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Analyse tactique : les points clés pour que Dallas fasse l’upset

Les playoffs ont (enfin) commencé en NBA et plusieurs tendances se dégagent déjà. Pour vous, le Café Crème Sport va vous proposer tout au long de cette phase de post-season des analyses tactiques pour tenter de percer le mystère des matchs. Avec en ligne de mire la question suivante : un upset est-il possible ? Dans le cas présent, les Dallas Mavericks (7e) affrontent les Clippers de Los Angeles (2e) dans une affiche qui peut paraître déséquilibrée. Et pourtant… Il y a aujourd’hui 2-2 dans la série et bien malin est celui qui peut expliquer aujourd’hui qui peut s’en sortir. Les Clippers restent favoris mais les Mavs font plus que s’accrocher. Quels sont les points clés pour que Dallas fasse l’upset ?

Les aspects du jeu à surveiller…

Si les Mavs ont terminé à la 7e place, c’est bien parce qu’il y a des défauts dans leur organisation. D’abord, le CCS va mettre en lumière certaines faiblesses très bien exploitées par les Clippers dans le Game 1 et 3.

Maxi Kleber ciblé par l’attaque des Clippers

C’est en fait un choix de Rick Carliste. Parfois, le pivot allemand des Mavs doit défendre sur Kawhi Leonard. Maxi Kleber est un défenseur de qualité, besogneux et capable d’avoir de la mobilité latérale malgré sa taille (2m08) et son physique (109kg). La match-up n’a pour autant pas beaucoup de réussite pour les Mavs puisque si l’allemand n’est pas sur the Klaw dans un premier temps, il arrive que ce dernier demande une pose d’écran afin de retrouver ce vis-à-vis sur lequel il domine en tous points. Dans les match 1 et 3, remportés par les Clippers, les exemples ne manquent pas.

Comme notre vidéo le prouve, Kawhi Leonard a le dessus dans beaucoup de circonstances, mettant en danger l’intérêt de la match-up Kawhi-Kleber. Il n’en demeure pas moins que ce choix du coach des Mavs se défend puisque le MVP des dernières finales NBA excelle dans le post-up, le shoot à 4m et la finition au près. En ce sens, Maxi Kleber est sensé pouvoir déranger mais sur les actions répertoriées ci-dessous, une forme d’impuissance de l’allemand justifie les choix de Kawhi d’affronter cet adversaire plutôt qu’un Finney-Smith ou un Doncic.

Sur les exemples ci-dessous, un argument est assez évident : lorsqu’il est face à un Kawhi Leonard ou un Paul George, Maxi Kleber est obligé soit d’anticiper, soit de « mordre » à chaque feinte pour éviter d’être débordé. Sur le premier extrait, le cassage de bras et la feinte de départ à gauche de Playoff P pour repartir sur la droite – où un Ivica Zubac l’attend pour poser l’écran – permet d’effacer un Kleber qui s’est écarté sur l’extérieur pour suivre l’éventuel départ adversaire vers la ligne de fond. C’est cet écart qui crée un retard de la défense et qui permet à PG de shooter quasi dans un fauteuil, Porzingis essayant de gêner la tentative du scoreur des Clippers.

Sur le troisième match, Kawhi Leonard a été tout simplement fabuleux. Certains circus shots n’ont pas été répertoriés mais pour autant, la plupart d’entre-eux ont été inscrits sur un Kleber toujours un peu trop court dans la reprise d’appuis et l’enchaînement fléchissement des jambes/saut. Un ailier plus explosif qu’un intérieur ? Jusqu’ici, rien de nouveau…
Ce parti pris assumé par le coaching staff a ses bons effets mais il avantage un peu plus un Kawhi Leonard qui n’a pas besoin de plus pour exceller. Avec des ailiers qui allient à merveille la puissance et la vitesse, un joueur comme Maxi Kleber est utile à certains niveaux mais est dépassé sur d’autres. Kawhi Leonard (et parfois George voire Morris) savent s’en servir à leurs fins.

La question qui découle de cette match-up défavorable aux Mavs, qui pour défendre sur The Klaw ? Finney-Smith semble être le meilleur compromis, lui qui a défendu en majorité sur l’ailier des Clippers à l’occasion d’un game 4 où Porzingis a été absent. Kléber a dû être décalé pour défendre juste sur Zubac/Harrell, et par glissement de terrain c’est DFS qui s’est chargé de Kawhi. Résultat : 32 pts, à 45% au tir. C’est un peu moins bien qu’au game 3 (36 pts à 55% au tir) et qu’au game 1 (29 pts à 52% au tir) voire même qu’au game 2 (35 pts, 47% au tir). La lecture est simple, quand Kawhi score au-dessus des 50%, les Clippers l’emportent. Lors de ces deux rencontres, on a retrouvé – trop – souvent la match-up Kléber/Leonard.

