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De Maurice Trintignant à Pierre Gasly, retour sur 65 ans de victoires françaises en Formule 1

Hier, nous avons vécus un moment historique dans l’histoire du sport automobile français et dans l’histoire du sport français en général. Pierre Gasly (24 ans) a remporté le Grand Prix d’Italie, à Monza, 24 ans après la dernière victoire française – Olivier Panis, lors du GP de Monaco en 1996 -, au terme d’une course complètement folle.

En 70 ans d’existence, la Formule 1 dénombre pas moins de 75 pilotes français ayant participé au moins une fois à un Grand Prix. Parmi ces 75 noms, seulement 13 ont eu la chance ainsi que le talent pour terminer premier d’une course et un seul a obtenu le Graal de champion du monde (à quatre reprises), il s’agit bien évidemment du « Professeur » Alain Prost. Avec 80 victoires, la France est le 4e pays comptant le plus de victoires en GP derrière le Royaume-Uni (289), l’Allemagne (179) et le Brésil (101). Retour sur ces noms ancré à jamais dans l’histoire du sport français.

Le pionnier : Maurice Trintignant (1950-1964)

Maurice Trintignant, lors de sa première victoire, à Monaco, en 1955 (AFP)

Né le 30 octobre 1917 et décédé le 13 février 2005, Maurice Trintignant est tout simplement le premier français à avoir remporté un Grand Prix de Formule 1. Déjà présent lors des débuts de la discipline, en 1950, le vauclusien rejoint Ferrari en 1954. Après une saison plutôt réussi qui le voit finir 4e au championnat du monde, il remporte sa première course la saison suivante, le 22 mai 1955, à Monaco. En 1958 il réédite l’exploit, cette fois au volant d’une Rob Walker Racing Team et s’impose lors du GP de Monaco.

Le professeur : Alain Prost (1980-1993)

Alain Prost celebrant son 2e titre mondial, après sa victoire en Australie, en 1986 (motorspor.com)

Tout a déjà été dit sur la carrière XXL d’Alain Prost. Quadruple (!) champion du monde, en 1985, 1986, 1989 et 1993, celui qui était surnommé « le professeur » pour sa vision très calculatrice de la F1, est de loin le pilote français le plus talentueux de sa génération et celui donnant la plus grosse impression en piste. Vainqueur avec quatre écuries différentes (Renault, McLaren, Ferrari et Williams) et champion du monde avec deux d’entre elles (McLaren x3 et Williams), Prost a accumulé à lui seul 199 GP, 106 podiums, 51 victoires ainsi que 33 poles positions tout au long de sa carrière, sa rivalité avec Ayrton Senna restera à jamais comme l’une des plus belles de l’histoire du sport… bref, une véritable légende vivante de la Formule 1 et du sport français.

Les destins brisés : François Cevert (1970-1973), Patrick Depailler (1972-1980) et Didier Pironi (1978-1982)

François Cevert, Patrick Depailler et Didier Pironi, 3 talents stoppés tragiquement

Le sport automobile étant ce qu’il est et étant un des sport les plus extrême qui existe, les drames sont malheureusement trop courants, surtout entre les années 1950 et 1980. Parmi les accidents tristement connus nous pouvons citer ceux entraînant la mort de François Cevert lors des essais du GP des USA, en 1973 ainsi que Patrick Depailler lors des essais privés une semaine avant le GP d’Allemagne, en 1980. Ces deux hommes, tout deux vainqueurs en GP (États-Unis 1971 pour Cevert ; Monaco 1978 et Espagne 1979 pour Depailler) auront été stoppé net dans leur ascension.

Pour Didier Pironi, le destin n’est pas tout à fait le même. En effet, après avoir remporté la première course de sa carrière en Belgique, à Zolder et atteint une belle 5e place au championnat du monde au volant de sa Ligier, en 1980 ; il intègre la prestigieuse écurie au cheval cabré, l’année d’après. En 1982, plusieurs tragédies frappent Pironi, tout d’abord la mort de son ami et coéquipier, Gilles Villeneuve, lors du GP de Belgique puis quelques courses plus tard, lors du GP du Canada, Pironi se fait emboutir par le jeune Ricardo Paletti, ce dernier meurt sur le coup. Malgré tous ces drames, le pilote français remporte la 3e et dernière course de sa carrière lors du GP des Pays-Bas et devient leader du championnat du monde. Malheureusement, lors des essais du GP d’Allemagne, sur une piste détrempé, Pironi percute Prost et s’envole dans le mur. L’impact broie les jambes du pilotes français et ce dernier passe à deux doigts de l’amputation. Sa carrière est finie et il termine la saison 1982 vice-champion du monde, puisque seul Keke Rosberd parvient à dépasser le pilote français durant les cinq dernières courses de la saison. En 1987, Didier Pironi perd la vie au volant du Colibri, un bâteau de course offshore.

