Ligue 1

[DOSSIER] : Longuépée-Sousa, l’impossible cohabitation

Tension. Les Girondins de Bordeaux sont dans une crise interne sans précédent dans l’Histoire du club et même si certaines têtes sont en train de tomber, il reste le noyau dur, le point névralgique de cette crise : l’impossible relation entre le PDG des Girondins, Frédéric Longuépée, et l’entraîneur en chef de l’équipe première, le portugais Paulo Sousa. Ce dernier est en partance des Girondins dans la journée. Par le biais d’une chronologie et d’informations récupérées par le Café Crème Sport, voici le dossier du CCS sur ce duel au sommet.

La première fracture : l’interview de Sousa « contrôlée » par Longuépée

S’il ne s’agissait que de sportif entre ces deux hommes… Dans le mercato hivernal de la saison achevée et dans les semaines le précédant, Paulo Sousa est prolixe avec la presse. Il accorde un interview au quotidien L’Equipe à la mi-Novembre 2019, il porte un discours franc et exhaustif au sortir de la qualification girondine en Coupe de France (face au Mans pour Eurosport) en Janvier 2020, et accorde un dense interview pour Sud Ouest paru le 2 Janvier 2020. C’est cet interview qui est le théâtre du premier moment de discorde.

Pendant ce mercato hivernal, Paulo Sousa est l’unique interlocuteur des médias. Franc, sincère, il est un client idéal pour les journalistes qui peuvent lui poser toutes sortes de questions. À l’occasion de cette période (de Novembre à Février 2020), le technicien portugais prend donc la parole et ne cache pas son besoin d’avoir une équipe renforcée pour atteindre ses objectifs. C’est alors que rentre en jeu un président bordelais renforcé par King Street et qui, avec le départ de DaGrosa and co, prend la main. Longuépée trouve que son entraîneur parle trop et le reprend de volée. En interne, l’ancien du PSG ne se cache pas : Paulo Sousa et lui ne partiront jamais en vacances ensemble, ils ne s’entendent pas. Selon Longuépée, il s’immisce de trop dans ce qui ne le regarde pas. En tant qu’autorité suprême au club, il durcit le ton auprès du coach bordelais pour qu’il réduise (voire arrête) de communiquer avec la presse dans cette période. Cela nous mène à cet interview publié par Sud Ouest le 2 Janvier 2020. L’interview est mené par Cédric Canale et est long, dense en informations avec un Paulo Sousa qui continue de parler de la philosophie qu’il a du football. Bien sûr, les Girondins et leur avenir sont évoqués et c’est ce qui pose problème à Frédéric Longuépée. Il souhaite alors « amender le discours » du coach – dans son dos – pour policer les propos et ne pas avoir d’attaque (in)directe sur la stratégie sportive du club. Un proche du coach a alors déclaré pour L’Equipe « c’est de la censure! À partir de là, comment voulez-vous qu’ils nouent une relation ? C’est impossible !« 

La crise interne prend donc une autre tournure avec cet épisode, surtout que « le club » assume ce contrôle des propos de son coach au travers d’un communiqué.

Ce communiqué lance encore plus les hostilités entre les deux personnalités, désormais en guerre ouverte. En regardant derrière soi, ce sont en fait neuf mois d’impossibles relations qui se sont nourries entre Frédéric Longuépée et Paulo Sousa, ce dernier étant resté au club quasiment dix-sept mois…

La deuxième fracture : le mercato hivernal

S’il y a eu des tensions assez vite entre les deux entités, le mercato hivernal dernier est une vraie rupture d’un point de vue humain mais aussi sportif. Paulo Sousa demande à tout prix un attaquant pour remplir les objectifs du club, à savoir lutter pour une place qualificative en C3 avec une place de 8e budgetisée. L’attaquant, LE profil demandé par le technicien portugais, n’est jamais venu. Eduardo Macia a proposé plusieurs profils dont Mehdi Taremi, peu cher et dans les cordes financières du club, mais King Street a bloqué le transfert dans les dernières tractations. « On ferme le robinet » lit-on alors, après l’arrivée de Rémi Oudin aux Girondins, un transfert encore mystérieux dont le principal instigateur n’est autre qu’Hugo Cajuda, l’agent du coach portugais.

