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Les Spurs et les playoffs : « Je me souviens » [Tribune]

C’est officiel depuis hier et les victoires des Suns et des Grizzlies, San Antonio ne participera pas à la post-season 2019-2020. La fin d’une idylle longue de 22 ans. Retour sur mes souvenirs des Spurs en playoffs.

Comment tomber amoureux des Spurs ? Quand vous avez 12 ans et qu’une équipe de basket composée de quelques français joue les finales NBA. Face aux Texans, le terrifiant trio du Heat de Miami : Bosh, Wade et surtout Lebron James. Je ne sais même plus comment je fais pour regarder cette série à ce moment-là, mais je me rappelle du poignard dans le cœur qu’est ce tir de Ray Allen en fin de match. On le sait tous, Pop n’aurait pas dû sortir Tim Duncan, mais il faut bien un peu de challenge dans la vie. Une prolongation et un match 7 plus tard, les Spurs perdent pour la première et unique fois en Finals. À partir de ce moment, mon choix est fait : après m’être intéressé durant tout l’été à l’histoire des Spurs, je soutiens Duncan & co pour la saison 2013-14.

Une franchise de légende

Ma première saison complète d’amateur de NBA, je la passe donc à regarder San Antonio et son jeu flamboyant, fait de passes, d’intelligence et de collectif. Des séquences de jeu jouissives, entremêlant justesse et goût du risque. Une équipe très cosmopolite et pourtant très unie, parée dans un seul but : se venger du Heat. En playoffs, la série contre le Thunder est celle qui me marque le plus. Boris Diaw est un génie du basket et Popovich le sait. Kawhi est un futur monstre dans la ligue et tout l’effectif le sait. Duncan, Ginobili et Parker sont des légendes et toute la NBA le sait. Une série incroyable qui permet aux Spurs de retrouver LeBron James, le meilleur joueur de cette génération. Jamais le doute n’est venu m’habiter durant cette série, jamais. Les Spurs dominent totalement les floridiens et s’offrent un titre largement mérité.

Les Spurs champions en 2014 (crédits : https://www.essentiallysports.com/)

À ce moment-là j’entends parler des nombreuses marques de respect, des louanges faites à l’institution qu’est San Antonio. Et surtout d’une phrase marquante : Death, taxes, Spurs in playoffs (Il n’y a que 3 choses de sûres dans la vie : la mort, les impôts et les Spurs en playoffs). Je me rends alors compte que les Spurs n’ont pas attendu ce mois de juin 2014 pour écrire leur histoire. Depuis plus de 6 ans maintenant, je suis les Éperons de très près. Et maintenant que cette longue aventure, j’ose même dire dynastie, est finie, j’ai retenu quelques moments inoubliables pour tout fan de San Antonio (et du basket).

Je me souviens…

Je me souviens de la draft de Tim Duncan, même si dans les faits, je n’étais pas né. Une équipe menée par le magnifique David Robinson qui sélectionne le meilleur ailier-fort de l’histoire, ça ne peut être que génial. La fin de la dynastie des Bulls est marquée par le début de celle des Spurs. Sans Ewing, les Knicks ne peuvent empêcher les éperons et leur sophomore Duncan de remporter le titre suprême. Mais ensuite, Shaq ,Kobe et Phil Jackson s’adjugent un three-peat et retrouvent les Spurs en 2003. Cette fois-ci, ce sont les texans qui l’emportent et qui filent vers Jason Kidd et son équipe de bras cassés en Finals.

De ces finales, je me souviens surtout de l’énorme performance de Duncan lors du match 6. Un run de 19-0 dans le dernier quart sous l’impulsion d’un Timmy à 21pts, 20reb, 10 ast et 8blk. Une solidité défensive extraordinaire dans le dernier quart. La légende retiendra bien sûr aussi le match 5 de Malik Rose (j’adore ce mec). En 2004, je me souviens d’une série d’un niveau très élevé face aux Lakers. Le buzzer-beater improbable de Derek Fisher suivi de la tête ahurie de Bruce Bowen a sûrement fait pencher la baraka du côté de la super team. En même temps, quand il y a Kobe, Shaq, Payton et Malone, tu ne t’attends pas à ce que ce soit Fisher qui te met de la filoche. Dur.

