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Devin Booker peut-il devenir un bon meneur de jeu ?

Devin Booker vient de réaliser la meilleure saison de sa jeune carrière à Phoenix. Du haut de ses 26 points et 6 passes par match, il s’est installé parmi les meilleurs arrières de la NBA. Sa première sélection au All-Star Game en atteste. Son coach Monty Williams voit beaucoup de potentiel en lui, il a même récemment déclaré vouloir en faire une alternative sérieuse à Ricky Rubio au poste de meneur chez les Suns. Devin Booker en a-t-il la capacité et quelles conséquences cette adaptation des qualités de l’arrière pourrait avoir sur les résultats des Suns ?

Un joueur encore sous-estimé

Pour commencer, on veut avant tout vous rappeler quel type de joueur est Devin Booker. L’arrière des Suns vient de réaliser sa plus belle saison en carrière et pourrait bien progresser encore un peu plus dans un effectif qui s’améliore à vue d’œil. Il vient de réaliser sa seconde saison consécutive à plus de 26 points par match, dont 22 matchs à plus de 30 points, s’installant durablement dans le Top 10 des meilleurs marqueurs de la ligue. S’il n’a pas connu de pointe aussi historique que ses 157 points en 3 matchs de Mars 2019, c’est sa spectaculaire régularité qui a bluffé. Une régularité trouvée dans un effectif d’une qualité qu’il n’avait encore jamais connue à Phoenix.

Au fil des années, Devin Booker a grandement pesé sur l’attaque des Suns. Il a su progresser en même temps que son équipe, qui s’avère bien meilleure en sa présence sur le parquet. (Crédits : Thinking Basketball)

Conséquence, Devin Booker a enfin connu une saison plus satisfaisante sur le plan collectif. Avec 26 victoires, les Suns sont encore loin du compte, mais deviennent une réelle menace pour n’importe qui dans un soir où ils récitent leur meilleur basket. Devin Booker a joué un rôle majeur dans ce progrès. L’arrivée de Ricky Rubio a changé sa façon d’aborder le jeu, et l’a transformé en une réelle menace dans ses mouvements sans ballon, en plus de ses capacités de solistes extraordinaires déjà connues. Pourtant, son impact au scoring est resté au plus haut et son efficacité s’est même décuplée (48% au tir). En Février dernier, il est sélectionné au All-Star Game suite à la blessure de Damian Lillard, réparant l’injustice que sa non-sélection avait inspiré à de nombreux fans NBA.

Lors du All-Star Game 2020, Devin Booker a tenu à rendre hommage à Kobe Bryant,et sa fille Gianna, disparus tragiquement le 26 Janvier dernier. (Crédits : NBA.com)

Cette sélection peut apparaître anecdotique mais lui a apporté bien plus qu’une simple ligne dans son CV. Elle lui offre un nouveau statut. Un statut qui va l’aider à progresser dans une ligue où il a définitivement gagné le respect de tous. Un respect capital quand il s’agit par exemple d’obtenir les coups de sifflets décisifs dans les fins de matchs serrés, de la part d’arbitres qui ne lui ont presque jamais fait de cadeau. Devin Booker a aussi profité de cette saison pour faire tomber de nouveaux records. Ainsi, il est devenu le quatrième plus jeune joueur à atteindre les 7000 points en carrière, dépassant Kobe Bryant. C’était le 29 Janvier dernier, soit trois jours après le terrible accident de celui qui lui avait demandé de « devenir légendaire » un soir de 2016. Booker est aussi le sixième joueur de l’histoire à enregistrer plus de 25 points et 6 passes à plus de 48% au tir.

Un bon passeur à perfectionner

Pour devenir une équipe encore plus sérieuse, les Suns pourraient alors avoir besoin de Devin Booker… Au poste de meneur ! Bonne nouvelle, Devin Booker a déjà prouvé qu’il pouvait être un chef d’orchestre tout à fait crédible à Phoenix. Le passeur qui sommeille en lui ne demande qu’à être utilisé comme ses 6 passes décisives par match depuis 2 saisons le prouve. La faiblesse accablante de ses coéquipiers ne permet elle, de tirer aucune conclusion sur ses premières saisons. Devin Booker a réalisé 22 doubles-doubles lors des deux dernières saisons, preuve qu’il peut allier le scoring et la passe. Du haut de ses 23 ans, il a déjà réalisé 37 matchs à au moins 30 points et 5 passes décisives, une statistique que seuls LeBron James et Oscar Robertson avaient enregistré à cet âge-là.