À partir de là, Paulo Sousa se sent trahi par une direction qui ne tient pas ses promesses. Promesses, d’ailleurs, adressées par une direction alors écartée, à savoir GACP et son personnage Hugo Varela. Lorsque l’entreprise gérée par Jo DaGrosa a tenu les clés des Girondins, il y a eu cet intermédiaire entre Paulo Sousa et Frédéric Longuépée. Lorsque Varela and co ont dû faire leurs valises, c’est tout un système de communication en interne qu’il a fallu refaire et le premier mercato drivé par le trio Longuépée-Macia-Sousa a viré au fiasco, entre attentes d’un côté et autorité voire austérité de l’autre.

La troisième fracture : Longuépée « sauve sa peau » en prenant la main sur le sportif

Tancé par son employeur King Street, « isolé » au club, Frédéric Longuépée a senti le vent tourner ces dernières semaines. Pour sauver sa peau il s’est auto-proclamé nouveau patron du sportif, un secteur qu’il a pourtant délaissé (de ses propres mots) pour laisser les acteurs plus compétents s’en occuper. D’où le recrutement d’Hugo Varela et d’Eduardo Macia. Macia, justement. Ciblé dans les affaires Thibault Klidje et surtout Naoufel Khacef, le directeur sportif des Girondins a été viré du jour au lendemain par son PDG. L’avantage de cette démarche est qu’elle n’a pas coûté cher au club, même si beaucoup de personnes ont été écartées à la suite de ce licenciement du seul Macia. En effet, si l’espagnol a été viré, c’est aussi toute son armée de recruteurs qui a pris la porte. Aujourd’hui, qui travaille à la cellule de recrutement des Girondins ? Plus grand monde. Eduardo Macia a donc été licencié au sortir d’une décision quasi-impulsive, puisque son remplaçant actuel – en intérim – l’a appris le jour même : il s’agit d’Ulrich Ramé. Ses conseillers ont été mis au cause en interne, ce qui explique la démission de M. Calo qui a pourtant été un vrai proche de Longuépée jusqu’à lors. Si le départ de Macia a été un sujet important des derniers mois aux Girondins, il y a quelque chose que l’on ne peut imputer à l’ex du Bétis : lui, au moins, arrivait à travailler avec Frédéric Longuépée. Il savait se mettre au service du club. Comme le club souhaite balayer d’un revers de main les dernières têtes GACP qui font que le club en est financièrement là aujourd’hui, des personnalités comme Macia ou Sousa sont en première ligne pour quitter le club. Une bonne partie du travail a été fait, à tel point qu’il ne reste aujourd’hui que Paulo Sousa… et Frédéric Longuépée, puisque GACP a participé au recrutement de l’actuel PDG des Girondins. Nous y reviendrons.

Les sourires se sont peu à peu dissipés aux Girondins. (NICOLAS TUCAT / AFP)

En reprenant la main sur le sportif, Frédéric Longuépée a aussi voulu être à la base d’un nouveau projet sur le terrain. Exit Macia, le candidat idéal du boss des Girondins n’est autre qu’Alain Roche, qu’il connait bien puisqu’ils se sont croisés lorsque les deux hommes étaient au Paris Saint-Germain. Cette signature a aussi pour but d’apaiser les tensions, puisque selon le PDG, retrouver une identité locale est le meilleur moyen d’avoir la paix avec les supporters. Et de pouvoir conserver sa place par la même occasion, King Street étant vigilant – contrairement à certains dires – sur cette situation de crise au club. Une fois que Macia est évincé, il ne reste qu’une dernière tête de poids à éloigner des Girondins : l’entraîneur Paulo Sousa. La position du club à l’heure actuelle est de tout faire pour virer le technicien portugais. Tout faire, mais pas à n’importe quel prix puisqu’il n’y a pas de liquidités. Sans argent, comment faire ? Le moyen qu’ils ont trouvé, auprès d’un Ulrich Ramé pris de cours et actuel directeur sportif, c’est de faire vendre un à deux joueurs pour permettre d’arriver à cette finalité. François Kamano va partir dans la semaine au Lokomotiv Moscou (il reste quelques détails à régler dans l’opération), et Samuel Kalu alimente les rumeurs. Le départ acté de Paulo Sousa aujourd’hui ne contrecare pas cette idée puisque la direction a anticipé les départs de joueurs pour financer celui du coach. Frédéric Longuépée a une forme de pression à assumer du fait de cette volonté, puisque le temps joue contre lui. Comme l’a annoncé l’Equipe, le remplaçant de Paulo Sousa, Jean-Louis Gasset, a donné une deadline au club. Cette deadline a été posée au 31 Juillet mais vu la situation, les deux parties se sont laissées un peu plus de temps pour entériner cette signature. S’il dit qu’il n’est pas un magicien, Gasset a une affection forte et profonde pour les Girondins de Bordeaux et a accepté cette mission. Un accord oral existe entre Longuépée et l’ex-adjoint de Laurent Blanc. Une chose est sûre, Paulo Sousa a dirigé son dernier match pour Bordeaux face au Stade de Reims, avec à la clé une victoire 0-4 et une vraie belle prestation collective… 

