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Comment Lucas Ocampos est devenu l’un des meilleurs attaquants d’Espagne

En ayant terminé à la quatrième place du championnat d’Espagne, le FC Séville retrouvera la Ligue des Champions la saison prochaine, trois saisons après leur quart de finale perdu face au Bayern Munich (1-2, ar). Un retour au premier plan européen que les andalous doivent en partie à l’excellent recrutement réalisé par Monchi l’été dernier. Le directeur sportif a su acheter en qualité et à petit prix. Parmi ces nouveaux venus, Lucas Ocampos s’est détaché comme le meilleur joueur du club dans une saison où l’ex-Marseillais a explosé. Retour sur la saison idyllique de l’Argentin, pour sa première dans le championnat espagnol.

Une carrière en dents de scie

Pourtant, rien ne lui a jamais été offert. Lucas Ocampos est un de ces joueurs besogneux, qui malgré des qualités techniques annoncées à son arrivée sur le vieux continent, n’a jamais su exploiter son potentiel pleinement. Avant d’arriver à Séville, la carrière européenne du natif de Quilmes dans la province de Buenos Aires n’a pas été un long fleuve tranquille. Recruté en 2012 par Monaco pour 11 millions d’euros, les attentes placées en lui sont grandes pour celui qui devient la recrue la plus chère de l’histoire de la Ligue 2. Il n’a que 18 ans, mais est déjà voué à s’installer comme un titulaire en puissance sur le rocher. Mais malgré la montée des monégasques en Ligue 1, il ne marque que 5 petits buts pour sa première saison dans l’hexagone. La saison suivante, il souffre du recrutement 5 étoiles du club et se retrouve très vite propulsé sur le banc, faute de performances.

Alors à l’hiver 2015, il est déjà l’heure de changer d’air pour Lucas Ocampos. Direction l’Olympique de Marseille où il est prêté pour 6 mois afin d’aider le club à se qualifier en Ligue des Champions. Remplaçant dans l’exigeant système de Marcelo Bielsa, il va apporter son énergie sans surperformer. Une parenthèse qui aurait pu s’enchanter un soir de Mars, lorsque Lucas Ocampos croit marquer le but de la délivrance face à Lyon au Vélodrome. Le ballon passe la ligne, mais Benoit Bastien ne voit rien. Ce but refusé représente les deux points qu’il manquera à Marseille en fin de saison pour aller en Ligue des Champions, et restera comme l’un des plus grands scandales arbitraux de la décennie du football français. S’en suivront des prêts en Série A (Genoa puis Milan AC) tout sauf inoubliables, avant de voir l’Argentin revenir dans la cité phocéenne en 2017.

Le ballon a bien dépassé la ligne lorsque Lucas Ocampos croit marquer le but de la victoire face à Lyon au Vélodrome. Mais la Goal Line Technology n’était pas utilisée en Ligue 1 à cette époque. Un but refusé, représentant les deux points qu’il manquera à Marseille pour se qualifier en Ligue des Champions. (Crédits : Canal +)

C’est lors de cette saison qu’il va se révéler. Le passage en 4-2-3-1 de Rudi Garcia lui est bénéfique et lui permet de s’installer en tant que titulaire pour la première fois depuis son arrivée en Europe. Sa fameuse ‘’grinta’’ se dévoile enfin et il exploite très bien sa chance à coup de buts rageurs (bien que peu esthétiques) face à Nantes ou Nice. Cette saison sera surtout son coup de projecteur à l’échelle européenne. L’OM se hisse en finale d’Europa League, en ayant notamment balayé sur son passage l’Athlétic Bilbao dans une double-confrontation où Ocampos marquera 3 des 5 buts Olympiens (2-5, ar). Des performances qui vont faire exploser sa côte en Espagne. Il commence à être surveillé, et cette saison à 16 buts toutes compétitions confondues fait de lui une opportunité à saisir.

Un nouveau départ à Séville

Il faudra donc attendre une saison supplémentaire pour le voir traverser les Pyrénées. Le FC Séville pose 15 millions d’euros sur la table pour l’Argentin en qui Monchi voit un potentiel technique inexploité. Une offre que l’Olympique de Marseille accepte sans hésiter en temps d’austérité. Le transfert divise la cité Phocéenne. Ce joueur peu apprécié des supporters dans un premier temps s’est installé comme un titulaire indiscutable, mais tout le monde s’accorde pour dire que l’OM réalise une bonne vente. Ocampos le premier quitte la Provence avec un pincement au cœur. Cet amoureux du Vélodrome fait le choix de la raison, et triple quasiment son salaire (de 135 000 à 340 000 euros par mois). Mais comme partout ailleurs, rien ne lui est offert à Séville où il arrive dans l’ombre de Rony Lopes (recruté 25 millions d’euros). Sa seule garantie ? La confiance de Monchi et Julen Lopetegui. Tout ce que demande l’Argentin en somme.

