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PSG-Bayern, dompter l’entrejeu pour ravir la couronne

Entre l’état de forme de Verratti et les muscles saillants de Goretzka, les milieux de terrain de cette finale de Ligue des Champions si spéciale font spéculer les réseaux sociaux. Et pour cause, si tout ne se jouera pas au centre du terrain, une bataille sans fin risque de s’y jouer tout de même. Thomas Tuchel et Hans Dieter Flick doivent actuellement se gratter la tête afin de trouver la meilleure manière de faire déjouer l’adversaire. On leur offre donc quelques éléments de réponse.

Si l’animation tactique reste le plus important, elle dépend avant tout de la composition, des joueurs alignés. Les allemands aligneront sans doute ce milieu Goretzka-Thiago qui a, jusqu’ici, fait ses preuves, avec Muller en numéro 10. Reste à savoir à qui ils feront face. En effet, le retour -ou non- de Verratti et la question de son état de forme se pose. Doit-on prendre le risque de casser la dynamique trouvée jusqu’ici, ou privilégier ce joueur si spécial qu’est le hibou, au détriment des automatismes travaillés lors des deux derniers matchs? C’est là que se pose tout le paradoxe : avec l’Italien, Paris devra changer légèrement son plan de jeu. En quelque sorte, la composition changerait complètement le plan de jeu du PSG, tant Verratti est un joueur au profil différent et aux qualités individuelles hors-normes.

Anticiper le déroulé du match

Face à l’autre club allemand de ce Final 4, Thomas Tuchel a fait déjouer l’opposition. En allant chercher haut notamment, mais aussi en jouant les supériorités numériques dans les petits espaces des halfs spaces afin de contrer les combinaisons si dangereuses du RB Leipzig sur les côtés. Dans cette idée là, la mobilité de Paredes et Herrera a été très utile. Mais peut-on s’attendre à un scénario similaire, alors que le Bayern Munich cherchera, avant tout, à contrôler le tempo? Les coéquipiers de Neymar vont sûrement devoir oublier la possession. Dans ce cas, comment résister aux vagues munichoises ? Isoler le porteur de balle pourrait être une solution viable, mais comment ne pas subir les foudres d’un Thiago toujours inspiré et d’un Muller capable, en une touche, de trouver Lewandowski dans un trou de souris.

Muller pour Lewandowski, c’est 8 passes dévisives cette saison en Bundesliga. (Crédits : Foot Mercato)

Jaillir sur les lignes de passes nécessite une ligne défensive qui couvre bien les appels de balle, ce qui est le cas de la défense Parisienne depuis quelques matchs. Il faudra donc défendre et couvrir les zones où les milieux munichois ont l’habitude d’évoluer, tenter de brouiller les pistes et les circuits de passe habituels, tout en ne délaissant pas les latéraux seuls face aux doublettes Kimmich-Gnabry et Davies-Perisic. Un casse tête immense pour Thomas Tuchel, qui devra aussi se saisir du « problème » Verratti. Son positionnement habituel, devant la défense, est assuré par un Marquinhos qui ne bougera pas. En relayeur, Verratti est moins efficace et en reprise, donc peut-être un peu moins endurant qu’Herrera. Mais le hibou est un as du pressing, et Tuchel devra faire le choix d’un pressing plus efficace (Verratti, 31% de pressions réussies sur les 3 dernières saisons), ou plus à même de répéter les courses(Herrera, 25% sur les 3 dernières saisons).

Thomas Tuchel à chaque fois que le pressing sera cassé. (Crédits : 20 minutes)

Quant aux Munichois, le choix devra aussi se faire sur qui sera chargé de cadrer Neymar, alors même que les trois attaquants parisiens ont privilégié la fluidité sur la demi-finale. Le Brésilien, dès l’instant qu’il reçoit le ballon entre les lignes, est injouable, et le laisser démarqué ressemble à de la folie. Goretzka pourrai alors se charger du Brésilien, le suivre et tenter de le faire déjouer en passant devant grâce à sa largeur d’épaule, en le suivant partout. Dans ce cas, Thiago devra couvrir les espaces ouverts par Neymar et son garde du corps, ce que l’Espagnol est à même de faire. Muller devra donc effectuer le pressing, avec ses ailiers, des autres milieux, que ce soit Marquinhos dans une position plus basse ou Paredes. Les allemands ont pourtant l’habitude d’évoluer en 4-4-2 à la perte de balle, Muller pressant avec Lewandowski. Une porte d’entrée possible pour Paris, qui se retrouverai en supériorité numérique au milieu (Thiago – Goretzka vs Marquinhos – Paredes -Verratti/Herrera voire Neymar s’il décroche).