La gestion du P&R/P&P : Porzingis doit être plus régulier

Sur ces phases de jeu plus rares, la gestion du pick and roll (avec l’intérieur qui roule vers le panier) et du pick and pop (l’intérieur reste à sa position voire recule un peu vers la ligne à trois points) est perfectible pour l’intérieur letton des Mavs. Parfois attentiste, il s’est reposé à quelques reprises sur son envergure de bras pour dissuader d’un tir en tête de raquette. L’un des points forts de cette équipe des Clippers c’est d’être très efficace dans cette phase de jeu à 3 – le troisième joueur étant l’ailier/arrière posté à trois points à 0° – et il faut donc un intérieur défenseur capable d’aspirer l’intervalle générée par le pick tout en gardant un oeil sur le roll, ou le pop, de son vis-à-vis.

En restant à un bon mètre de la zone d’écran, Porzingis s’expose à un tear drop ou à un tir en tête de raquette, une zone où un Kawhi Leonard est la référence quasi-ultime en NBA. Laisser un mètre à un joueur aussi dominant dans ce secteur de jeu est évitable, et l’ex-Knick doit être plus régulier dans cette gestion du P&R/P&P pour éviter d’être exposé.

Cette phase de jeu n’est pas arrivée très souvent, pour autant, elle mérite le coup d’oeil. Éviter les points faciles aux Clippers est une des clés qui peut permettre à Dallas de croire en sa bonne étoile pour ces playoffs si particuliers.

Un Paul George à surveiller… ?

Si Paul George a réalisé un game 1 de très haut niveau (il n’y a de passages que du game 1 dans la vidéo ci-dessous), la bête s’est réveillée pour redevenir le fameux Playoffs P. Si James Harden en a pris pour son grade alors qu’il n’a strictement rien demandé, c’est parce que Paul George est frustré par son jeu en décalage avec la réalité du terrain. Il n’en demeure pas moins que pour combler cette crise qu’il traverse au tir, PG reste utile dans l’intégralité des tâches défensives et essaye parfois de rester dans son match en contribuant à la passe.

Ce qui fait de Paul George un joueur à surveiller malgré tout, c’est la facilité avec laquelle il a scoré ses 27 points (45%) au game 1. Tout en fluidité et en lecture de la défense adverse, il a été un danger en seconde lame des attaques drivées la plupart du temps par Kawhi, Beverley ou Lou Will. Défendre sur Kawhi reste la priorité de tous les instants mais qu’est ce que Dallas peut faire si le lieutenant du MVP des Finals 2019 commence à mettre dedans ? Une chose est sûre, sur la seule rencontre où sa contribution aux points est au niveau, les Clippers l’ont emporté. Il va peut-être falloir attaquer le panier, PG… ?

Une attaque efficace, tout en QI et en largeur

Doncic a t-il un point faible ?

Difficile de proposer une seule analyse tactique du jeu de Luka Doncic, tellement sa palette technique est unique en son genre. Balle en main, le slovène excelle dans sa capacité à compenser son manque de vitesse et d’explosivité naturelle par différentes qualités exprimées à leur maximum :

  • feinte de crossover
  • hésitation en tête de raquette
  • feinte de tir
  • feinte de stepback pour repartir au cercle
  • feinte de passe sur le double pas
  • résistance physique sur le double pas
  • excellente gestion de l’épaule pour effacer et créer un angle de tir
  • side-step, ou eurostep
  • un équilibre impressionnant sur son tir
  • une utilisation parfaite des appuis pour créer un angle de passe/tir

Avec tout ceci, « Luka Magic » déroute constamment son adversaire direct et ne peut pas anticiper le tracé imaginé par le génie des Mavs. Son coach Rick Carliste déclarant même à la fin du 3e QT du Game 4 : « it’s a bad boy« , en souriant.

À ce listing technique, il faut ajouter un aspect du jeu de Doncic qui est ô combien important : son menton toujours levé. En effet, le n°77 des Mavs n’est jamais obsédé par son vis-à-vis ou par le panier, comme le font certaines superstar en NBA. Il a toujours le regard bien avisé sur l’évolution d’un système annoncé ou sur les courses d’initiative de ses partenaires, rendant encore plus difficile le travail d’un défenseur. Encore une fois, comment anticiper l’attaque vers le cercle de son adversaire s’il regarde comment se déroule le jeu qui se passe derrière soi ? Tout ceci rend Luka Doncic non pas indéfendable mais illisible, ce qui est peut-être encore plus frustrant pour un défenseur.

Bien sûr, le jeu de Dallas est concentré sur sa superstar et sur son utilisation du ballon. Si l’épilogue du game 4 est très porté sur les exploits de son combo-guard, dans la continuité d’une rencontre, plusieurs joueurs arrivent à sortir leur épingle du jeu pour aider Doncic à faire de Dallas une équipe très compliquée à sortir en playoffs. Mais Luka Magic excelle, en jouant avec une cheville et demi, dans ces playoffs 2020. A t-il un vrai défaut offensif ? Pas vraiment. Ses turnovers font partie de son jeu à risque dans la circulation de balle, il faudrait peut-être que son shoot soit un peu plus régulier. Pour le reste, dans la zone mid-range, son jeu est effrayant.