Il y avait un peu de mystère autour de son arrivée. Ici, c’est Rony Lopes qui suscitait le plus d’attentes. Mais aujourd’hui, l’attitude d’Ocampos, qui court toujours beaucoup, plaît énormément aux supporters. Si tu leur demandes, ils te diront qu’il s’agit de l’une des meilleures recrues du club. Parce qu’il est irréprochable.

Daniel Lagos, correspondant à Séville du quotidien espagnol « As ».

Dès les matchs de préparation, Ocampos fait forte impression contre des grandes écuries européennes. Il s’installe en tant que titulaire, pour ne plus jamais être déboulonné. Replacé sur l’aile droite dans le 4-3-3 du coach basque (il jouait à gauche à Marseille), son entente avec l’emblématique Jésus Navas surprend tout le monde. Le football est un langage universel, et les deux ailiers vont s’avérer très bavards. Ensemble, ils forment un duo d’une extrême complémentarité. Offensivement, leurs dédoublements extrapolent leurs qualités. Ocampos devient vite le complément parfait à Navas, tant il va libérer de l’espace à son capitaine espagnol. En défense, l’Argentin n’a jamais lésiné sur les efforts ce qui a bien été identifié par Lopetegui. Ainsi, Ocampos effectue sans problèmes les replis défensifs lorsque son arrière latéral est allé au bout d’une action offensive. Le duo Ocampos Navas s’est imposé comme l’un des meilleurs côté droit d’Europe.

Cette situation illustre bien l’entente Ocampos Navas. A la récupération du ballon, ils sont souvent quasiment sur la même ligne. Ocampos va effectuer une course dans la profondeur, attirer le défenseur avec lui et laisser tout l’espace à Navas pour s’exprimer. (Crédits : TotalFootballAnalysis)

Un cas d’école qui n’est pas isolé. La polyvalence d’Ocampos lui a aussi permis de s’épanouir sur le côté gauche, où son entente avec Sergio Reguilon a été aussi satisfaisante. En titulaire bien épanoui, Lucas Ocampos a eu toutes les clés pour réussir en Andalousie et c’est exactement ce qui s’est produit. Une réussite auréolée de coups d’éclats comme son but face à la Real Sociedad ou ses gestes de classe dans les derby face au Betis. C’est après la crise du Covid-19, dans la réception d’Eibar, que l’Argentin va réaliser son plus grand match. D’abord, il marque l’unique but du match des Sévillans sur un extérieur du pied plein de toucher. Puis à la 100ème minute de jeu, il devient le héros d’un match au scénario hitchcockien. Son gardien Tomas Vaclik se blesse, et Séville n’a plus de changement. Alors, c’est lui qui va assurer les dernières secondes dans les cages, un rôle qu’il affectionne lors des séances d’entraînement les plus légères. La suite appartient à l’histoire…

Arrivé dans l’ombre de Rony Lopes ou encore Luuk De Jong, c’est donc bien Lucas Ocampos qui a porté l’attaque du FC Séville a bout de bras cette saison, la meilleure de sa carrière. Meilleur buteur du club, il égale son record de Marseille avec une saison à 16 buts mais une vingtaine de matchs en moins et une Europa League à terminer. Ocampos est surtout un homme qui a vu ses responsabilités se décupler, tout en gardant la tête froide. Impliqué dans 31% des buts de son club, il a toujours trouvé un moyen de se mettre au service de l’équipe. Son bagage physique et défensif n’a lui pas disparu. Il est resté le féroce combattant qu’a connu l’OM. Mieux encore, il est le meilleur défenseur parmi les attaquants de Liga avec 52 tacles réussis et 20 interceptions sur la saison. Mais désormais, il est l’un des meilleurs attaquants de son championnat tout court ; Autant finisseur que créateur comme en témoignent ses 8,13 dribbles par match, un domaine où seuls Benzema et Messi font mieux. Naturellement, la confiance est venue avec le temps, jusqu’à lui donner assez d’inspiration pour tirer les penaltys sans regarder le but, comme un certain Ronaldinho de la grande époque…

Cette saison à tutoyer les sommets lui a très vite permis d’accomplir un objectif fixé à son arrivée en Espagne : S’ouvrir les portes de la sélection argentine. La Liga est un championnat bien plus surveillé que la Ligue 1 en Amérique du Sud, et ses performances ont très vite traversé l’Atlantique. Il aura fallu attendre Octobre 2019, soit 4 mois seulement après son nouveau départ, pour qu’il obtienne sa première sélection en équipe d’Argentine ! Lors du match amical contre l’Allemagne, ses compatriotes sont menés 2-0 à la mi-temps, moment choisi par Lionel Scaloni pour lancer le Sévillan. L’ancien de River Plate réalise alors une entrée tonitruante, un combat de tous les instants jusqu’à la 85ème minute où tout bascule. Lucas Ocampos marque son premier but international lors de sa première sélection à la Signal Iduna Park de Dortmund et permet à l’Argentine d’égaliser. Le plus grand moment de sa carrière est né, et la délivrance lisible sur son visage parle d’elle-même.

Quelle première ! Lucas Ocampos a permis à son Argentine natale d’égaliser face à l’Allemagne le 09 Octobre dernier, en math amical dans la Signal Iduna Park de Dortmund (2-2). (Crédits : Yahoo Sports)

Quel avenir pour l’Argentin ?

Un destin de miraculé pour le gamin de Quilmes qui n’avait connu que 4 petits matchs en sélection de jeunes, avant de complètement sortir du radar argentin. Lucas Ocampos n’a jamais lâché, se battant sur tous les ballons, progressant dans son approche du jeu, pour aujourd’hui s’installer comme un joueur à part entière de sa sélection. Précieux avec 2 buts en 3 sélections, Lionel Messi le voit déjà comme l’un des joueurs émergents ‘’extraordinaire’’ incarnant l’avenir de l’Argentine. Pourtant, on a le sentiment que Lucas Ocampos en a encore sous la pédale. Cette saison, il a encore trop souvent pêché par manque de lucidité dans le dernier geste, lui ôtant quelques buts presque tout faits. Bien qu’il ait progressé dans ce domaine, sa technique est perfectible à l’heure où il manque encore 2,8 contrôles par match en moyenne, soit le deuxième attaquant d’Espagne qui en rate le plus derrière Jaime Mata (Getafe). Enfin, il doit aussi apprendre à mieux servir ses coéquipiers. Pour un ailier voué à effectuer quelques centres, il ne délivre même pas une passe clé par match, c’est insuffisant.

Cette marge de progression est accessible et ces quelques lacunes ne freinent certainement pas les convoitises. Recruté il y a un an pour 15 millions d’euros, il pourrait apporter à Séville un bénéfice vertigineux. Ocampos est suivi par certaines des plus grandes écuries européennes, dont le Real Madrid et l’Atlético Madrid qui seraient les deux clubs les plus intéressés. On peut penser que Séville ne va pas brader son Argentin, dont la valeur est estimée à 50 millions d’euros. Pour l’obtenir, les clubs madrilènes pourraient même aller jusqu’à payer sa clause libératoire de 70 millions d’euros. Pour l’heure, Ocampos a un nouveau défi européen à disputer avec le final de l’Europa League en Allemagne. Avec une éventuelle demi-finale face à Manchester United à prévoir, tous les projecteurs seront braqués sur lui. Ocampos veut disputer une nouvelle finale de C3, là où Séville rêve d’en remporter une sixième, quatre ans après le triplé d’Unai Emery.

Envers et contre tout, Lucas Ocampos s’est imposé à Séville, 8 ans après son arrivée en Europe. Moqué à Marseille pour son faible bagage technique, il a su travailler en silence pour exploser en Andalousie dans une équipe taillée pour lui. Aujourd’hui, il est déjà considéré comme l’un des meilleurs attaquants d’Espagne derrière les monstres que sont Lionel Messi et Karim Benzema. Et demain ? Peut-être qu’un transfert record pourrait de nouveau lui permettre de changer de dimension. Mais n’attendez aucun changement dans la personnalité de ce garçon. Lucas Ocampos est un homme généreux salué de tous pour son grand cœur partout où il est passé, qui préfèrera toujours se plier en quatre pour un groupe que de focaliser toute l’attention sur lui. Son interprétation romantique de la ‘’grinta’’ à l’argentine.

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