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TDF 2020 – La course au maillot jaune : L’hégémonie Ineos enfin mise à mal ?

Le Tour de France 2020 commence demain et s’il s’est fait attendre pour les fans de vélo en raison de l’épidémie, le feu d’artifice qu’il va s’y passer risque de faire oublier l’attente. Cette année plus que jamais, Team Ineos semble pouvoir être battu par l’armada jaune et noire de la Jumbo Visma. Si deux favoris se détachent, il existe nombreux outsiders qui attendent un faux pas avec à leur tête Thibaut Pinot. Une chose est sûre les organisateurs ont tout fait pour créer un parcours ouvert qui ne permettra pas aux équipes de se cacher bien longtemps avec notamment plus de 4000 mètres de dénivelés positifs dès la 2ème étape. Le CCS passe en revue les principaux coureurs favoris à la victoire finale.

Deux favoris se détachent

Egan Bernal

Honneur au vainqueur en titre, l’El Aguila de Ziapaquiria. Meilleur jeune et maillot jaune du tour 2019, premier colombien à remporter cette course, faut-il encore présenter ce phénomène qui n’a que 23 ans (plus jeune vainqueur depuis plus d’un siècle). Beaucoup se pose la question de son leadership en découvrant la liste des coureurs pré selectionnés pour le TDF mais Ineos Grenadier lui a envoyé un message fort. En envoyant Thomas et Froome sur les deux autres tours en les jugeant hors de forme, l’équipe met le paquet sur Bernal. Il est accompagné de Richard Carapaz dont la préparation a été plus orientée sur le Giro à la base, Sivakov, Amador, Castroviejo et Kwiatkowski qui est passé à côté de son Tour de France l’année dernière et doit se racheter. L’exercice du contre la montre n’est pas son point fort donc le parcours 2020 lui convient parfaitement. L’Aigle est à l’aise dans la très haute altitude après avoir passé une partie de sa vie en Colombie à s’entrainer à 2700m d’altitude. Il pourrait faire très mal lors de la 17ème étape avec l’arrivée au Col de la Loze (2304m). Le Critérium du Dauphiné a semblé montrer qu’il n’était pas au niveau de Roglic. Cependant Ineos Grenadier a parfaitement géré le mental de son champion en prétextant une blessure afin de ne pas entamer sa confiance. L’histoire lui donne raison car il n’a pas été pris dans la chute qui a coûté cher à la Jumbo. Nul doute qu’avec sa force de caractère, il sera la candidat numéro 1 à sa succession.

Primoz Roglic

Le grimpeur-rouleur slovène est tout simplement le N°1 mondial. Il a marqué de son empreinte la saison 2019 et sans des erreurs tactiques de son équipe, il aurait pu ajouter le Giro 2019 à son palmarès. Il est le vainqueur sortant de la Vuelta. Son équipe a l’allure d’un rouleau compresseur en ce début de saison avec notamment le renfort de Tom Dumoulin. Seul ombre au tableau la perte de Steven Kruisjwijk lors du Dauphiné. Roglic n’est pas forcément très à l’aise dans les forts pourcentages ou la haute altitude et a pris l’habitude de creuser ou rattraper du retard lors des CLM. Le faible kilométrage de CLM cette année sur le tour lui enlève un gros point fort. Autre problématique pour un prétendant à la victoire finale, la stratégie d’équipe a souvent coûté du temps au coureur et face au Team Ineos, on ne peut pas se permettre la moindre erreur tant cette équipe à une vision incroyable de la course. Roglic est à surveiller dans les montées plus roulantes. Il va prendre toutes les secondes qu’il peut comme il l’a fait lors du critérium en attaquant dans les derniers mètres de chaque arrivée au sommet. Seul point noir, des difficultés en descente, héritées d’un début très tardif sur le vélo après une carrière de sauteur à ski, là ou Bernal semble plus à l’aise. A t’il des séquelles de sa chute sur le Critérium comme il semble le dire dans la presse depuis quelques jours ? Il est accompagné de Dumoulin, Bennett, Kuss, le prodige Van Aert et le rouleur Tony Martin. Une équipe plus que bien armée, suffisant pour faire chuter Bernal et team Ineos ?