Devin Booker doit désormais apprendre à bonifier ses qualités de passeur. Comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessus, il excelle pour trouver ses coéquipiers démarqués derrière la ligne à trois points, mais il est plus en difficulté lorsqu’il s’agit de trouver l’intérieur dans les petits espaces. Or c’est dans ce domaine que le jeu des Suns doit se concentrer. Avec un pivot aussi menaçant que Deandre Ayton et son immense potentiel, il faut exploiter cette connexion. Si Devin Booker veut devenir une alternative au poste de meneur, il devra travailler ses pick and roll avec le Bahaméen pour en faire une arme létale. Pour l’instant, leur connexion est perfectible et Booker doit travailler avec Ayton pour qu’ils apprennent à se trouver les yeux fermés. L’arrière doit aussi apprendre à ne pas tirer systématiquement en sortie d’écran comme son mental de marqueur le pousse trop souvent à le faire.

Les Suns ont besoin d’une alternative

L’idée d’installer Devin Booker plus régulièrement au poste de meneur n’est pas née de nulle part. Ricky Rubio a réalisé une saison au-delà de toutes les attentes à Phoenix, mais s’est retrouvé bien seul sur le poste de meneur de jeu en termes de talent. Dans la rotation, Elie Okobo, Jevon Carter, Tyler Johnson (coupé) et Ty Jerome se sont tous cassés les dents en le remplaçant et leur apport a toujours été décevant. Lorsque Rubio est sur le terrain, le Net Rating des Suns est à +3,8 et tombe à -6,5 lorsqu’il ne l’est pas. Un chiffre qui accable les jeunes meneurs des Suns.

Une chose que je veux explorer est la possibilité de placer Devin au poste de meneur un peu plus que ce que je n’ai pu le faire cette saison. Je pense qu’il est arrivé à un stade de sa carrière où il peut créer le bon système avec régularité. Ma volonté est de lui mettre la balle dans les mains pendant 10 ou 12 minutes par match, peut-être plus, et regarder l’impact que cela produit sur notre équipe.

Monty Williams

Mais installer Devin Booker au poste de meneur est un exercice délicat, et c’est la raison pour laquelle Monty Williams s’y est presque toujours refusé la saison passée. Avec un Booker en tant que meneur et Okobo ou Carter à ses côtés, le Net Rating des Suns reste au plus bas. On retrouve dans ce type de situation un Devin Booker isolé et facile à défendre pour l’équipe adverse qui n’a qu’à se concentrer sur lui. A l’inverse, les 6 petites minutes durant lesquelles Booker a joué sans un autre extérieur à ses côtés ont offert 21 points aux Suns, une orgie offensive. L’échantillon est faible, mais c’est bien là la piste que Monty Williams cherche à explorer dans un futur proche.

Attention, il ne s’agit pas ici de transformer la star des Suns en une pâle copie de James Harden. Au contraire, Devin Booker est un joueur qui n’effectue que 2,6 isolations par match en moyenne, et ce schéma de jeu servirait avant tout à rendre meilleur le rendement de ses coéquipiers. Une possibilité très appréciée serait de situer Mikal Bridges à côté de Devin Booker sur les postes extérieurs sur de courtes séquences. Ainsi, la force offensive des Suns serait conservée avec des ailiers athlétiques prêts à recevoir le ballon dans les mains. Plus important encore, les Suns auraient la possibilité de placer Bridges sur le meilleur extérieur adverse en défense, tant il a prouvé sa capacité à exceller dans ce domaine avec James Harden par exemple, pour ne citer que lui.

La bulle d’Orlando et les 8 matchs de saison régulière restants aux Phoenix Suns vont servir de test grandeur nature. La possibilité de déployer Devin Booker au poste de meneur restera limitée avec un effectif incomplet, mais intéressante à expérimenter. L’alternative Booker à la mène semble indispensable aujourd’hui. Ricky Rubio est un trentenaire qui ne peut plus multiplier les matchs à plus de 35 minutes comme il la fait la saison passée, encore moins dans une saison où il a enchaîné après une Coupe du Monde en Chine épuisante (Champion et MVP du tournoi). En conférence de presse, le coach des Suns a évoqué le chiffre de 10 à 12 minutes de Devin Booker à la mène. Depuis, on a appris que Ricky Rubio n’a pas effectué le voyage initial à Orlando. Il jouera, mais ne s’est toujours pas entraîné avec l’équipe à ce jour, tout comme Elie Okobo, ce qui laisse encore un peu plus la porte ouverte à Devin Booker sur le poste 1. Ce sera un élément à surveiller.

Bien que sous-estimé, la réussite des Suns et celle de Devin Booker pourrait bien dépendre de la capacité de ce dernier à s’adapter sur un poste de meneur qu’il a déjà commencé à assimiler. Après une saison où les Suns ont pleinement exploité les qualités de Ricky Rubio à ce poste, il est donc possible de voir le jeu des cactus évoluer sur le moyen terme pour maximiser l’impact de leur duo d’arrières tant satisfaisant. Leur capacité à intégrer Deandre Ayton dans leur façon d’aborder le jeu sera aussi un facteur clé. Les prémices de ce projet sont attendues à Orlando.

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