Rugby

Stade Français, une arme X nommée Segonds.

Quelle saison 2019-2020 du Stade Français Paris. Une saison cauchemardesque que ce soit pour les joueurs, les supporters ou les dirigeants du club parisien. Pendant 6 mois d’intersaison, le club a pu se restructurer au niveau de son effectif et de son staff pour repartir d’un bon pied lors du prochain exercice. Au milieu de tout ce chantier, un jeune joueur pourrait tirer son épingle du jeu : Joris Segonds. Le numéro 10 pourrait être une pièce maîtresse inattendu pour le Stade Français. Les changements de cette dernière année pourraient permettre à l’ouvreur de s’émanciper à titre personnel, et surtout permettre à son club de se remettre en selle pour la course au titre.

La bascule

Le 30 Juin 2019, Joris Segonds signait son contrat parisien. Le grand saut dans le Top14 venait de s’enclencher. Le joueur d’aujourd’hui 23 ans, évoluait depuis les cadets au Stade Aurillacois. Formé au poste de 10, Joris n’a pas tardé à venir tutoyer l’équipe première à tout juste 18 ans. Après 3 saisons sous les couleurs rouge et bleu, l’ouvreur a engrangé beaucoup d’expérience en ProD2. Avec Aurillac, Joris Segonds a connu des saisons honorables, mais surtout des batailles pour le maintien serrées comme en 2018 où l’équipe a fini à la 14ème place à 1 point du premier relégable. Comme le dit lui-même le joueur « Quand j’ai commencé à Aurillac, j’avais 17 ans. Je me suis fait un caractère, ça m’a fait du bien. Il n’y a rien de mieux que la ProD2 pour préparer au TOP 14. ». Et donc le 30 juin 2019, Joris s’est senti prêt à affronter les armadas du championnat national français et a posé ses bagages dans la capitale.

Pourtant, le choix du jeune français ne semblait pas si évident au moment de sa signature. Dans l’effectif à ce moment-là, se trouvaient deux joueurs internationaux : l’argentin Nicolas Sanchez et le français Jules Plisson. « Trouvaient », puisque Jules Plisson est parti en cours de saison étayer l’effectif rochelais, après avoir garni le banc parisien. Le joueur était en disgrâce aux yeux de son coach qui n’avait qu’une envie le voir partir. Après cette lente exclusion, Joris devenait une option numéro 2 crédible. Sa première année était clairement une transition nécessaire entre le monde de la ProD2 et celui du Top14. Une année bienvenue, car la différence entre ProD2 et Top14 se fait vite sentir de l’aveu du joueur, « Au niveau de la vitesse, ça va vraiment beaucoup plus vite et les impacts sont plus denses. ». Statistiquement, le joueur n’a donc pas pu truster les premières places des différents classements. Cependant il a tout de même participé à 21 matchs pour le Stade Français, sur 23 possibles, mais n’a été que titulaire à 9 reprises (4 fois en Champions Cup). Sa présence récurrente sur le banc parisien n’est pas étonnante. En effet, Joris peut aussi bien par ses qualités naturelles, couvrir les postes de 10 et de 15. Une arme versatile qui a bien dépannée le Stade Français la saison passée, notamment dans certaines fin de match tendues. Au final, il compte à son actif un total de 1098 minutes passé sur le pré l’an dernier. Une belle somme pour un joueur de 22 ans qui arrivait sûrement avec des ambitions moindres. Enfin, Joris a inscrit un total de 94 points pour son équipe. La marge de progression est donc encore importante.

Portrait de Joris Segonds lors de sa venue à Paris.

Un 10 à l’ancienne

Joris Segonds est un ancien pilier. C’est seulement à 15 ans à son arrivée à Aurillac qu’il s’est mué en numéro 10. Cependant, depuis tout petit, il n’a eu de cesse de travailler son jeu au pied, que ce soit pour les buts ou dans le jeu courant. En numéro 10, cet aspect de son jeu a pu naturellement ressortir. Dans le Cantal, il y avait qui plus est un joueur qui a tout changé pour Joris : Maxime Petitjean. Petitjean était un esthète du jeu au pied, son arme principale sa jambe gauche, létale sitôt qu’une pénalité de moins de 40 m était accordée à Aurillac. Un crack du jeu au pied donc, qui a su inculquer de bons conseils à son poulain. Bien sûr, rien n’est encore parfait pour Joris, il n’a eu qu’un petit 66 % de réussite lors de la dernière saison. Toisant le mètre 80 pour 91 kg il est aussi un défenseur honnête qui n’a pas peur du contact. Mais sa principale force, c’est sa qualité de gestionnaire. Lors de ses luttes pour le maintien Joris a joué sous la pression à de maintes reprises, ce qui lui a appris à contrôler un match. Grâce à son jeu au pied, il arrive à alterner facilement et prend de bonnes décisions pendant la partie, une qualité rare pour son jeune âge. Maintenant, il reste à travailler son jeu de passe et sa vitesse d’exécution. Si ces choix sont bons, ils sont souvent bridés par ces aspects de son jeu qui l’empêche encore aujourd’hui d’atteindre son plein potentiel.