De nombreux outsiders

Thibaut Pinot

La différence entre un outsider et un favori ? L’équipe bien souvent. Parce que sur les qualités pures, Pinot peut lutter avec les favoris surtout cette année avec seulement 36,2km de CLM, qui plus est chez lui dans son fief de la planche des Belles Filles. Le talent n’est plus à démontrer chez le français. Son talon d’Achille, c’est sa santé qui le trahit souvent. L’équipe a mis en place des protocoles bien stricts pour lui, afin qu’il ne tombe plus autant malade qu’avant. C’est un problème musculaire qui l’a fait mettre pied à terre l’année dernière alors qu’il était à la lutte pour la victoire. Cette image qui a déchiré le cœur des fans français de vélo alors qu’il paraissait si fort. Pinot a tourné la page comme il l’a dit récemment lors d’une ITW télévisé. Le français se sait capable de battre les meilleurs maintenant après avoir douté de ses capacités pendant de nombreuses années. Néanmoins, le mental reste un point faible chez lui, autant que son incapacité à bien descendre les cols. Lors du critérium, alors que Thibaut devait assumer le pied de la course, il a perdu pied quelques minutes ce qui lui a fait perdre de précieuses secondes en vue de la victoire finale. Son palmarès est toujours vierge de courses à étapes de plus de 5j, ce qui reste une anomalie pour un coureur de son calibre. « Pinot Noir » comme le surnomme les étrangers sera accompagné de David Gaudu, Valentin Madouas et Sébastien Reichenbach dans sa conquête du graal. Du solide, suffisant pour titiller les deux favoris ?

Nairo Quintana

Comment ne pas penser au Scarabée quand on parle outsider ? 6 podiums en Grand Tours dont 2 victoires. Nairo a été souvent ralenti par la stratégie d’équipe des Movistar qui était parfois difficile à comprendre et souvent discutable. Il est maintenant libéré de l’emprise de Valverde après avoir signé chez Arkéa-Samsic. Le colombien le dit lui même, il ressent moins de pression et sent l’équipe derrière lui. Quintana sera forcément moins bien entouré que chez les Movistar mais toute l’équipe va travailler pour lui et l’aide de Barguil pourrait être précieuse. Il n’est plus au sommet de sa forme et n’est pas forcément capable de grands raids solitaire mais il va être présent dans la montagne. Son point faible qu’est le CLM ne sera pas un gros problème cette année comme Pinot. Le colombien a chuté pendant un entrainement chez lui en juillet, percuté par une voiture donc il faudra espérer que son genou le laisse tranquille. En plus de Barguil, il sera accompagné de son fidèle acolyte Anacona, de son frère Dayer et de Diego Rosa, un ancien d’Ineos. Tout est fait pour le mettre dans les bonnes conditions. A lui de prouver qu’il est toujours Kingtana et que c’est bien la tactique Movistar le problème.

Tadej Pogacar

Meilleur jeune de la Vuelta 2019, 3ème au général, vainqueur de 3 étapes… Pogacar est le jeune qui monte ! Il vient de finir 4ème du Dauphiné et a évité les chutes contrairement à ses adversaires. Il s’est permis le luxe de battre Roglic sur le CLM des championnats de Slovénie ce qui est une très belle performance. Certes ce n’est que 15km, mais ça montre que le garçon est à l’aise sur tout les terrains. Il vient sur le TDF pour s’étalonner après son 1er grand tour réussi l’année dernière. Il sera entouré d’Aru, de la Cruz et de bons baroudeurs expérimentés. Suffisant pour aller jouer les troubles fêtes et viser la victoire ? Il n’aura pas peur de tenter des attaques comme il l’a prouvé sur le tour d’Espagne 2019 et il va confirmer son talent dans quelques jours. Le slovène est pétri de capacités et insouciant, nous le verrons vite à l’oeuvre lors de ce tour.

