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Lamar Jackson et les Ravens parés au (re)décollage

Comme les Chiefs et Patrick Mahomes il y a deux ans, les Ravens et Lamar Jackson ont accaparé la majeure partie de la saison 2019. Par une approche offensive novatrice, par leur infaillible transcendance, par leur féérie. Ils ont bouclé la saison régulière avec la meilleure attaque à la passe et à la course, égalé le record de joueurs d’une même équipe sélectionnés au Pro Bowl et battu le record de points inscrits en une saison par la franchise… à deux matches de la fin. 

Les playoffs devaient être le théâtre du premier affrontement d’une longue série entre les deux derniers MVP pour la suprématie de l’AFC. Mahomes et les Chiefs ont rempli leur part de contrat. Jackson et les Ravens ont vu leur rêve s’envoler sans même qu’ils ne s’en aperçoivent. Les phases finales à élimination directe sont ainsi impitoyables. Une équipe peut mettre au pas l’ensemble de la ligue pendant quatre mois, laisser admirateurs les supporters adverses et enchanter les siens, puis voir ses espoirs de titre partir en fumée, en 60 minutes mal maîtrisées. L’histoire des Baltimore Ravens 2019.  

Pour leur entrée dans les playoffs contre les Tennessee Titans, tout ce qui pouvait aller de travers est allé de travers. Des lancers déviés transformés en interceptions aux passes en profondeurs relâchées sous la pression, l’agressivité sur quatrième down qui les avait caractérisés pendant la saison régulière les a trahis au plus mauvais moment. Les Titans ont, eux, sanctionné chacune des ces erreurs. La saison magique des Ravens effacée, comme si elle n’avait jamais existé.

Les modèles Kansas City et Seattle

Lorsqu’une équipe réalise un parcours de ce genre, il est communément admis qu’il s’agit du commencement d’une époque dorée. Surtout avec un MVP plus jeune que certains joueurs universitaires et le retour de la majorité de l’effectif pour la nouvelle saison. Seulement, les progressions linéaires ne coulent pas de source en NFL. La manière dont les franchises réagissent après avoir échoué si près du but est absolument déterminante dans leur quête ultime du Super Bowl. 

Plusieurs éléments peuvent entraver les efforts d’amélioration d’une saison à l’autre, particulièrement pour les bonnes équipes. Certaines, comme les Jaguars 2017 ou les Bears 2018, n’ont simplement plus les ressources nécessaires, après avoir dépensé des milles et des cents sur des vétérans. Pour d’autres, la fuite des cerveaux est rédhibitoire. C’était le cas des Falcons 2016, après l’inéluctable départ de Kyle Shanahan vers un poste d’entraîneur principal.

Pour ces équipes éliminées à quelques encablures du Super Bowl, il est primordial de comprendre le pourquoi du comment. Celles qui minorent leur propre responsabilité dans la faillite et misent sur une progression interne finissent souvent par le regretter. C’est là que s’est démarqué Eric DeCosta, le general manager de Baltimore, cette intersaison. Plutôt que se reposer sur les lauriers de l’exercice précédent, les Ravens ont ajouté du talent où l’effectif en manquait et surtout consolidé leurs forces, avec audace et résolution. Le même modèle ayant permis à deux autres équipes de conquérir le Graal, une année après l’avoir effleuré : les Seahawks 2013 et les champions en titre Chiefs 2019.  

Aujourd’hui la saison 2012 des Seattle Seahawks n’est, comme dirait l’autre, qu’un point de détail de l’histoire. Une note de bas page dans le récit des deux finales jouées consécutivement les années suivantes, les Super Bowls les plus marquants de la dernière décennie. Et pourtant, dès 2012, Seattle était sans doute la meilleure équipe de la ligue. Ils n’avaient concédé que 15,3 points par match, de loin la meilleure marque de la ligue, terminé avec la meilleure attaque pondérée à l’avancement de la saison et remporté leurs cinq derniers matches. 

