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Julien Stéphan, le « Druide » à la serpe d’or

Propulsé à la tête de l’équipe bretonne, suite au limogeage de Sabri Lamouchi le 3 décembre 2018 au lendemain d’une terrible défaite à domicile face Strasbourg (1-4), celui qui n’avait que quelques matchs pour faire ses preuves au board rennais s’est très vite imposé comme une référence au point d’être considéré aujourd’hui comme l’un des entraîneurs du futur, en France… mais aussi en Europe !

Le fils de Guy Stéphan (actuel adjoint de Didier Deschamps et ancien joueur et entraîneur professionnel) est né le 18 septembre 1980, à Rennes. Souvent confronté au déménagement du fait des changements de clubs de son père, le jeune Julien Stéphan côtoie également plusieurs centres de formations dont ceux de l’Olympique Lyonnais ou des Girondins de Bordeaux.

Les origines du « Druide »

Finalement, il intègre le centre de formation du Paris-Saint-Germain, en 1998, pour y terminer sa formation. Il ne prendra part à aucune rencontre avec l’équipe première, mais disputera tout de même quelques matchs de CFA avec la réserve. En 2001, il quitte la capitale direction Toulouse, alors en National, puis en 2002 il quitte le monde pro pour rejoindre le Racing Club de France avant de finir sa carrière en 2008 après trois saisons en CFA 2 avec le FC Drouais. Bien qu’il ait eu une carrière « plus que correct », selon son père. On ne peut pas dire que le natif de Rennes ait réussi une grande carrière dans le monde professionnel. Qu’à cela ne tienne ! Ce n’est pas sur les terrains, mais sur le banc que Julien Stéphan se fera un nom…

« À Lyon, il venait derrière le banc de touche pour observer ce que je faisais. »

Guy Stéphan à propos de son fils

En effet, en parallèle de sa fin de carrière à Dreux, Stéphan devient également l’entraîneur des U19 de l’équipe drouaise et après avoir eu sa maîtrise en STAPS – lorsqu’il jouait au Stade Briochin, quelques années plus tôt – il décide de passer ses diplômes pour devenir entraîneur. Une vocation plus qu’un métier pour lui, comme le décrivait son père au Point il y a quelques mois : « À Lyon, il venait derrière le banc de touche pour observer ce que je faisais. Il a pu vivre tout ça de l’intérieur. On avait évidemment des discussions sur les différentes organisations de jeu, les manières de se préparer et les qualités individuelles de certains joueurs. […] Julien avait cette vocation de devenir coach. […] Il sait ce qu’est une séance d’entraînement, une planification, faire des choix d’équipe.« 

Après avoir raccroché les crampons, le futur entraîneur du Stade Rennais prend les rennes des U15 de Châteauroux. Il gravit très vite les échelons et à partir de ce moment-là, tout s’accélère pour lui. Après deux saisons du côté de la Berrichone, il prend la tête de l’équipe U17 du FC Lorient, là encore son travail est remarqué et récompensé puisqu’en 2012 il devient l’entraîneur des U19 du Stade Rennais. Pendant trois saisons, ses résultats vont être plus que probant et vont même convaincre le club bretons de le mettre à la tête de l’équipe réserve en lieu et place de Laurent Huard, partis du côté du PSG pour y entraîner l’équipe réserve.

Julien Stéphan, lors de ses débuts avec l’équipe réserve du Stade Rennais (Le Télégramme)

Dès sa première saison, il parvient à faire remonter la réserve en CFA. Durant ses trois saisons et demi aux commandes, plusieurs jeunes se révèlent et accèdent à l’équipe première comme Ousmane Dembélé, James Léa-Siliki, Joris Gnagnon ou encore Jérémy Gélin. Le 13 octobre 2018, Thierry Henry devient l’entraîneur de l’AS Monaco, pendant plusieurs jours le nom de Julien Stéphan est évoqué dans la presse pour devenir le premier adjoint du champion du monde, ce ne sera finalement pas le cas, mais le grand public commence à entendre parler du fils de Guy. Lorsque Sabri Lamouchi est remercié, le 3 décembre 2018, le nom de Julien Stéphan sonne comme une évidence pour Olivier Létang (président du club, à l’époque) et hormis quelques turbulences en début de saison dernière, on ne peut pas dire qu’il se soit trompé.