Tom Dumoulin

Si Primoz Roglic est le grand favori, son coéquipier est à minima à placer dans les outsider, surtout depuis la chute du slovène au critérium. Tom Dumoulin a gagné le Giro 2017 et fait 2ème sur le Giro 2018 et TDF 2018. Le papillon de Maastricht n’avait pas forcément une équipe forte à son service. Il est comme Roglic, un rouleur-grimpeur comme l’atteste son titre de champion du monde du CLM en 2017. Il revient d’une blessure suite à une chute qui l’a privé d’une bonne partie de la saison 2019. La perte de Kruijswijk va lui laisser moins de marge de manœuvre ce qui va peut être le contraindre à jouer les équipiers au lieu de pouvoir jouer sa carte personnelle. Le néerlandais est apparu très en forme sur le Dauphiné et la Jumbo va certainement le garder au frais en cas de blessure ou défaillance de Roglic. Le champion est très motivé pour montrer qu’il peut retrouver sa forme de 2017/2018 afin de montrer qu’il mérite une place de leader dans un Grand Tour.

Richard Carapaz

Le vainqueur sortant du dernier Giro a pensé tout simplement défendre son titre. Mais son manager Dave Brailsford en a décidé autrement en se séparant de Thomas et Froome pour le Tour de France. Ils sont envoyés respectivement sur le Giro et la Vuelta. Carapaz va venir jouer le rôle de N°2 et aider Bernal à gagner un 2ème tour de France d’affilé. Mais Ineos Grenadier n’hésitera pas à le faire passer N°1 en cas de méforme de Bernal. Très à l’aise en montagne comme Bernal et moins rouleur, il forme un duo jeune comparé au duo Roglic/Dumoulin. L’équatorien sera peut être un peu à court de condition au début du tour car il s’est préparé pour le Giro. Mais l’idole de tout un pays peut terminer en boulet de canon la troisième semaine s’il réussi à limiter la casse avant. Seule sa team sait à l’heure actuelle quel va être son rôle. Un top 10 à minima pour lui sans aucun doute.

Emanuel Buchmann

4ème du TDF 2019, difficile de ne pas mettre Buchmann dans les outsider. Mais une mauvaise chute sur le Dauphiné qui semble avoir laissé des traces ainsi qu’une équipe composée de 2 coureurs revenant de blessures ont fait baisser sa côte. Souvent critiqué pour son style attentiste, il est conscient qu’il va devoir changer sa façon de courir pour franchir un palier et envisager la victoire. Les jambes étaient bonnes sur le Dauphiné avant sa chute. L’Allemand a souvent été aux côtés de Pinot lors des arrivées. Il a indiqué vouloir être le 1er allemand à monter sur le podium du TDF depuis Klöden en 2006. Buchmann a pu continuer à s’entraîner quasi normalement en Autriche pendant l’épidémie ce qui peut faire la différence sur 3 semaines. Il est accompagné de Felix Grossschartner et de Lennard Kamna, vainqueur à Megève il y a quelques jours sur le Dauphiné.

À ne pas sous estimer

Il est difficile de s’improviser aspirant à la victoire au général. Pour autant, il impossible d’occulter les risques de chutes ou de méformes qui peuvent laisser la chance à d’autres de s’exprimer. Des surprises ne sont pas à exclurent également. Les coureurs qui vont suivre peuvent jouer une place dans le Top 10 à minima voir mieux

Romain Bardet

Bardet et le tour de France c’est une histoire d’overdose. Le français reste sur 7 top 15 en 7 participations dont 2 podiums mais il semble se chercher depuis plus d’un an. Un essai sur la Vuelta en 2017 avec une maigre 17ème place. Romain a sauvé son TDF 2019 en allant conquérir le maillot à pois. Il se présente cette année en homme libéré car il va quitter son équipe de toujours à la fin de la saison dans le but de relancer sa carrière. Il a une occasion en or de finir en beauté son aventure AG2R et remercier, s’il en a les capacités, cette équipe qui lui a beaucoup donné. Le grimpeur d’AG2R a semblé un peu court physiquement sur le Dauphiné mais n’a pas hésité à attaquer, ce qu’il a rarement fait les années précédentes. Il est incroyable de se dire que ce stakhanoviste de l’entrainement n’a pour palmarès que 3 victoires sur le tour de France. Est-ce que la formation AG2R va jouer une dernière fois la carte Bardet ou est-ce que chacun aura sa carte personnelle à jouer ?

