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Ineos contre Jumbo-Visma, le combat des chefs

Le Tour a débuté ce samedi en s’élançant de Nice. Les coureurs sont partis pour 3 semaines à ferrailler sur les routes de France. Et après les premiers remous du week-end, déjà chargé en émotions, tout reste pourtant à faire : au départ de la 4ème étape vers Orcières-Merlette, les principaux favoris au général font tir groupé, à 17 secondes derrière notre maillot jaune national, le flamboyant Julian Alaphilippe. Dans cette lutte qui s’annonce acharnée, Ineos et Jumbo apparaissent comme les deux principales forces pour conquérir le Graal. Mais laquelle est finalement la mieux armée ?

Ineos, le virage générationnel

Si on s’était posé cette question quelques semaines en arrière, notre réponse aurait peut-être été sensiblement différente. On avait alors face à nous un potentiel trident de favoris déjà gagnants du Tour appuyé par une armada de jeunes loups et de chefs de route expérimentés. On imaginait facilement Bernal avec Froome, Thomas et tous leurs copains prendre le départ, et écraser la course du poids de leur force collective comme ils en ont pris l’habitude. Cependant, vérité d’hier, n’est pas celle du jour qui n’est pas celle du lendemain. La première partie de cette saison resserrée est passée par là et a rebattu les cartes. De ces trois-là ne reste que Bernal, par conséquent leader unique au départ sur la côte d’Azur. Par là-même on peut noter le virage pris par la team Ineos qui laisse place aux jeunes, et en même temps à une touche beaucoup plus internationale, s’éloignant ainsi du projet purement britannique des débuts. Ineos y a-t-il perdu ? Pas sûr. Les deux anciens vainqueurs affichaient une forme plus que discutable. Par ailleurs un quadruple vainqueur du Tour, et un autre vainqueur du Tour, ça peut être compliqué à convertir en équipier Premium. Auraient-ils vraiment donné leur sueur et leur âme pour le succès de Bernal, pas sûr. Par ailleurs Ineos, privilège de riches, compte en ses rangs plus de coureurs qu’il n’en faut pour courir après cet objectif permanent de victoire sur le Tour de France. Kwiatkowski et Luke Rowe ont l’expérience en plus du talent, ils seront là pour encadrer les troupes et gérer la course. La promotion sud-américaine confirmée avec Amador et Carapaz (vainqueur d’un Giro) servira de garde de luxe pour un autre Sud-Am à deux roues, le leader colombien Egan Bernal. Van Baarle, Castroviejo et surtout Sivakov (qui pourrait sûrement être leader lui-même dans quelques temps et dans une autre équipe) viennent compléter l’effectif, et on se dit alors qu’il va quand même falloir sortir l’artillerie lourde pour les faire trembler sur leurs péaliers. L’équipe dégage une-puissance énorme, réunie autour des qualités naturelles d’un Bernal partant à la conquête d’un 2ème Tour, à tout juste 23 ans… Alors qui pour les battre ?

TEAM INEOS GRENADIERS / Copyrights sbs.com

Jumbo-Visma, les Bataves empêcheurs de tourner en rond

Les coureurs en jaune (signe du destin ?) apparaissent en effet comme la principale force d’opposition à Ineos. Cette dernière a un savoir-faire éprouvé et incontestable : avec sept victoires lors des huit dernières éditions ils l’ont prouvé,  ils savent gagner. Et pourtant on le sait, plus une série est longue, plus elle s’approche de son terme. Les Hollandais pourront compter sur ce principe mathématique de base ainsi que sur un effectif impressionnant de densité et de cohérence, taillé pour la victoire, pour bouter les Anglais hors du trône. Ils ont aussi dû ajuster un peu leurs plans. Suite à la chute de Kruiswijk sur le Dauphiné, celui-ci n’a pas pris le départ et s’alignera finalement sur le Giro. Une vraie perte. Mais avec Roglic et/ou Dumoulin en têtes de file pour le général, et accompagnés de Bennett, Gesink ou Kuss pour la montagne, du roi des bouts droits qu’est Tony Martin ou encore d’un Van Aert au top de sa forme déjà vainqueur aux Strade Bianche, à Milan San Remo et d’une étape sur le Dauphiné… l’équipe est impressionnante. Presque jusqu’à en faire nos favoris si on reste sur l’impression laissée par Roglic au Tour de l’Ain ou sur le Criterium du Dauphiné. L’imaginer en jaune à Paris est loin d’être un fantasme irréalisable. Dans cette année spéciale subsiste la question des états de forme, et surtout des pics de forme. Une inconnue qui prend les pronostics encore plus difficiles. Roglic était-il prêt trop tôt ? Là où Bernal, ou un autre, aurait pu mieux gérer afin d’atteindre un niveau optimal sur le Tour. Et Dumoulin ? Il ne faut surtout pas l’oublier c’est une autre force réelle de cette équipe, qui était au même niveau que Roglic ou presque, et pourrait aussi être sur une trajectoire ascendante le portant jusqu’aux Champs Elysées. Ils ont tous deux déjà un grand tour dans leur musette (Giro pour Tom, Vuelta pour Primoz) et peuvent prétendre au plus prestigieux de tous. Un autre point fort de cette équipe d’ailleurs, un leader pouvant en cacher un autre. Cela pourrait s’avérer précieux en cas de méforme ou de défaillance pour l’un d’eux. Dans cette équipe construite pour gagner, ils ont en tout cas l’un comme l’autre tout en main pour réaliser leur rêve. Il faudra toutefois veiller à ce que le collectif prime bien sur l’individuel, et que le moins fort ait l’intelligence et l’humilité de se mettre au service de l’autre, au risque de tout perdre. Le management aura son rôle à jouer. Et face à une armada comme celle d’Ineos, afin de concrétiser ces rêves de victoire, il ne faudra pas s’éparpiller ou négliger le moindre détail… Hâte en tout cas que la route délivre son jugement !

TEAM JUMBO VISMA / Copyrights : velonews.com

Alors que le Tour commence à peine, on ne peut donc que s’enthousiasmer de voir une opposition digne de ce nom face aux tout-puissants Ineos qui règnent sans partage depuis bien longtemps. Pour autant ceux-ci, dans leur nouvelle configuration, restent probablement les premiers prétendants à leur propre succession. Et si Jumbo s’impose bien, de fait, comme leur principal rival, que cela ne nous fasse pas non plus oublier d’autres potentiels trouble-fêtes. On pense ici par exemple à l’UAE qui a aussi de quoi faire tourner les têtes avec dans ses rangs les Aru, Formolo, De La Cruz et surtout Pogaçar. On pense aussi – et pas (seulement) par chauvinisme – à la FDJ de Pinot. Avec les lieutenants Gaudu, Reichenbach, Molard ou Madouas, et l’apport précieux de Stefan Kung, ils peuvent rêver en grand. Et il y en a d’autres. Finalement ce Tour pourrait être à l’image de cette année 2020, bizarre et plein d’imprévus. On sent souffler sur lui un vent nouveau. Le vent de la nouvelle génération. Le vent d’un nouveau cycle en train de naître. Le vent du suspens et de l’inconnue. Un sentiment plaisant que l’on se gardera bien de bouder. C’est parti, profitons !

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