L’expérimenté : Jacques Laffite (1974-1986)

Jacques Laffite, lors de sa victoire au GP d’Allemagne, en 1980 (f1i.auto-moto.com)

Arrivé sur le tard en Formule 1 (31 ans) après avoir été champion en Formule Renault puis en Formule 3, Jacques Laffite met du temps avant de vraiment s’imposer. En 1976, après un test face à Jean-Pierre Beltoise, l’écurie française, Ligier, lui offre un contrat. Après une année 1976 pleine de promesses, la saison qui suit est plus compliqué. Cela étant, Laffite parvient tout de même à remporter la première course de sa carrière, lors du GP de Suède. Entre 1979 et 1981, Laffite remportera cinq autres courses et terminera trois fois de suite à la 4e place du championnat du monde. Après quelques saisons chez Williams et un retour infructueux chez Ligier, il prend sa retraite en 1986, alors qu’il est âgé de 43 ans.

Le vétéran : Jean Alesi (1989-2001)

Alesi célebrant sa seule et unique victoire en F1, terminant devant les deux Jordan de Barrichello et Irvine (lemagsportauto.com)

Avec 201 Grand Prix à son actif, Jean Alesi est le pilote français ayant disputé le plus de courses juste devant Alain Prost (199). Malchanceux et moqué tout au long de sa carrière, Jean Alesi obtient un coup de pouce du destin lors du GP du Canada de 1995. Alors qu’il s’élançait 5e au départ de la course, Alesi, au volant de sa Ferrari, double coup sur coup Berger (son coéquipier), Coulthard puis Damon Hill mais est trop loin du leader, Michael Schumacher. Cette fois la chance sourit au pilote français puisque le pilote allemand doit s’arrêter aux stands suite à un problème de volant. L’avignonnais ne se fait pas prier pour remporter la première course de sa longue carrière. Souvent placé (32 podiums), mais rarement vainqueur (une seule victoire), Alesi mettra un terme à sa carrière en 2001.

L’héritier : Jean-Pierre Beltoise (1966-1974)

Jean-Pierre Beltoise recevant des mains du Prince Albert le trophée du GP de Monaco, en 1972 (AFP)

Parmi les grands noms du sport automobile français, Jean-Pierre Beltoise a lui aussi contribué au rayonnement français dans cette discipline. Notamment, en 1972, lors du GP de Monaco, où partis 4e, « Bébel » parvient à déjouer les pronostics et à s’imposer largement (+38 secondes sur le deuxième) au terme d’une course totalement maîtrisé sous une pluie battante. Malgré cette très belle victoire, la carrière du parisien n’aura jamais véritablement décollé et s’arrêtera deux en plus tard, en 1974, après 86 Grand Prix, 8 podiums et 1 victoire.

La génération dorée : Jean-Pierre Jabouille (1974-1981), René Arnoux (1978-1989) et Patrick Tambay (1977-1986)

Trois français sur la plus haute marche du podium, c’était aussi ça les années 70 et 80, en Formule 1

À eux trois, ils cumulent 312 GP, 11 victoires en courses (7 pour Arnoux, 2 pour Tambay et Jabouille), 35 podiums et 29 pole position… rien que ça. Entre 1974 et 1989, ces trois hommes ont été, avec Prost, Pironi, Depailler et Laffite, les fers de lance d’une génération incroyable, apportant de nombreux succès au sport automobile français et devenant, pour certains, de véritables idoles en France, mais aussi à l’international. Une époque glorieuse que l’on espère tous revoir un jour.

L’inattendu : Olivier Panis (1994-2004)

Olivier Panis fêtant sa victoire aussi inattendue qu’improbable lors du GP de Monaco 1996 (MaxPPP)

Auteur de cinq podiums durant sa carrière, Olivier Panis n’a jamais vraiment été en mesure de se battre pour la victoire finale et n’a jamais dépassé la 8e place au championnat du monde. Il aura donc fallu une course au scénario impensable pour que Panis puisse remporter sa seule et unique victoire en F1. En effet, seule trois monoplaces (Panis, Coulthard et Herbert) parviennent à franchir le drapeau à damier d’une course où Damon Hill puis Jean Alesi, pourtant leaders pendant de nombreux tours, auront dû abandonner. Il s’agit également de la dernière victoire pour Ligier puisque l’écurie se retirera à l’issue de la saison.

Voici un résumé de la course pour mieux comprendre ce qui s’est passé, ce jour-là

Le magnifique : Pierre Gasly (2018-)

Pierre Gasly, sur la plus haute marche du podium à Monza, c’est beau !

Alors qu’il n’avait que quelques mois le jour de la victoire d’Olivier Panis, à Monaco, en 1996. Pierre Gasly, au volant de son Alpha Tauri, a mis fin à une disette que l’on pensait ne jamais se finir. Certes, bien aidé par l’erreur de Mercedes coûtant un « stop and go » à Lewis Hamilton (la plus grosse pénalité de course) et par le drapeau rouge qui lui permit de chausser des pneus médiums et neuf, le normand a tout de même mené la course pendant la moitié du Grand Prix et a très bien su défendre sur le retour de Carlos Sainz Jr en toute fin de course pour d’adjuger la première victoire de sa jeune carrière. Il devient par la même occasion le plus jeune français vainqueur d’un GP. Bravo Pierre !

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