Mikel Landa

Voila un coureur qui ne fait pas dans la langue de bois et qui se présente sur chaque grand tour en disant qu’il va le gagner. Malgré des top 10 réguliers, il lui manque souvent beaucoup pour jouer la victoire finale. Après des passages dans les plus grandes team (Astana, Sky et Movistar) le voila chez Barhein McLaren avec un vrai statut de leader. Chez Sky, l’espagnol n’a été qu’un simple équipier et chez Movistar, il s’est perdu dans la stratégie, se faisant régulièrement devancer par Valverde ou Quintana. Sur ce Tour de France 2020, Landa sera épaulé de Wout Poels et Pello Bilbao avec également Matej Mohoric en dynamiteur. C’est sa dernière chance de prouver qu’il mérite le statut de potentiel vainqueur d’un GT. Son directeur sportif croit beaucoup en lui et toute l’équipe sera à son service. Son Dauphiné ne l’a en tout cas pas aidé à se rassurer, c’est pour cette raison que nous le classons pas dans les outsider

Miguel Angel Lopez

L’argentin se présente en leader de la formation Astana. En 6 participations à des grands tours, 5 top 10, 2 podiums. Il n’a jamais couru sur le tour de France et tient peut être la une des dernière chance pour prouver à sa team qu’il peut viser la victoire finale en GT. Astana est une équipe qui joue régulièrement les premiers rôles dans les GT donc il faudra surveille Superman. Un nouveau top 10 à minima mais on attend plus de ce coureur.

Les Education First

Cette équipe qui ne fait pas de bruit, se présente sur le TDF avec Uran, Martinez et Higuita. Le premier a déjà été 2ème de GT dont le tour de France à 3 reprises. Le deuxième est le vainqueur sortant du Dauphiné et sans deux poignets cassés l’année dernière, son ascension aurait pu être plus importante. Le dernier fait parti de la même génération de Colombien que Bernal et il a fait plusieurs podiums sur des courses à étapes du World Tour. L’équipe est en mesure de jouer le maillot à pois avec Higuita ou Martinez, une place dans le top 10 avec Uran ou Martinez et peut être plus selon le déroulé de la course. L’équipe va devoir trancher assez vite sur qui miser pour le général

Alejandro Valverde/Enric Mas

Difficile de ne pas mettre un Movistar dans les favoris ou les outsiders mais cette équipe à une fâcheuse tendance à se mettre des bâtons dans les roues. Fini la fibre sud américaine, l’équipe est totalement ibérique ou presque cette année. Cela devrait limiter les querelles internes et rendre plus lisible la tactique. On se souvient tous de Marc Soler alors en tête de l’étape de la 9ème étape de la Vuelta 2019, être prié par son directeur sportif de s’arrêter afin d’attendre Quintana. Si l’opération comptable a été bonne, l’image de la Movistar et de ses tactiques incompréhensibles en a pris un coup. Valverde l’éternel pour encadrer Enric Mas, le talent que l’Espagne attend. Une bonne formule ? Valverde va t’il accepter ce rôle ? Après une 2ème place sur le Vuelta 2018, Mas a explosé de façon surprenante lors de la 15ème étape l’année dernière alors qu’il était 4ème au général. Encore une année pour apprendre ou la surprise du chef ?

Tant de coureurs pour une place au soleil. Tout laisse à penser que nous allons assister à un vrai feu d’artifice tant par le parcours proposé que par le nombre de prétendants. Pourtant, Thibaut Pinot a peut être résumé le problème lors d’une récente interview : si Ineos ou Jumbo Visma cadenasse la course, il sera très dur pour les autres de lancer des attaques. La bataille entre les deux rouleaux compresseurs va t’elle laisser des opportunités aux autres de s’exprimer afin de ne pas se battre que pour les accessit ? Réponse dès dimanche lors de la 2ème étape qui ne sera pas décisive pour la victoire finale mais pourrait écarter irrémédiablement certains prétendants

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