Heureusement, les irréprochables texans reviennent l’année d’après. D’ailleurs, c’est en découvrant les joies du NBA League Pass, j’ai regardé ce qui est, pour moi, une des séries de Finals les plus sous-cotées all-time : Spurs-Pistons. Quels matchs incroyables dans la rigueur, le don de soi, la bataille tactique et la clutchitude. Détroit est alors champion en titre et possède une défense de fer. San Antonio n’est pas en reste avec l’illustre Duncan, mais surtout le maître Ginobili et l’assassin Horry. Le match 5 est juste titanesque. Horry met panier sur panier dans le 4ème quart et la prolongation, avec un poster main gauche dont personne ne parle mais qui est absolument fou. Le dénouement de ce match ? Game winner d’Horry… Tout simplement. Le match 7 est oppressant comme rarement vu. Pas de panier facile et chaque point compte. San Antonio l’emporte seulement 81-74 et décroche son 3ème titre en 6 ans.

Une défaite terriblement frustrante face aux Mavs en 7 matchs en 2006 donne des raisons aux Spurs de s’énerver. S’énerver, c’est d’ailleurs peut-être ce qu’ont trop fait les Suns en demi-finale de conférence. Steve Nash se fait encore violenter par Horry et les Suns rentrent une nouvelle fois observer les cactus, incapables de stopper les texans. Après une formalité face au Jazz, place aux Finals contre les Cavs. Et c’est là qu’une fierté nationale entre en jeu, Tony Parker. Le premier non-européen MVP des Finals. Le meilleur joueur français de l’histoire qui martyrise l’Ohio et un LeBron James encore jeune mais déjà esseulé. Encore un titre pour les Spurs.

Tony Parker et son titre de MVP des Finals (crédits : NBA.com)

La fin des titres

Par la suite, il faut le dire, je me souviens plus de déceptions que de joies immenses. Mis à part le titre de 2014, rien n’est au niveau des années précédentes. Il y a la grosse désillusion en 2013 donc, mais pas que. Les Lakers, Dallas au premier tour (hic), Phoenix par un sweep (double hic) et Memphis détruisent les espoirs de titre années après années. Je me souviens qu’un certain Vince Carter est venu jouer quelque temps pour les Mavs, juste pour nous planter un game-winner lors du match 3 en 2014. Heureusement sans conséquences au final. 

Un game-winner il y en a eu un autre qui fait mal. Celui de CP3 en 2015, un floater sur la tête de Duncan alors qu’il avait la cheville en vrac. Sur un match 7 qui puisait. Lob City aura au moins eu cette victoire-là. En 2017, San Antonio joue sans Tim Duncan, pour la première fois depuis 19 ans. Pourtant, Kawhi Leonard prend le relais et pousse ces Spurs, toujours aidés par Ginobili et Parker. Après un premier tour facile face aux Grizzlies, la série face aux Rockets en demi-finale de conf est un très bon souvenir. Accompagné par Aldridge, Leonard est injouable. Le Game 5 est à retenir. À 2-2, les deux franchises se rendent coup pour coup à l’AT&T Center. En prolongation, Danny Green marque 5 importants points de suite avant le dernier coup d’éclat. Harden a le ballon de l’égalisation mais voit son tir primé contré par Ginobili. Les Spurs l’emportent et les Rockets ne s’en remettront pas. En finale de conf face aux Warriors ultras favoris, San Antonio compte plus de 25 points d’avance dans le Game 1. Mais un free-fighter du nom de Zaza Pachulia est sur le terrain et réduit en cendres la cheville de Leonard. San Antonio s’écroule et se fait sweeper méchamment.

Manu Ginobili contre James Harden lors du match 5 (crédits : nytimes.com)

La saison suivante, San Antonio se qualifie difficilement pour les playoffs, c’est le début de la fin. Les texans ne prennent qu’un match aux Warriors au premier tour. Match assez miraculeux d’ailleurs. Enfin, la saison dernière, les Éperons se qualifient pour la 22ème fois consécutive en playoffs. Sans Kawhi, mais avec DeRozan, les Nuggets de Jokic et Murray sont au menu au premier tour. Ici, l’objectif du titre est inatteignable, être en playoffs, c’est déjà bien. Mais même contre Denver, San Antonio alterne le bon et le moins bon. Finalement mangés à la sauce Murray, les joueurs de Popovich jouent un match 7 sans réelle envie, la preuve en est la dernière minute du match. Je retiens de ce match surtout, le poster de Derrick White sur Millsap. « Wow, White with some dynamite » disait le commentateur. White est en tout cas l’avenir des Spurs, avec ses potes Murray, Walker et Johnson. Parce que cette saison, San Antonio ne vas pas en playoffs et que désormais, il faut se reconstruire dans les bas fonds de la NBA.

Il y a 23 ans, je n’étais pas né mais les Spurs étaient déjà en playoffs. C’est dire le cataclysme qu’est cette non-qualification cette année. Un record co-détenu, des souvenirs mythiques, des titres, des légendes, une identité, des fans, voilà tout ce qu’ont apporté ces deux décennies de gloire à San Antonio. Go Spurs Go. 

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