Une circulation de balle intelligente

Ce n’est pas une nouveauté, Dallas est très très bien coachée par Rick Carliste. Le jeu développé y est qualitatif et porté sur le mouvement de balle. Ci-dessous, un pêle-mêle non-exhaustif d’actions qui ont débouché sur des points côté Dallas.

Si Doncic est à l’origine de la moitié des actions répertoriées ci-dessus, plusieurs joueurs des Mavs s’illustrent et montrent des qualités dans leur utilisation du ballon. Un joueur comme Tim Hardaway Jr, catégorisé comme shooter quasi-unique avec quelques qualités de défenseur (parfois montrées) est devenu sous la houlette de Carliste un joueur un peu plus complet car capable de donner de bons ballons dans les transferts de balle. Les joueurs de compléments à Dallas montrent aussi qu’ils sont capable de servir un partenaire dans de bonnes conditions, un luxe, que se permettent d’avoir Dorian Finney-Smith, JJ Barea, Maxi Kleber ou autre Delon Wright et Trey Burke. Ça passe, et à tous les postes…

  • Game 1 : 18 passes décisives
  • Game 2 : 25 passes décisives
  • Game 3 : 27 passes décisives
  • Game 4 : 20 passes décisives

Au cumulé, 90 caviars – moyenne de 22,5 ast/game – ont été servis par un joueur des Mavs à un autre sur cette série de playoffs. Ce n’est pas une référence puisque depuis le début de la post-season Dallas est 9e dans le domaine (Toronto ayant une effrayante moyenne de 30,5 ast/game) mais fait mieux que LAC, assez nettement (les Clippers font 19,3 ast/game). Un jeu collectif drivé par le maestro Luka Doncic, voilà l’identité des Mavs.

Une bonne utilisation des « petits »

Ultra-physique, grande, la formation des Clippers exprime ses limites face à certains « role players » des Mavericks qui font un travail important. Deux joueurs notamment brillent depuis le début des playoffs : Seth Curry et Trey Burke. En pleine confiance, les deux arrières ont remporté leur match-up face à des Landry Shamet et Reggie Jackson dépassés en défense. Curry et Burke s’expriment dans des registres différents mais détonnent tous deux de la même manière dans leur influence directe sur le jeu.

Seth Curry brille au shoot à trois points, et ça ne surprend personne. Très utile lorsqu’il s’agit de conclure une action par un shoot extérieur les appuis bien au sol, le petit frère du double MVP est aussi très efficace dans cette série pour scorer dans la zone intermédiaire. Ses courses fatiguent la défense adverse et son côté fuyant n’est pas du tout des défenseurs comme Kawhi, Marcus Morris ou Paul George. Seth Curry a eu une vraie carte à jouer dans cette match-up du premier tour, et il l’a joué sans hésiter. Régulier, bien isolé, il sait rester discret pour jaillir au bon moment et scorer. Il n’est pas pour rien dans l’excellent % au tir des Mavs (49,2% sur la série, troisième meilleure équipe NBA). Sa meilleure pointe, c’est lors du game 3 avec 22 points à 9/11 au tir, 4/4 à trois points. Seth Curry s’impose comme un 6e homme très fiable chez les Mavs et sort de sa boîte au bon moment, pour compenser l’arrivée sur le terrain de la référence en la matière, Lou Williams.

Trey Burke, lui, s’exprime dans l’agressivité vers le cercle. Vif, très explosif dans son handle et difficile à rattraper lorsqu’il a pris un step d’avance sur son adversaire, il devient difficile à contrer. Son jeu a aussi pris en maturité sous les ordres de Rick Carliste puisqu’il est moins tête baissée, reste attentif au contact et au retour du défenseur sur ses arrières. Burke est LE joueur propulsé dans le 5 majeur pour pallier l’absence de Kristaps Porzingis et a été étincelant : 25 points, 10/14 au tir et 4/5 derrière l’arc. Adroit et très appliqué dans sa finition – souvenir d’un magnifique lay-back en rupture en fin de match -, il a trouvé sa place dans le roster. Utilisé à la perfection par Carliste, un joueur comme Burke en pleine confiance peut faire très mal aux Clippers qui n’ont pas les solutions sur le banc pour le neutraliser efficacement. Patrick Beverley peut, mais il est out et s’il revient, devra s’occuper de Doncic…

Bref, les Mavs ont été chercher le game 4 avec leurs tripes et avec un shoot tout à fait monumental de Luka Magic au buzzer de la prolongation. Au-delà du talent rare de leur meneur slovène, les Mavericks ont dans leur carquois plusieurs flèches qui peuvent atteindre durement la défense des Clippers, leur permettant de créer un upset retentissant, tant la sphère NBA salivait d’un duel au sommet entre Clippers et Lakers en finales de conférence. Dallas a décidé de ne pas être dans une forme de résilience et joue son va-tout pour créer la surprise. Corriger les points difficiles et abuser d’un jeu collectif porté par Doncic mais aussi ses très bons lieutenants et puis qui sait, pourquoi pas passer ce premier tour ?

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