est possible de faire dans le football américain, mais il a pensé à tout ce qu’il est possible de faire dans le football américain. Il est derrière le seul et unique drop réussi en NFL depuis 1941 ! Le coach qui a pensé à tout ce qui est possible de faire dispose désormais d’un quarterback qui, en bonne santé, peut faire l’impossible.

Brady, Belichick et le coordinateur offensif Josh McDaniels ont déjà réinventé le sport et influé la manière dont les franchises construisent leurs équipes à plusieurs reprises. En 2007, ils étaient à l’origine de l’essor de la formation shotgun aujourd’hui en vogue dans la ligue. En 2011, ils avaient popularisé les formations à deux tight-ends et fait de Rob Gronkowski une superstar. Plus récemment, alors que les défenses sont devenues plus petites pour contrer les attaques spread, New England a été l’une des rares équipes à contrer la tendance avec des compositions plus grandes et plus lourdes. 

Nous n’avons pas moult exemples d’une attaque Belichick–McDaniels sans Tom Brady, mais tout de même assez pour présumer des altérations à venir. En 2016, quand la suspension de Brady et la blessure de Jimmy Garoppolo avaient contraint les Patriots à titulariser Jacoby Brissett, ils avaient immédiatement instauré des jeux de courses dans leur système pour le jeune quarterback.

Lors de son premier match, Brissett avait couru 8 fois et glané 48 yards, dont un touchdown de 27 yards sur un keeper d’école. Ce soir-là, New England n’avait lancé la balle que 19 fois, couru à 39 reprises et battu les Texans 27-0. Belichick et McDaniels n’auront pas à restreindre et protéger Newton comme un rookie faisant ses débuts chez les professionnels, mais ce match est une illustration de la célérité des Patriots à adapter leurs plans de jeu.

Tout comme le passé récent, la composition de leur effectif actuel laisse présager une attaque fondée sur la course, autour de Newton. Avant le très hypothétique training camp, quelque chose du nom de Matt LaCosse est leur tight end n°1. Le corps de receveurs est composé de Julian Edelman, N’Keal Harry, Mohamed Sanu et pas grand-chose d’autre. La bonne santé de Harry et une saison complète de Sanu devraient compenser l’éventuel déclin d’Edelman, mais le trio demeure un (ou deux) (ou trois) cran(s) en dessous des meilleurs groupes de la ligue. 

Cam, ce super-héros

Heureusement, Newton est habitué à pareilles circonstances. En 2015, ses Panthers avaient remporté 15 matches en saison régulière et atteint le Super Bowl. Denver avait pris le meilleur sur eux, mais ils n’auraient jamais dû se trouver à ce niveau de la compétition en premier lieu. Newton, à bout de bras, avait tiré l’une des pires escouades offensives à avoir joué la finale du championnat. Ted Ginn, Corey Brown et Jerricho Cotchery (!) étaient ses receveurs titulaires. Au Super Bowl, ils avaient laissé tomber plus de 100 yards de gains potentiels, dont une mauvaise réception provoquant une cruciale interception, à la fin du 3e quart-temps.

Sa piteuse conférence de presse après la rencontre et le fumble qu’il n’avait aucune chance de récupérer sans se blesser sont devenues les histoires de ce match. Dans un monde plus juste, Newton aurait plutôt reçu d’expansives louanges pour la saison historique qu’il venait de réaliser. Aucun autre quarterback n’aurait pu tirer plus de cette attaque, avec des receveurs si peu fiables et une ligne offensive aussi poreuse. 

Cette saison, comme les précédentes et comme les suivantes, Newton avait encaissé beaucoup trop de coups. En particulier sur les jeux de passe, où il devait garder la balle tant que ses receveurs médiocres ne créaient pas la séparation nécessaire dans le système ultra-vertical des Panthers. Les lignes offensives derrière lesquelles il a évolué en Caroline ont oscillé entre quelconques et catastrophiques, découlant logiquement en de sérieuses blessures. 

Aux deux opérations de l’épaule en trois ans est venue s’ajouter une lésion de Lisfranc en 2019. Avec une épaule affaiblie et un pied instable, Cam Newton n’a joué que deux matches la saison passée. Les pires de sa carrière professionnelle.

Tous ses problèmes lors de ces deux matches étaient dus à son corps défaillant. Ses lectures étaient parfaites, son timing impeccable, mais dès que la balle quittait ses mains, elle s’envolait loin, très loin du joueur visé. 

Cette époque est désormais révolue. À New England, Newton va jouer derrière la meilleure ligne offensive qu’il n’ait jamais eue. Il n’a jamais non plus été en bonne santé pour profiter de Christian McCaffrey au sommet de son art. James White n’est pas McCaffrey, mais en est peut-être la meilleure imitation. Avec Sony Michel, ils formeront un précieux trio à la course pour contrôler les matches et limiter les erreurs. Enfin, même sans Jamie Collins et Kyle Van Noy, la défense des Patriots devrait rester parmi les meilleures de la ligue.

Belichick a déjà montré qu’il pouvait se contenter d’une attaque conservatrice et s’appuyer sur sa défense pour gagner des matches. Il n’a pas besoin du Cam Newton de 2015, simplement d’une menace crédible à la course et d’un lanceur régulier, autour duquel McDaniels et lui pourront construire un système.

En dehors de la santé de Newton, c’est peut-être là le point le point le plus important. Belichick et McDaniels sont des entraîneurs bien supérieurs à ceux passés par Carolina. Ron Rivera est un bon coach, mais il n’est pas le meilleur tacticien de l’histoire. Josh McDaniels est objectivement meilleur, plus flexible et plus créatif que tous les précédents coordinateurs offensifs de Newton.

Pour le meilleur et pour le pire 

La valeur de Cam Newton n’a pas été à ce point remise en question depuis 2009. Parti de l’université de Florida par la petite porte, sous fond d’ordinateur volé et soupçons de triche aux examens, il s’était réfugié à Blinn College. Loin des projecteurs, il avait remporté le championnat Junior College avec un groupe de futurs comptables et instituteurs. Encore face aux critiques l’année suivante, il avait mené Auburn à la meilleure saison de son histoire avec une attaque qui, en dehors de lui, totalise aujourd’hui 1 titularisation en NFL.

Dix ans plus tard, New England lui offre une opportunité similaire. Celle de réhabiliter son nom, de jouer au poste le plus important de la franchise la plus accomplie des deux dernières décennies, après le plus grand quarterback de tous les temps. Cam Newton est le meilleur joueur du monde lorsqu’il a quelque chose à prouver. S’il parvient une nouvelle fois à ses fins, les Patriots disputeront la suprématie de l’AFC aux Chiefs et aux Ravens. S’il échoue à regagner sa primauté, lui et sa nouvelle équipe seront au même point que celui où ils se trouvaient avant leur union. L’un comme l’autre n’ont rien à perdre et tout à gagner.

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