Casser le pressing

C’est sûrement ce qui fera la différence, d’un côté comme de l’autre. L’élimination, par le dribble ou par la passe, d’un milieu de terrain, ce qui ouvrira l’espace et permettra de gagner des matchs. Que ce soit en possession pour les allemands, ou en transition pour les français. Thiago et Goretzka vont devoir redoubler les passes, tenter d’absorber les milieux adverses, afin de pouvoir soit : ressortir sur les défenseurs qui peuvent trouver via la passe longue les appels des ailiers, ou trouver des joueurs lancés sur les côtés. Reste à savoir à quel niveau ce positionnera le bloc Parisien. S’ils jouent haut, les centraux Munichois pourraient chercher à trouver un relais en cassant les lignes (cf. image ci-dessous), mais ne voient pas d’inconvénient à allonger en profondeur, et sauter la ligne du milieu, comme le détaillait Raphaël Cosmidis dans un article récent pour l’Equipe.

Casser deux lignes en une passe. (Crédits : R. Cosmidis/L’équipe)

Paredes et les siens vont devoir casser le pressing adverse afin de pouvoir se trouver dans la position idéale et trouver Neymar plus haut ou Mbappé dans la profondeur. C’est dans cet aspect-là du jeu que Verratti brille plus que les autres. Capable d’éliminer 3 joueurs en quelques touches de balles, le parisien pourra sortir son équipe de situations complexes. Lorsque Verratti a été aligné avec Marquinhos au milieu , on a cependant senti une redondance et une volonté d’influer dans les mêmes zones avec ballon, qui plus est sur les sorties de balles. Face au pressing bavarois, cette redondance peut s’avérer problématique, quand il faudrait plusieurs solutions au porteur de balle afin de ressortir. Herrera est moins capable de réaliser ces exploits-là, bien que capable d’être un relais utile un peu plus haut sur le terrain. Le problème de ce Paris Saint Germain, c’est aussi que ses défenseurs ne soient pas d’immenses relanceurs.

Les circuits de relance du PSG restent souvent stéréotypés.

Hormis Kimpembe qui montre de belles qualités dans ce domaine, l’arrière garde Parisienne risque de souffrir si elle est mise sous pression, notamment Silva et Kehrer. Cela laisse donc l’unique possibilité de tenter de ressortir vite et de faire briller les 3 de devant. La solution se trouve peut-être en Marquinhos, si le brésilien décroche et vient se placer entre les trois centraux en phase de construction. Le ballon ne devra alors pas être perdu, puisque Muller sera laissé libre. Encore une fois, le duel d’idées et de styles s’annonce passionnant et va rythmer le déroulé du match. Mais, comme le répète Elias Baillif, les équipes appartiennent aux coachs, le football appartient aux joueurs. Sous-entendu : la performance individuelle peut changer un match. Et, à ce petit jeu-là, deux hommes se mettent en évidence.

Muller et Neymar, duel à distance

Outre la différence de profils, les deux risquent d’évoluer dans des zones bien différentes. Muller sera chargé d’influencer au centre du terrain, même s’il dézonera souvent afin d’apporter le surnombre. Le Brésilien, s’il reste dans la même idée que lors du dernier match, partira du côté afin d’effectuer une course vers l’intérieur et recevoir entre les lignes et faire la différence individuellement. Comment cadrer ces joueurs là, comment les empêcher d’étaler leurs qualités ? Si certains éléments de réponses ont été avancés ci-dessus, nul ne pourrait prédire que les deux adversaires ne changeront pas le match du seul fait de leur volonté.

Comment cadrer un joueur aussi mobile, aussi influent et aussi intelligent que l’allemand, ici déporté sur la droite afin de créer la confusion. (Crédits : Total Football Analysis)

En tout cas, ce match confirme ce que le livre « L’odyssée du 10 » n’a cessé de prouver : le rôle du numéro 10 ne disparaît pas, il évolue. Qui pourrait contredire, aujourd’hui, le fait que Muller et Neymar sont les véritables maîtres à jouer de leurs équipes respectives ? Pourtant, ceux-ci n’ont pas le même rôle, pas le même positionnement, pas le même profil, pas les mêmes qualités, ne feront pas les mêmes différences, les mêmes courses, les mêmes passes, ne pensent pas pareil, mais restent les « numéros 10 ». Ceux qui peuvent changer le cours d’un match.

Les premières déclarations d’Hansi Flick en amont de la finale laisse à penser que les Bavarois voudront dicter le rythme de la rencontre : « Depuis 10 mois, on a toujours essayé d’imposer notre manière de jouer. On joue avec un haut, et c’est comme ça que l’on obtient nos résultats, donc on ne va pas changer grand chose. On ne veut pas donner d’espace à l’adversaire. » Ces déclarations confirment nos suppositions, et laissent le champ libre à toutes sortes de plan de jeu. Verratti ou Paredes ? Pressing ou attentiste ? Transition ou possession ? Et vous, comment feriez-vous jouer votre équipe?

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