Foot Portraits du CCS

Jonathan David, prêt à conquérir l’Europe ?

Annoncé au LOSC depuis plusieurs semaines, l’attaquant canadien semble se rapprocher un peu plus du club nordiste à mesure que les jours passent. En effet, selon La Voix Du Nord, Lille serait proche de se plier aux exigences du président de La Gantoise (Ivan De Witte) et devrait formuler une offre proche des 30 M€. Également pisté par Leeds et le Borussia Mönchengladbach, le canadien est sur les radars de plusieurs grands clubs européens et pourrait bien devenir l’une des futures star du football européen. Décryptage d’un talent hors norme !

Né à Brooklyn (New-York) de parents haïtiens, le 14 janvier 2000, le jeune Jonathan ne reste pas très longtemps aux États-Unis, puisque sa famille retourne au pays et à Port-Au-Prince, trois mois seulement après sa naissance. Six ans plus tard, la famille David déménage à nouveau et s’installe, cette fois, au Canada, à Ottawa. En 2010, Jonathan David commence le football et intègre le club des Dragons de Gloucesters. Un an plus tard, il change de club et rejoint le Gloucester d’Ottawa puis change à nouveau de club en 2015 pour aller à l’Internationals d’Ottawa.

En 2016, un gros tournant s’opère dans la carrière du jeune attaquant puisqu’il est repéré par Nick Mavromaras, agent de joueur canadien et propriétaire de l’agence : Axia Sports Management. Ce dernier décide de faire du jeune attaquant canadien son nouveau poulain et l’envois faire des essais à travers l’Europe. Après deux échecs au RB Salzbourg et au VfB Stuttgart, l’agent d’origine grecque transmet des clips vidéos à un scout de La Gantoise. Bluffé par les qualités du gamin, le club belge décide de lui faire passer un test. Jonathan David accepte et passe le test avec brio ; il signera son premier contrat professionnel en faveur des Buffalos quelques mois plus tard, en janvier 2018.

Jonathan David aux côté de son agent Nick Mavromaras, lors de sa signature avec le club belge, en janvier 2018 (@NickMavromaras)

En parallèle, le natif de Brooklyn fait ses débuts avec l’équipe nationale canadienne le 9 septembre de la même année lors d’un match face aux îles Vierges des États-Unis comptant pour la Ligue des Nations de la CONCACAF. David est même titulaire et inscrit un doublé ; il devient ainsi le premier joueur à inscrire un doublé lors de sa première sélection pour le Canada.

Décortiquons, maintenant, le style de jeu du jeune attaquant canadien.

Jonathan David, un buteur qui n’en a pas le poste

23 buts et 10 passes décisives ! Ce sont les stats TCC de l’attaquant canadien, cette saison. Commençons donc par répondre à une question que bon nombre de supporters lillois doivent légitimement se poser : Jonathan David vient-il remplacer Victor Osimhen, partis au Napoli ? Eh bien probablement pas ! En effet, malgré des stats digne d’un avant-centre rodé, le natif de Brooklyn joue depuis ses débuts à La Gantoise au poste de milieu offensif ou comme second attaquant derrière un pivot. Cette saison, dans le 4-3-1-2 de Jess Thorup, le canadien s’est pleinement épanoui en jouant derrière les deux attaquants, Roman Yaremchuk et Laurent Depoitre puis a dû monter d’un cran, suite à la blessure de l’attaquant ukrainien, début janvier, sans que cela n’entâche son rendement, bien au contraire…

À gauche le onze type de La Gantoise, avant la blessure de Yaremchuk, à droite le même onze après la blessure de l’ukrainien. (LineUp Builder)

Jonathan David a donc troqué son costume de meneur de jeu pour se muer en second attaquant gravitant autour d’une pointe, ici Depoitre. Ce qui a eu pour conséquence de transformer drastiquement ses stats ; en effet, ce dernier est passé de 13 buts et 9 passes décisives en 30 matchs TCC avant son repositionnement à 10 buts et 1 passe décisive en 10 matchs TCC après repositionnement. Ces changements de stats sont donc assez logiques compte tenu du fait qu’il soit positionné plus haut sur le terrain, mais elles sont également révélatrice du phénomène qu’est Jonathan David. Pour réussir à « jongler » aussi facilement entre deux postes aussi différents, qui ne demandent pas les mêmes courses, les mêmes déplacements et les mêmes exigences, il faut un bagage technique, tactique et un QI foot très développé.

Justement parlons de son positionnement sur le terrain, de ses courses et de ses déplacements. Comme le montre la Heatmap ci-dessous, Jonathan David couvre énormément de terrain de par son poste, mais également de par ses courses. Constamment en mouvement le N°16 gantois profite du système sans ailier de La Gantoise pour dézoner sur les côtés et ainsi créer des décalages. Autre aspect intéressant de son jeu, il est sans cesse à la recherche de la profondeur, comme nous le montre la deuxième image indiquant les zones du terrain d’où proviennent les courses du jeune canadien et comme vous pouvez le constater, 67 % de ses courses partent des flancs avec une forte propension à partir du côté gauche, ce qui est naturel pour ce droitier afin de repiquer pour combiner ou frapper.

À gauche, la heatmap de Jonathan David, cette saison (Wyscout), à droite, une représentation graphique représentant les zones d’où proviennent les courses du N°16 gantois (totalfootballanalysis.com).

Ses qualités athlétiques couplé à sa bonne lecture du jeu font de lui un joueur extrêmement mobile et redoutable dans le dos des défenses adverses, mais ce ne sont pas ses seuls atouts.

Un instinct de tueur dans la surface

En plus d’avoir des qualités athlétiques indéniables et une bonne lecture de jeu, Jonathan David est doté d’une finition quasi chirurgical. Il n’est d’ailleurs pas étonnant de voir qu’en 95 matchs officiels depuis le début de sa carrière, ce dernier a inscrit 48 buts soit un but tous les deux matchs, pour un joueur jouant la majorité du temps en tant que milieu offensif, ces stats sont assez impressionnantes. À cela nous pouvons ajouter sa très bonne justesse de frappe ; en effet, cette saison Jonathan David a un taux de frappes cadrés très élevé, près de 56 % selon Soccerment, ce qui le place parmi les joueurs les plus efficaces dans ce domaine en Europe.

Dans le même temps nous pouvons voir sur l’image ci-contre (Stats Perform), les statistiques des frappes de Jonathan David cette saison, en Jupiler League. Avec 67 tirs en 27 matchs (soit une moyenne d’environ 2.5/match), le canadien démontre sa capacité à frapper dans à peu près toutes les positions et toutes les distances, mais également sa faculté à finir les actions dans la surface. Ce qui est encore plus frappant c’est que plus d’un tir sur trois, lorsqu’il est dans la surface de réparation adverse, termine sa course au fond des filets, à ce stade ça en devient presque indécent.

On peut également remarquer que sa stats d’xG (nombre de but attendus) est assez faible (9,2) en comparaison de son véritable nombre de but marqué (15, sans penalty), on pourrait donc logiquement imaginer qu’il est en surperformance, mais lorsque vous enchaînez deux saisons comme celle-là à 19 et 20 ans, c’est rarement dû au hasard, quand bien même vous jouez dans un championnat dit mineur.

Voici un petit florilège des buts inscrit par Jonathan David, cette saison.

Si David marque autant de but en étant à l’intérieur de la surface, c’est en partie grâce à ses déplacements intelligents, mais également grâce à ses partenaires d’attaque (Depoitre, Yaremchuk ou Kvilitaia) qui ont tendance à vampiriser l’attention des défenseurs adverses ce qui permet ainsi au canadien de mieux se placer, de mieux lire le jeu et de pouvoir finir les actions.

Un joueur qui sait aussi faire jouer ses partenaires

En étant impliqué dans plus d’un tiers des buts de son équipe cette saison (33/89 buts), Jonathan David a montré qu’il était aussi, comme le suggère son poste, un meneur de jeu capable d’être altruiste et de mieux faire jouer les autres, d’ailleurs son taux de passes réussis dans le dernier tiers du terrain (73,3 %) est là aussi impressionnant. Comme évoqué plus haut, le N°16 gantois a délivré neuf passes décisives TCC avant d’être repositionné plus haut sur le terrain, mais durant le laps de temps où il occupait ce poste, un autre aspect de son jeu s’est totalement révélé au grand jour.

Comme nous le montre ce graphique recueilli sur le site soccerment.com, Jonathan David n’hésite pas à jouer latéralement ou vers l’arrière pour essayer de construire le plus possible le jeu et ainsi permettre à son équipe d’imprimer le tempo au match, cela tranche avec le style de jeu du jeune canadien, mais met encore une fois en évidence l’intelligence dont il peut faire preuve en match. Avec un taux de passes réussis de 90,7 %, cette saison, le canadien se classe parmi les meilleurs éleves de la saison en Belgique, dans ce domaine et prouve qu’il sait aussi organiser le jeu de son équipe comme un vrai 10.

En revanche, il faut ajouter un léger bémol et noter que sa qualité de passes longues (seulement 47,8 % réussis) et de centres (seulement 30,8 % réussis) ne sont pas du même acabit et il devra travailler là-dessus pour élargir un peu plus sa palette.

Comment l’intégrer au dispositif de Christophe Galtier ?

« Je veux venir à Lille. J’ai fait une très bonne saison. Pour moi, la prochaine étape, c’est la Ligue 1. Et le projet sportif du LOSC est top.« 

Jonathan David, dans les colonnes de l’Équipe, le 17 juillet dernier

Nous allons, bien entendu, prendre quelques précautions car le transfert est loin d’être finalisé, mais le LOSC est le grandissime favori à la signature du joueur canadien d’autant que lorsqu’on écoute le jeune attaquant, il y a fort à parier que ce dernier pousse en coulisse pour que le transfert se concrétise, voici ce qu’il avait dit, il y a quelques semaines dans les colonnes de l’Équipe : « Les discussions sont compliquées. Le club dit vouloir me garder. Ou être prêt à me vendre pour un prix qui ne me paraît pas envisageable compte tenu de la situation liée au coronavirus. Pourtant, j’ai exprimé clairement que je voulais partir à Lille. Ils m’avaient dit qu’ils ne me bloqueraient pas. » avant de poursuivre : « Je veux venir à Lille. J’ai fait une très bonne saison. Pour moi, la prochaine étape, c’est la Ligue 1. Et le projet sportif du LOSC est top. C’est une très bonne équipe en France. »

En imaginant que le joueur signe bel et bien dans le club français, comment Christophe Galtier pourrait articuler son onze et permettre de tirer le meilleur de l’actuel N°16 gantois, d’autant qu’après la signature de l’attaquant turc, Burak Yilmaz, Lille serait aussi très intéressé par l’attaquant colombien des Glasgow Rangers, Alfredo Morelos ? Trois hypothèses pourraient être viables :

Le 4-2-3-1 :

Dans ce schéma, Jonathan David retrouverait un système assez proche de ce qu’il a connu du côté de La Gantoise, à savoir un attaquant de pointe établi (ici Morelos ou Yilmaz) ainsi qu’un attaquant plus vif et rapide (Ikoné ou Bamba). Dans ce système, il pourrait également être un parfait complément à la paire André-Sanches à la construction du jeu et ainsi être le « chef d’orchestre » de l’équipe nordiste.

Ce 4-2-3-1 pourrait permettre au lillois d’avoir plus d’emprises sur le jeu.

Le 4-4-2 :

Dans ce schéma, seuls les rôles changent. En effet, dans ce 4-4-2, David aurait un rôle de second attaquant qu’il connaît aussi très bien et avec lequel il est à l’aise. Ce système pourrait permettre de mettre davantage en avant ses qualités de finisseur et les deux flèches sur les côtés (Bamba et Ikoné) pourraient être de très bons fournisseurs de ballons. En étant très proche de l’attaquant de pointe, le jeune canadien permettrait aux lillois d’être encore plus dangereux en phases offensives.

En revanche, ce système miserait davantage sur les transitions rapides et les contre-attaques aux détriments de la patience et de la construction.

Le 4-2-3-1 avec Jonathan David en pointe :

Cette animation est peut être la moins probable, mais pourrait être très intéressante pour les lillois (surtout si Morelos ne vient pas). Dans ce schéma, David aurait un rôle de faux 9, ce qui permettrait à Bamba et Ikoné de se recentrer et faire des ravages dans les défenses adverses. Sa complémentarité technique avec le meneur de jeu turc, Yazici, pourrait également être très intéressante à voir.

Le problème de cette animation réside dans la capacité ou non de Jonathan David à être capable de jouer comme un « vrai » 9 quand le jeu le demande.

Vous l’aurez compris, la versatilité de Jonathan David pourrait être un vrai plus pour un jeu lillois qui avait parfois tendance à être trop stéréotypé, la saison dernière… si tant est que La Gantoise accepte de libérer son joueur.

Auteur de 48 buts et 20 passes décisives en 95 matchs TCC, depuis le début de sa (jeune) carrière, Jonathan David est déjà destiné à un grand avenir. Est-ce que sa carrière fera une escale du côté du nord de la France, nous l’espérons, tant ce joueur semble prometteur et excitant à voir jouer. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que quel qu’il soit, le prochain club qui l’accueillera fera certainement une très bonne affaire.

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