Le licenciement de Paulo Sousa, une histoire qui traîne…

Cette fin d’Histoire entre Paulo Sousa et les Girondins de Bordeaux vire au ridicule depuis quelques jours maintenant, en voici les raisons. 

Pendant le confinement, l’entraîneur portugais s’est posé la question de rester ou de partir. Il confie qu’il « est fatigué du club, de se battre tout seul ». Il déclare à ses proches qu’il est en pleine phase de réflexion mais qu’il aime les Girondins, son Histoire et aussi l’effectif qu’il accompagne depuis plus d’un an maintenant. À la fin du mois de Juin, il se décide : il veut partir. L’Histoire du logo – en interne, son entourage est furieux -est la goutte de trop. S’en suit la réunion avec les cadres, etc… À la base, Paulo Sousa part pour demander une rupture conventionnelle sans demander d’argent, selon nos informations globalisées entre les proches du coach et les sources venant du club. Tout semble parti pour se dérouler dans de bonnes conditions, alors, mais cette demande n’est que le début d’une vaste association d’éléments incompréhensibles.

Pendant des semaines, la question du départ de Sousa a été centrale au club. (N. Luttiau/L’Equipe)

En reprenant la main sur le sportif, alors « accompagné » par un Eduardo Macia mis sur la touche, Frédéric Longuépée se sent manipulé par son directeur sportif espagnol lorsqu’il apprend la volonté de Sousa de partir du club gratuitement. Le PDG du club se persuade alors que son coach veut partir pour rejoindre un autre club. Benfica est dans son viseur, puisque le club portugais se retrouve sans entraîneur mais met Jorge Jesus (le plan A des Girondins avant de recruter… Paulo Sousa) en priorité ultime. C’est d’ailleurs ce dernier qui signe sur leur banc. Il se dit que Paulo Sousa rêve d’entraîner Benfica, alors y a t-il un rapport entre l’absence de coach à Benfica et la volonté de Sousa de partir libre de Bordeaux ? Personne ne le sait. En tous cas, cette signature probable est une fausse rumeur puisque si Benfica a sondé l’entourage du coach, il n’a pas du tout été plus loin. En tous cas, Frédéric Longuépée se persuade que Sousa va partir au Portugal et donc refuse la proposition du coach pour la simple et bonne raison qu’il ordonne au club qui va le signer de donner une indemnité de transfert, comme cela se fait pour les joueurs (et pour les coachs, même si cette pratique est plus rare). Le président respecte les intérêts de son club et c’est irréfutable mais… personne ne s’est positionné pour signer son entraîneur. Le serpent se mord la queue, ni plus ni moins. C’est donc une erreur manifeste de Frédéric Longuépée qui n’a pas vérifié l’information d’Eduardo Macia et qui a interprété les choses sans vérifier les preuves de ce que son directeur sportif lui a apporté. Le club n’en serait pas là aujourd’hui sans cette faute.

Ils ne veulent pas qu’on parte ? Très bien, on reste !