En effet, le club breton traverse la meilleure période de son histoire depuis que Stéphan est à la tête de l’équipe première. Après un très beau parcours en Europa League, quelques mois après son arrivée sur le banc rennais – qui a vu les Rouge et Noir éliminer le Real Betis puis regarder les yeux dans les yeux les Gunners d’Arsenal malgré l’élimination – le Stade Rennais a connu l’apothéose lors de la victoire en finale de Coupe de France face à l’ogre parisien (2-2, 6 tab à 5) après avoir été mené de deux buts. Sur leur lancée, le club breton et Stéphan réalisent un exercice 2019/2020 une nouvelle fois historique, emmenant pour la première fois de son histoire le Stade Rennais sur le podium de la Ligue 1 et de fait, en Ligue des Champions.

Quelles potions magiques utilise-t-il ?

Lors de son arrivée à la tête de l’équipe première, Stéphan récupère un groupe démotivé et en manque de repère. Réputé pour son travail acharné et son leadership, ce dernier parvient à trouver les mots juste pour rebooster l’effectif. Dans un premier temps il impose un 4-2-3-1 (pouvant se transformer en 4-4-2 à plat) quasi immuable pour stabiliser une équipe qui avait tendance à souvent changer de dispositif tactique sous Lamouchi. Il fait de Ben Arfa son leader technique et permet au club breton d’enchaîner les bons résultats.

« On est peureux dans le jeu. Quand on joue à domicile contre les derniers, il faut qu’on soit plus conquérants. »

Hatem Ben Arfa après le nul face à Guingamp, le 12 mai 2018

Cela étant si les résultats suivent, certaines personnes, Hatem Ben Arfa en-tête, trouvent que les rennais manquent d’ambitions dans le jeu et sont parfois trop frileux. Le point de non-retour est atteint le 12 mai 2019 après le nul de Rennes contre Guingamp, la lanterne rouge. En zone mixte, après le match, Hatem Ben Arfa tire à boulet rouge sur son entraîneur : « Aujourd’hui, je ne prends pas de plaisir. Guingamp méritait de gagner. Dans le jeu, ils étaient beaucoup plus ambitieux que nous. On est peureux dans le jeu. Quand on joue à domicile contre les derniers, il faut qu’on soit plus conquérants. Quand on mène 1-0, on n’a pas le droit de se faire remonter de la sorte et de presque perdre. Il faut que tout le monde se remette en question. Si on est treizièmes, ce n’est pas pour rien. » Si le cas Ben Arfa est un cas un peu particulier, d’autant que ce dernier n’est pas exempt de tout reproche, bien au contraire, il soulève néanmoins un point intéressant : comment Julien Stéphan fait jouer ses équipes ?

Tout d’abord il y eut ce 4-2-3-1 pouvant se muer en 4-4-2 ou en 4-4-1-1 en fonction de l’adversaire, lors de la prise de fonction de Stéphan. Dans ce système, le but était clair : laisser le moins d’espaces possibles à l’adversaire en verrouillant l’axe et repartir en transition rapide à la récupération du ballon avec les flèches Sarr et Niang devant. Grenier et Ben Arfa, eux, étaient chargés de créer le jeu, mais ce dernier n’étant pas en grande forme lors de son passage à Rennes, c’est Bourigeaud qui a souvent servi de détonateur à une attaque assez peu inspirés, mais très réaliste.

À l’issue de la saison 2018/2019 six titulaires du XI de Stéphan s’en vont (Bensebaini, Diallo, Mexer, André, Sarr et Ben Arfa), pour les remplacer le club et Stéphan ont en partie fait confiance au centre de formation – qui est l’un des meilleurs d’Europe – pour inclure dans le XI des jeunes comme Camavinga, Maouassa (retour de prêt) ou Gélin, mais ont également été actif sur le mercato en allant chercher Raphinha (Sporting Portugal), Morel (libre), Mendy (Reims) et Gnagnon (prêt du Séville FC).