Après une victoire facile contre Washington au 1er tour des playoffs, Seattle avait perdu un crève-coeur à Atlanta. Le genre de désillusion qu’a connu Kansas City il y a deux ans, en finale de l’AFC contre New England. Une pénalité pour hors-jeu, une prolongation, une défaite contre un adversaire qu’ils avaient dominé en 2e mi-temps et le Super Bowl qui leur était promis leur a échappé. Seahawks et Chiefs ont pris leur revanche sur le sort et sur leurs erreurs la saison suivante. Les Ravens espèrent une issue similaire cette année, avec des ajustements de pareil acabit. 

Leçon n°1 : renforcer ses points forts. La ligne défensive des Seahawks avait déjà ce qu’il fallait de poids et de volume pour terroriser les coureurs adverses en 2012. Il ne manquait qu’un peu de vitesse aux bords de la ligne pour estropier les passeurs de la même manière. Michael Bennett et Cliff Avril sont venus compléter à merveille Red Bryant et Chris Clemons, permettant à Seattle non seulement de conserver la meilleure défense du championnat, mais de carrément l’améliorer. Les Chiefs, eux, n’ont pas recruté de free agents de renom à l’intersaison 2019, mais choisi le receveur Mecole Hardman avec leur premier choix de draft. Un profil quasi-identique à celui de Tyreek Hill, qui aura finalement permis à leur attaque d’être encore plus frénétique qu’en 2018.

Leçon n°2 : combler ses lacunes. Avant la draft et la sélection de Hardman, les Chiefs avaient alloués la plupart de leurs ressources à la reconstruction de leur défense perméable. D’abord en recrutant Steve Spagnuolo pour être le coordinateur défensif, puis en faisant de Tyrann Mathieu le safety le mieux payé de l’histoire et en acquérant le defensive end Frank Clark contre un 1er et un 2e tour de draft. S’ils ont un peu tardé à faire leurs preuves, Mathieu et Clark ont bel et bien fini par revigorer une escouade défaillante, avec le résultat que l’on connaît.

Eric DeCosta fermement aux commandes 

Cette intersaison, les Ravens ont appliqué ces deux exactes leçons. Leur principale faiblesse la saison dernière était leur incapacité d’exercer une pression à quatre sur le quarterback. Ils ont eu recours au blitz sur 54,9% des snaps adverses (!) et n’ont terminé qu’avec le 15e taux de pression de la ligue. Beaucoup d’efforts pour être seulement moyens, nonobstant la capacité de leurs defensive backs à tenir en un contre un. 

Messieurs Derek Wolfe et Calais Campbell, au tableau ! Même s’il aura 34 ans au début de la saison, Campbell reste l’un des meilleurs joueurs du monde. Tout simplement. Il a cumulé 71 pressions sur le quarterback l’année dernière, plus du double de Matt Judon (31), leader des Ravens dans le domaine. Le linebacker Patrick Queen, l’un des steals de la dernière draft, aura aussi sa carte à jouer. La transition de l’université à la NFL pourrait être un peu complexe dans la couverture, mais ne lui présentera aucune difficulté dans les lots de blitz, où il a excellé à Louisiana State. De solides compléments pour une défense qui a déjà fait montre de signes de progrès tangibles, après l’arrivée de Marcus Peters.

Quant à l’attaque, pourquoi donc changer une recette qui marche ? Baltimore a sélectionné le running back J.K. Dobbins avec le 2e tour de draft acquis dans l’échange d’Hayden Hurst aux Falcons. D’autres besoins étaient peut-être plus pressants, mais la décision est en fait pleinement justifiable. Mark Ingram va sur ses 31 ans et son mollet récalcitrant a été l’un des facteurs importants de l’élimination contre Tennessee. Gus Edwards sera free agent en 2021 et se verra offrir un contrat bien supérieur aux émoluments de Dobbins. Avant cela, les trois formeront un trio qui ne sera pas de trop pour atténuer le départ à la retraite de Marshal Yanda. Avec Dobbins, DeCosta prend le pari de préparer l’avenir en maximisant le présent et impose encore un peu plus sa marque, deux ans après avoir pris la succession d’Ozzie Newsome. 

Lamar Jackson, la clé du paradis 

La philosophie adoptée par le front office des Ravens est analogue à celle de franchises dans la même position que la leur et qui ont accompli leur but in fine. Des franchises qui avaient également un talent métempirique au poste de quarterback. 

Vingt-huit équipes ont passé l’opportunité de drafter Lamar Jackson en 2018, y compris les Ravens qui avaient choisi Hayden Hurst avec le 25e choix, avant de remonter et de le sélectionner en fin de 1er tour. Quatre quarterbacks ont été choisis avant lui et d’éminentes personnalités du sport – qui, entre nous, ne devraient plus l’être – ont suggéré qu’il change de poste au niveau professionnel. Si ces sceptiques se sont trompés, c’est parce qu’ils ont transposé leur manque d’audace et d’aplomb sur les Ravens. 

À Louisville, Jackson évoluait dans une attaque pro-style, où on lui demandait d’être un passeur avant tout. Les records qu’il a battus à la course et le Heisman Trophy qui en ont résulté n’ont été le fruit que de son extraordinaire disposition à improviser. Un don que John Harbaugh et son coordinateur offensif Greg Roman ont décidé d’amplifier et de se servir pour créer des opportunités dans le jeu de passe. Jackson a fini 2019 avec la troisième évaluation à la passe et un taux d’interception d’1,5%. 1 206 yards records glanés à la course et le meilleur bilan de la ligue plus tard, vous obtenez le plus jeune quarterback MVP de l’histoire. Pas mal pour un running back

Cette version actualisée de l’attaque que Roman avait utilisée à San Francisco et Buffalo avant Baltimore a été spectaculaire. Les concepts sont similaires, mais il y a plus de mouvement dans l’attaque des Ravens. Les défenses se retrouvent à devoir contrer des courses aux designs insolites. Ce à quoi il est impossible de se préparer et extrêmement complexe de s’adapter sur le moment.

Les Ravens ne sont pas les premiers à user de la jet motion, Sean McVay les Rams ont fait de même pour Todd Gurley dans leurs attaques de zone, mais Jared Goff n’est pas une menace à la course. C’est là que Jackson est d’une plus-value inouïe. À Baltimore, le quarterback est inhérent au mouvement et crée le surnombre. Quand vous avez plus de bloqueurs et de coureurs que de défenseurs sur un côté du terrain, le résultat est foudroyant.

La saillance du jeu de course des Ravens dicte la façon dont les adversaires défendent la passe. La menace que représente Jackson en dehors de sa poche obligent les défenseurs extérieurs à honorer leurs zones de couvertures, plutôt que d’apporter une pression supplémentaire sur la ligne offensive. 

Plus près des étoiles

Depuis que Lamar Jackson a pris la succession de Joe Flacco, lors de la semaine 11 de 2018, aucune équipe n’a gagné plus de matches en saison régulière (19) ni marqué plus de points par match (30,7) que les Ravens. Sur cette période, il a le troisième QBR de la ligue à 70,2. On ne peut simplement pas rêver mieux pour un jeune quarterback. Son bilan en NFL est immaculé et n’a d’égal que celui de l’alien du Missouri. 

Son niveau de jeu homérique est la seule raison pour laquelle une régression est probable en 2020. Il est devenu seulement le troisième quarterback de l’histoire à lancer un touchdown sur 9% ou plus de ses passes tentées. Les deux autres, Peyton Manning et Aaron Rodgers, ne l’ont fait qu’une fois chacun. Jackson et la grande partie des joueurs d’attaque des Ravens ont également eu la santé avec eux. Le centre Matt Skura est le seul à avoir manqué plus de deux rencontres à cause d’une blessure. Dans un sport aussi violent que le football, la chance pourrait quelque peu tourner. 

Néanmoins, tant qu’il jouera, Jackson causera les mêmes maux de tête aux coordinateurs adverses. Tant qu’il sera le meilleur athlète sur le terrain, les défenseurs auront un temps de retard sur lui. Et surtout, tant que ses dirigeants se montreront aussi hardis et astucieux dans la construction de leur équipe, il aura toutes les opportunités du monde de se parer d’une bague. Les astres sont alignés à Baltimore, aux Ravens de décrocher la lune.

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