Proche de Paulo Sousa

Bref, lorsque Paulo Sousa a vu sa demande être refusée par son président, il s’est dit qu’il allait continuer au club jusqu’à la fin de son contrat en 2022. Soit. Les séances redeviennent plus intenses, l’entraîneur se réinvestit pour son groupe et adopte une nouvelle dynamique, en changeant par exemple de système de jeu. Un proche de l’entraîneur dit : « Ils ne veulent pas qu’on parte ? OK, on reste ! ». Dans sa volonté de retrouver une identité locale et de mettre derrière le club les traces de GACP, Longuépée doit pourtant se séparer de son coach. Lorsqu’il voit que Jorge Jesus rejoint la formation lusitanienne, il fait volte-face. Une réunion se déroule entre les deux hommes, dans une ambiance glaciale. Frédéric Longuépée dit alors à Paulo Sousa qu’il est d’accord pour qu’il parte, mais sans la moindre indemnité. Effaré par cette prise de position diamétralement opposée à celle initiale, Paulo Sousa décide de ne pas rendre la tâche trop facile à son dirigeant qui semble – selon lui – jouer de sa personne. Le clan du coach se confesse alors en disant « vous nous prenez pour quoi ? » et ne répondent pas par la positive à cette demande de Longuépée. La raison de ce statu quo qui dure est alors simple à deviner. Longuépée s’est trompé, puis a voulu se rattraper mais le clan Sousa s’est senti dupé et n’a pas voulu faciliter la tâche d’un président alors décrédibilisé. Cela explique les longueurs, les derniers moments de tension.

Paulo Sousa part en ayant la conviction qu’il mène un combat de l’intérieur trop seul. Si la majeure partie de son effectif le suit, il se sent trop peu accompagné par les autres salariés des Girondins. Après avoir rencontré King Street en tentant de forcer le destin « c’est Longuépée ou c’est nous » et en sentant que le PDG actuel n’allait pas partir de sitôt, il a ensuite temporisé en attendant de trouver un accord financier. Même si les finances actuelles des Girondins sont dans le rouge, un accord va être trouvé pour que le coach bordelais parte avec ses sept derniers mois de salaire, laissant à Frédéric Longuépée la possibilité de prendre Jean-Louis Gasset, qui a été convaincu après un appel longue durée entre les deux hommes. Maintenant… quid de Frédéric Longuépée ? La cible prioritaire des UltraMarines est toujours en poste mais il est aussi une cible pour King Street, son employeur. Selon nos informations, Daniel Ehrmann (le représentant principal de KS) a d’ores et déjà prospecté pour le poste à « au moins deux candidats« . Dans les têtes de KS, une fois que tous les vestiges de GACP sont derrière Bordeaux, Frédéric Longuépée aura réussi sa mission et pourra peut-être être lui-aussi éjecté du club. Ses relations impossibles avec les supporters sont de trop, en plus de sa gestion du cas Sousa, Daniel Ehrmann faisant le lien entre ce qu’il se passe au club et King Street.

Paulo Sousa et Bordeaux, c’est donc terminé. Le coach portugais s’en va avec des liquidités et aura gagné sa dernière bataille face à Frédéric Longuépée. Dans cette histoire les tords semblent partagés et l’impossible cohabitation entre ces deux hommes aura été un calvaire à vivre pour les supporters bordelais puisque tout ce climat délétère s’inscrit au détriment du sportif. Aucun apaisement n’a pu être trouvé, et cette instabilité chronique a dû perturber les joueurs. Une chose est sûre, ces conflits internes sont un argument de plus qui montrent que le blason Girondins est en berne et a besoin, pour lui comme pour la Ligue 1, de retrouver un peu d’allant… Avec Longuépée ? Avec King Street ? C’est une nouvelle problématique dans la (vraie) reconstruction du club.

(1 commentaire)

  1. « puisque tout ce climat délétaire (!) s’inscrit au profit du sportif. » → contre-sens : au « détriment du sportif » voulait plutôt dire l’auteur.

    Article intéressant. Au final je n’arrive pas à détester Sousa autant que toute la clique mise en place par GACP. Mais son discours sur l’institution n’est pas en accord avec ses actes ce que je lui reproche définitivement. La guerre de personnes en interne explique en partie pourquoi, et j’imagine que dans une situation similaire, en voyant l’argent dilapidé depuis 2 ans dans n’importe quoi (logo, frais de fonctionnement des hyènes de GACP, …), nombreux essaieraient certainement de partir avec un bout de gâteau aussi, quitte à passer pour une hyène à leur tour…

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