Avec ce chamboulement d’effectif, Julien Stéphan met en place un système en 5-3-2 (ou 3-5-2) lors des premiers matchs de championnat. Misant en grande partie sur la solidité défensive de l’axe et sur les montés des pistons (Maouassa et Traoré). Ce système permet également à Gélin d’être dans les meilleures conditions pour relancer (en témoigne sa stats de 95 % de passes réussis lors de la victoire face au PSG, 2-1). Cela étant le manque de créativité offensive se fait trop ressentir et les résultats en pâtissent, d’autant que défensivement, le bloc ne répond plus aussi bien qu’en début de saison.

Pour la première fois de sa (jeune) carrière, Julien Stéphan est sur la sellette. Après près de deux mois sans victoire, l’ancien parisien doit trouver une solution pour remettre son équipe dans le droit chemin, comme il a su le faire à son arrivée.

Pour cela, exit le 5-3-2 et retour du 4-4-2. C’est à ce moment-là que Camavinga va définitivement s’installer dans le XI de Stéphan, d’abord au côté de Bourigeaud, puis de Nzonzi (arrivée lors du mercato hivernal). Son émergence est une véritable plus value pour l’équipe rennaise qui s’appuie toujours sur un bloc défensif solide, des transitions rapides et des latéraux ultra offensifs lors des récupérations de balles. L’efficacité offensive des attaquants rennais permet également au club et à Stéphan d’enchaîner les bons résultats. Cela étant, il serait extrêmement réducteur de cantonner Stéphan à un entraîneur défensif, « frileux » ou qui manque d’ambition dans le jeu…

En effet, fort de sa 3e place au classement et de sa qualification en C1, le Stade Rennais a vu ses ambitions augmenter sur le marché des transferts. Même si ce dernier n’est pas finis, les cibles et rumeurs évoquées depuis plusieurs semaines montrent que le club est en train de franchir un palier. Les profils des joueurs arrivés et pistés (Aguerd, Guirassy, Terrier, Boga ?) semblent converger vers le même sens, celui d’un entraîneur qui veut un peu plus imprégner sa patte à l’équipe. Les premiers matchs de cette saison sont de bonnes raisons de penser qu’un changement d’idéologie est train de se matérialiser du côté du Stade Rennais et que Julien Stéphan est en train de passer à la phase 2 de son plan de jeu comme on pouvait l’imaginer après ces quelques mots lors de sa prise de fonction, en décembre 2018 : « Le football doit être un spectacle provoquant des émotions.« 

Avec les arrivées de Terrier et Aguerd (ainsi que la prolongation de prêt de Nzonzi), Stéphan a donc délaissé son 4-4-2 et a opter pour un 4-3-3 à pointe basse qui permet à l’équipe d’être beaucoup plus pro active et qui devrait mieux correspondre à des joueurs comme Camavinga, Raphinha ou Bourigeaud. Les premiers matchs de la saison semblent aller dans ce sens, nous avons vu une équipe bien plus entreprenantes et ressortant les ballons de derrière. Les stats parlent d’elles-mêmes : 32 frappes (dont 11 cadrés) en deux matchs, une moyenne de 57,5 % de possession et une précision de passe de plus de 85 %. Alors, même si on ne peut pas tirer de conclusion après seulement deux matchs. Les progrès aperçus sont très prometteurs.

Pour résumer, là où d’autres entraîneurs français paraissent plus dogmatiques dans leur approche, peu importe l’effectif à leur disposition, comme Jean-Marc Furlan, Olivier Dall’Oglio ou Christian Gourcuff ; Julien Stéphan, lui, est un entraîneur plus « tout terrains », s’adaptant aux qualités et faiblesses de son effectif et plus proches, dans l’esprit, d’un Jürgen Klopp que d’un Pep Guardiola.

Alors que la saison 2020/2021 s’annonce historique pour le Stade Rennais, tout juste auréolé de sa première participation en phase de poule de la Ligue des Champions, son entraîneur devra également montrer de quoi il est capable dans la plus grande des compétitions de club d’autant que Rennes, étant dans le chapeau 4, tombera très probablement sur du très lourd. En étant réaliste, il y a peu de chance pour que le club breton atteigne les 1/8e de finale… mais avec cet homme sur le banc, plus rien ne semble impossible.

Crédit une : AFP

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