« Je ne compte pas les heures et les heures passées sur le terrain avec mon tee. Pendant quatre ans, j’ai bossé avec Maxime Petitjean dont je suis très proche. Il m’a énormément fait travailler. Il me faisait venir plus tôt aux entraînements, qu’il neige, qu’il fasse des températures négatives ou pas… Il m’a guidé. »

Joris Segonds pour Rugbyrama
Match comptant pour la 3ème journée de Challenge cup 2019-2020 et opposant les Bristol Bears au Stade Français. A la 24ème seconde : séquence de jeu du SF avec Joris Segonds qui envoie Lester Etien à l’essai sur un magnifique passe sautée.

Le moment de briller :

Changement de contexte

Lors de la saison 2019-2020 rien ne s’est passé comme prévu pour le club parisien. À commencer par la mésentente entre le groupe et le staff qui couplée aux manques de résultats, aboutissaient seulement 2 mois après le début de la saison, à la démission du coach, Heyneke Meyer. Le Duo d’anciens joueurs Sempéré-Arias tenta de redresser le bateau parisien à la dérive, en vain. Le Stade Français trouva le salut par l’arrivée de la crise sanitaire qui gela la compétition, les montées et les descentes, alors que le club s’embourbait à la 14ème place.

Hans Peter Wild durant la conférence de presse du 30 juin 2020, présentant son nouvel entraîneur Gonzalo Quesada à Jean Bouin (Paris). Crédit photo : Elliott Chouraqui/Icon Sport

Pour la saison à venir le comité directeur du club dirigé par Thomas Lombard décide alors de rappeler l’homme qui était à la tête de l’équipe championne de France en 2017 : Gonzalo Quesada. Le nouvel entraîneur avait été prévenu, pour l’intersaison : peu de moyens ! Il faudra faire en grande partie avec l’effectif à disposition et le technicien argentin s’en accommode, l’équipe a un fort potentiel et était (très) mal dirigée de l’aveu de beaucoup de membres en interne.

Ces changements pourraient être pour Joris une aubaine, de quoi redistribuer les cartes, donner une bonne image de lui à son nouveau staff et gagner du temps de jeu.

Une cohabitation positive

Certes le numéro 1 au poste de demi-d ’ouverture sera vraisemblablement Nicolas Sanchez. On ne peut pas se passer du talent offensif du 10 argentin. Surtout que Quesada le connaît bien pour l’avoir dirigé en équipe nationale argentine. De plus, le salaire de Nicolas Sanchez est de 700 000 €. Les dirigeants poussent donc pour l’utiliser. Et Joris dans tout cela, attend patiemment et surtout écoute et regarde attentivement comment Nicolas fait marcher sa magie, sa vista, son sens du jeu et de la passe à l’entraînement et en match. Ceux sont toutes ces qualités qui manquent encore aujourd’hui au jeune ouvreur français. En bref, il apprend.

Nicolas Sanchez et Joris Segonds, L’élève et le maître ? crédit photos : leparisien.fr et branchezrugby.fr

Si Sanchez est un accélérateur de particules dans le jeu courant, Joris est le parfait pendant, gestionnaire qui sait comment fermer un match, gagner et ne rien lâcher jusqu’à la fin. Ce duo semble totalement complémentaire. Après une phase d’apprentissage au début de l’exercice 2020-2021 et lors des matchs serrés on imagine le jeune français prendre aisément la place de Sanchez. De plus, le Rugby Championship se jouant de novembre à décembre à cheval sur la saison De Top14 à venir, Sanchez pourrait manquer un bon nombre de matches. Une situation idéale pour Joris Segonds qui devra tenir la baraque Parisienne seul. Le bon moment pour se mettre dans la lumière.

Si Joris s’est bien développé au cours de l’intersaison aux côtés de Nicolas Sanchez, alors le Stade Français pourrait s’appuyer sur une paire d’ouvreur complémentaire et avec du talent. Par la suite le decazevillois de naissance pourrait prendre seule les rênes de l’attaque parisienne. Avec autant de talent dans l’équipe et l’envie d’effacer les prestations de l’année dernière, le Stade Français pourrait être une équipe « surprise » la saison prochaine. Avec comme facteur X Joris Segonds.



(3 commentaires)

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :